Sortir de la catastrophe écologique, c’est sortir du capitalisme !
Publié le 20 janvier 2026 par clem.alx
Didier Raciné

Rédacteur en chef d’Alters Média

Comment penser le processus en œuvre dans le monde de grande transformation écologique et sociale en réaction à la destruction de la planète ?
Les 18 contributions à ce numéro des Cahiers citoyens, écologiques et solidaires approfondissent la recherche menée avec les moyens de cette revue, c’est-à-dire par le questionnement d’auteurs et d’acteurs hommes et femmes : en voici les principaux concepts et leçons.
La fureur, la brutalité dictatoriale et les guerres actuelles ne sont que la marque d’une révolution lente et dans la profondeur des fondations sociales. Cette réaction de ceux qui se cramponnent à leurs privilèges et richesses exorbitants, à leurs pouvoirs coloniaux et dictatoriaux ne peut la masquer.

 

L’écologie sociale 


Avec les contributions notamment de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS Pour une Ecologie Populaire et sociale et de Pierre Sauvêtre, auteur de Murray Bookchin ou l’objectif communocène Ecologie sociale et libération planétaire. 
Comme tout vivant, c’est en rentrant dans des rapports avec la nature que l’être humain subsiste ; mais à la différence des autres vivants, ce rapport est social, dépend essentiellement des rapports au sein de la société. Telle est l’idée fondamentale très simple de l’écologie sociale. Ses conséquences sont majeures : 
La racine des risques et des enjeux écologiques est nécessairement sociale : de nos jours, la destruction de la planète vient du mécanisme d’accumulation de capital qui est le moteur de la société capitaliste. Elle n’a pas de solutions autres que sociales : ni les petits gestes individuels, ni les milliards de la transition écologique et de ses solutions techniques ne peuvent rien, si un processus de profonde transformation sociale n’est pas aussi engagé. C’est en transformant les relations sociales à l’origine de ces enjeux que peuvent être trouvées leurs solutions.
« L’écologie sociale est une approche qui consiste à ne jamais séparer, à penser ensemble les processus sociaux et les processus écologiques comme un seul processus relationnel. Cette nouvelle approche holiste prend pour objet le continuum de la nature et de la société, et dépasse le holisme de la sociologie et de l’écologie prises séparément » précise Pierre Sauvêtre. 
 


Les territoires de vie, et le nouveau concept de la politique


Avec la contribution principale de Philippe Descola, auteur de Politiques du faire-monde. Complétée sur ce sujet par les articles de Pierre Sauvêtre et son livre sur Murray Bookchin et de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS.
Dépendant de ses liens avec la nature, ne pouvant en être séparé, l’humain ne peut plus être le seul sujet politique du collectif des vivants de son territoire de vie : il doit accepter que le sujet politique soit le collectif regroupant sur son territoire de vie ceux qui y vivent et qui en vivent. Le centre des politiques à mener, le cœur du concept de politique est ainsi transformé et l’objectif central de l’action politique devient l’habitabilité de chacun de ces territoires de vie. 
Changer des rapports sociaux ne peut être l’œuvre que des populations elles-mêmes. C’est en exerçant directement leur pouvoir d’agir au niveau de leur lieu de vie (la Commune) et de leur centre d’activité (sous de nouvelles formes sociales, les Communs) que les populations, prenant en main leur destinée, changeront les rapports sociaux actuels. 
L’écologie sociale est aussi une écologie de libération, d’émancipation des couches populaires dominées : la même logique est à la base des destructions écologiques et de l’exploitation et la domination sociale. En protégeant la planète, les couches populaires se libèrent elles-mêmes de leurs exploiteurs. De ce fait les forces populaires au Nord comme au Sud sont les forces marchantes de la lutte pour l’écologie sociale à l’échelle du monde.
 

 

Le communalisme base d’une nouvelle organisation politique 


Avec la contribution de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS 
Le communalisme est la forme politique de cette transformation, avec l’auto-organisation d’assemblées citoyennes au niveau des communes, véritable contre-pouvoir politique local ; Les Communes deviendrait la base d’une nouvelle organisation politique de la société. Le communalisme substitue ainsi les principes de démocratie réelle au principe non démocratique de la « démocratie représentative » libérale. La confédération des communes deviendrait un Corps politique se substituant au pouvoir de l’Etat, prenant le contrôle de la vie politique, économique, écologique et sociale au niveau national. 
 

 

Les Communs, la refonte des Services publics et de la Sécurité Sociale 


Avec les contributions de Thomas Perroud, auteur de Services publics et communs, À la recherche du Service public coopératif, de Nicolas Da Silva auteur de La bataille de la Sécu une histoire du système de santé, de Patrick Heidmann, Président du conseil d’administration du Régime Local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle et des co auteurs de Nicolas Loubet, Rieul Techer, Sylvia Fredriksson, Coop des Milieux. La Coop des Milieux est l’auteur du Petit manuel de démocratie énergétique, Faire communautés comme mode d’appropriation politique.
La recherche de Thomas Perroud sur la refonte des services publics sur la base des communs, c’est à dire du principe d’implication des usagers dans leur évaluation, refondation et démocratisation, dans leur gouvernance, est présentée ici. La gestion des caisses de Sécurité sociale élargies à divers types de sécurités élémentaires (sociale, alimentaire, du logement, des biens fonciers...) sur des bases voisines permettraient un renforcement considérable non seulement de la démocratie mais aussi de la transformation sociale et écologique. 
Les Communs constitueraient le principe d’organisation des activités sur les divers territoires de vie, qu’elles soient économiques, écologiques culturelles ou sociales. Ils institueraient un mode de fonctionnement orienté vers l’habitabilité des territoires de vie aux différentes échelles d’interdépendance des divers types de vie territoriale et par l’usage des biens pour la satisfaction des besoins de vie et non pour le profit. Ils s’organiseraient pour coordonner ces activités entre elles et avec les communes, aux divers niveaux de la vie territoriale, constituant ainsi un corps politique démocratique spécifique devant s’accorder avec le corps politique des communes. 
L’expérience de quelques Services publics territoriaux énergétiques et de démocratie associée analysée par la Coop des Milieux est un pas dans cette direction. 

 

 

Droit de déambuler 


Avec la contribution de Sarah Vanuxem, professeur de Droit, auteur Du droit de déambuler. 
La réflexion apportée sur la liberté et le droit de déambuler donne un sens à l’habitabilité de la Terre et à la démocratie réelle, l’humain étant aussi bien nomade que sédentaire. Elle est en fait aussi une réflexion sur la nature du droit et de l’humain lui-même. Elle a conduit l’auteur à formuler des idées pour l’introduire dans le droit français et européen en s’appuyant sur le droit de l’environnement et en particulier le principe de solidarité écologique.

 

 

L’incohérence et la robustesse 


Avec la contribution de Sana Dieudonné, membre de l’Institut Michel Serres, en lien avec Olivier Hamant, auteur de De l’incohérence Philosophie politique de la robustesse.
Le principe de l’incohérence comme facteur de robustesse et de régulation du vivant où tout process est construit sur la base de la présence simultanée de deux principes contradictoires d’amplification et d’inhibition, de deux facteurs d’accélération et de frein, formulé par Olivier Hamant, peut-il être appliqué à la société ? Dans la mesure où tout système possédant une limite naturelle qui agit sur lui comme un frein dans son processus de développement, il est évident que cette incohérence est générale et peut constituer un principe de philosophie politique applicable à la société ! Cela n’est pas un gadget supplémentaire qui disparaîtra l’effet de mode passé. 
C’est à une critique fondamentale du principe même de la performance, de la compétition, propre au capitalisme que l’on aboutit, qu’il faut prendre en compte dans la pratique et la réflexion. Ce concept ne remet pas en cause la croissance ou la décroissance (le vivant croît et a besoin de croitre) mais leur caractère absolu : il est indépendant de la décroissance ou croissance économique, et beaucoup plus systémique que cela !
 

 

 

Démocratie, territoire et élection municipale


Avec les contributions de :
• Tristan Rechid, animateur de l’expérience de la municipalité de Saillans 2014 – 2020 et auteur de Réanimer la démocratie, des assemblées populaires face à l’autoritarisme. 
• Jessica Sainty, co autrice de Des citoyens et citoyennes à la conquête des villes, Les listes citoyennes et participatives lors des élections municipales de 2020.
• Jaoued Doudouh et Audrey Gondallier animateur et coordinatrice à Pas sans nous.
• Mathilde Woillez et Eric Gauthier, Association Au Maquis à Cadenet. 

L’expérience des listes citoyennes aux municipales (2014 – 2020 à Saillant ; de 2020) est précieuse pour cerner cette volonté de sortir des limites de la démocratie représentative, sans parfois clairement les distinguer, ni vraiment porter un projet politique hormis la volonté de démocratiser le système de prise de décisions locales. 
Les limites de cette volonté politique se retourne en fait souvent contre les listes : elles sont soit happées par des partis politiques qui profitent de leur audience, soit parce que – sans projet politique précis – elles ne peuvent dégager de réelles perspectives et de réelles majorités. 
L’expérience du mouvement social dans les quartiers ou dans des villages autour de projet comme la Sécurité sociale de l’Alimentation montre elle qu’une animation démocratique et forte peut faire naître une mobilisation sur le long terme cœur de profonds changements.