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		<title>Alters Editions</title>
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		<title>La libre circulation des &#234;tres humains est strat&#233;gique !</title>
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		<dc:date>2025-09-01T15:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Grands entretiens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cologie est la possibilit&#233; pour tous d'habiter dignement la Terre, ce qui ne peut exister si une classe enti&#232;re des habitants de la Terre en est exclue : celle du Sud et celle des quartiers populaires de l'Occident dont celle non blanche. C'est-&#224;-dire les populations qui ont le plus &#224; souffrir de la destruction de la plan&#232;te. Si une classe enti&#232;re est maintenue sous la domination de ceux qui d&#233;truisent l'habitabilit&#233; de la Terre, il ne peut y avoir d'&#233;cologie. Cette &#233;cologie-l&#224; sera celle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no5/grands-entretiens/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;5&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/grands-entretiens" rel="tag"&gt;Grands entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/fatima_ouassak.jpg?1756741414' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cologie est la possibilit&#233; pour tous d'habiter dignement la Terre, ce qui ne peut exister si une classe enti&#232;re des habitants de la Terre en est exclue : celle du Sud et celle des quartiers populaires de l'Occident dont celle non blanche. C'est-&#224;-dire les populations qui ont le plus &#224; souffrir de la destruction de la plan&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si une classe enti&#232;re est maintenue sous la domination de ceux qui d&#233;truisent l'habitabilit&#233; de la Terre, il ne peut y avoir d'&#233;cologie. Cette &#233;cologie-l&#224; sera celle de la lib&#233;ration, pour reprendre les propos de Fatima Ouassak, parce que r&#233;ellement sociale et r&#233;ellement pour tous !&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la libre circulation et installation sans conditions pour tout humain est un &#233;l&#233;ment central de la r&#233;ponse d&#233;mocratique et sociale &#224; la question climatique, &#233;cologique et d&#233;mographique : cette question neuve pos&#233;e sans fard par Fatima Ouassak est sans doute strat&#233;gique et doit &#234;tre port&#233;e et discut&#233;e dans l'espace public ! Elle assurera une forme d'alliance entre les peuples occidentaux et ceux du Sud, elle fait partie des mutations profondes que nous devons poser pour r&#233;pondre aux enjeux &#233;cologiques, climatiques et sociaux du capitaloc&#232;ne et pour remplacer le capitalisme par un autre syst&#232;me social solidaire et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_142 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_1.jpg?1756741630' width='500' height='269' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Raft at sea
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Robert Longo
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cologie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Le livre Pour une &#233;cologie pirate... Et nous serons libres ! remet en question de nombreuses id&#233;es et pousse les lecteurs &#224; apprendre des quartiers populaires.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce qu'est l'&#233;cologie que vous appelez &#233;cologie pirate ? En quoi diff&#232;re-t-elle de l'&#233;cologie mainstream actuellement ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;La question de la libert&#233; de circulation et d'installation sans conditions n'est pas &#224; l'ordre du jour, ce n'est pas un d&#233;bat &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Cette &#233;cologie majoritaire, ou mainstream, ne prend pas en consid&#233;ration les int&#233;r&#234;ts, les priorit&#233;s, les urgences des populations non-blanches qui vivent sur le territoire hexagonal ; ni celles des populations du monde entier, venant notamment de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. L'exemple que je prends dans L'&#233;cologie pirate, les manifestants contre le climat qu'on a pu voir par dizaines et centaines de milliers en 2016, 2017, 2018, cette population, cette masse militante qui faisait plaisir &#224; voir, qui d&#233;non&#231;ait ces ravages. Ces manifestations &#233;taient tr&#232;s homog&#232;nes sociologiquement : pour l'essentiel des membres de la classe moyenne sup&#233;rieure, pour l'essentiel blanche. Cela a &#233;t&#233; document&#233;, &#233;tudi&#233; par quelques sociologues. Les organisations qui y appelaient &#224; l'&#233;poque ne sont &#233;videmment pas responsables du fait que les populations qui aujourd'hui militent, s'engagent dans le champ &#233;cologiste soient aussi marqu&#233;es sociologiquement (et en r&#233;alit&#233;, on pourrait dire la m&#234;me chose par exemple du champ f&#233;ministe). Mais cette observation a &#233;t&#233; le d&#233;but d'une autocritique de la part du mouvement climat &#224; l'&#233;poque, l'id&#233;e qu'il y avait trop d'entre-soi et qu'il &#233;tait n&#233;cessaire d'&#233;largir le front. Malheureusement, l'autocritique s'est arr&#234;t&#233;e l&#224; ! D'ailleurs, si c'&#233;tait simplement une question de diversit&#233;, il suffirait de prendre quelques personnes non blanches et de d&#233;corer le mouvement de leur couleur de peau ! Mais &#233;videmment, &#231;a ne suffit pas : la diversit&#233;, ce n'est pas l'&#233;quivalent d'un projet politique d'&#233;mancipation.&lt;br /&gt;
Cette premi&#232;re observation de la sociologie tr&#232;s homog&#232;ne du mouvement &#233;colo est int&#233;ressante mais ne suffit pas : il faut &#233;tudier le projet politique &#233;cologiste pour essayer de comprendre en quoi cette &#233;cologie ne convient pas &#224; tout le monde. Le premier point d'entr&#233;e que j'ai pris pour l'&#233;tudier, c'est la question de la libert&#233; de circulation. Le second est la dignit&#233; humaine et ses rapports &#224; la terre.&lt;br /&gt;
&#192; propos de la libert&#233; de circulation, c'est simple : on n'en discute pas ! La question de la libert&#233; de circulation et d'installation sans conditions n'est pas &#224; l'ordre du jour, ce n'est pas un d&#233;bat, y compris dans le champ intellectuel, ou le champ acad&#233;mique, ou dans les milieux &#233;cologistes radicaux. On ne v&#233;rifie pas nos accords, ni nos d&#233;saccords, du moins on n'en fait rien.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;C'est un sujet r&#233;el, alors que dans l'espace public, on n'en parle pas.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;Comment sommes-nous capables d'articuler la question climatique, la question d&#233;mographique et la question des fronti&#232;res ? Ma r&#233;ponse, c'est la libert&#233; de circulation ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il y a encore une trentaine d'ann&#233;es, pour la LCR la libert&#233; de circulation d'installation sans condition faisait partie des fondamentaux. Aujourd'hui, dans cet espace-l&#224; aussi on met la question sous le tapis. Aujourd'hui c'est un sujet pour l'extr&#234;me droite qui mobilise autour de l'enjeu des fronti&#232;res. Car ce qui se cache derri&#232;re cette histoire de libert&#233; de circulation, c'est la question des fronti&#232;res.&lt;br /&gt;
L'extr&#234;me droite parle de la n&#233;cessit&#233; d'aller vers l'&#233;cologie et aborde des enjeux li&#233;s &#224; la terre ou &#224; l'eau. Et pour moi, il ne s'agit pas d'instrumentalisation, il y a un int&#233;r&#234;t et un retour vers quelque chose qui lui est ch&#232;re. Et l'&#233;cologie pour l'extr&#234;me-droite, c'est les fronti&#232;res.&lt;br /&gt;
J'ai particip&#233; &#224; un colloque universitaire en Su&#232;de il y a huit ans intitul&#233; &#201;cologies et Extr&#234;me droites en Europe. Je me suis rendu compte de deux choses :&lt;br /&gt;
&#8226; La premi&#232;re, c'est &#224; quel point les extr&#234;mes droites europ&#233;ennes cherchaient &#224; faire le lien avec les enjeux li&#233;s &#224; la crise climatique. Elles souscrivaient de plus en plus aux rapports du GIEC montrant la catastrophe climatique, mais aussi les in&#233;galit&#233;s des cons&#233;quences du d&#233;r&#232;glement climatique au sud et au nord de la M&#233;diterran&#233;e : les ravages seront plus nombreux au sud qu'au nord et ils pousseront les populations d'Afrique &#224; migrer. Les extr&#234;mes droites, cons&#233;quentes par rapport &#224; leur id&#233;ologie, concluaient en parlant de verrouiller les fronti&#232;res. &lt;br /&gt;
Mais nous, comment sommes-nous capables d'articuler la question climatique, la question d&#233;mographique et la question des fronti&#232;res ? Ma r&#233;ponse, c'est la libert&#233; de circulation !&lt;br /&gt;
&#8226; La seconde, c'est que l'extr&#234;me droite ne se saisit pas de l'&#233;cologie uniquement pour l'instrumentaliser : ils parlaient mieux de la terre que ne pouvaient le faire des intellectuels progressistes dans le camp de l'&#233;mancipation !&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Est-ce que vous reprendriez le mot d'ordre ? &#171; Il n'y a pas d'&#233;trangers sur Terre &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je comprends cette phrase comme un souci centriste d'inclusion. Mais de mon point de vue, elle n'a pas vraiment de sens. Il y a des &#233;trangers, c'est un fait. Moi, je suis &#233;trang&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Je crois que la phrase voulait dire : il ne devrait pas y avoir de fronti&#232;re sur Terre ! Qu'on est tous sur une m&#234;me plan&#232;te et on devrait avoir le droit de circuler, le droit d'aller comme on veut.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est une vraie question en r&#233;alit&#233; que vous posez. Si, il y a des fronti&#232;res, elles sont l&#224;. Vous dites &#171; il n'y a pas d'&#233;trangers sur Terre &#187;. C'est faux : on ne vit pas de la m&#234;me mani&#232;re, on n'est pas consid&#233;r&#233;s de la m&#234;me mani&#232;re. On ne subira pas de la m&#234;me fa&#231;on les cons&#233;quences du d&#233;r&#232;glement climatique. L'humanit&#233; est structur&#233;e par des rapports de domination, pr&#233;cis&#233;ment avec une hi&#233;rarchie raciale, des rapports de classe, un syst&#232;me patriarcal : il faut dire cette hi&#233;rarchisation raciale et ses processus et ses m&#233;canismes. En France en particulier, o&#249; on nous oppose l'id&#233;e que nous sommes tous citoyens du monde et qu'on ne voit pas la couleur de peau.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Je suis tout &#224; fait d'accord !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;J'ai compris qu'il s'agit de dire : il ne devrait pas y avoir de fronti&#232;res. Mais je pr&#233;f&#232;re dire qu'il y en a. Quand on parle des fronti&#232;res, j'ai l'impression qu'on se situe dans un champ plut&#244;t moral. Ce qui est tr&#232;s bien, je suis pour plus de morale en politique. Mais j'aimerais que la question de la libert&#233; de circulation et d'installation sans conditions soit inscrite dans le champ juridique.&lt;br /&gt;
Je me suis rendu compte depuis la sortie du livre notamment, que la question des fronti&#232;res venait parasiter la question de la libert&#233; de circuler. Les personnes &#224; qui vous dites fronti&#232;res, entendent no border et donc chaos. En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas ce que je d&#233;fends : il y a une fronti&#232;re entre la France et la Belgique, mais vous &#234;tes d'accord qu'on peut circuler librement et sans craindre de mourir entre la France et la Belgique ; la fronti&#232;re franco-belge n'est pas ce cimeti&#232;re qu'est la M&#233;diterran&#233;e qui s&#233;pare l'Europe et l'Afrique. C'est ce pourquoi il faut se battre.&lt;br /&gt;
Pourquoi la libert&#233; de circulation et d'installation sans condition n'est-elle pas un droit fondamental reconnu en droit international et dans le droit europ&#233;en ? La seule explication c'est le racisme structurel et le rapport colonial qu'entretient l'Europe avec le Sud et avec l'Afrique en particulier. Aujourd'hui, le droit international garantit le droit de quitter une terre ravag&#233;e par une catastrophe, une s&#233;cheresse, une guerre civile, mais il ne garantit pas d'&#234;tre accueilli &#224; bon port.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;L&#224; o&#249; il y a eu colonialisme, il y a effectivement racisme, et refus de la libert&#233; de circulation.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;Reprendre la terre, oui, s'ancrer dans la terre, mais pour retrouver de la dignit&#233; humaine. Voil&#224;, le lien entre terre et dignit&#233; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;On peut noter qu'il y a circulation, mais pas sans conditions ! C'est ce qui est int&#233;ressant. On pourrait dire qu'&#224; cause des fronti&#232;res, on circule peu. C'est faux. Ceux qui circulent le plus aujourd'hui entre l'Europe et l'Afrique, Ce sont ce qu'on appelle les saisonniers, les travailleurs agricoles, qui passent leur temps &#224; circuler, parce que le capital a besoin d'eux : la condition ce sont les besoins du capital. Ils ne circulent pas sans conditions, ils ne sont pas libres.&lt;br /&gt;
Moi, je pr&#233;f&#232;re qu'on soit sur ce terrain-l&#224;, juridique, il permet d'avoir un horizon. Des revendications et des d&#233;bats qui pourraient avoir lieu &#224; l'Assembl&#233;e nationale, au Parlement europ&#233;en, &#224; l'ONU, dans les ONG qui travaillent sur les enjeux climatiques, etc. Le d&#233;bat est plus bord&#233; quand on pose la question dans le champ juridique, hors d&#233;bat sur les fronti&#232;res, avec comme revendication la libert&#233; de circulation comme droit fondamental.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_2.jpg?1756741630' width='500' height='432' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dans mon pays
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Marc Chagall
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cologie, la terre et la question de la dignit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous abordiez l'autre point d'entr&#233;e dans l'&#233;cologie : la question de la terre et de la dignit&#233; ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, de l'&#233;gale dignit&#233;. Avec ce mot dignit&#233;, je reprends une analyse de Frantz Fanon dans Les Damn&#233;s de la Terre. Il fait le lien entre la n&#233;cessit&#233; de reprendre la terre et le besoin de retrouver sa dignit&#233;, de lutter contre cette sous-humanisation qu'a provoqu&#233; le syst&#232;me colonial. Et c'est vrai que c'est quelque chose qu'on entend peu dans le champ de l'&#233;cologie politique. Reprendre la terre, oui, s'ancrer dans la terre, mais pour retrouver de la dignit&#233; humaine. Voil&#224;, le lien entre terre et dignit&#233;.&lt;br /&gt;
Je parle d'&#233;galit&#233; dignit&#233; humaine pour, strat&#233;giquement, mettre tout le monde d'accord sur la n&#233;cessaire lutte contre un syst&#232;me de classe, patriarcal et raciste. Et donc avec les f&#233;ministes, les antiracistes, les anticapitalistes. L'horizon commun pour nous tous qui essayons de travailler ensemble et qui n'y arrivons pas encore aujourd'hui, c'est l'&#233;gale dignit&#233; humaine. Je suis engag&#233;e aussi sur les enjeux de lib&#233;ration animale : l&#224; aussi on parle de dignit&#233;, de dignit&#233; animale.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pouvez-vous d&#233;velopper sur ce que vous disiez tout &#224; l'heure, concernant le lien entre reprendre la terre, s'ancrer sur la terre et recouvrer sa dignit&#233; ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;Inutile de nous demander de prot&#233;ger la terre si nous ne sommes pas consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant l&#233;gitimes &#224; l'habiter &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Parlons des luttes de lib&#233;ration anticoloniale : quel a &#233;t&#233; le moteur de ces millions de personnes qui se sont lev&#233;es contre le r&#233;gime colonial ? Retrouver, et la terre, et la dignit&#233; ! Dans mon livre pr&#233;c&#233;dent, La puissance des m&#232;res, je parle justement des femmes alg&#233;riennes au XIXe si&#232;cle qui chantaient des chansons &#224; leurs enfants au moment de cuisiner, pendant les r&#233;coltes, qui leurs racontaient des histoires, des contes et leurs transmettaient de fa&#231;on compl&#232;tement int&#233;gr&#233;e &#224; leur travail de femmes la n&#233;cessit&#233;, l'urgence de retrouver la terre et la dignit&#233;, que l'on ne retrouvera que si on retrouve la terre. L'une conditionne l'autre. Et c'est vraiment int&#233;ressant de voir comment se tisse ce lien entre terre et dignit&#233; : dans l'enfance, avec le quotidien du travail des m&#232;res.&lt;br /&gt;
Laisser de la place dans le champ de l'&#233;cologie politique &#224; ces conteurs et conteuses, ces historiens, et historiennes, ces artistes qui portent ces h&#233;ritages et ce patrimoine, nous enrichit consid&#233;rablement.&lt;br /&gt;
D'o&#249; est venue pour moi l'id&#233;e de travailler &#224; l'ancrage territorial, alors que je menais des combats antiracistes pour les quartiers populaires, &#233;cologistes ? J'ai travaill&#233; longtemps pour la Commission nationale du d&#233;bat public. Je ne connaissais pas alors les campagnes fran&#231;aises, leurs populations. Je devais questionner les gens sur un grand projet de Center Parc, dans le Jura puis pour un autre en Bourgogne.&lt;br /&gt;
&#8226; Dans le Jura, ce furent des centaines de personnes qui sont venues de tr&#232;s loin participer au d&#233;bat public, avec leur fourche, pour dire : &#171; nous vivants, il n'y aura pas de Center Parc ici. &#187;. Ils parlaient de leur terre en amoureux, fortement ancr&#233;s dans cette terre qu'ils connaissaient tr&#232;s bien ; &#224; l'&#233;poque, le ch&#244;mage y &#233;tait de 6 %.&lt;br /&gt;
&#8226; En Bourgogne, changement d'ambiance, 12 % de ch&#244;mage et un territoire d&#233;sindustrialis&#233;, des campagnes en d&#233;clin, une population travaillant &#224; la ville, sans un fort ancrage territorial. Des entreprises dont les productions avaient de tr&#232;s grandes cons&#233;quences sur l'environnement, jouant l'environnement contre l'emploi : &#171; on va cr&#233;er de l'emploi gr&#226;ce au Center Park &#187;.&lt;br /&gt;
&#192; la fin du d&#233;bat public, le promoteur envisageait son Center Parc en Bourgogne, et pas dans le Jura.&lt;br /&gt;
En revenant de ces d&#233;bats dans les grandes m&#233;tropoles, j'avais &#233;volu&#233; : comment voulez-vous qu'on d&#233;fende la terre si on n'a pas avec elle ce rapport amoureux avec elle, aussi fort que celui des populations dans le Jura ? La terre est une condition &#224; l'engagement politique. Sans terre, sans lien &#224; la terre, on ne peut pas vouloir la prot&#233;ger !&lt;br /&gt;
Je suis arriv&#233; &#224; la conclusion dans L'&#233;cologie pirate : inutile de nous demander de prot&#233;ger la terre si nous ne sommes pas consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant l&#233;gitimes &#224; l'habiter. Il a fallu que je passe par le Jura pour dire : &#171; C'est notre terre aussi, et celle de nos enfants &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Cet ancrage paysan &#224; la terre, cette d&#233;fense farouche de celle-ci, ce rapport &#224; l'enfance et aux m&#232;res et p&#232;res, ce lien avec la dignit&#233; humaine n'existe pas vraiment dans l'imaginaire de l'&#233;cologie des centre-villes. &lt;br /&gt;
C'est l&#224; une tout autre vision de l'&#233;cologie et du rapport &#224; la terre me semble-t-il.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Personne dans les quartiers populaires ne se sent appartenir &#224; ce projet d'&#233;cologie. Et EELV le sait bien et ne fait rien pour changer les choses. Et je pense aussi &#224; ces campagnes, du Larzac et de Plogoff dont je parle dans le livre, o&#249; l'&#233;cologie a &#233;t&#233; tr&#232;s li&#233;e &#224; la terre et populaire.&lt;br /&gt;
Une anecdote significative ! Lors des manifestations des Gilets jaunes, j'ai particip&#233; &#224; un d&#233;bat avec EELV &#224; Montreuil et j'ai vivement soutenu ce mouvement : &#171; la notion de justice, les questions de dignit&#233;, de d&#233;mocratie, de la r&#233;partition des richesses, de fin du monde, de fin du mois, pour lesquelles ils manifestent nous int&#233;resse ! Nous sommes avec les Gilets jaunes ! &#187; &lt;br /&gt;
La porte-parole du parti EELV de son c&#244;t&#233; avait mis un gilet vert et d&#233;fendait la taxe carbone, et elle d&#233;non&#231;ait un c&#244;t&#233; facho chez les gilets jaunes ! Et au lieu de se saisir de cette r&#233;volte pour &#233;largir le mouvement populaire pour l'&#233;cologie et justement casser l'entre-soi, EELV inventait un symbole de distinction, le gilet vert !&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Nous publions dans ce num&#233;ro une interview de Jean-Christophe Goddard, philosophe et anthropologue qui a publi&#233; Ce sont d'autres gens, Contre-anthropologies d&#233;coloniales du monde blanc. Il fait ressortir le savoir critique sur les hommes blancs que les soci&#233;t&#233;s confront&#233;es au choc permanent de la violence coloniale ont d&#233;velopp&#233; depuis cinq si&#232;cles.&lt;br /&gt;
Votre ouvrage ainsi que celui de Jean Christophe Goddard montrent la richesse consid&#233;rable et l'importance politique de l'histoire et de l'exp&#233;rience des peuples que les occidentaux ont colonis&#233;s ; leur compr&#233;hension profonde de ce qu'est le r&#233;ellement l'occident. Ne devons-nous pas, nous Occidentaux, apprendre de ces peuples, comprendre ce que nous leur devons, pas uniquement sur le plan mat&#233;riel du fait du pillage de leurs richesses, mais aussi du fait des connaissances qu'ils nous transmettent sur notre soci&#233;t&#233; tout au long de ces si&#232;cles de contacts ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;Il ne faut plus se contenter d'&#234;tre vaguement d&#233;colonial. Dire que l'&#233;cologie est trop blanche n'est pas suffisant&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Vous avez raison de pr&#233;senter le texte de cet auteur ! Il faut pr&#233;senter de telles &#339;uvres, il ne faut plus se contenter d'&#234;tre vaguement d&#233;colonial. Dire que l'&#233;cologie est trop blanche n'est pas suffisant. Il faut amener des intellectuels, des penseurs, des po&#232;tes qui ont ce point de vue du Sud, &#171; de l'autre c&#244;t&#233; &#187;, &#224; s'exprimer dans nos champs politiques et militants. Il ne faut pas attendre que de l'int&#233;rieur on ouvre les portes, il faut arriver avec nos gros sabots et imposer ce point de vue, comme Frantz Fanon le faisait d&#233;j&#224; ! Avec la collection &#201;cologie de la lib&#233;ration que je dirige aux Liens qui Lib&#232;rent, je travaille &#224; cela.&lt;br /&gt;
Dans un texte Terre de retour, terre de repos, Nadia Yala Kisukidi1 par exemple, parle de la terre dont on a besoin pour se reposer. Comme je viens de l'indiquer, la terre est ce pour quoi nous nous battons, sans terre on ne peut pas se d&#233;fendre. Elle, nous dit, &#224; nous qui venons de peuples qui ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s, qui ont migr&#233;, pour qui se battre est une injonction et qui ne peuvent pas b&#233;n&#233;ficier du privil&#232;ge du repos : &#171; notre terre est aussi un lieu du repos ! &#187;. Voil&#224; un beau texte qui ouvre des perspectives, des horizons.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/libre_circulation_3.jpg?1756741630' width='500' height='554' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;It's a Mad World
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Shurooq Amin
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Sud, la s&#233;cession et la lib&#233;ration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&#171; Si l'extr&#234;me droite devait prendre le pouvoir en France, il serait de notre devoir, de notre responsabilit&#233; de faire s&#233;cession, afin de prot&#233;ger les enfants et les populations qui risqueraient d'&#234;tre prises pour cible &#187; dites-vous dans votre conclusion.&lt;br /&gt;
&#171; Dans un contexte d'extr&#234;me droitisation et de fascisation du champ politique fran&#231;ais et europ&#233;en, un projet d'&#233;cologie politique et de d&#233;croissance qui ne place pas en son centre une ligne anti coloniale et anti raciste est vou&#233; &#224; l'&#233;chec, tant que le syst&#232;me qui d&#233;truit le vivant repose tout entier sur la sous-humanisation d'une partie de l'humanit&#233; &#187; continuez-vous. Que pourrait &#234;tre pour vous cette s&#233;cession territoriale ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;Il faut retrouver, dans nos projections cette dimension internationaliste&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je parle de territoires qui ont pu &#234;tre marginalis&#233;s et domin&#233;s, o&#249; vivent des populations elles-m&#234;mes marginalis&#233;es et domin&#233;es, et qui, &#224; un moment donn&#233;, d&#233;cident d'exp&#233;rimenter ces options (je ne les ai pas invent&#233;es). Ainsi y a-t-il des exp&#233;riences espagnoles, &#224; Madrid, &#224; Barcelone ou en Italie, o&#249; c'est une option de refuser un gouvernement d'extr&#234;me droite, et d'en appeler &#224; une auto-organisation territoriale. La s&#233;cession territoriale que j'envisage n'est pas une s&#233;cession communautaire, au sens d'une communaut&#233; raciale ou une communaut&#233; religieuse, mais une communaut&#233; territoriale.&lt;br /&gt;
J'ai pr&#233;sent&#233; cette option parce que je trouve que c'est vraiment int&#233;ressant d'y r&#233;fl&#233;chir et d'en parler. Comme sur le non-d&#233;bat autour de la libert&#233; de circulation, mettre la question sur la table permet ne serait-ce que d'en discuter, d'ouvrir des perspectives, de progresser. C'est la m&#234;me chose pour la s&#233;cession : il faut un pav&#233; dans la mare !&lt;br /&gt;
On n'en parle jamais, en sous-entendant que ces populations-l&#224; sont d&#233;j&#224; bien heureuses de vivre en r&#233;gime fran&#231;ais, pour qui se prennent-t-elles d'oser imaginer faire s&#233;cession ? Ce n'est pas la m&#234;me chose quand c'est Alain Badiou qui parle de s&#233;cession et quand c'est moi.&lt;br /&gt;
Cela peut passer pour de l'arrogance, mais je consid&#232;re que &#231;a fait partie de notre ancrage territorial : nous sommes tellement chez nous ici, que nous envisageons m&#234;me de nous auto-organiser sur notre territoire et de refuser la gouvernance fasciste qu'on nous pr&#233;pare. Dans le livre Pour une &#233;cologie pirate, je ne dis pas grand-chose en r&#233;alit&#233; concernant la s&#233;cession, mais pour moi, c'&#233;tait d&#233;j&#224; important symboliquement de dire que c'&#233;tait une option, de la poser sur la table au regard de certains milieux cens&#233;s penser l'&#233;mancipation et &#234;tre &#224; l'avant-garde. Ce n'est pas du luxe que d'y r&#233;fl&#233;chir.&lt;br /&gt;
J'y r&#233;fl&#233;chis vraiment dans un troisi&#232;me livre sur l'organisation sociale, la s&#233;cession y est au centre.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;L'objet de votre prochain livre (compl&#233;ment des deux pr&#233;c&#233;dents La puissance des m&#232;res et Pour une &#233;cologie pirate) portera effectivement sur l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Notre enqu&#234;te porte elle aussi sur la refondation de la d&#233;mocratie.&lt;br /&gt;
Quand sortira votre livre ? Comment voyez-vous la d&#233;mocratie dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, lib&#233;r&#233;e du colonialisme, du capitaliste et de l'id&#233;ologie de ce pouvoir ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le livre devrait sortir au deuxi&#232;me semestre 2026, toujours &#224; La D&#233;couverte. L&#224;, il s'agit pour moi de r&#233;fl&#233;chir &#224; la modalit&#233; de sortie du capitalisme, une projection &#224; long terme. C'est un peu pos&#233; comme une utopie pirate dans Pour une &#233;cologie pirate. C'est une mani&#232;re de boucler la boucle et d'&#234;tre cons&#233;quente aussi, de reprendre des questions qui ont &#233;t&#233; ouvertes dans les deux premiers ouvrages. Concr&#232;tement, &#231;a voudrait dire quoi, faire s&#233;cession ?&lt;br /&gt;
Et par exemple, la question de l'&#233;chelle territoriale est importante. La question aussi de la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle on aspire et qu'il faudrait organiser. Je lis beaucoup Bookchin en ce moment, les travaux concernant le municipalisme, le localisme, les exp&#233;riences politiques en Espagne. Je m'int&#233;resse &#233;norm&#233;ment aux municipales de 2026, aux listes citoyennes en France hexagonale.&lt;br /&gt;
&#192; cette &#233;tape, je peux en dire trois points :&lt;br /&gt;
&#8226; La sortie du capitalisme : encore faut-il r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que &#231;a veut dire sortie du capitalisme, car tout ce qu'on mange, respire, boit, porte comme v&#234;tements, c'est le syst&#232;me capitaliste. Donc se pose vraiment la question de la subsistance.&lt;br /&gt;
&#8226; Cela implique &#233;videmment la question que vous sembliez soulever tout &#224; l'heure, la question des fronti&#232;res. La sortie du capitalisme passe selon moi par la sortie de l'&#201;tat-nation.&lt;br /&gt;
&#8226; Enfin il y a quelque chose &#224; retrouver et &#224; inventer dans l'organisation communautaire sur le territoire. La dimension communautaire de la d&#233;mocratie m'int&#233;resse beaucoup. Sachant que cette organisation communautaire est rejet&#233;e : la France s'est construite par rapport &#224; cette menace. Plus pr&#233;cis&#233;ment la France a construit, pour se construire, un danger communautariste.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Sur votre deuxi&#232;me point, nous soutenons que le principe de souverainet&#233; exprime l'id&#233;e qu'il y a des d&#233;tenteurs exclusifs du droit (la nation, le peuple, le roi...). Ce principe de souverainet&#233; doit &#234;tre abandonn&#233; car il est le support principal d'une forme de la d&#233;mocratie lib&#233;rale : la d&#233;mocratie repr&#233;sentative profond&#233;ment oppos&#233;e &#224; la participation du peuple &#224; la d&#233;mocratie. &lt;br /&gt;
Et sur le plan mondial, le premier principe &#224; partir duquel sont g&#233;n&#233;r&#233;s les guerres. La question de l'&#233;tat-nation, c'est un point cl&#233;. La lib&#233;ration viendra principalement du Sud ; Vous le dites tr&#232;s clairement : &#171; La sortie du capitalisme &#233;cocidaire ne se fera ni de fa&#231;on civilis&#233;e, ni de fa&#231;on barbare. Elle se gagnera gr&#226;ce &#224; une guerre de lib&#233;ration dont le centre se situera certainement dans le Sud Global. (...) Et en Europe, nous ferons notre part. &#187;&lt;br /&gt;
Pouvez-vous, en conclusion de cet entretien, d&#233;velopper cette id&#233;e &#233;voqu&#233;e dans L'&#233;cologie pirate ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire de lib&#233;ration a eu lieu dans le Sud. On le sait peu et on le dit peu, mais ce sont les luttes de lib&#233;ration anticoloniales. Je ne veux pas &#234;tre trop proph&#233;tique, mais je pense que &#231;a sera encore le cas, que la lib&#233;ration viendra du Sud, et ne viendra pas d'Europe. Et pour des raisons tr&#232;s simples : il y a des int&#233;r&#234;ts ici en France et en Europe qui emp&#234;chent la remise en question cons&#233;quente du syst&#232;me capitaliste. Il y a une concentration d'int&#233;r&#234;ts. M&#234;me si un certain nombre de personnes remettent en question ce syst&#232;me, il n'y a pas le rapport de force ici. Le rapport de force, il est dans le Sud, qui a un potentiel insurrectionnel et r&#233;volutionnaire qui n'a rien &#224; voir avec ce qu'on est capable de faire en Occident, en Europe et en France en particulier.&lt;br /&gt;
Mais ce que j'ajoute dans l'&#233;cologie pirate, c'est qu'il nous faut faire notre part. Et notre part, c'est aussi effectivement les alliances qu'on est capable de cr&#233;er avec les luttes, les camarades, les r&#233;flexions, les pens&#233;es de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;br /&gt;
Il faut retrouver, dans nos projections cette dimension internationaliste. Comment on travaille avec des gens qui partagent le m&#234;me projet, les m&#234;mes horizons, en Afrique.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Mai 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le citoyen au c&#339;ur de la d&#233;mocratie</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no5/grands-entretiens/article/le-citoyen-au-coeur-de-la-democratie</link>
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		<dc:date>2025-09-01T15:02:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Grands entretiens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment pourrait s'articuler une soci&#233;t&#233; reconnaissant au citoyen le droit de d&#233;cider et cela personnellement des lois et r&#232;gles du vivre ensemble, contre le principe de la repr&#233;sentation ? Par la d&#233;mocratie que Dominique Rousseau appelle continue, qui s'appuierait sur le Droit et sur une justice pos&#233;e en dehors de l'&#201;tat et &#224; l'articulation des trois espaces de la soci&#233;t&#233;. Remettant en cause la notion dangereuse de souverainet&#233; et inventant face &#224; lui et au march&#233; le principe de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no5/grands-entretiens/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;5&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/grands-entretiens" rel="tag"&gt;Grands entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/dominique_rousseau.jpg?1756738100' class='spip_logo spip_logo_right' width='134' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment pourrait s'articuler une soci&#233;t&#233; reconnaissant au citoyen le droit de d&#233;cider et cela personnellement des lois et r&#232;gles du vivre ensemble, contre le principe de la repr&#233;sentation ? Par la d&#233;mocratie que Dominique Rousseau appelle continue, qui s'appuierait sur le Droit et sur une justice pos&#233;e en dehors de l'&#201;tat et &#224; l'articulation des trois espaces de la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Remettant en cause la notion dangereuse de souverainet&#233; et inventant face &#224; lui et au march&#233; le principe de l'en-commun, ces principes de la d&#233;mocratie s'&#233;tendant au-del&#224; de la nation &#224; l'espace monde, constituent certainement les bases d'un lien d&#233;mocratique capable d'associer les citoyens dans le combat de transformation sociale et &#233;cologique de la soci&#233;t&#233; du capitaloc&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une p&#233;riode o&#249; une grande partie de la vie politique, en France mais aussi dans le monde, se joue sur la question de la refondation de la d&#233;mocratie, il est indispensable de lancer un grand d&#233;bat, voire des &#201;tats G&#233;n&#233;raux citoyens de la D&#233;mocratie. Les nombreuses propositions de l'enqu&#234;te men&#233;e dans ces pages y pr&#233;pare et les propositions de Dominique Rousseau y ont une place &#224; part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_1.jpg?1756738676' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Signing of the Voting Rights Act
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Yoichi Okamoto
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet de la d&#233;mocratie continue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La proposition d'une d&#233;mocratie continue est un projet que vous portez depuis presque 25 ans ! &lt;br /&gt;
Ce projet vous le d&#233;crivez tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment dans votre livre Les six th&#232;ses pour la d&#233;mocratie continue : &#171; Faire du citoyen le c&#339;ur vivant de la d&#233;mocratie en affirmant, contre le principe repr&#233;sentatif, qu'il a une comp&#233;tence pour d&#233;cider personnellement des lois et r&#232;gles du vivre ensemble et en proposant, contre le pr&#233;sidentialisme de la V&#232; R&#233;publique, les institutions et m&#233;canismes par lesquels cette comp&#233;tence citoyenne s'exercera &#187;. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous commenter cette pr&#233;sentation o&#249; tr&#232;s s&#251;rement chaque mot est pes&#233; ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;C'est pour &#231;a que j'insiste sur &#171; d&#233;cider &#187; et non pas consulter et non pas participer et non pas d&#233;lib&#233;rer. L'id&#233;e c'est de faire du citoyen un acteur de la d&#233;cision&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Pour moi, effectivement, le c&#339;ur de la d&#233;mocratie continue, c'est le citoyen. Ce n'est pas le repr&#233;sentant, ce n'est pas l'&#233;lu, c'est le citoyen dans toutes ses dimensions, priv&#233;e, publique, professionnelle, familiale, amoureuse, amicale, c'est le citoyen dans la totalit&#233; de ses dimensions. On pourrait reprendre la conception de Bernard Lahire, l'homme pluriel. &lt;br /&gt;
Et ce citoyen est jusqu'&#224; pr&#233;sent le grand oubli&#233; du fonctionnement de nos syst&#232;mes politiques. Il est celui auquel on se r&#233;f&#232;re, toutes les d&#233;cisions sont prises au nom des citoyens, mais justement cela fait que le citoyen, lui, ne prend pas les d&#233;cisions. Et donc mon propos est de neutraliser le &#171; au nom de &#187; et de permettre l'intervention des citoyens dans le processus m&#234;me de d&#233;cision. C'est pour &#231;a que j'insiste sur &#171; d&#233;cider &#187; et non pas consulter et non pas participer et non pas d&#233;lib&#233;rer. L'id&#233;e c'est de faire du citoyen un acteur de la d&#233;cision. L'id&#233;e c'est de faire du citoyen un acteur de la d&#233;cision. Cela ne veut pas dire, &#233;videmment qu'en amont de la d&#233;cision il n'y a pas la d&#233;lib&#233;ration. Le terme &#171; d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative &#187; me para&#238;t insuffisant : on d&#233;lib&#232;re tous les jours, m&#234;me dans une d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Ce qui m'int&#233;resse c'est la d&#233;cision.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Et est-ce qu'on pourrait dire que cette d&#233;cision pourrait aller jusqu'&#224; un niveau propre au citoyen lui-m&#234;me dans des choses qui le concernent, je dirais, en tant que travailleur dans sa vie r&#233;elle ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Bien s&#251;r. Le citoyen doit &#234;tre citoyen dans la famille, dans l'entreprise, dans l'&#233;cole, dans le club sportif auquel il appartient. C'est pour &#231;a que je dis &#171; continue &#187;. &#171; Continue &#187;, &#231;a veut dire que le citoyen ne s'arr&#234;te pas ni au moment &#233;lectoral mais qu'il continue entre deux moments &#233;lectoraux et que le citoyen ne s'arr&#234;te pas &#224; la sph&#232;re &#233;tatique mais qu'il continue dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Il se constitue en public, au sens que donne John Dewey &#224; cette expression : il se constitue en public et va d&#233;cider. Et pour ce faire, &#233;tant juriste, je m'appuie sur le droit. Et j'observe qu'&#224; l'article 6 de la d&#233;claration des droits de l'homme, il est dit, je cite, &#171; la loi est l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leur repr&#233;sentant &#224; sa formation &#187;. Autrement dit, le droit, la d&#233;claration des droits de l'homme reconnaissent la comp&#233;tence pour les citoyens de concourir personnellement &#224; la fabrication de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Le mot &#171; personnellement &#187; a disparu dans la Constitution.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, et Siey&#232;s le 7 septembre 1789 pr&#233;cise : &#171; le peuple ne peut parler, vouloir et agir que par ses repr&#233;sentants &#187;. Autrement dit, depuis 1789 au moins, on ne reconna&#238;t pas la capacit&#233;, la comp&#233;tence des citoyens pour parler. Ils ne peuvent parler que par leurs repr&#233;sentants. Et il y a une expression populaire qui dit plus qu'on ne le pense. Lorsqu'on va voter, souvent on dit, &#171; A qui tu donnes ta voix dimanche ? &#187; Sans se rendre compte que si on donne notre voix, on devient muet. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224;-dessus que fonctionne le syst&#232;me repr&#233;sentatif. C'est-&#224;-dire, on donne la voix et nos d&#233;put&#233;s nous disent &#171; &#233;coutez, on parle pour vous ; taisez-vous, occupez-vous de vos affaires &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Bourdieu formule lui aussi la m&#234;me id&#233;e : les citoyens sont repr&#233;sent&#233;s, donc l'&#233;lu prend leur place, les citoyens se trouvent d&#233;poss&#233;d&#233;s de cette place, de leur qualit&#233; de citoyen.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Exactement. Je d&#233;veloppe cette id&#233;e notamment dans mon livre Les contestations2 dont vous parlez. Le vote ne sert pas &#224; transmettre une volont&#233;, le vote sert &#224; transmettre le pouvoir de vouloir aux &#233;lus. Et ce n'est pas la rue qui gouverne, ce sont les &#233;lus.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ce n'est pas la volont&#233; g&#233;n&#233;rale de la r&#233;volution fran&#231;aise et de Jean Jacques Rousseau.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; la d&#233;mocratie continue affirme un autre principe que la comp&#233;tence &#233;lectorale : la comp&#233;tence normative, c'est-&#224;-dire la comp&#233;tence [...] des citoyens &#224; poser les r&#232;gles du vivre ensemble &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Et c'est pour &#231;a que je dis que la d&#233;mocratie continue s'inscrit contre le principe repr&#233;sentatif : la d&#233;mocratie continue affirme un autre principe que la comp&#233;tence &#233;lectorale : la comp&#233;tence normative, c'est-&#224;-dire la comp&#233;tence, la capacit&#233;, l'aptitude des citoyens &#224; poser les r&#232;gles du vivre ensemble. Ainsi, on peut fonder en droit cette comp&#233;tence normative des citoyens. C'est un basculement. Ce n'est pas rien d'affirmer le passage de la comp&#233;tence &#233;lectorale &#224; la comp&#233;tence normative et pas consultative, d&#233;lib&#233;rative, etc. On peut fonder cette comp&#233;tence sans doute sur la sociologie, l'histoire, la philosophie. Moi je la fonde en droit sur cet article 6 de la D&#233;claration qui reconna&#238;t aux citoyens le droit de concourir personnellement &#224; la formation de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Donc en fait, je ne fais que r&#233;activer ou plus exactement qu'activer cet adverbe qui avait &#233;t&#233; pos&#233; en 89.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_2.jpg?1756738676' width='500' height='297' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tiger in the Jungle
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Franz Marc
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ce qui explique aussi que votre premi&#232;re th&#232;se soit pr&#233;cis&#233;ment que &#171; les droits de l'homme sont le code d'acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie &#187;, affirm&#233;s par la d&#233;claration des droits de l'homme et des citoyens, Vous commencez par-l&#224; dans votre premi&#232;re th&#232;se.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, le code d'acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie n'est pas le suffrage universel, mais les droits de l'homme. Et je le dis m&#234;me si cela doit choquer. Et ces droits de l'homme, ces droits fondamentaux, on les retrouve dans la constitution. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Mais il y a de par le monde mille constitutions anti d&#233;mocratiques, qui n'ont jamais construit quoique ce soit de d&#233;mocratique. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Pr&#233;cision. Je distingue avec Maurice Hauriou deux volets dans une constitution : le volet politique, l'organisation des pouvoirs, et le volet social. Et moi, ce qui m'int&#233;resse, c'est le volet social, c'est-&#224;-dire l'&#233;nonc&#233; dans une constitution des droits et libert&#233;s qui fondent le vivre-ensemble, qui fournissent le sens commun du groupe. C'est cela qui me para&#238;t &#234;tre le code d'acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie pour deux raisons : &lt;br /&gt;
La premi&#232;re, c'est que ces droits fondamentaux, la libert&#233; d'aller et venir, d'expression, de la presse, universitaire... ne sont ni tomb&#233;s du ciel, ni donn&#233;s par Dieu, ils ne viennent pas non plus de la nature, ils viennent des luttes sociales, des contestations. Donnez-moi un seul exemple d'un droit qui ait &#233;t&#233; donn&#233; ! Tous les droits sont issus de l'&#233;nergie sociale, sont issus de la soci&#233;t&#233; qui a un moment donn&#233; a contest&#233;, a lutt&#233; pour qu'ils soient reconnus le droit. &lt;br /&gt;
La deuxi&#232;me raison c'est que ces droits servent de point d'appui aux citoyens pour contester la loi. La D&#233;claration des droits de l'Homme elle-m&#234;me fait une diff&#233;rence entre la loi et le droit. Elle reconna&#238;t par exemple la libert&#233; de communication, mais cette libert&#233;, elle s'exerce dans les cas d&#233;termin&#233;s par la loi. Autrement dit, le droit est pos&#233;, et c'est la loi qui met en &#339;uvre le droit mais dans ce mouvement elle peut y porter atteinte au point de le supprimer. Et donc les citoyens doivent avoir la capacit&#233; de s'appuyer sur les droits qu'ils ont conquis pour contester la loi qui les met en oeuvre plus ou moins bien. &lt;br /&gt;
Et donc les droits sont pour moi le code d'acc&#232;s parce que les luttes sociales, politiques et intellectuelles conduisent &#224; l'affirmation de ces droits et une fois qu'ils sont &#233;crits, ils servent de point d'appui aux citoyens pour contester les lois qui peuvent les supprimer.&lt;br /&gt;
L'&#201;tat prend des d&#233;cisions inspir&#233;es par ce que Michel Foucault appelait l'&#233;conomie politique, ou le calcul des int&#233;r&#234;ts. L'&#201;tat prend rarement ses d&#233;cisions en consid&#233;ration du droit. Et la soci&#233;t&#233;, elle, pour contester la loi de l'&#201;tat, s'appuie sur les droits qu'elle a r&#233;ussi &#224; faire inscrire dans la Constitution. &lt;br /&gt;
C'est pour &#231;a que l'&#201;tat r&#233;siste souvent &#224; l'inscription dans la Constitution des droits. Pourquoi ? Parce que si c'&#233;tait inscrit dans la Constitution, &#231;a servirait de point d'appui aux &#233;cologistes, aux groupements de citoyens, pour contester les lois. La loi, c'est l'acte de l'&#201;tat. Et la loi en tant qu'acte de l'&#201;tat est inspir&#233;e par le calcul &#233;conomique alors que les droits sont produits par la soci&#233;t&#233;, sur la base de ses besoins. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Le juge lui-m&#234;me a le pouvoir et m&#234;me le devoir d'interpr&#233;ter la loi, sous r&#233;serve qu'il donne publiquement des justifications. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, c'est une observation d&#233;terminante. Le probl&#232;me du droit et de la loi c'est qu'ils sont exprim&#233;s dans des mots, et les mots sont, c'est une banalit&#233; de le dire, polys&#233;miques. Quand le juge doit juger, il part des textes, d'&#233;nonc&#233;s juridiques. Et pour que &#231;a devienne des normes juridiques, il faut qu'il y ait un travail d'interpr&#233;tation. Le travail d'un juge est de choisir entre les diff&#233;rents sens possibles de mots pour appliquer la loi dans le cas pr&#233;cis. D'o&#249; l'importance pour le juge de motiver sa d&#233;cision : pourquoi il choisit le sens A et pas le sens B ou C. Ce travail d'interpr&#233;tation n'est pas un travail discr&#233;tionnaire. Le juge n'est pas libre de choisir n'importe quelle interpr&#233;tation. &lt;br /&gt;
Un de mes coll&#232;gues allemands parle de &#171; soci&#233;t&#233; ouverte des interpr&#232;tes &#187;. Moi je parle, et c'est un terme que j'ai emprunt&#233; &#224; Foucault, de &#171; r&#233;gime d'&#233;nonciation concurrentielle de la norme &#187;. Un mot, par exemple le mot &#171; &#233;galit&#233; &#187;, ne change pas mais son contenu oui : en 89, il d&#233;signait &#233;galit&#233; entre les hommes, aujourd'hui il signifie entre les hommes et les femmes et demain il signifiera &#233;galit&#233; entre les fran&#231;ais et les &#233;trangers. &lt;br /&gt;
Le juge est un &#233;l&#233;ment de la cha&#238;ne herm&#233;neutique, il rentre dans un r&#233;gime d'&#233;nonciation concurrentielle des normes : des institutions sont intervenues dans cette cha&#238;ne (des soci&#233;t&#233;s savantes, des syndicats, des associations, des juridictions internationales, le parlement...). Il y a eu un d&#233;bat sur que signifie le mot.&lt;br /&gt;
Aussi je conteste l'id&#233;e d'un gouvernement des juges, car le juge n'a pas un pouvoir libre, discr&#233;tionnaire, arbitraire d'interpr&#233;tation. Il fait partie d'un ensemble d'interpr&#232;tes, qui sur un m&#234;me mot donnent des interpr&#233;tations diff&#233;rentes et, lui, il est un maillon de la cha&#238;ne herm&#233;neutique qui le conduit &#224; un moment donn&#233; &#224; retenir l'interpr&#233;tation A, mais qui n'est valable que pour le moment pr&#233;sent, le mot pourra changer de sens dans 10 ans, 15 ans, etc.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Dewey dit quelque chose qui fonde vraiment beaucoup de choses. &#171; Le public est cr&#233;&#233; par le politique, qui le rassemble autour des questions qui le concernent &#187;. &lt;br /&gt;
En disant que &#171; le peuple est une cr&#233;ation artificielle ; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, il est cr&#233;&#233; par le droit et, plus pr&#233;cis&#233;ment encore, par la Constitution &#187; ne pensez-vous pas donner un primat au droit et &#224; la &#171; Constitution &#187; sur la politique ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Cela recoupe la discussion qu'on vient d'avoir : quand Dewey dit &#171; le public est cr&#233;&#233; par le politique &#187;, moi je dis que &#171; le public est cr&#233;&#233; par les contestations sociales, politiques &#187;, Et ce sont ces contestations qui aboutissent au droit et qui vont faire le citoyen. Je reprendrai la phrase de Simone de Beauvoir, &#171; on ne nait pas femme, on le devient &#187; : on ne nait pas citoyen, on le devient. Comment ? Par les luttes sociales qui vont aboutir &#224; ce que soit reconnu un droit. C'est cette revendication d'inscription dans la constitution dans le droit, au sens de volet social, qui construit le peuple. &lt;br /&gt;
Alors est-ce que je privil&#233;gie le droit ? Je dois pr&#233;ciser le sens dans lequel le droit (son volet social) cr&#233;e le public ? Au sens o&#249; le droit est comme le miroir de Blanche Neige ! Au moment o&#249; la reine se regarde dans son miroir et demande au miroir, &#171; est-ce que je suis la plus belle ? &#187;, le miroir lui dit &#171; non, tu n'es pas la plus belle, c'est Blanche-Neige &#187;. Le miroir donne son identit&#233; &#224; la reine et elle va se comporter comme le miroir lui dit qu'elle est ; elle va essayer de tuer Blanche-Neige. &lt;br /&gt;
La Constitution, son volet social, est le miroir qui &#171; donne &#187; son identit&#233; au peuple qui se voit dans la constitution et se dit : &#171; Tiens, j'ai le droit &#224; la sant&#233;, je vais donc me comporter ainsi et je vais demander &#224; l'&#201;tat de me reconna&#238;tre l'acc&#232;s &#224; la sant&#233; &#187;. Et c'est une des raisons pour lesquelles, l&#224; encore, l'&#201;tat r&#233;siste &#224; l'inscription dans la Constitution de droits. &lt;br /&gt;
Si une contestation reste au niveau politique, l'&#201;tat peut s'en arranger ; mais d&#232;s lors que c'est inscrit dans le droit, c'est diff&#233;rent. La premi&#232;re chose qu'ont fait les r&#233;volutionnaires en 1789, ce n'est pas de guillotiner le roi, mais de d&#233;cider de la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen, car c'est la d&#233;claration qui fait le peuple. Il y a une phrase extraordinaire de Mirabeau : &#171; quand on a pris le pouvoir, la France &#233;tait une mosa&#239;que de peuples. Et maintenant nous sommes un peuple &#187;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_3.jpg?1756738676' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;The Crown Jewels
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Blaise-Alexandre Desgoffe
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#232;se 2 : les Citoyens ne sont pas dans le corps des repr&#233;sentants&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La d&#233;mocratie continue s'oppose dites-vous &#171; &#224; la double erreur &#187; de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative et de la d&#233;mocratie directe. &lt;br /&gt;
Pourquoi parlez-vous de &#171; la double erreur &#187; de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative et de la d&#233;mocratie directe ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Pourquoi la double erreur ? La d&#233;mocratie repr&#233;sentative c'est tout le pouvoir aux repr&#233;sentants et la d&#233;mocratie directe c'est &#224; l'inverse, tout le pouvoir au peuple. Et les deux se fondent sur l'unit&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;C'est l'&#233;l&#233;ment central de votre th&#232;se, qui est justement de ne pas vouloir d'un corps unique, mais de partir de deux corps qui peuvent dialoguer et doivent d&#233;cider ensemble... &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; La souverainet&#233; me para&#238;t un principe dangereux &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Ce que je critique, c'est qu'il y ait un monopole du pouvoir de d&#233;cision, de la comp&#233;tence normative, soit aux repr&#233;sentants, soit au peuple. En pr&#233;tendant la donner au peuple, on ne change rien puisque la comp&#233;tence normative restera un monopole. Et c'est cette id&#233;e de monopole que je conteste en parlant de &#171; r&#233;gime d'&#233;nonciation concurrentielle de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;. &lt;br /&gt;
Et ce qui me para&#238;t le signe distinctif de la d&#233;mocratie, c'est pr&#233;cis&#233;ment de reconna&#238;tre la pluralit&#233; des corps. Si vous prenez dans les entreprises, le corps des ouvriers, n'est pas dans le corps des patrons. Et pourtant, les patrons voudraient nous faire croire que leur int&#233;r&#234;t est l'int&#233;r&#234;t des ouvriers. Et donc la d&#233;mocratie est rentr&#233;e p&#233;niblement dans les entreprises, en faisant reconna&#238;tre qu'il y a le corps des ouvriers et celui des patrons. Et ces deux corps doivent dialoguer pour arriver &#224; trouver un modus vivendi. Et c'est pareil, partout. &lt;br /&gt;
Autrement dit, si je vais jusqu'au bout de ma pens&#233;e, ce que je critique, ce n'est pas de poser la souverainet&#233; dans le peuple ou de repr&#233;sentants, mais le fait que la souverainet&#233; soit donn&#233;e &#224; un corps. La souverainet&#233; me para&#238;t un principe dangereux.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Je suis tout &#224; fait d'accord avec vous. Le principe de souverainet&#233; est l'un des principes sur lequel il faut porter son attention, qui peut &#234;tre un principe tr&#232;s dangereux : nous y reviendrons.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Mais pr&#233;cis&#233;ment je ne suis pas pour la d&#233;mocratie directe ou celle des repr&#233;sentants, parce que je suis contre le principe m&#234;me de souverainet&#233;, que ce soit la souverainet&#233; des repr&#233;sentants ou la souverainet&#233; du peuple. Avec la souverainet&#233; on ne fait que transf&#233;rer la l&#233;gitimit&#233; de droits divins, d'abord &#224; la nation, aux repr&#233;sentants, puis ensuite au peuple. Ce que dit Dieu n'est pas contestable, ce que dit le peuple n'est pas contestable, ce que dit... Vox Populi, Vox Dei. &lt;br /&gt;
Pour que cela puisse &#234;tre contest&#233;, il faut qu'il y ait plusieurs corps. Donc la d&#233;mocratie c'est la reconnaissance de la pluralit&#233; des corps.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pierre Dardot et Christian Laval, dans leur dernier livre, Instituez les mondes, critiquent la notion de souverainet&#233; utilis&#233;e au niveau de la nation, mais aussi dans les relations internationales, pour poser une autorit&#233; sans limite tout &#224; fait contraire aux notions de d&#233;mocratie et &#224; la construction de la paix. C'est ce que dit aussi Bertrand Badie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Absolument. J'ai organis&#233; avec un de mes coll&#232;gues, Olivier de Frouville, un colloque il y a 2-3 ans, &#171; D&#233;mocratiser l'espace-monde &#187;. La d&#233;mocratie ne s'arr&#234;te pas &#224; l'&#233;tat-nation. La d&#233;mocratie est post-nationale et peut-&#234;tre m&#234;me mondiale par la reconnaissance d'une citoyennet&#233; du monde &#224; partir d'une conception que j'ai d&#233;fendue dans un ouvrage : l'id&#233;e d'une constitution connect&#233;e. &lt;br /&gt;
J'y remets en cause le principe de souverainet&#233;, puisque ce principe a &#233;t&#233; fait par et pour l'&#201;tat ; or la d&#233;mocratie continue s'appuyant essentiellement sur l'espace public, sur la soci&#233;t&#233;, sur les publics, est continue au-del&#224; des fronti&#232;res de l'&#201;tat et rencontre d'autres conceptions, d'autres cultures, d'autres mani&#232;res de vivre la d&#233;mocratie. Et je parle de constitution connect&#233;e, hybride, &#224; partir des propos d'un historien indien, Sanjay Subramanian, qui est le th&#233;oricien de l'histoire connect&#233;e. Et en m'appuyant sur ses travaux, je parle de constitution connect&#233;e. Ainsi je participe &#224; un groupe de travail pr&#233;sid&#233; par Yadh Ben Achour sur la r&#233;daction d'un trait&#233; international cr&#233;ant une cour constitutionnelle internationale. Donc &#233;videmment dire que la d&#233;mocratie continue signifie qu'elle continue dans cet espace monde.&lt;br /&gt;
Je d&#233;fends depuis longtemps cette id&#233;e que la d&#233;mocratie ne s'arr&#234;te pas &#224; l'&#201;tat : le principe de souverainet&#233; n'est plus aujourd'hui un principe qui nous dit ce qu'il en est du politique, et il faut donc inventer un autre principe qui est ce que j'appelle le principe du commun, le principe de l'en commun. Quels sont, du point de vue des standards constitutionnels internationaux, les droits et principes que l'on peut retrouver, qui sont l'en commun de la plan&#232;te, l'en commun de l'humanit&#233;, sur laquelle pourrait se fonder une constitution mondiale ? Non pas au sens constitution politique, non pas au sens il faudrait un pr&#233;sident mondial, un parlement mondial, etc., mais au sens du volet social, c'est-&#224;-dire une constitution qui &#233;nonce les standards constitutionnels internationaux &#224; partir desquels s'organiserait la vie de l'humanit&#233; de la plan&#232;te. Le mot continue indique plus une rupture, et c'est pour &#231;a que je le pr&#233;f&#232;re aux adjectifs d&#233;lib&#233;rative ou participative.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;C'est une continuit&#233; dans l'espace non limit&#233; &#224; la surface d'un territoire national, dans le temps, dans l'ensemble des activit&#233;s sociales.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Continue veut dire &#171; non limit&#233; &#224; l'espace &#233;tatique &#187;, au sens o&#249; le principe d&#233;mocratique descend dans l'entreprise. L'entreprise automobile par exemple n'est pas faite pour produire des voitures, elle est faite pour qu'&#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise on respecte les droits syndicaux, qu'on respecte le droit &#224; la sant&#233;, qu'on respecte les droits &#224; des conditions de travail dignes, qu'on respecte la parit&#233; et qu'on respecte la s&#233;paration entre le corps des ouvriers et le corps des patrons. &lt;br /&gt;
Et continue, &#231;a veut dire aussi que tous ces principes-l&#224; doivent s'&#233;tendre au-del&#224; de la nation, doivent s'&#233;tendre &#224; ce qu'on a appel&#233; avec Olivier de Frouville, l'espace monde. Aujourd'hui, l'espace monde n'est pas d&#233;mocratique. Il est entre les mains du march&#233;, des lobbies, des &#233;tats. M&#234;me les &#233;tats sont parfois sous la coupe des lobbies. Et donc l'id&#233;e est de faire rentrer les droits fondamentaux dans le vivre ensemble mondial. Id&#233;e que l'on retrouve dans les propos de Bertrand Badie qui a fait la conclusion de notre colloque.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Sous quelle forme pourrait prendre cette institution des deux corps que vous proposez ? Une forme centralis&#233;e ou locale ? &lt;br /&gt;
Est-ce la forme d'une cour, d'un conseil constitutionnel ? Ne risque-t-on pas d'&#234;tre alors tr&#232;s indirect malgr&#233; tout ? Ne peut-on pas imaginer des formes o&#249; le droit pourrait descendre au niveau du citoyen ? &lt;br /&gt;
Et quel rapport, y aurait-il avec la justice ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Alors oui, vous avez raison, mais je ne r&#233;duis pas l'institutionnalisation de la d&#233;mocratie continue &#224; la cour constitutionnelle. De m&#234;me que tout &#224; l'heure, je fondais la comp&#233;tence normative des citoyens sur l'article 6 de la D&#233;claration des Droits de l'Homme, qui affirme que les citoyens concourent personnellement aux d&#233;cisions, je fonde le droit de regard des citoyens tout au long de l'intervalle entre deux moments &#233;lectoraux sur le pr&#233;ambule de la D&#233;claration. &lt;br /&gt;
Quand ils r&#233;digent la d&#233;claration de 89, les r&#233;volutionnaires en pr&#233;sentent la raison dans le pr&#233;ambule : &#171; Afin, de permettre &#224; tous les membres du corps social, [on dirait aujourd'hui les citoyens], de comparer les actes du pouvoir l&#233;gislatif et du pouvoir ex&#233;cutif aux droits que nous &#233;non&#231;ons. Et deuxi&#232;mement, afin de permettre aux membres du corps social de r&#233;clamer, [le verbe est d'eux], de r&#233;clamer s'il apparaissait un &#233;cart entre ce que fait le pouvoir l&#233;gislatif et les droits &#233;nonc&#233;s &#187;. &lt;br /&gt;
Je sais que &#231;a va choquer mais j'assume et je le dirai encore haut et fort : la d&#233;claration de 1789 invite &#224; &#234;tre woke : la d&#233;claration de 1789 invite les citoyens &#224; &#234;tre en &#233;veil, &#224; &#234;tre woke, pour pouvoir comparer ce que font leurs repr&#233;sentants et, si de cette comparaison il appara&#238;t que &#231;a ne va pas, pour pouvoir r&#233;clamer. Et la cour constitutionnelle, le juge en g&#233;n&#233;ral, mais le juge constitutionnel en particulier, constituent pr&#233;cis&#233;ment cette institution auquel le citoyen va s'adresser pour r&#233;clamer en disant : &#171; vous venez de voter une loi sur l'organisation de la sant&#233; mais si je compare le droit &#224; la sant&#233; et votre loi, je vois qu'il y a une atteinte &#224; l'acc&#232;s &#224; la sant&#233;. Donc je r&#233;clame. Je r&#233;clame la censure de la loi &#187;. &lt;br /&gt;
C'est pour &#231;a que je consid&#232;re que ceux qui sont anti-woke sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ne veulent pas de d&#233;mocratie. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Donc la premi&#232;re institutionnalisation de la d&#233;mocratie continue, ce sont pour vous des institutions qui permettent aux citoyens de voir, de comparer et de r&#233;clamer. &lt;br /&gt;
Mais pr&#233;cis&#233;ment, comment voyez-vous les formes pour que ce soit pratique, accessible aux citoyens, et que cela conduise &#224; des effets ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La premi&#232;re forme c'est la forme judiciaire, juridictionnelle. On s'adresse au juge pour lui demander de constater qu'il y a un &#233;cart entre le droit et la loi et que la loi doit donc &#234;tre &#233;cart&#233;e, annul&#233;e, censur&#233;e. &lt;br /&gt;
D'autres institutions sont &#233;videmment la libert&#233; de la presse, son ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de tous les pouvoirs, parce que c'est la presse qui permet aux citoyens de comparer. C'est la libert&#233; universitaire, la libert&#233; acad&#233;mique, parce que ce sont les universitaires, les chercheurs, qui exercent cette libert&#233; de critique, de regard et de comparaison, de voir la mis&#232;re du monde de Bourdieu par exemple. Et on voit bien aujourd'hui que tous les r&#233;gimes anti d&#233;mocratique, s'attaquent au juge, &#224; la libert&#233; de la presse et &#224; la libert&#233; acad&#233;mique, voir ce qui se passe aux &#201;tats-Unis. &lt;br /&gt;
Troisi&#232;me institution qui me para&#238;t importante, ce sont les conventions de citoyennes, bien entendu &#224; condition que les conventions de citoyens soient pr&#233;vues dans la Constitution. En les mettant dans la Constitution, on inscrit le citoyen dans le processus de prise de d&#233;cision. &lt;br /&gt;
J'ai particip&#233; &#224; un groupe de travail qui a r&#233;dig&#233; une proposition de loi qui a &#233;t&#233; reprise par des d&#233;put&#233;s de gauche, et qui a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e &#224; l'Assembl&#233;e Nationale le 15 janvier dernier, et qui a pour objet pr&#233;cis&#233;ment d'inscrire les conventions de citoyens dans le processus. Et je retrouve la question que vous me posez au d&#233;part, dans le processus de d&#233;cision. &lt;br /&gt;
Ce qui fait l'originalit&#233; de la proposition de loi, qui la diff&#233;rencie de ce qu'il se fait actuellement, c'est que les conventions de citoyens doivent aboutir &#224; la r&#233;daction d'une proposition de loi. Ils ne doivent pas se contenter de faire un rapport. Leur travail doit se terminer par la r&#233;daction d'une proposition de loi. Et cette proposition de loi serait transmise &#224; l'Assembl&#233;e nationale et au S&#233;nat qui auraient l'obligation constitutionnelle de l'inscrire &#224; l'ordre du jour et de la discuter. Et un membre de la Convention citoyenne viendrait d&#233;fendre devant l'Assembl&#233;e nationale et devant le S&#233;nat la proposition. Il y aurait donc une navette qui se mettrait en place entre la Convention citoyenne, l'Assembl&#233;e nationale et le S&#233;nat, une navette qui ferait que les citoyens par cette convention seraientt inclus dans le processus de fabrication de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Aujourd'hui, on fait des conventions citoyennes et on fait une barri&#232;re entre les conventions citoyennes de l'Assembl&#233;e nationale et le S&#233;nat.&lt;br /&gt;
Par l'interm&#233;diaire de ces conventions tir&#233;es au sort, le citoyen entre dans ce processus de fabrication de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;
Les institutions de la d&#233;mocratie continue, ce sont des institutions qui permettent d'exercer cette fonction de regard et de comparaison et de r&#233;clamation, ce sont toutes les institutions qui permettent de faire rentrer le citoyen dans le processus de fabrication de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;
Il en est exclu actuellement. Et cela peut et doit &#234;tre d&#233;clin&#233; au niveau local, c'est-&#224;-dire qu'on pourrait introduire dans le code g&#233;n&#233;ral des collectivit&#233;s locales l'obligation pour les conseils municipaux, les assembl&#233;es d&#233;lib&#233;rantes de r&#233;unir des conventions de citoyens tir&#233;s au sort suite &#224; une demande de la population et le travail de ces conventions citoyennes locales se traduirait par une proposition de d&#233;cision qui serait soumise &#224; l'Assembl&#233;e qui aurait l'obligation d'en d&#233;lib&#233;rer. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Il n'y a pas que le pouvoir politique qui joue dans la d&#233;mocratie, il y a le march&#233;, qui est aveugle &#224; ce qui est hors de l'&#233;conomie, c'est-&#224;-dire &#224; tout ce qui est social, humain, environnemental. R&#233;duire la domination du march&#233; est absolument n&#233;cessaire. La probl&#233;matique des communs me para&#238;t &#224; fait essentielle aussi pour la d&#233;mocratie, parce qu'elle permet de r&#233;duire, par leurs principes m&#234;me, le pouvoir dominant du march&#233;.&lt;br /&gt;
Ne faudrait-il pas des propositions de transformation de la loi sur les communs ? Les communs ne pourraient-ils pas &#234;tre une de ces formes d'institutionnalisation de la d&#233;mocratie ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Comme pour la d&#233;mocratie, je dirais que l'en commun doit &#234;tre d&#233;fini par les publics. Il est tr&#232;s difficile de donner une d&#233;finition th&#233;orique et a priori de l'en commun. Il faut que &#231;a vienne de la soci&#233;t&#233; qui consid&#232;re &#224; un moment donn&#233; que tel bien fait partie du commun et ne peut pas &#234;tre appropri&#233; par le march&#233;. Et cette non appropriation par le march&#233; passe &#224; un moment donn&#233; par la reconnaissance dans le volet social d'un texte constitutionnel. &lt;br /&gt;
Alors, pour moi, le commun c'est tout ce qu'une soci&#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233; consid&#232;re ne pas pouvoir &#234;tre command&#233; par la logique du march&#233;. Et donc c'est quelque chose de n&#233;cessairement &#233;volutif en fonction de ce que la soci&#233;t&#233; &#224; un moment donn&#233; consid&#232;re comme devant basculer de la logique du march&#233; &#224; la logique de l'en commun.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/citoyen_democratie_4.jpg?1756738676' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Study B
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Amadeo de Souza-Cardoso
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Th&#232;se 4 : la justice n'est pas un pouvoir de l'&#201;tat mais un pouvoir de la d&#233;mocratie &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pouvez-vous r&#233;sumer cette id&#233;e que la justice n'est pas un pouvoir de l'&#201;tat mais un pouvoir de la soci&#233;t&#233;, &#224; l'intersection des trois espaces constitutifs de la soci&#233;t&#233;, les espaces civils, publics et politiques ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Je propose de supprimer le minist&#232;re de la Justice. Je ne reviens pas en d&#233;tail sur mes propositions. Mais dans ma conception de la d&#233;mocratie continue, le juge se trouve &#224; l'articulation des trois espaces. Espaces civils, espaces publics, espaces &#233;tatiques. Et l&#224; encore, constatant ces derni&#232;res ann&#233;es la mani&#232;re dont tout &#231;a fonctionne, j'ai r&#233;sum&#233; cela en posant la justice en dehors de l'&#201;tat et &#224; l'articulation des trois espaces, en quelque sorte pour faire de la justice un passeur. Ce sont eux qui doivent aider au passage du pr&#233;-normatif au normatif.&lt;br /&gt;
Et si vous prenez l'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es, l'&#233;volution de la loi commence par les juges. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui re&#231;oivent toute la mis&#232;re du monde. Ils re&#231;oivent les licenciements collectifs, les probl&#232;mes des familles, les d&#233;sastres &#233;cologiques, l'autoroute A69. Avant la loi Veil, il y a eu le proc&#232;s Bobigny. Ce sont les juges les premiers qui ont dit que ce n'est plus possible de consid&#233;rer l'avortement comme un crime. C'est d'abord le juge, parce que c'est venu devant lui, qui fait passer du pr&#233;-normatif au normatif. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Dans la conception de Pierre Dardot et Christian Laval, dans leur dernier livre &#171; Instituer les mondes &#187;, ils pensent une soci&#233;t&#233; qui serait bas&#233;e sur les communs et les Communes, parce qu'il faut horizontaliser aussi parfois les communs. Les communs, ils ne les voient pas uniquement comme locaux, mais aussi comme globaux, &#224; une &#233;chelle plus importante.&lt;br /&gt;
L'institutionnalisation de la d&#233;mocratie continue par le droit (vu sous l'angle du social, en lien avec la contestation de la soci&#233;t&#233;) que vous mettez en avant ne pourrait-elle pas &#234;tre le lien entre le local (le citoyen) et le global (le vivre ensemble collectif lib&#233;r&#233; des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques de l'&#201;tat) ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je crois que c'est le sociologue Baumann qui comparait la soci&#233;t&#233; d'avant, o&#249; tout reposait sur du solide - la classe ouvri&#232;re, la bourgeoisie, les paysans et on faisait un compromis entre la classe ouvri&#232;re (&#171; tu g&#232;res la s&#233;curit&#233; sociale &#187;), la bourgeoisie (&#171; tu sers l'&#233;conomie &#187;) &#224; la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui o&#249; on est dans des soci&#233;t&#233;s fluides. Pour que ces soci&#233;t&#233;s fluides ne flottent pas, il faut qu'il y ait quelque chose de commun, et ce quelque chose de commun, pour moi, ce sont les droits fondamentaux. Tout peut &#234;tre rattach&#233;, en quelque sorte, &#224; ce miroir que l'on construit par nos contestations. Donc, le points sur lequel s'appuyer, ce sont, me semble-t-il, les droits, le code d'acc&#232;s &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Mai 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les fondations conceptuelles de l'institution des nouveaux mondes</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no5/grands-entretiens/article/les-fondations-conceptuelles-de-l-institution-des-nouveaux-mondes</link>
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		<dc:date>2025-09-01T13:33:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Grands entretiens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Instituer les mondes, pour une cosmopolitique des communs ce nouvel ouvrage de Pierre Dardot et Christian Laval propose &#171; une strat&#233;gie qui vise la transformation politique, &#233;conomique et sociale de la plan&#232;te. Cette strat&#233;gie vise conjointement la r&#233;sistance &#224; la guerre (...) et le renversement des structures de domination qui se soutiennent l'une l'autre : capitalisme, patriarcat, racisme, colonialisme, &#233;tatisme &#187;. En tirant de l'histoire des luttes pour cette r&#233;volution du monde, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no5/grands-entretiens/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;5&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/grands-entretiens" rel="tag"&gt;Grands entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/christian_laval.jpg?1756733584' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Instituer les mondes, pour une cosmopolitique des communs ce nouvel ouvrage de Pierre Dardot et Christian Laval propose &#171; une strat&#233;gie qui vise la transformation politique, &#233;conomique et sociale de la plan&#232;te. Cette strat&#233;gie vise conjointement la r&#233;sistance &#224; la guerre (...) et le renversement des structures de domination qui se soutiennent l'une l'autre : capitalisme, patriarcat, racisme, colonialisme, &#233;tatisme &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tirant de l'histoire des luttes pour cette r&#233;volution du monde, les fondations conceptuelles permettant d'instituer ces nouveaux mondes, l'ouvrage d&#233;gage les impasses et pose des principes forts qui peuvent orienter les luttes mais sans les enfermer : la transformation ne pourra &#234;tre que mondiale, sans doute sous l'impulsion du Sud ; elle sera tout autant anti capitaliste, que contre le patriarcat, le racisme et le colonialisme et contre &#171; l'&#201;tat construit sur le principe de la souverainet&#233;, l'un des premiers obstacles &#224; la souverainet&#233; populaire &#187; ; les communs, &#171; l'auto-gouvernement des milieux de vie &#187; et les Communes, &#171; des communs politiques territoriaux s'articulant &#224; toutes les autres institutions communes &#187; seront l'unit&#233; politique de base de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/fondations_conceptuelles_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/fondations_conceptuelles_1.jpg?1756733447' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Evening Rendezvous
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Norman Lewis
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortir du mod&#232;le de la souverainet&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pourquoi le d&#233;passement du cadre inter &#233;tatique actuel est-il, &#224; vos yeux, indispensable pour penser l'&#233;mancipation des peuples ? Pourquoi le principe de souverainet&#233; par lequel l'&#201;tat ou la Nation n'ont de compte &#224; rendre &#224; personne dans leurs actions, constitue-t-il l'un des principaux obstacles &#224; cette lutte &#233;mancipatrice ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; Les &#201;tats construits sur le principe de la souverainet&#233;, c'est-&#224;-dire sur le principe d'un pouvoir supr&#234;me &#224; l'int&#233;rieur d&#233;fini par des fronti&#232;res, sont en tant que tels des obstacles &#224; l'exercice de la souverainet&#233; populaire &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous sommes les h&#233;ritiers d'une histoire mondiale qui en quelques si&#232;cles a vu na&#238;tre quelques 200 &#201;tats qui, pour &#234;tre diff&#233;rents les uns des autres, ont tous quelque chose du mod&#232;le d'organisation politique n&#233;e au Moyen &#226;ge et calqu&#233;e sur la souverainet&#233; pontificale. Les relations dites internationales sont encore aujourd'hui des relations inter&#233;tatiques, m&#234;me lorsqu'elles concernent des particuliers, des associations, des entreprises dont les identit&#233;s restent largement marqu&#233;es par leurs ancrages nationaux. C'est un fait. Mais on n'en tire plus les cons&#233;quences comme pouvaient le faire nombre de d&#233;mocrates radicaux au XIXe si&#232;cle, dont un certain Karl Marx. Les &#201;tats construits sur le principe de la souverainet&#233;, c'est-&#224;-dire sur le principe d'un pouvoir supr&#234;me &#224; l'int&#233;rieur d&#233;fini par des fronti&#232;res, sont en tant que tels des obstacles &#224; l'exercice de la souverainet&#233; populaire, laquelle dans le meilleur des cas, est canalis&#233;e et neutralis&#233;e par des institutions dites de repr&#233;sentation, qui sont autant de moyens de d&#233;possession du pouvoir de d&#233;lib&#233;rer, de d&#233;cider, d'agir. Professionnels de la politique et bureaucratie ont vid&#233; la d&#233;mocratie de son effectivit&#233;. On voit bien le r&#233;sultat aujourd'hui alors que triomphent les d&#233;magogues et les autocrates qui pr&#233;tendent incarner la vox populi. C'est l'aboutissement et le comble de la d&#233;possession politique. Ce qui manquent ce sont les institutions de la d&#233;mocratie r&#233;elle, &#224; tous les &#233;chelons. Pour nous, ces institutions s'appellent les communs et les communes, dont le principe est celui de l'autogouvernement.&lt;br /&gt;
Mais il faut ajouter ceci. Cette organisation inter&#233;tatique du monde, qui a trouv&#233; au XXe si&#232;cle une codification juridique, est en train de s'effondrer avec les violations les plus flagrantes et les plus criminelles d'&#201;tats qui font de leur souverainet&#233; des armes de destruction massive de la libert&#233; d'autres peuples. Les imp&#233;rialismes sont de retour. On voit mieux aujourd'hui la contradiction qui existait d&#232;s le d&#233;part entre la paix mondiale, raison d'&#234;tre des &#171; Nations unies &#187;, et le principe de la souverainet&#233; des &#201;tats. Ces derniers qui divisent et opposent les groupes humains ne sont en aucune mesure les moyens de faire face aux menaces qui p&#232;sent sur la vie collective sur la plan&#232;te. Pire, ils les aggravent. Un signe majeur qui ne trompe pas. Alors que l'ONU se donnait pour objectif le d&#233;sarmement des &#201;tats, la course folle au surarmement est relanc&#233;e partout y compris en Europe. &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Les communs, base du gouvernement des composantes du monde &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;En quoi les communs vous paraissent-ils pouvoir &#234;tre les institutions qu'il faut substituer au mod&#232;le classique de la souverainet&#233; ? Quelles sont leurs traits principaux qui leur permettent de porter l'essence m&#234;me de la vie sociale en m&#234;me temps que de la vie tout court dans un m&#234;me ensemble ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; Les communs, c'est [...] la forme institutionnelle anti-&#233;tatique et m&#234;me anti-capitaliste par excellence &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Dans notre ouvrage Commun, qui date d&#233;j&#224; de plus de dix ans, nous partons de la d&#233;finition la plus courante des communs telle qu'elle est &#233;nonc&#233;e par les commoners eux-m&#234;mes. Les communs peuvent se d&#233;finir comme des institutions qui permettent des mises en commun de ressources, de temps, et d'id&#233;es. Les anglo-saxons parlent de commoning. Ce qui nous int&#233;resse c'est qu'au c&#339;ur des communs, il y a des pratiques coop&#233;ratives dans lesquelles sont engag&#233;s des acteurs qui forment un collectif d&#233;mocratique, fixant lui-m&#234;me les conditions d'acc&#232;s &#224; l'activit&#233; et les r&#232;gles qui r&#233;gissent cette derni&#232;re. Le potentiel alternatif, si je puis dire, de ces communs nous est apparu comme d&#233;cisif. Car toute mise en commun, et elle constitue la trame de la vie sociale, peut donc &#234;tre r&#233;gie par un commun c'est-&#224;-dire une institution auto-gouvern&#233;e. Les communs, c'est donc la forme institutionnelle anti-&#233;tatique et m&#234;me anti-capitaliste par excellence en ce qu'ils ouvrent la voie &#224; un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; dans laquelle le principe supr&#234;me n'est ni la puissance publique de l'&#201;tat ni la puissance priv&#233;e du capital, mais la puissance de d&#233;cider et d'agir des membres des divers collectifs auxquels se rattachent les individus. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pouvez-vous expliquer l'id&#233;e de communs comme &#171; auto gouvernement des milieux de vie &#187; ? (Nous pourrons r&#233;sumer ici votre conception des communs dans l'encadr&#233; ci-contre).&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous parlons en effet dans notre dernier ouvrage des &#171; milieux de vie &#187; comme le fait &#224; sa mani&#232;re Philippe Descola. Nous ne l'avions pas fait de cette mani&#232;re dans notre premier ouvrage. Nous avions d'ailleurs beaucoup trop n&#233;glig&#233; la question &#233;cologique, m&#234;me si elle &#233;tait pr&#233;sente. Ce n'est pas seulement l'exemple des peuples autochtones, ce sont aussi les multiples luttes &#171; socio-territoriales &#187; dans le monde qui nous ont amen&#233;s &#224; penser que les unit&#233;s politiques pertinentes de la d&#233;mocratie n'&#233;taient pas les nations d&#233;limit&#233;es par les fronti&#232;res &#233;tatiques, ni non plus &#171; le monde &#187; imagin&#233; comme un tout homog&#232;ne, mais les lieux o&#249; les gens vivent, se c&#244;toient, agissent et travaillent. Par &#171; milieux de vie &#187; nous n'entendons pas seulement des milieux naturels, bien que cette dimension soit tout &#224; fait d&#233;terminante dans la fa&#231;on dont les habitants doivent prendre en charge la pr&#233;servation de leur &#233;cosyst&#232;me, mais aussi le tissu des institutions et des infrastructures qui conditionnent la reproduction &#233;conomique, sociale et culturelle du milieu de vie. Par milieu de vie nous n'entendons pas non plus seulement la &#171; commune &#187; comme le font le communalisme ou le municipalisme, mais les unit&#233;s territoriales au sein desquelles se nouent les relations les plus denses, les plus fr&#233;quentes, les plus d&#233;terminantes de la vie, et qui doivent &#234;tre r&#233;gies directement par celles et ceux qui en sont les agents. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La lutte des femmes, &#233;tant au c&#339;ur de la lutte pour la reproduction sociale et les conditions de vie, est percut&#233;e de plein fouet par le capitalisme. En quoi l'&#233;co f&#233;minisme (notamment celui de Silvia Federici) constitue-t-il l'une des bases de cette &#171; politique des communs &#187; ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Dans notre nouvel ouvrage, Instituer les mondes (2025), nous poussons plus loin l'analyse en nous posant la question de ce que pourrait &#234;tre une &#171; cosmopolitique des communs &#187; non pas a priori, en partant de principes abstraits, mais en consid&#233;rant les luttes, les exp&#233;rimentations et les mouvements qui ont pour perspective les communs. Et c'est en suivant cette m&#233;thode que nous avons crois&#233; les remarquables &#233;crits de Silvia Federici. La lutte &#233;cof&#233;ministe selon elle doit &#234;tre une &#171; politique des communs &#187;. Son argumentation est fond&#233;e sur une analyse empirique personnelle, notamment en Afrique, o&#249; les femmes assurent les t&#226;ches de la reproduction sociale en commun. Par-l&#224; elles transgressent l'ordre patriarcal et se donnent les moyens de s'&#233;manciper de la tutelle du p&#232;re et du mari. En d'autres termes, les femmes r&#233;alisent des formes d'auto-gouvernement en rupture avec la hi&#233;rarchie entre les genres mais aussi avec la marchandisation du travail des femmes. Ce qui est int&#233;ressant dans cette analyse &#233;cof&#233;ministe, c'est le r&#244;le d&#233;cisif des femmes dans la diffusion du mod&#232;le des communs. Aujourd'hui, les luttes f&#233;ministes dans le monde entier, posent la question des formes institutionnelles de la vie sociale et &#233;conomique qui permettent aux femmes de s'&#233;manciper collectivement, et ceci en rupture avec un f&#233;minisme bourgeois ou n&#233;olib&#233;ral qui n'envisage que des formes de lib&#233;ration individuelle dans le cadre de la soci&#233;t&#233; existante. Mais pour &#233;largir le propos, on peut constater que s'op&#232;rent dans le monde entier des articulations nouvelles entre les mouvements sociaux, entre les mobilisations &#233;cologistes, f&#233;ministes, syndicales, paysannes, &#233;tudiantes. Ces ph&#233;nom&#232;nes de transversalisation et de transnationalisation dessinent une nouvelle &#233;poque des luttes, qu'on appelle parfois un &#171; internationalisme par le bas &#187;, et que nous pr&#233;f&#233;rons nommer une cosmopolitique des communs, parce que les communs constituent de fa&#231;on de plus en plus consciente les institutions qui peuvent r&#233;aliser les objectifs des diff&#233;rents mouvements, l'&#233;galit&#233; des hommes et des femmes, la coop&#233;ration dans le travail, la d&#233;mocratie politique, la protection de l'environnement, et ceci, au-del&#224; des cadres nationaux. Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas l&#224; d'une proposition &#171; en l'air &#187;, mais de ce que portent et de ce que font les mouvements sociaux aujourd'hui, auxquels nous consacrons trois longs chapitres du livre. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les communes comme unit&#233; politique de base et les communs &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pourquoi la commune vous para&#238;t-elle une possible unit&#233; politique de base en substitution du mod&#232;le de la souverainet&#233; ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; Nous proposons de prendre &#224; bras le corps la question des institutions. Elle est absolument centrale, et trop n&#233;glig&#233;e par les forces alternatives &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous partageons avec le n&#233;ocommunalisme tel qu'il est expos&#233; par Murray Bookchin l'id&#233;e selon laquelle la d&#233;mocratie effective doit s'instituer dans des formes politiques de proximit&#233;, celles de la commune ou du quartier quand il s'agit d'une grande ville. Cela ne veut pas dire qu'il ne doit pas y avoir de coordination entre ces institutions de base, bien au contraire. Ce que Proudhon a appel&#233; le &#171; principe f&#233;d&#233;ratif &#187; a pris de nos jours une extension consid&#233;rable dans de multiples domaines, notamment professionnel, associatif ou sportif. On ne voit pas pourquoi l'organisation politique communale, r&#233;gionale, nationale et mondiale ne pourrait pas ob&#233;ir &#224; une semblable forme institutionnelle d&#233;mocratique qui laisse une tr&#232;s grande libert&#233; de d&#233;cision aux unit&#233;s de base dans le cadre de r&#232;gles plus larges. &#192; contrario, la double logique de centralisation et d'accumulation de la puissance politique et &#233;conomique des &#201;tats bloque ce processus d&#233;mocratique, entra&#238;nant avec elle la perp&#233;tuation des guerres, de l'exploitation et de la destruction de la nature. &lt;br /&gt;
Mais nous ne f&#233;tichisons pas, quant &#224; nous, l'unit&#233; communale au point comme le fait Bookchin d'accorder les pleins pouvoirs &#224; l'assembl&#233;e communale, y compris sur les activit&#233;s productives. Il y a l&#224; une sorte de mim&#233;tisme curieux avec la logique souverainiste. Pourquoi toute l'&#233;conomie locale devrait-elle sous le contr&#244;le politique de l'assembl&#233;e communale ? Les producteurs des communs doivent aussi garder leur facult&#233; d'auto-organisation. Il s'agit donc d'articuler la d&#233;mocratie locale, qui certes doit avoir un droit de regard sur les activit&#233;s &#233;conomiques pour ne pas qu'elles nuisent &#224; l'emploi ou au respect de l'environnement, et le principe d'organisation d&#233;mocratique des communs productifs. Dans ce cadre, les communes peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des communs particuliers, des communs politiques territoriaux s'articulant &#224; toutes les autres institutions communes dans lesquelles agissent et travaillent les individus. Pierre Sauv&#234;tre a d&#233;velopp&#233; cette id&#233;e d'articulation entre les communes et les communs en s'appuyant sur des exp&#233;riences politiques r&#233;centes, notamment dans les municipalit&#233;s rebelles espagnoles. Il propose d'appeler cette articulation le &#171; commonalisme &#187;, de l'anglais common. C'est une piste de r&#233;flexion qui nous semble plus f&#233;conde que la seule attention &#224; la commune. Ajoutons encore qu'il en va de la libert&#233; de chacun de participer &#224; plusieurs collectifs, territoriaux ou productifs. C'est sans doute m&#234;me une condition pour articuler libert&#233; collective locale et libert&#233; individuelle. La Charte du Rojava est int&#233;ressante &#224; cet &#233;gard, qui dans ses principes au moins conjugue diff&#233;rentes formes de collectifs auto-gouvern&#233;s qui sont repr&#233;sent&#233;s dans le conseil communal : coop&#233;ratives, syndicats, associations de femmes, de jeunes, etc. L'auto-gouvernement n'est pas seulement un principe territorial, il s'&#233;tend &#224; tous les groupes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;En quoi consiste la cosmopolitique des communs que vous proposez ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous proposons de prendre &#224; bras le corps la question des institutions. Elle est absolument centrale, et trop n&#233;glig&#233;e par les forces alternatives. Quand les altermondialistes ont parl&#233; d'un &#171; autre monde possible &#187; ou quand des partis de gauche parlent de &#171; post-capitalisme &#187;, ils ne nous disent pas quelles seraient les institutions de base qui devraient constituer le socle de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#171; apr&#232;s &#187;. Il y a l&#224; un d&#233;ficit de pens&#233;e qui tient, me semble-il &#224; un double h&#233;ritage. D'abord celui de l'&#233;tatisme qui a p&#233;n&#233;tr&#233; profond&#233;ment les doctrines socialistes et communistes, et ensuite un certain spontan&#233;isme anti-institutionnel, lequel a d'ailleurs rompu avec le meilleur de la tradition anarchiste. La question des institutions est pourtant absolument centrale dans toute perspective d&#233;mocratique radicale. Par ailleurs, on ne peut plus se contenter de r&#233;veiller la m&#233;moire des &#171; conseils ouvriers &#187; ni m&#234;me celle de &#171; l'autogestion &#187;, formes institutionnelles li&#233;es &#224; une certaine &#233;poque du capitalisme industriel et &#224; un &#233;conomisme qui a longtemps persist&#233; &#224; gauche et qui voyait dans l'&#233;conomie le mod&#232;le et la base de l'organisation de toute la soci&#233;t&#233;. De nos jours, et dans de nombreux pays, ce que nous appelons &#171; communs &#187; est le nom de ces institutions alternatives. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Mais en quoi ces communs peuvent-ils constituer le moyen et le but d'une cosmopolitique ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Parler de cosmopolitique, c'est parler d'une politique qui concerne le monde. Mais dire &#171; le monde &#187; c'est encore rester dans des g&#233;n&#233;ralit&#233;s &#224; partir du moment o&#249; l'on ne parle pas des institutions de ce monde, ou plus exactement c'est ne rien dire du tout tant que l'on pense en dehors de toute id&#233;e d'institution du monde. En ce domaine, nous ne partons pas de rien. D'abord il y a eu depuis l'antiquit&#233; de multiples &#171; cosmopolitismes &#187; philosophiques ou religieux. Nous en r&#233;capitulons les grands axes. Il &#233;tait int&#233;ressant de comprendre pourquoi ces conceptions ne sont plus d'actualit&#233;, m&#234;me si certains voudraient encore faire de Kant le nec plus ultra d'une cosmopolitique fond&#233;e sur l'hospitalit&#233;. Ce qui nous appara&#238;t une perspective bien timide &#224; une &#233;poque o&#249; s'impose une coop&#233;ration humaine pour sauver ce qu'on peut de l'habitabilit&#233; de la terre. Il y a par ailleurs des auteurs qui pensent que le mod&#232;le du parlementarisme national pourrait &#234;tre transpos&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, ce qui nous para&#238;t une utopie assez dangereuse par le fait m&#234;me qu'elle implique une centralisation extr&#234;me du pouvoir. Et puis il ne faut pas oublier les auteurs qui croient que la cosmopolitique na&#238;tra de la &#171; cosmopolitisation factuelle &#187; comme si les &#233;changes &#233;conomiques et culturels allaient n&#233;cessairement engendrer une superstructure politique correspondant aux processus &#233;conomiques, d&#233;mographiques et sociaux. Cette sorte de projection qui n'est pas sans rapport avec le d&#233;terminisme marxiste ne correspond pas &#224; ce que l'on peut observer aujourd'hui : la mondialisation capitaliste a engendr&#233; plut&#244;t un regain violent des souverainismes. Nous repartons quant &#224; nous des r&#233;alit&#233;s historiques, c'est-&#224;-dire des &#171; formes du monde &#187; qui se sont institu&#233;es dans l'histoire. Les &#201;tats constituent un monde, ils sont institu&#233;s de sorte &#224; faire ensemble un certain type de monde. Ce monde des &#201;tats a provoqu&#233; des th&#233;orisations philosophiques d'importance mais aussi des contestations. &#192; partir du XVIIIe et du XIXe si&#232;cle, on a pris conscience qu'il y avait un autre monde que celui des &#201;tats, et ce monde c'est celui de l'&#233;conomie, de &#171; l'&#233;conomie-monde &#187; comme dit si intelligemment l'historien Wallerstein. Et ce monde-l&#224; c'est celui du capitalisme sans fronti&#232;res, et c'est aussi celui de l'internationalisme prol&#233;tarien, qui s'installe sur le terrain de ce nouveau monde des &#233;changes &#233;conomiques mondiaux tel qu'il est pens&#233; par les &#233;conomistes et les philosophes lib&#233;raux. Ces institutions du monde, produits de l'histoire, ne sont pas &#233;ternelles. Nous vivons &#224; l'&#233;poque moderne dans une sorte d'articulation de deux types de monde, celui des &#201;tats et celui du capitalisme. L'internationalisme prol&#233;tarien qui se proposait comme un autre type de monde, fond&#233; sur la coop&#233;ration universelle des producteurs, a &#233;chou&#233;. Mais nous nous rendons compte de plus en plus que le m&#233;lange de mondialisation capitaliste et de souverainisme agressif est un danger pour l'humanit&#233;. Ce danger c'est celui de la crise d&#233;finitive du climat, et &#224; plus br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, celui de la guerre &#224; outrance des puissances imp&#233;rialistes. D'o&#249; la proposition politique d'une autre fa&#231;on d'instituer le monde selon le principe du commun, c'est-&#224;-dire le principe de l'auto-gouvernement des milieux de vie. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/fondations_conceptuelles_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/fondations_conceptuelles_2.jpg?1756733447' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Freedom and Truth
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Morohunmubo Olayemi Afolabi
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La multiplicit&#233; des mondes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&#192; la base de la lutte des id&#233;es pour faire advenir cette nouvelle cosmopolitique, se trouve la question de la multiplicit&#233; des mondes. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette id&#233;e de multiplicit&#233; des mondes ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il n'est plus temps de r&#234;ver comme au XIXe si&#232;cle &#224; une unification du monde, ce qui voudrait dire immanquablement la domination d'un mod&#232;le &#233;conomique et politique ou la domination d'une civilisation particuli&#232;re. Les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents ont connu ce genre de pr&#233;tention. Certains la cultivent encore, &#224; n'en pas douter. D'autres ambitionnent de constituer des mondes exclusifs des autres, se prot&#233;geant des autres, ou s'&#233;largissant progressivement. Aux d&#233;pens des autres. C'est la logique de puissance des &#201;tats. On le voit parfaitement avec l'ambition de Poutine d'agrandir le plus possible &#171; le monde russe &#187;. On le voit aussi avec Trump. C'est une mani&#232;re d'unifier non pas le monde entier, mais d'unifier un monde &#224; soi, un sous-monde. &lt;br /&gt;
Nous partons d'une toute autre perspective, qui nous est offerte par les marges et les contestations de ces grandes ambitions &#233;tatiques. Ces marges, ce sont celles des zones, des territoires, des milieux de vie o&#249; ce qui compte ce sont les pratiques d'am&#233;nagement des conditions d'habitabilit&#233; et de coexistence entre les &#234;tres humains et leur environnement. Ce sont tous les mouvements qu'on appelle en Am&#233;rique latine, les &#171; mouvements socio-territoriaux &#187; qui instituent des territoires pour les recr&#233;er en dehors de la souverainet&#233; &#233;tatique et en dehors de la logique capitaliste. Nous prenons l'exemple du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre au Br&#233;sil. Ces travailleurs occupent des terres, les auto-administrent tout en d&#233;veloppant l'agro&#233;cologie. Ils forment une vie sociale et politique autonome. On retrouve cette dynamique plus pr&#232;s de chez nous. La ZAD de Notre-Dame des Landes en a &#233;t&#233; une exemplification. Certes aujourd'hui, ces processus peuvent para&#238;tre absolument tr&#232;s minoritaires, voire minuscules au milieu des &#201;tats et face aux puissances du capitalisme, mais il nous semble qu'ils sont potentiellement porteurs d'un monde commun alternatif qui serait tout sauf homog&#232;ne et unique. Ce monde commun nous l'envisageons comme le r&#233;sultat de la multiplication des milieux de vie auto-gouvern&#233;s et de leur intercommunication par-del&#224; les fronti&#232;res, ce qui serait d'autant plus facile que chacun de ces milieux repose sur des pratiques d&#233;mocratiques et &#233;cologiques qui se ressemblent. Nous reprenons &#224; cet &#233;gard la belle formule des zapatistes du Chiapas qui se donnent pour horizon &#171; un monde o&#249; il y a place pour d'autres mondes &#187;, ce qui suppose logiquement qu'il n'y a pas de place pour les mondes qui refusent les autres mondes. &lt;br /&gt;
Pour nous r&#233;sumer, la d&#233;mocratie du commun telle que nous l'entendons n'&#233;rige pas en mod&#232;le absolu une forme institutionnelle, culturelle, ou sociale. Elle laisse les mondes se composer, tout en permettant leurs n&#233;cessaires coop&#233;rations pour promouvoir des int&#233;r&#234;ts communs. Nous donnons dans Instituer les mondes de nombreux exemples de ces milieux de vie auto-gouvern&#233;s qui refusent l'exclusivit&#233;, la fermeture sur eux-m&#234;mes, la domination d'un groupe sur un autre. Le Chiapas ou le Rojava, auxquels nous consacrons plusieurs pages, en sont des cas embl&#233;matiques.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Mai 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La m&#233;tamorphose de la soci&#233;t&#233; &#224; venir et la violence de la r&#233;action</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no4/grand-entretien/article/la-metamorphose-de-la-societe-a-venir-et-la-violence-de-la-reaction</link>
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		<dc:date>2025-03-14T12:26:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Grands entretiens</dc:subject>

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&lt;p&gt;On ne peut s&#233;parer la transformation sociale &#233;cologique de la soci&#233;t&#233; de la refondation d'une d&#233;mocratie v&#233;ritable : ce sont deux aspects d'une m&#234;me pi&#232;ce, qui concourent l'un et l'autre &#224; la qualit&#233; de la pi&#232;ce elle-m&#234;me. C'est ce que d&#233;montre le grand entretien de Patrick Viveret, qui ouvre le d&#233;bat public que nous voulons engager dans les quatre num&#233;ros prochains de la revue : son ouvrage La Travers&#233;e replace cette refondation d'une d&#233;mocratie v&#233;ritable dans la perspective de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no4/grand-entretien/" rel="directory"&gt;Grand entretien n&#176;4&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/grands-entretiens" rel="tag"&gt;Grands entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/portrait.jpg?1741957892' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On ne peut s&#233;parer la transformation sociale &#233;cologique de la soci&#233;t&#233; de la refondation d'une d&#233;mocratie v&#233;ritable : ce sont deux aspects d'une m&#234;me pi&#232;ce, qui concourent l'un et l'autre &#224; la qualit&#233; de la pi&#232;ce elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que d&#233;montre le grand entretien de Patrick Viveret, qui ouvre le d&#233;bat public que nous voulons engager dans les quatre num&#233;ros prochains de la revue : son ouvrage La Travers&#233;e replace cette refondation d'une d&#233;mocratie v&#233;ritable dans la perspective de la m&#233;tamorphose en cours de la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale. Il la d&#233;crit comme moyen politique de cette m&#233;tamorphose. &lt;br class='autobr' /&gt;
La radicalit&#233; de cette transformation sociale, &#233;cologique et d&#233;mocratique ressort de cette m&#233;taphore de la m&#233;tamorphose, qui replace la &#171; transition &#233;cologique &#187; &#224; sa place : elle conduit &#224; une vision d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la situation, car, comme elle ne fonctionne pas et qu'au contraire elle recule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#233;taphore aide &#224; comprendre le chaos que l'on voit venir : il n'est que la forme de la r&#233;action brutale et exacerb&#233;e des forces violemment hostiles aux m&#233;tamorphoses &#233;cologiques et sociales qui se pr&#233;parent dans la soci&#233;t&#233;. Garder cette vue d'ensemble dans l'adversit&#233; ; comprendre que c'est par la d&#233;mocratisation en profondeur de tous nos rapports sociaux (en alliance avec la nature et le vivant) que les rapports de force s'inverseront, qu'un autre monde surgira.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret1.jpg?1741958401' width='500' height='301' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Larger Spotted Beach Leaf Edge Caterpillar - Emma Beach Thayer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous plaidez dans votre ouvrage1 La travers&#233;e Du temps des chenilles &#224; celui des m&#233;tamorphoses pour une approche de notre &#233;poque en termes de m&#233;tamorphose plut&#244;t que de transition. Mais il commence par une citation surprenante du fait m&#234;me de son auteur : &#171; La d&#233;finition m&#234;me de la s&#233;curit&#233; nationale a chang&#233; et &#224; moins que les dirigeants mondiaux ne s'unissent et n'agissent maintenant sur un programme minimal, il n'y aura plus de terre pour y mener des guerres &#187;, propos tenus par Muhamad Shehbaz Sharif, Premier Ministre du Pakistan, &#224; la Tribune de l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale des Nations unies, automne 2022.&lt;br /&gt;
Pourquoi ouvrir le livre sur cette citation ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, cette citation n'a pas &#233;t&#233; choisie par hasard en ouverture du livre ! Deux risques vitaux structurent la vie collective de nos jours sur notre plan&#232;te : celui qui pourrait la rendre inhabitable, et celui qui pourrait nous auto d&#233;truire par la guerre, civile et / ou internationale. M&#234;me le Premier Ministre pakistanais, apr&#232;s que des inondations aient noy&#233; un tiers de son pays, faisait le lien entre ces deux risques vitaux : &#171; il n'y aura plus de terre pour y mener des guerres ! &#187;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ces deux risques, le risque &#233;cologique et celui de la guerre, constituent-ils ce qui structure notre &#233;poque ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Lors du Dialogue en Humanit&#233; comm&#233;morant en 2018 le soixante dixi&#232;me anniversaire de la D&#233;claration des Droits de l'Homme, nous avions &#233;voqu&#233; le &#171; double d&#233;r&#232;glement climatique &#187;, celui bien s&#251;r du r&#233;chauffement physique ; mais aussi celui, psychique et politique, de &#171; la glaciation &#233;motionnelle &#187;. Or nous voyons d&#233;sormais que le second s'emballe encore plus vite que le premier. Et l&#224; aussi, chaque degr&#233; compte ! Savoir &#224; quel degr&#233; de r&#233;gression on se situe est important, la r&#233;ponse n'est pas la m&#234;me !&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Nous les aborderons successivement dans cette interview, bien que leurs logiques s'additionnent et se renforcent.&lt;br /&gt;
Mais la r&#233;&#233;lection de Donald Trump aux &#201;tats Unis est certainement l'&#233;v&#233;nement qui traduit le mieux la tendance principale du monde actuel et qui le fa&#231;onnera le plus. Pouvez-vous expliciter la nature de cette &#233;volution ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le trumpisme est d'abord le signe de ce second d&#233;r&#232;glement climatique que nous &#233;voquions lors du 70&#233;me anniversaire de la d&#233;claration universelle des droits humains : la glaciation &#233;motionnelle. L'insulte, la haine, la vision manich&#233;enne et bien s&#251;r &#171; la novlangue &#187; qui consiste &#224; se moquer de la r&#233;alit&#233; sont au c&#339;ur de ce qu'il exprime. Il n'est pas &#233;tonnant, dans ces conditions, qu'il soit aussi &#224; la pointe du n&#233;gationnisme concernant le d&#233;r&#232;glement physique du climat. L'un des aspects les plus terrifiants de la novlangue trumpiste est l&#224; : face aux inondations de Valence, aux m&#233;gafeux de Los Angeles quelle est sa r&#233;ponse : forons, forons, forons ! C'est &#224; dire aggravons les causes des futures catastrophes.&lt;br /&gt;
D&#232;s lors la r&#233;sistance &#224; ce qu'il porte - et qui ne se limite pas aux &#201;tats-Unis (on le voit ainsi exprim&#233; dans plusieurs pays europ&#233;ens comme l'Italie, la Hongrie, d&#233;sormais l'Autriche etc.) - doit porter prioritairement sur ces deux terrains : la lutte contre le n&#233;gationnisme qui conduit &#224; l'aggravation des catastrophes &#233;cologiques et le combat face &#224; la haine, &#224; la brutalit&#233;, &#224; la novlangue. Et pour que cette r&#233;sistance soit cr&#233;atrice il faut qu'elle assume aussi son ambition transformatrice. Il nous faut reprendre le th&#232;me des Jours heureux choisi par le Conseil National de la R&#233;sistance au c&#339;ur de la nuit noire de la barbarie et de l'occupation nazie. Pour r&#233;sister et ne pas c&#233;der &#224; la r&#233;signation et au d&#233;sespoir nous avons d'autant plus besoin de penser &#224; l'avenir post Trump, mais aussi post Poutine, post XI Jin Ping bref post tyrannique et oligarchique. Il nous faut organiser, comme dans les maquis, des cercles de parole et d'imagination sur ce que serait un monde o&#249; se combinent enfin justice sociale, responsabilit&#233; &#233;cologique et progression des droits humains. Bref imaginer ce que seront nos nouveaux Jours heureux apr&#232;s cette nuit noire que d&#233;non&#231;ait notre ami r&#233;sistant Claude Alphand&#233;ry dans son ultime message avant sa mort lorsqu'il appelait &#224; la constitution d'une grande &#171; alliance humaniste des forces de vie &#187;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'approche de l'&#233;poque en termes de m&#233;tamorphose plut&#244;t que de transition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous utilisez la m&#233;taphore du passage de la chenille en papillon pour donner une image forte du processus que nous vivons.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit il y a un an. Les choses sont all&#233;es tellement vite, qu'on a l'impression d'&#234;tre pass&#233; directement &#224; la phase du chaos du processus de la m&#233;tamorphose ! Or les forces de la chenille voient ce processus comme nous, et elles font appel &#224; des acteurs dont la strat&#233;gie est pr&#233;cis&#233;ment le chaos, le choc !&lt;br /&gt;
Trois raisons me font penser que cette m&#233;taphore traduit plus justement la nature du mouvement dans laquelle nous sommes engag&#233;s, que celle de transition.&lt;br /&gt;
La premi&#232;re raison : l'approche dominante, celle de la transition, conduit &#224; une vision d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la situation, car, comme elle ne fonctionne pas et qu'au contraire elle recule, on est vite d&#233;sesp&#233;r&#233; !&lt;br /&gt;
La seconde : la m&#233;tamorphose est une structure du vivant ! Cette m&#233;taphore non seulement nous relie au vivant, mais nous permet aussi de relier, nommer et comprendre le temps de r&#233;gression et de r&#233;tractation que nous vivons, que l'on peut nommer &#171; le temps des chenilles &#187; ! Cela nous permet aussi de rep&#233;rer les forces de vie, celles &#171; du papillon &#187;, qui au sein des cellules imaginales jouent un r&#244;le d&#233;terminant pour pr&#233;parer la naissance du papillon, le &#171; temps de la chrysalide &#187;.&lt;br /&gt;
La troisi&#232;me raison : la m&#233;taphore nous montre que ce temps du chaos, qui est en fait celui de la chrysalide, peut &#234;tre plus cr&#233;ateur que destructeur. Alain Damasio (dans son ouvrage Les furtifs) et F&#233;lix Guattari l'appelaient le &#171; temps de la chaosmose &#187;, dont ils montraient le c&#244;t&#233; positif. Il ne faut pas en avoir une vision lin&#233;aire, simplificatrice comme celle que portent les mots de Transition ou de R&#233;volution ou m&#234;me de &#171; Grand basculement &#187; trop marqu&#233;s par un mod&#232;le lin&#233;aire. Car la question de l'apr&#232;s bifurcation est fondamentale : dire &#171; il suffit de faire s'&#233;crouler l'ancien monde, pour que le nouveau monde devienne d&#233;sirable &#187; est faux ! Il peut au contraire &#234;tre r&#233;gressif et plus grave !&lt;br /&gt;
La m&#233;taphore de la m&#233;tamorphose est plus riche, car elle s'appuie sur le vivant, mais ce n'est qu'une m&#233;taphore. Cette &#233;volution n'a rien &#224; voir avec un quelquonque d&#233;terminisme. La m&#233;taphore est &#224; manier avec prudence ! Le papillon a d'ailleurs une dur&#233;e de vie tr&#232;s limit&#233;e !&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret2.jpg?1741958401' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Bien qu'il ne s'agisse que d'une m&#233;taphore, comment nous aide-t-elle dans la compr&#233;hension du processus de transformation de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&#192; la grande diff&#233;rence avec le r&#232;gne animal, le vivant humain int&#232;gre une conscience r&#233;flexive, qui le pousse &#224; imaginer d'autres possibles : le d&#233;sir diff&#232;re de l'instinct. Si la libert&#233; n'est que &#171; l'adh&#233;sion joyeuse &#224; la n&#233;cessit&#233; &#187; selon l'expression c&#233;l&#232;bre de Spinoza, ni elle, ni la d&#233;mocratie n'ont vraiment de sens ; la libert&#233; m&#234;me limit&#233;e des humains est un enjeu d&#233;terminant auquel ne r&#233;pond pas le d&#233;terminisme.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;N'y a-t-il pas aussi un int&#233;r&#234;t politique &#224; faire comprendre que la m&#233;tamorphose de la soci&#233;t&#233; comprend une phase de pr&#233;paration invisible, silencieuse ; une phase d'accumulation au sein des cellules imaginales de la chenille, o&#249; le corps du papillon se d&#233;veloppe en utilisant son &#233;nergie &#224; elle, en r&#233;action &#224; ses r&#233;sistances ; pr&#233;parant ainsi son envol ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, au sein du cocon, dans la phase de chrysalide on ne voit que de la bouillie, une mutation en grande partie invisible o&#249; les forces de vie n'apparaissent pas clairement. Il y a donc un enjeu majeur &#224; savoir discerner, par la d&#233;lib&#233;ration et le d&#233;bat, la nature des initiatives sociales &#233;mergentes : ainsi, le d&#233;bat pour distinguer entre les dimensions ambivalentes du mouvement des gilets jaunes, transformatrices et d'&#233;mancipation d'une part et r&#233;actionnaires de l'autre, a-t-il &#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;br /&gt;
On doit accepter l'id&#233;e que les choses ne vont pas de soi, que le mouvement est pluriel, que le discernement, le d&#233;bat, ce que nous appelons &#171; la construction des d&#233;saccords &#187; sont des enrichissements indispensables pour construire des &#233;l&#233;ments de diagnostic et les r&#233;ponses strat&#233;giques.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La place de la d&#233;mocratie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La d&#233;mocratie est un &#233;l&#233;ment cl&#233; dans cette m&#233;tamorphose de la soci&#233;t&#233; : la m&#233;tamorphose de la d&#233;mocratie est absolument n&#233;cessaire &#224; la m&#233;tamorphose de la soci&#233;t&#233;, mais c'est en transformant la soci&#233;t&#233;, qu'apparaitront les formes de la d&#233;mocratie v&#233;ritable.&lt;br /&gt;
Comment voyez-vous ces rapports entre m&#233;tamorphose de la d&#233;mocratie et m&#233;tamorphose de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, il y a interaction entre la transformation de la d&#233;mocratie et la mutation de la soci&#233;t&#233; ! Elle n'est pas en surplomb face aux transformations sociales &#233;cologiques qui vont s'op&#233;rer dans la soci&#233;t&#233; ! L'exemple du mouvement Me too est &#233;clairant : il percute la d&#233;mocratie, pousse &#224; changer la loi mais il ne s'agit pas d'une simple projection, il y a un travail autonome du politique qui n'est pas un simple r&#233;ceptacle de l'action sociale : on retrouve l'autonomie du politique et la question philosophique de la libert&#233; !&lt;br /&gt;
L'exemple de la lutte contre les discriminations montre qu'il ne suffit pas qu'il y ait convergence des luttes des discrimin&#233;s (entre leur genre, leur race, leur culture, leur religion ou leur place sociale...) pour que cela produise la victoire de discrimin&#233;s dans une logique d'&#233;mancipation ! Les luttes peuvent avoir entre elles des contradictions, contenir des ambig&#252;it&#233;s, comme l'a montr&#233; le vote d'hommes noirs ou hispaniques aux &#201;tats-Unis lors de la r&#233;&#233;lection de Trump.&lt;br /&gt;
La transcription politique du mouvement social n'est pas simple, ni automatique. Cela conduit &#224; des questions th&#233;oriques : contrairement &#224; la phrase du Manifeste Communiste, &#171; le prol&#233;tariat n'a que ses cha&#238;nes &#224; perdre &#187;, d&#232;s que celui-ci a obtenu des victoires partielles, il a des acquis, il n'a plus seulement &#171; ses cha&#238;nes &#224; perdre &#187;. Seule une politique d&#233;mocratique permet de trouver une solution satisfaisante, de prendre en compte ces &#233;volutions. Le r&#234;ve ancien d'une approche r&#233;volutionnaire, voire d'une dictature du prol&#233;tariat comme sorte de despotisme &#233;clair&#233;, est contre-productif.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret3.jpg?1741958401' width='500' height='362' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Allegro - Karl Wiener
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La d&#233;mocratie est aussi une question du quotidien, au sens o&#249; elle n'existe que lorsque chacun peut la vivre au quotidien, peut prendre part aux d&#233;cisions qui le concerne. Le lien avec la transformation sociale et &#233;cologique, c'est aussi au sens o&#249; en d&#233;veloppant ces luttes se cr&#233;ent les instances d&#233;mocratiques, les institutions qui permettront la poursuite de ces changements.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, tout &#224; fait ! Nous devons d&#233;velopper une approche de d&#233;mocratie continue. Elle ne se r&#233;duit pas &#224; des comp&#233;titions &#233;lectorales &#233;pisodiques : quand on est confront&#233; &#224; des &#233;v&#233;nements comme la catastrophe des inondations de Valence, on n'attend pas la prochaine &#233;lection pour r&#233;agir.&lt;br /&gt;
Et face au d&#233;r&#232;glement du climat, la lutte ne peut s'exercer que si l'on a une d&#233;mocratie poss&#233;dant une haute qualit&#233; d&#233;lib&#233;rative, et j'ajouterai, une repr&#233;sentation au sens vrai du terme, c'est-&#224;-dire permettant une forme &#233;lev&#233;e de participation des citoyens. C'est l'inverse de ce que l'on vit actuellement, qui n'est qu'une forme de d&#233;mocratie d&#233;l&#233;gataire, o&#249; l'on donne p&#233;riodiquement un ch&#232;que en blanc &#224; de soi-disant repr&#233;sentants. Le tirage au sort mis en &#339;uvre dans les conventions citoyennes, constitue une autre forme compl&#233;mentaire de repr&#233;sentation de la population, une repr&#233;sentation que l'on peut qualifier de &#171; fractale &#187;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Si l'on veut une r&#233;elle participation des populations, il faut transformer la loi : la loi actuelle non seulement ne permet pas, mais m&#234;me interdit le partage de la d&#233;cision, une r&#233;elle participation citoyenne &#224; la d&#233;cision ! L'histoire de la repr&#233;sentation est l'histoire du d&#233;bat entre des agoraphobes et des agoraphiles.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui ! Ce d&#233;bat est d&#233;j&#224; pr&#233;sent chez S&#233;yes. Mais si l'on se met dans la position de l'agoraphile, on doit aussi se m&#233;fier de la croyance en la justesse automatique de l'expression populaire : le RIC (R&#233;f&#233;rendum d'Initiative Citoyenne) pr&#233;sente en effet le risque de limiter fortement l'espace de la d&#233;lib&#233;ration. Si sur le papier, cela semble d&#233;mocratique, le risque d'une instrumentation des populations est &#233;vident (cf l'exp&#233;rience des r&#233;f&#233;rendums sous Napol&#233;on III ou de Gaulle).&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Parmi les formes d'expression r&#233;elle des populations, on doit mentionner la notion d'enqu&#234;te au sens de John Dewey. Soulignons qu'une exp&#233;rience de cette nature est mise en &#339;uvre au niveau national sur le th&#232;me de la refondation de l'h&#244;pital public, une enqu&#234;te impliquant les populations et les soignants. Elle est pr&#233;sent&#233;e dans ce num&#233;ro par Fabienne Orsi qui la pilote.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Tout &#224; fait, cette notion d'enqu&#234;te est fondamentale pour &#233;tablir les diagnostics ou pour concevoir une r&#233;ponse au diagnostic. Elle ouvre une possibilit&#233; de diff&#233;rentiation &#224; prendre en compte pour &#233;tablir des diagnostics, mais aussi des strat&#233;gies de r&#233;ponses. Si l'on est dans le global, dans le g&#233;n&#233;ral et l'abstraction, on est dans l'impuissance. Il faut commencer par une enqu&#234;te citoyenne sur les points faibles des propositions des adversaires. L'enqu&#234;te permet de rep&#233;rer leurs points forts et leurs points faibles.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Comment vois-tu le passage de la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#224; la d&#233;mocratie r&#233;elle ou v&#233;ritable ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La r&#233;ponse doit &#234;tre co construite, avec de nombreux acteurs. Les acteurs qui pr&#244;nent une d&#233;mocratie continue doivent se mettre eux-m&#234;mes &#224; l'&#233;coute des chemins de d&#233;mocratie sociale et &#233;cologique, &#233;couter les nouvelles formes d&#233;mocratiques qui s'exp&#233;rimentent (par exemple les Conventions citoyennes, les enqu&#234;tes implicatives).&lt;br /&gt;
Il y a peu de courants de la &#171; gauche de transformation &#187; qui croyaient il y a peu en l'int&#233;r&#234;t d&#233;mocratique des Conventions. Maintenant on risque l'exc&#232;s inverse. Il y a des formes d&#233;mocratiques qui s'inventent, s'exp&#233;rimentent, mais ce ne sont pas pour autant des baguettes magiques.&lt;br /&gt;
Partons des le&#231;ons de l'histoire. Ainsi on connait les effets pervers des approches avant-gardistes, de m&#234;me que des mod&#232;les anarchistes de droite de type libertariens tels que ceux de Musk et de l'argentin Javier Milei.&lt;br /&gt;
Inversement, les modes d'organisation en archipels, pr&#233;conis&#233;s par &#201;douard Glissant, repr&#233;sentent des acquis : reconna&#238;tre les identit&#233;s racines sans basculer dans l'identitarisme, co construire des communs, sans h&#233;g&#233;monie. Si l'on n'a plus peur de voir son identit&#233; racine domin&#233;e, on peut se mettre &#224; l'&#233;coute des autres identit&#233;s racine, aussi diff&#233;rentes que celles provenant du monde hindou, musulman, bouddhiste. D&#232;s lors qu'ils n'ont plus peur d'&#234;tre absorb&#233;s ou domin&#233;s, ils peuvent se poser ensemble la question du commun &#224; d&#233;fendre ou &#224; co-construire. La prise en compte de l'autre, de sa diff&#233;rence, devient alors une richesse.&lt;br /&gt;
En termes de vision d&#233;sirable il nous faut ainsi &#339;uvrer &#224; l'av&#232;nement d'une &#171; r&#233;publique terrienne &#187; sur ce mod&#232;le archipellique prenant en compte ces &#233;l&#233;ments communs, la richesse du partage culturel, de la paix, de la mondialit&#233;, &#233;chappant aux facteurs de guerre nationalistes ou religieuses.&lt;br /&gt;
Je conteste le mod&#232;le d&#233;fendu par J&#233;r&#244;me Fourquet d'un archipel fran&#231;ais en d&#233;clin : il existe une opportunit&#233; pour la France de tourner la page post coloniale d'&#234;tre un pays monde, un pays archipel, avec l'oc&#233;an comme lien et comme centre et non une m&#233;tropole et des territoires d'outre-mer. C'est la meilleure fa&#231;on, anticipatrice, de sortir par le haut des pseudo solutions pr&#244;n&#233;es par les courants n&#233;o coloniaux ou n&#233;o ind&#233;pendantistes. En ce sens on pourrait dire &#171; Vive l'archipel fran&#231;ais ! &#187;&lt;br /&gt;
Ce mod&#232;le archipellique est plus adapt&#233; pour des pays tels que la France, voire l'Europe ; il l'est bien s&#251;r beaucoup plus que les mod&#232;les capitalistes autoritaires de plus en plus anti lib&#233;raux, propres &#224; la Chine, &#224; la Russie, ou que les mod&#232;les th&#233;ocratiques islamiques ou fondamentalistes hindous ou juifs de Modi ou de Netanyahou.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Cela peut-il prendre une forme institutionnalis&#233;e, &#224; inscrire dans une Constitution ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;L'un des probl&#232;mes des courants qui se veulent &#233;mancipateurs est d'avoir abandonn&#233; toute audace et toute vision du futur. Leur objectif est de limiter la casse. Il faut &#234;tre audacieux, assumer d'aller jusqu'au bout de l'Alter-Mondialisme, r&#233;cuser les mod&#232;les du capitalisme financier mais aussi celui du souverainisme et autoritaire.&lt;br /&gt;
On doit assumer le terrain de la mondialit&#233; qu'&#233;voque &#201;douard Glissant et reconna&#238;tre que le c&#339;ur de notre plan&#232;te est l'oc&#233;an qui constitue, avec l'Espace, le c&#339;ur de nos Communs. L'oc&#233;an est d&#233;j&#224; d&#233;grad&#233; et le risque de sa d&#233;gradation est un risque majeur. Partir de cette question commune, permettrait &#224; l'humanit&#233; de se constituer en sujet positif de sa propre histoire.&lt;br /&gt;
Albert Camus, dans son discours de r&#233;ception du prix Nobel de Litt&#233;rature &#224; Stockholm, incite moins &#224; &#171; refaire le monde &#187;, qu'&#224; &#171; &#233;viter qu'il ne se d&#233;fasse &#187;. Apr&#232;s Auschwitz et Hiroshima, l'humanit&#233; s'est constitu&#233;e en sujet n&#233;gatif de sa propre histoire capable de s'auto d&#233;truire physiquement ou moralement. Il nous faut penser ce que nous appelons dans notre livre une g&#233;o-&#233;cologie de l'humanit&#233; qui int&#232;gre &#233;galement la qu&#234;te de sens et de spiritualit&#233; mais &#224; rebours de la vision guerri&#232;re des fondamentalismes religieux. Il s'agit de prendre en compte l'identit&#233;s racines des peuples et des cultures, &#224; condition qu'elle ne soit pas destructrice.&lt;br /&gt;
L'humanit&#233; sait qu'elle est mortelle. Les formes de cette qu&#234;te de sens (positive ou n&#233;gative) nous obligent &#224; penser une r&#233;publique commune pour les &#234;tres humains, qui reconnaisse ces traditions. Cela oblige &#224; repenser, &#224; l'&#233;chelle oc&#233;anique, la question de la la&#239;cit&#233;, en prenant en compte qu'elle est v&#233;cue hors de France comme une forme d'exclusion des traditions religieuses. Une fa&#231;on d'avancer vers une co construction serait de cr&#233;er un espace pr&#233;sentant les bons c&#244;t&#233;s et les mauvais c&#244;t&#233;s de ces traditions. On n'est pas oblig&#233; d'ailleurs d'aller bien loin pour exp&#233;rimenter une telle co construction, car elle existe dans la plupart de nos cit&#233;s.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/viveret4.jpg?1741958401' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La question de la furtivit&#233; que vous abordez dans La travers&#233;e votre ouvrage commun, se pose quand on se trouve dans la situation d'&#234;tre domin&#233;, mais que l'on doit agir tout en gardant cette capacit&#233; &#224; agir. Nous interrogerons ta co autrice, Julie Chabaud, qui a travaill&#233; avec Cynthia Fleury sur ce concept de Furtivit&#233; ou Verstohlen, et qui a cr&#233;&#233; le Labo furtif.&lt;br /&gt;
Pour revenir &#224; la question de la guerre par laquelle tu as commenc&#233; ton livre, je voudrais t'interroger sur la question de la d&#233;mocratie et de la guerre.&lt;br /&gt;
Le concept d&#233;fendu par Bertrand Badie d'inter-socialit&#233;, celui de mondialit&#233; d'&#201;douard Glissant &#233;tablissent l'un et l'autre les bases de rapports d&#233;mocratiques dans les relations internationales, mettant en avant le r&#244;le des soci&#233;t&#233;s civiles &#224; notre &#233;poque dans cette relation &#224; la paix. Mais sur la sc&#232;ne internationale ce ne sont absolument pas ces principes qui jouent, au contraire, mais plut&#244;t les concepts de puissance, de domination des plus forts, d'ailleurs r&#233;unis au sein du Conseil de S&#233;curit&#233;, avec des pouvoirs exorbitants de v&#233;to sur toute tentative de paix, ou de lutte contre des menaces communes. Qu'en penses-tu ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;On est effectivement l&#224; sur le terrain o&#249; se croisent des &#233;l&#233;ments positifs, d&#233;sirables, et d'autres totalement n&#233;gatifs et qu'il ne faut pas accepter. Le fait de dire ce qui n'est pas acceptable est tr&#232;s utile : l'ordre de 1945 est intenable. Ce sont les puissances les plus arm&#233;es, sens&#233;es &#234;tre les plus responsables et garantes de la paix, qui contr&#244;lent totalement le Conseil de s&#233;curit&#233; et qui utilisent leurs droits de v&#233;to pour cr&#233;er des &#233;tats de guerre.&lt;br /&gt;
L'&#233;cologie qui devrait &#234;tre au c&#339;ur du travail du Conseil de S&#233;curit&#233; n'y est jamais trait&#233;. La participation des Nations aux &#233;volutions du monde est r&#233;duite aux rapports entre &#201;tats, o&#249; &#171; le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#187; est transform&#233; en &#171; droit des &#201;tats &#224; disposer des peuples &#187;. Le Conseil &#201;conomique et Social (o&#249; figurent les ONG) n'a qu'un r&#244;le purement consultatif, compl&#232;tement insuffisant.&lt;br /&gt;
&#192; quoi pourrait ressembler un Parlement d'une r&#233;publique terrienne ? Evidemment, &#224; l'inverse de ces formes imp&#233;riales ou post 45, il devrait s'agir d'une forme r&#233;publicaine, au sens d'un commun, d'une &#171; Res publica &#187; ayant des capacit&#233;s &#224; traiter des questions communes, telles que celle de l'Espace et des oc&#233;ans, &#224; rep&#233;rer les sources de guerres, pour en identifier la nature et le sens.&lt;br /&gt;
Ce Parlement pourrait avoir des formes d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233;es, (par exemple bicam&#233;rale, l'une des chambres &#233;tant celle des &#201;tats, l'autre celle des forces autres que les &#201;tats, traduisant de l'intersocialit&#233;). Je plaide pour un Conseil des Consciences groupant des acteurs d&#233;sint&#233;ress&#233;s, respect&#233;s et ne faisant pas l'objet d'objections, qui pourrait porter la question des communs. Qui serait en position de saisie et d'alerte l&#224; o&#249; existeraient des enjeux globaux. La forme juridique et les modalit&#233;s de pouvoir (consultation, ou non) de ce Conseil des consciences, plus ou moins &#233;quivalent &#224; une Cour supr&#234;me, seraient bien s&#251;r &#224; exp&#233;rimenter.&lt;br /&gt;
Les formes de Convention citoyenne internationale seraient elles aussi &#224; exp&#233;rimenter de m&#234;me que celle des enqu&#234;tes citoyennes dont nous avons mont&#233; plus haut l'importance.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Novembre 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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