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		<title>Alters Editions</title>
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		<title>Sans orientations politiques fortes, pas de r&#233;novation d&#233;mocratique</title>
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		<dc:date>2026-01-20T15:43:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Hors dossiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la liste citoyenne et participative &#224; Saillans en 2014 est d'une tr&#232;s grande richesse, y compris par ses erreurs et son &#233;chec relatif. Son animateur en tire ici les le&#231;ons qui paraitront peut-&#234;tre paradoxales aux animateurs de telles listes : n'avoir comme proposition que l'id&#233;e de &#171; faire de la politique autrement &#187;, de &#171; revitaliser la d&#233;mocratie &#187; est une erreur : sans orientations et valeurs politiques affirm&#233;es lors de la campagne, il est tr&#232;s difficile d'engager les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no6/" rel="directory"&gt;Cahier N&#176;6&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/hors-dossiers" rel="tag"&gt;Hors dossiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/tr_portrait.jpg?1768923767' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la liste citoyenne et participative &#224; Saillans en 2014 est d'une tr&#232;s grande richesse, y compris par ses erreurs et son &#233;chec relatif. Son animateur en tire ici les le&#231;ons qui paraitront peut-&#234;tre paradoxales aux animateurs de telles listes : n'avoir comme proposition que l'id&#233;e de &#171; faire de la politique autrement &#187;, de &#171; revitaliser la d&#233;mocratie &#187; est une erreur : sans orientations et valeurs politiques affirm&#233;es lors de la campagne, il est tr&#232;s difficile d'engager les habitants dans la transformation d&#233;mocratique souhait&#233;e, mais aussi dans aussi dans des transformations sociales et &#233;cologiques r&#233;elles et profondes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr1.jpg?1768923694' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous avez &#233;t&#233; l'un des premiers animateurs du printemps de Saillans, village de la Dr&#244;me o&#249; f&#251;t men&#233;e une exp&#233;rience d&#233;mocratique majeure de 2014 &#224; 2020 et vous &#234;tes l'auteur de R&#233;animer la d&#233;mocratie, des assembl&#233;es populaires face &#224; l'autoritarisme.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes lignes de l'aventure d&#233;mocratique de Saillans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pouvez-vous vous pr&#233;senter dans ses grandes lignes l'aventure de Saillans ? &lt;br /&gt;
Soulignons que vous n'&#233;tiez pas &#233;lu comme vous l'avez souhait&#233;, mais vous avez eu une position d'animateur pendant la campagne et la mandature.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saillans est un joli petit village situ&#233; dans la Dr&#244;me. Elu en 2008, son maire a dirig&#233; son village comme la plupart des maires, de mani&#232;re tr&#232;s verticale, sans aucune ouverture citoyenne : niant toute forme de participation, il d&#233;cide quasiment seul de l'implantation d'un supermarch&#233; &#224; un kilom&#232;tre du centre du village, o&#249; on a beaucoup de petits commerces de proximit&#233; et que d'autres supermarch&#233;s existent dans les villes de Die et Crest proches. &lt;br /&gt;
Un groupe compos&#233; de n&#233;os ruraux et d'anciens du village, typique de la population, se met en place pour lutter contre cette id&#233;e farfelue. Saillans est tr&#232;s marqu&#233;, comme beaucoup de communes rurales, par un conflit entre les n&#233;os, des citadins qui viennent s'installer &#224; la campagne, et les gens historiquement du village. &#192; Saillans ils sont en nombre &#233;gal. Une p&#233;tition contre le supermarch&#233; a rassembl&#233; 850 signatures pour un village de 1500, proportion significative : cela aurait n&#233;cessit&#233; l'ouverture d'une discussion. Le maire ne l'a jamais ouvert. Ce collectif se met en place, se bat contre l'installation du supermarch&#233; et il l'emporte au bout de deux ans de combat. &lt;br /&gt;
&#192; 6 mois des &#233;lections, je propose qu'on annonce qu'une liste se met en place et qu'elle organise une r&#233;union publique pour pr&#233;senter ses candidats et son programme. Un groupe qui n'est pas constitu&#233; en liste, qui n'a pas de programme et qui invite les habitants &#224; la fois &#224; constituer une liste et &#224; &#233;laborer un programme : c'est tr&#232;s nouveau mais aussi symbolique d'une nouvelle relation aux habitants. Les r&#233;unions fonctionnent tr&#232;s bien. On finit par avoir des candidats, m&#234;me trop de candidats. Le programme se construit. Et la petite &#233;quipe se pr&#233;sente aux &#233;lections et l'emporte face au Maire &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;
En termes de grand bilan, il y a eu &#224; peu pr&#232;s 800 r&#233;unions publiques pendant cette mandature de 6 ans. Toutes les questions &#224; peu pr&#232;s du village ont &#233;t&#233; mises &#224; la discussion, des questions les plus superficielles comme l'installation de pots de fleurs g&#233;ants pour v&#233;g&#233;taliser le village, jusqu'&#224; la question la plus politique, &#224; savoir le PLU (Plan Local d'Urbanisme). Pendant six ans les citoyens ont &#233;t&#233; invit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; la mise en place des politiques publiques. L'&#233;quipe municipale a cherch&#233; &#224; travailler de fa&#231;on coll&#233;giale, le nouveau maire, Vincent se positionnant comme animateur, m&#233;diateur dans l'&#233;quipe. Il va jouer un r&#244;le de catalyseur, faisant en sorte que cette &#233;quipe anime de nombreux projets malgr&#233; les dissensus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Et &#231;a a eu un rayonnement national quelque part ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu un joli article dans Rue89 une de leurs meilleures vues. Et cela a fait un effet boule de neige et tous les m&#233;dias, petit &#224; petit, sont venus voir ce qui se passait &#224; Saillans. Ce qui a agac&#233; une partie du village. J'ai jou&#233; le r&#244;le de colporteur pendant six ans &#224; aller raconter cette histoire et &#224; former des listes qui voulaient se lancer. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/local/cache-vignettes/L421xH800/tr2-70475.jpg?1769013407' width='421' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Construire le PLU avec les citoyens &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Peux-tu nous parler de ce Plan Local d'Urbanisme (PLU), de la fa&#231;on dont vous l'aviez con&#231;u ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la Commission Urbanisme, compos&#233;e de citoyens et d'&#233;lus qui a fait la demande de r&#233;vision du PLU, accept&#233;e par le Conseil Municipal, sans qu'il y ait de n&#233;cessit&#233; &#224; le faire &#224; ce moment-l&#224;. Sur un sujet aussi important touchant fortement l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, on a d&#233;cid&#233; d'impliquer la population en utilisant la m&#233;thode du tirage au sort. &lt;br /&gt;
L&#224;, on s'attaquait &#224; un symbole fort. Comment se construit le PLU habituellement ? Des propri&#233;taires terriens n&#233;gocient individuellement avec le maire un certain nombre d'avantages et le PLU se construit sur des relations interpersonnelles avec le maire. On a souhait&#233; que ce soit un groupe de 12 personnes tir&#233;es au sort plus 4 &#233;lus accompagn&#233; par un cabinet d'urbanisme, qui le construisent et d&#233;cident de l'avenir du village ; c'est-&#224;-dire que les demandes de passage en terrain constructible ne soient plus d&#233;cid&#233;es par le maire seul, m&#234;me si &#233;videmment c'est lui qui signe &#224; la fin.&lt;br /&gt;
Comment amener des habitants, des citoyens &#224; la table de la construction et de d&#233;cision sur des sujets qui n&#233;cessitent un apport de connaissances importantes, de la complexit&#233; ? On a pr&#233;sent&#233; la d&#233;marche &#224; la population, qui impliquait que les gens tir&#233;s au sort, s'impliquent pendant deux ans et demi, ce qui &#233;tait quand m&#234;me un obstacle. Il y a eu 150 personnes tir&#233;es au sort, parmi lesquels 50 ont r&#233;pondu positivement. Puis suite &#224; une r&#233;union publique, une vingtaine qui ont accept&#233; la mission. Douze ont &#233;t&#233; choisis in fine, pour respecter la parit&#233; hommes - femmes et une bonne repr&#233;sentativit&#233; de la population. Ils ont &#224; peu pr&#232;s tenu leur poste tout le long de la r&#233;vision du PLU.&lt;br /&gt;
Ce groupe va b&#226;tir le PLU petit &#224; petit, sur la base de r&#233;unions d'informations, de consultations, de co-construction avec les habitants. On a tenu de l'ordre de 90 r&#233;unions, ouvertes &#224; tous les habitants durant ces deux ans et demi. C'est tout &#224; fait in&#233;dit en France. &lt;br /&gt;
Cela pr&#233;figure un mode de travail d'assembl&#233;e de citoyens tir&#233;s au sort, repr&#233;sentant avec des &#233;lus l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, conseill&#233;e sur des questions techniques par quelques experts, qui exposaient avec les &#233;lus les contraintes politiques, techniques, financi&#232;res, administratives. La r&#233;solution vot&#233;e est pass&#233;e telle quelle au conseil municipal sans possibilit&#233; de modification. A l'inverse de ce qui s'est pass&#233; &#224; la Convention Citoyenne sur le Climat o&#249; la r&#233;solution vot&#233;e par la Convention a &#233;t&#233; largement modifi&#233;e par les &#233;lus. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&#192; quel r&#233;sultat &#234;tes-vous arriv&#233; ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un PLU assez fort politiquement, tr&#232;s orient&#233; d&#233;veloppement durable, transition &#233;cologique, avec un pourcentage en terres constructibles par rapport &#224; la superficie du village qui a tr&#232;s sensiblement baiss&#233; pour garder des zones naturelles. L'essentiel des d&#233;cisions &#233;taient contraintes par les r&#232;gles d'urbanisme, la marge de man&#339;uvre de l'&#233;quipe &#233;tant tr&#232;s restreinte. Ce que certains villageois ne comprenaient pas. &lt;br /&gt;
Cela a &#233;t&#233; aussi symboliquement la preuve qu'avec la participation des citoyens on pouvait s'attaquer &#224; des sujets structurants dans la ville, bien que cela ait &#233;puis&#233; beaucoup de gens et pris la place de beaucoup d'autres choses. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Et le tirage au sort lui-m&#234;me, comment &#231;a a &#233;t&#233; per&#231;u ? Dans cette &#233;quipe, quelle proportion de n&#233;o et d'arch&#233;o, en gros ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; extr&#234;mement mal per&#231;u par certains habitants qui nous ont accus&#233;s d'avoir r&#233;uni des amis autour de la table. Mais il suffit de regarder : les douze personnes tir&#233;es au sort n'&#233;taient pas des copains.&lt;br /&gt;
Il y avait plus de n&#233;o parce qu'on a eu plus de mal &#224; faire venir les autres, que l'engagement &#233;tait long, que la m&#233;thode surprenait (on a plus tendance &#224; dire oui quand on est int&#233;ress&#233; par la d&#233;marche, que lorsque on la rejette). Mais il y avait des anciens du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr3.jpg?1768923694' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;br /&gt;
L'exp&#233;rience de Kingersheim&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous connaissiez l'exp&#233;rience d&#233;velopp&#233;e sur quatre mandats &#224; Kingersheim par son maire Jo Spiegel. Quelle id&#233;e en avez-vous ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve l'exp&#233;rience tr&#232;s int&#233;ressante. J'aime beaucoup qu'il ait syst&#233;matis&#233; tout ce processus de d&#233;cision, avec un groupe mixte qui vient s'emparer d'un sujet, le proposer, le d&#233;lib&#233;rer pour ensuite inviter le Conseil Municipal &#224; l'adopter ; j'aime aussi qu'il ait institu&#233; un lieu (joli) d&#233;di&#233; &#224; la d&#233;mocratie.&lt;br /&gt;
La posture du maire &#233;tait peut-&#234;tre un peu trop forte, son lead peut &#234;tre trop incarn&#233;. Mais je m'aper&#231;ois durant toutes ces ann&#233;es de travail que lorsque le maire n'assume pas une posture d'autorit&#233; et dans les &#233;quipes o&#249; le maire ne l'incarne pas suffisamment, &#231;a cr&#233;e beaucoup de troubles, quelque chose ne marche pas, malheureusement. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Comment tout en innovant, avez-vous respect&#233; les r&#232;gles de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ? Comment &#233;taient prises officiellement les d&#233;cisions &#224; Saillans ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre notre d&#233;marche l&#233;gale, le projet construit par le groupe projet a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; la d&#233;lib&#233;ration au conseil municipal, qui ne pouvait que le valider puisqu'il &#233;tait pr&#233;sent dans sa co-construction. L'exemple de Poitiers montre que d&#232;s qu'on sort de cette l&#233;galit&#233;, on se fait retoquer par le Pr&#233;fet. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/tr4.jpg?1768923694' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;chec de la r&#233;&#233;lection en 2020&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Une liste s'est constitu&#233;e pour poursuivre cette aventure au-del&#224; de 2020. Comment &#231;a s'est pass&#233; ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous estimions que le bilan de la mandature &#233;tait positif. Il y a des difficult&#233;s &#233;videmment, de la fatigue aussi. Et en 2020, notre choix est la reconduction de l'&#233;quipe. On a un tiers des &#233;lus en place qui souhaitent repartir, donc 4 sur 12. Ils finissent par mobiliser le nombre de candidats n&#233;cessaires. Mais en face, une liste d'opposition (sans l'ancien maire sortant) s'est mont&#233;e, dans le cadre de l'opposition au PLU. Utilisant des arguments populistes, tels que &#171; l'&#233;quipe en place veut installer des yourtes et des caravanes, on va &#234;tre envahis par des nomades dans le village &#187; en utilisant une r&#233;union o&#249; on s'est interrog&#233; sur la place de l'habitat mobile dans le village. &lt;br /&gt;
La r&#233;vision du PLU passe en d&#233;lib&#233;ration au mois de mars, les &#233;lections ont lieu fin mars. On est l'une des rares &#233;quipes de l'histoire de la Ve R&#233;publique qui finit un mandat par un PLU, le sujet qui f&#226;che. C'est extr&#234;mement na&#239;f de lancer une telle aventure en fin de mandat. J'&#233;tais persuad&#233; qu'on allait perdre de 200 voix. Et in fine, on ne perd que de 18 voix sur &#224; peu pr&#232;s 1000 votants et 78-79% de participation. Et pour la petite histoire &#224; Saillans, il faut savoir que jamais un maire n'a obtenu deux mandats cons&#233;cutifs. C'est une d&#233;faite, mais quand m&#234;me m&#233;ritante et tr&#232;s relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles le&#231;ons g&#233;n&#233;rales tirer de l'exp&#233;rience ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous tirez des le&#231;ons dans R&#233;animer la d&#233;mocratie de cet &#233;chec tr&#232;s relatif : &lt;br /&gt;
&#171; La liste participative de Saillans a b&#226;ti l'essentiel de sa campagne sur la pr&#233;figuration d'un fonctionnement d&#233;mocratique. (...) elle n'a affich&#233; que tr&#232;s peu de positions id&#233;ologiques. Tout &#233;tait possible. Il suffisait de participer et de prendre position pour &#234;tre entendu. Ce manque d'orientation politique a tr&#232;s fortement ralenti le travail des assembl&#233;es qui ne disposaient d'aucun cadre ni feuille de route &#187; : vous pr&#233;sentez cela comme &#171; une belle na&#239;vet&#233; ! je ne crois pas qu'il faille se pr&#233;senter avec une telle ouverture &#187;.2 &lt;br /&gt;
N'est-ce pas aussi cette absence d'orientations politiques, affich&#233;es d&#232;s le d&#233;part lors de la campagne, qui a laiss&#233; les habitants sans rep&#232;res lors de la construction du PLU, lors de la lutte contre la liste de l'ancien maire ? Orientations qui auraient &#233;t&#233; adapt&#233;es au village mais int&#233;gr&#233;es dans une perspective plus large de changements de soci&#233;t&#233; (et dans la soci&#233;t&#233;).&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part de l'aventure &#224; Saillans, j'avais la na&#239;vet&#233; de croire qu'une gouvernance municipale peut r&#233;unir l'&#233;ventail politique, de l'extr&#234;me droite &#224; l'extr&#234;me gauche. Certes, je continue &#224; penser qu'on peut se retrouver autour du local et autour de d&#233;cisions locales avec des gens qui sont d'une culture politique tr&#232;s diff&#233;rente de la mienne ; et qu'&#224; partir du moment o&#249; ce sont des sujets locaux, on peut trouver un accord sur 95% des sujets avec un &#233;lecteur du Rassemblement national. &lt;br /&gt;
Mais, l'arriv&#233;e du fascisme, l'effondrement &#233;cologique, la situation globale actuelle posent aussi une contradiction avec cette id&#233;e. Et petit &#224; petit, j'ai transform&#233; ma vision des choses : la d&#233;mocratie est aussi au service d'un projet politique tr&#232;s fort avec des orientations tr&#232;s claires. C'est une erreur de se pr&#233;senter devant des &#233;lecteurs en se disant qu'on inventera tout tous ensemble. Non, je crois qu'il faut affirmer des valeurs fortes autour de la transition &#233;cologique, autour de la justice sociale, qu'ensuite les m&#233;thodes de d&#233;mocratie viendront alimenter ce projet-l&#224;, mais pas n'importe quel projet. &lt;br /&gt;
Une assembl&#233;e populaire ne fait pas fi d'une campagne d'&#233;lus qui ont propos&#233; un projet politique, et c'est bien dans ce cadre-l&#224; qu'on travaille dans les assembl&#233;es populaires. Les gens tir&#233;s au sort savent que &#231;a se passe dans un cadre particulier, le cadre politique pos&#233; durant la campagne. S'il y a des gens qui veulent b&#233;toniser, exclure, ..., &#224; eux d'emporter les &#233;lections. Et s'ils veulent faire de la d&#233;mocratie avec des assembl&#233;es, ils le feront dans leur cadre de valeur &#224; eux. &lt;br /&gt;
A Saillans, on a m&#233;content&#233; des gens tr&#232;s proches de nous, tr&#232;s int&#233;ress&#233;s par la question de la transition &#233;cologique ; mais comme dans nos commissions les choses n'avaient pas &#233;t&#233; pos&#233;es, on perdait beaucoup de temps &#224; rediscuter du fond, des valeurs, des orientations, cela aurait &#233;t&#233; beaucoup plus simple si les orientations avaient &#233;t&#233; pos&#233;es au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous indiquez dans R&#233;animer la d&#233;mocratie : &#171; Certes en posant des orientations, on prend le risque d'exclure une partie de la population qui ne les partage pas, mais c'est le prix &#224; payer pour pouvoir d&#233;lib&#233;rer3 &#187;. &lt;br /&gt;
Je ne crois pas que vous &#171; excluez &#187; ainsi une partie de la population : ils sont &#224; convaincre et pour une tr&#232;s large partie d'entre elle, c'est possible. Et pour cette partie, il n'y a pas de tabou &#224; discuter de choses qui serait &#171; hors du p&#233;rim&#232;tre non n&#233;gociable &#187; trac&#233; par vos propositions. Qu'en pensez-vous ? Cela ne permet-il pas aux &#233;lus de discuter avec la minorit&#233; et de la mettre dans le coup ? D'&#233;viter qu'elle ne se renforce dans l'isolement ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tout &#224; fait. Une personne tir&#233;e au sort peut ne pas accepter d'int&#233;grer une assembl&#233;e de laquelle il pourrait se sentir exclu, mais l'inverse est vrai : j'ai vu &#224; Poitiers que des &#233;lecteurs du Rassemblement national ont accept&#233; de participer &#224; l'assembl&#233;e malgr&#233; la couleur politique verte et gauche. &lt;br /&gt;
Je crois qu'&#224; part le 1% de gens fondamentalement racistes, on arrive &#224; convaincre tous les autres. Lorsqu'on d&#233;lib&#232;re en assembl&#233;e, il se passe quelque chose et on monte plut&#244;t vers de l'humanisme plut&#244;t que de descendre vers des processus d'exclusion. Il y a l&#224; une force compl&#232;tement incroyable qui redonne confiance dans l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous &#233;voquiez la question de l'incarnation par le maire de la liste qu'il dirige. L'absence d'incarnation et l'absence de projet politique, te paraissent-elles li&#233;es ?&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais la notion de politique est complexe : nos proches ceux qui voulaient &#171; faire de la politique &#187; au niveau local regrettaient l'absence de ligne affich&#233;e et l'absence d'incarnation d'un projet par l'&#233;quipe municipale. L'autre partie de la population, plut&#244;t les historiques, consid&#233;raient que &#171; faire de la politique &#187; au niveau local est un probl&#232;me et qu'un maire &#231;a doit g&#233;rer la municipalit&#233;, et &#171; &#234;tre apolitique &#187;. M&#234;me si le projet n'&#233;tait pas tr&#232;s incarn&#233; finalement, l'impression que &#231;a donnait de l'ext&#233;rieur, avec cette surm&#233;diatisation, avec ces protocoles tr&#232;s d&#233;mocratiques etc. &#233;tait que nous faisions passer les affaires du village derri&#232;re un projet politique. &lt;br /&gt;
Pas assez politique pour certains, trop politique pour d'autres. Je crois qu'on a vraiment eu du mal &#224; trouver un juste milieu sur la question de &#224; quoi sert une &#233;quipe municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Cette difficult&#233; n'est certainement pas facile &#224; r&#233;soudre : l'attente des gens, c'est aussi que le collectif fonctionne, c'est naturel. Donc les &#233;l&#233;ments de projet politique propos&#233;s lors de la campagne doivent &#234;tre eux-m&#234;mes orient&#233;s, et tr&#232;s adapt&#233;s, d&#233;j&#224; un peu co-construit quand m&#234;me. Qu'en penses-tu ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le temps de campagne doit permettre de construire ce projet politique avec les gens. Mais encore une fois, ce n'est pas parce qu'on co construit que l'&#233;quipe ne doit pas afficher ses valeurs et s'orienter sur les trois piliers qu'elle propose de travailler avec les gens - transition &#233;cologique, justice sociale et transition d&#233;mocratique. Donc, il y a eu ce probl&#232;me politique aussi. &lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui n'a pas fonctionn&#233; &#224; Saillans ? Je pense aussi qu'on n'a pas &#233;t&#233; assez en contact avec la population, pas assez pr&#233;sents dans l'espace public. Toute une partie de la population n'a pas cette culture du syst&#232;me de r&#233;union post-it avec un animateur, de prendre le temps de l'&#233;coute active, ... de faire, de r&#233;fl&#233;chir et de travailler ensemble. Il aurait fallu imaginer des processus de d&#233;lib&#233;ration, des grandes assembl&#233;es sur la place du march&#233;, par exemple. Mais demander de d&#233;cider &#224; des citoyens qui n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment form&#233;s et inform&#233;s sur un sujet n'a pas de sens. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans un cadre plus large &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Se pr&#233;senter avec pour seul programme r&#233;el la r&#233;animation de la d&#233;mocratie n'est-il pas dangereux ? Cette r&#233;flexion sur l'exp&#233;rience de Saillans ne vaut-elle pas pour un tr&#232;s grand nombre de listes qui se pr&#233;sentent sous l'&#233;tiquette &#171; listes citoyennes et participatives &#187; en mars 2026 ? &lt;br /&gt;
Deux options semblent possibles : celle de type municipaliste, c'est la premi&#232;re id&#233;e de Saillans, celle du communalisme, o&#249; on cherche aussi &#224; faire avancer un projet large d'&#233;cologie sociale. Qu'en penses-tu ? &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de l'engagement politique n'est pas tout &#224; fait clarifi&#233; dans mon esprit. &#201;videmment, je pense que les probl&#232;mes climatique et &#233;cologique existent, que l'&#233;conomie de march&#233; est un probl&#232;me. Mais est-ce que j'ai raison fondamentalement, contre les autres ? Et ai-je la l&#233;gitimit&#233; d'emmener toute une population, tout un village dans cette direction parce que je pense avoir raison ? &lt;br /&gt;
Plus le projet politique est pr&#233;cis et avance, et plus ces questions viennent &#224; se poser, ainsi que celle de la d&#233;mocratie. Notre population est assez passive, finalement. Il y a une sorte de d&#233;calage entre des gens qui pensent la soci&#233;t&#233; de demain, et une partie de la population. Ne faudrait-il pas que l'&#233;cologie sociale et ses projets politiques affirment tr&#232;s fortement leur projet, sans trop recourir &#224; la population ? et que des leaders &#233;clair&#233;s emm&#232;nent la population dans cette direction ? &lt;br /&gt;
J'ai l'impression que les assembl&#233;es vont permettre &#224; des gens de monter en conscience et se rapprocher de mes id&#233;es pour aller avec moi &#224; l'endroit o&#249; je veux les emmener. Est-ce que le projet d&#233;mocratique c'est &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Nous sommes tous dans cette situation ! Mais l'engagement permet de se frotter aux r&#233;alit&#233;s, de nous permettre de changer nos id&#233;es si l'on s'est tromp&#233;, peut-&#234;tre de les enrichir : gommer ses convictions n'est pas tout &#224; fait coh&#233;rents non plus. Si on ne les &#233;prouve pas, on restera dans un doute permanent. La d&#233;mocratie, la construction d'une approche collective est absolument n&#233;cessaire : sans participation des populations, il n'y a ni soci&#233;t&#233; &#233;cologique, ni sociale, ni d&#233;mocratique ! Et elle ne peut pas se faire sans la conviction. Il ne faut pas que la conviction tue la d&#233;mocratie. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tout &#224; fait. Mais je suis animateur, il faut prendre en compte la r&#233;alit&#233; de la situation d'animateur : il doit avoir l'esprit libre, mais doit travailler dans un cadre politique clair, plus clairement politique que cela n'a &#233;t&#233; &#224; Saillans. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ne penses-tu pas que l'animation des assembl&#233;es citoyennes demande certainement que :&lt;br /&gt;
&#8226; Les r&#244;les de l'&#233;quipe municipale et de l'animateur soient coordonn&#233;s, que l'&#233;quipe municipale assume son r&#244;le politique et ne le laisse pas &#224; l'animateur. Et que celui-ci facilite alors les convergences. &lt;br /&gt;
&#8226; Et qu'il y ait, comme dans le cas de la Convention Citoyenne sur le Climat, des compl&#233;ments de formation aux r&#233;alit&#233;s trait&#233;es, qui permettent la prise en compte de l'ext&#233;rieur, qui vont au-del&#224; de nos propres connaissances imm&#233;diates. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait ! Ce qui va nourrir la d&#233;lib&#233;ration et la r&#233;solution collective qui en sort c'est &#233;videmment le fait d'&#233;changer et d'&#233;couter le point de vue de l'autre, mais c'est aussi tout l'apport de donn&#233;es froides, d'expertise, etc., qui permettent &#224; des citoyens lambda de prendre une d&#233;cision rationnelle, on est bien d'accord. &lt;br /&gt;
Pour conclure, j'aimerai faire passer un message en direction des ex&#233;cutifs locaux (ou des listes citoyennes) et formuler une conviction et un cadre de travail : &lt;br /&gt;
Plut&#244;t que de d&#233;multiplier la participation dans tous les sens, il faut faire en sorte que la participation des habitants se passe sur des sujets structurants et sur une base de d&#233;lib&#233;ration. Pour cela deux ou trois belles assembl&#233;es d&#233;lib&#233;ratives sur deux ou trois beaux sujets structurants dans chaque commune permettrait que quelque chose s'inverse dans la repr&#233;sentation qu'on peut avoir de la d&#233;mocratie. Les citoyens devraient &#234;tre appel&#233;s &#224; c&#244;t&#233; des &#233;lus pour d&#233;cider des sujets structurants de la commune. &lt;br /&gt;
C'est l'appel que je vais lancer entre 2026 et 2032 au cours de la prochaine mandature : mettez sur la table un sujet structurant et travaillez-le sous forme d'assembl&#233;es. Et pour les citoyens : allez convaincre les &#233;lus qu'ils doivent organiser de telles assembl&#233;es sur tel ou tel sujet. C'est en exp&#233;rimentant ces approches d&#233;mocratiques qu'on va modifier la donne, qu'on aura l'id&#233;e d'une nouvelle constitution peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Octobre 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Penser et agir avec David Graeber, Un auteur engag&#233; du 21&#232;me si&#232;cle ! </title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no6/article/penser-et-agir-avec-david-graeber-un-auteur-engage-du-21eme-siecle</link>
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		<dc:date>2026-01-20T15:33:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Hors dossiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce qui frappe en premier lieu dans l'&#339;uvre de David Graeber, ce sont l'&#233;tendue, la diversit&#233; et l'&#233;tonnante vitalit&#233; et fra&#238;cheur de ses apports et travaux, de m&#234;me que sa capacit&#233; &#224; renouveler la pens&#233;e sur divers probl&#232;mes qu'il a abord&#233;s, &#224; les penser sous des angles nouveaux. Cette cr&#233;ativit&#233; trouvait sans doute sa source dans ses rapports avec les mouvements sociaux concrets, ses engagements politiques et une tr&#232;s grande curiosit&#233; qui ne nuisaient pas, au contraire, &#224; la qualit&#233; de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no6/" rel="directory"&gt;Cahier N&#176;6&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/hors-dossiers" rel="tag"&gt;Hors dossiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/vd_portrait.jpg?1768923150' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui frappe en premier lieu dans l'&#339;uvre de David Graeber, ce sont l'&#233;tendue, la diversit&#233; et l'&#233;tonnante vitalit&#233; et fra&#238;cheur de ses apports et travaux, de m&#234;me que sa capacit&#233; &#224; renouveler la pens&#233;e sur divers probl&#232;mes qu'il a abord&#233;s, &#224; les penser sous des angles nouveaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette cr&#233;ativit&#233; trouvait sans doute sa source dans ses rapports avec les mouvements sociaux concrets, ses engagements politiques et une tr&#232;s grande curiosit&#233; qui ne nuisaient pas, au contraire, &#224; la qualit&#233; de ses productions scientifiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est parce que cette pens&#233;e est extr&#234;mement utile de nos jours pour &#233;clairer les innombrables probl&#232;mes que pose la transformation &#233;mancipatrice de notre soci&#233;t&#233; du capitaloc&#232;ne, qu'il est tr&#232;s important de la faire conna&#238;tre sous ses divers angles. Et l'&#233;change avec V&#233;ronique Dutraive directrice du livre Penser et agir avec David Graeber, construire des ponts entre les sciences sociales, sans doute l'un des premiers &#224; donner un panorama de ses travaux, nous permet de le faire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd1.jpg?1768923013' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous menez des travaux sur l'analyse &#233;conomique des institutions, l'&#233;cole institutionnaliste am&#233;ricaine, la philosophie pragmatiste et &#233;conomie, l'&#233;conomie industrielle et la cr&#233;ativit&#233;. &lt;br /&gt;
Graeber a-t-il &#233;t&#233; un inspirateur dans ces recherches ? De quelle mani&#232;re ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;J'ai &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; commencer une co-direction de th&#232;se avec lui, sur la monnaie. C'&#233;tait un moment o&#249; il n'&#233;tait pas tr&#232;s disponible parce qu'il &#233;tait en train de terminer son ouvrage avec David Wengrow1. Il l'a termin&#233; environ une semaine ou deux avant son d&#233;c&#232;s. Apr&#232;s on a arr&#234;t&#233; la th&#232;se parce que sans David Graeber &#231;a n'avait plus beaucoup de sens. &lt;br /&gt;
J'ai tellement travaill&#233; sur l'&#339;uvre de Graeber avec ce doctorant que je connais bien maintenant son travail. Sa disparition a suscit&#233; beaucoup de r&#233;actions m&#233;diatiques, mais son &#339;uvre a aussi une dimension acad&#233;mique &#224; honorer ou &#224; discuter. Comme je suis moi-m&#234;me dans un laboratoire pluridisciplinaire, j'avais envie de mettre l'accent sur cet aspect. Et puis, &#224; son d&#233;c&#232;s, j'ai voulu en faire quelque chose, d'autant plus que c'est quelqu'un dont l'&#339;uvre est vraiment particuli&#232;re&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui vous a conduit &#224; vous int&#233;resser &#224; lui ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Dans la perspective de valoriser ce travail, nous avons organis&#233; un colloque ayant une dimension pluridisciplinaire dont l'ouvrage Penser et agir avec David Graeber est un prolongement. L'id&#233;e de penser et agir, qui est une id&#233;e typique du corpus pragmatiste en sciences sociale sur lequel j'avais pr&#233;alablement travaill&#233;, me semble bien adapt&#233;e &#224; la fa&#231;on de penser de Graeber, au lien qu'il fait entre son travail de chercheur et son activisme : sa participation en tant qu'anthropologue dans les mouvements et organisations anarchistes ou des mouvements sociaux sont en effet &#224; la source de ses r&#233;flexions sur la d&#233;mocratie. &lt;br /&gt;
De plus de nos jours, on a besoin d'une pens&#233;e positive : son id&#233;e qu'il a exist&#233; dans l'histoire des civilisations et dans les interstices m&#234;me du syst&#232;me social actuel des formes d'organisations v&#233;ritablement d&#233;mocratiques et tourn&#233;es vers ce qui appelle la fabrication des &#234;tres humains est tr&#232;s encourageante &#224; l'oppos&#233; de l'id&#233;e qu'il n'y aurait pas d'alternatives. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Et en quoi son oeuvre est-elle en elle-m&#234;me un lien entre les nombreuses sciences sociales ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Elles sont multiples ! En mati&#232;re d'anthropologue de l'&#233;conomie, il a men&#233; une discussion assez technique avec Thomas Piketty sur la mani&#232;re de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s autour de la fiscalit&#233;, la r&#233;vocation de certaines dettes et sur le revenu universel. &lt;br /&gt;
Il s'int&#233;resse &#224; des institutions humaines qui sont cruciales, au c&#339;ur de nos probl&#232;mes actuels : la monnaie, la dette, le sens du travail, la question de la libert&#233;, de la d&#233;mocratie et qui concernent &#224; la fois les sciences politiques, l'&#233;conomie, la sociologie du travail, la sociologie des mouvements sociaux, puisqu'il y &#233;tait lui-m&#234;me tr&#232;s impliqu&#233;, et l'anthropologie bien s&#251;r qui &#233;tait sa discipline de rattachement institutionnel.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Quelques mots sur la structure de l'ouvrage ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La premi&#232;re partie concerne la contribution de Graeber &#224; diff&#233;rentes sciences sociales : anthropologie, &#233;conomie et sociologie. Elle comprend trois contributions ; celle d'une anthropologue coll&#232;gue de Graeber &#224; la London School of Economy qui met en &#233;vidence un certain nombre d'id&#233;es cruciales dans le rapport de Graeber &#224; l'anthropologie ; un &#233;conomiste, ami de David Graeber qui montre les liens entre certaines id&#233;es de Graeber et son propre travail ; et enfin celle d'un sociologue qui interroge les apports et les limites de certaines th&#232;ses de Graeber pour la sociologie. &lt;br /&gt;
La seconde partie porte sur des grandes th&#233;matiques d&#233;velopp&#233;es par Graeber, comme la question du travail, des mouvements sociaux, de la dette et de la monnaie ; du capitalisme et du pouvoir, de l'anarchisme et la libert&#233;. Chacune de ces th&#233;matiques est pr&#233;sent&#233;e, discut&#233;e ou utilis&#233;e par des chercheurs de diff&#233;rents domaines des sciences sociales, incluant aussi des historiens et des philosophes. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;L'espace nous manquera pour discuter de tous ces apports : nous ne pouvons qu'inciter les lecteurs &#224; lire ce livre et les ouvrages de David Graeber. Mais nous voulons montrer &#224; travers cette interview l'importance des travaux de Graeber sur quelques points (la d&#233;mocratie, l'&#233;pist&#233;mologie, l'&#233;cologie, la valeur et l'&#233;conomie humaine).&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd2.jpg?1768923013' width='500' height='306' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;The Bulls and Bears in the Market William Holbrook Beard&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une approche iconoclaste en mati&#232;re de d&#233;mocratie &lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous avez aussi pr&#233;sent&#233; l'ouvrage de David Graeber Valeur, politique et d&#233;mocratie aux &#201;tats-Unis2 dans lequel Graeber propose une approche originale des raisons pour lesquelles les ouvriers et les couches populaires am&#233;ricaines votent pour la droite et l'extr&#234;me droite (de nos jours pour Trump).&lt;br /&gt;
Sans rentrer dans toute la profondeur du raisonnement de Graeber, qui t&#233;moigne cependant du lien qu'il pouvait faire entre l'&#233;conomie, l'analyse des comportements humains et la politique, pouvez-vous pr&#233;senter ces raisons ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le texte date de 2011 mais r&#233;sonne fortement avec l'actualit&#233;. C'est souvent le cas chez Graeber et ses th&#232;ses sur la question du travail avaient &#233;galement retrouv&#233; toute leur actualit&#233; lors de la crise du covid. &lt;br /&gt;
Le texte aborde la question suivante : pourquoi les individus issus des classes populaires votent-ils pour la droite, voire l'extr&#234;me droite, aux &#201;tats-Unis ? Graeber souligne que, dans les sciences qui &#233;tudient le comportement humain &#8212; notamment l'&#233;conomie &#8212;, on suppose souvent que les individus agissent selon leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Or, selon lui, les choix &#233;lectoraux reposent davantage sur des valeurs. Le Parti d&#233;mocrate incarne aujourd'hui des valeurs per&#231;ues comme &#233;loign&#233;es des classes populaires (li&#233;es &#224; une forme d'&#233;litisme culturel et intellectuel), tandis que le Parti r&#233;publicain met en avant des valeurs plus accessibles et famili&#232;res : la famille traditionnelle, la religion et le patriotisme.&lt;br /&gt;
Son approche des comportements humains d&#233;passe l'opposition binaire entre &#233;go&#239;sme et altruisme. Par exemple, on cherche &#224; gagner de l'argent, mais on le fait d'abord pour ses enfants, et puis si on devient tr&#232;s riche, pour d&#233;fendre des causes humanitaires. Il soutient que les comportements altruistes peuvent exister au sein de l'&#233;conomie de march&#233; et qu'ils en sont m&#234;me une condition n&#233;cessaire &#224; l'efficacit&#233;.&lt;br /&gt;
Ce qui est int&#233;ressant chez lui, c'est qu'il n'h&#233;site pas &#224; s'emparer de grandes questions. &#192; une &#233;poque o&#249; les sciences sociales se montrent plut&#244;t modestes &#8212; elles s'int&#233;ressent &#224; des objets limit&#233;s, de mani&#232;re tr&#232;s prudente &#8212;, on n'est plus dans l'&#233;lan th&#233;orique des ann&#233;es 1970. N&#233; dans les ann&#233;es 1960, il a &#233;t&#233; port&#233; par les grandes ambitions intellectuelles de cette p&#233;riode. Cela l'am&#232;ne &#224; r&#233;fl&#233;chir au comportement humain, qu'il ne r&#233;duit pas aux seuls int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, mais qu'il relie aussi &#224; un ensemble de valeurs.&lt;br /&gt;
L'originalit&#233; de son explication, c'est de montrer que les valeurs port&#233;es par les partis sociaux-d&#233;mocrates &#8212; la culture, l'art, l'intellectualit&#233;, les m&#233;tiers du savoir &#8212; ne sont plus accessibles aux classes populaires. La mobilit&#233; sociale est bloqu&#233;e : ces classes n'imaginent plus que leurs enfants puissent devenir artistes, professeurs d'universit&#233;, journalistes ou m&#234;me travailler dans une ONG.&lt;br /&gt;
Ces partis se sont aussi centr&#233;s sur la d&#233;fense des valeurs d'&#233;mancipation et les questions d'identit&#233; aux d&#233;pens de la question sociale. L&#224; encore, les classes populaires, notamment ouvri&#232;res ou blanches ne s'y reconnaissent pas.&lt;br /&gt;
En revanche, les partis de droite ou r&#233;publicains ont aussi des valeurs mais beaucoup plus accessibles pour les classes populaires, en particulier dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine : le patriotisme, la religion, la famille, l'arm&#233;e, constituent des d&#233;bouch&#233;s d'action pour faire quelque chose de plus grand que soi, comme le dit Graeber. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous soulignez p 23 : &#171; L'originalit&#233; de Graeber r&#233;side dans la mise en relation d'une r&#233;flexion fondamentale sur la nature humaine et l'expression qu'elle prend dans le domaine politique, ainsi que dans les implications de celle-ci pour la d&#233;mocratie &#187;. &lt;br /&gt;
Vous d&#233;veloppez alors une pr&#233;sentation tr&#232;s nourrie et claire de la th&#233;orie de Graeber sur &#171; les trois formes de transactions fondamentales coexistant dans toutes les soci&#233;t&#233;s, en suscitant des logiques fluides : le communisme ordinaire, (...) l'&#233;change &#171; marchand &#187; guid&#233; par le principe d'&#233;quivalence (...), la relation hi&#233;rarchique &#187;. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous la r&#233;sumer ? Voyez-vous l&#224; un &#233;l&#233;ment majeur de la pens&#233;e de Graeber ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Il s'inspire beaucoup de Marcel Mauss, notamment autour de la question du don. On en revient &#224; cette interrogation classique : sommes-nous &#233;go&#239;stes ou altruistes ?&lt;br /&gt;
De grandes philosophies sociales partent de l'id&#233;e que l'&#234;tre humain est fondamentalement altruiste, d'autres qu'il est d'abord &#233;go&#239;ste. Ces deux points de d&#233;part m&#232;nent &#224; des visions tr&#232;s diff&#233;rentes de l'organisation sociale, et aussi &#224; une normativit&#233; diff&#233;rente. L'id&#233;e centrale, d&#233;velopp&#233;e par David Graeber, c'est qu'en r&#233;alit&#233;, nous ne sommes ni enti&#232;rement altruistes ni enti&#232;rement &#233;go&#239;stes. Nous disposons plut&#244;t d'une palette de comportements, que nous mobilisons selon les circonstances. &#192; l'&#233;chelle individuelle, par exemple, nos relations peuvent &#234;tre hi&#233;rarchiques ou &#233;galitaires selon qu'il s'agit de proches ou non. Selon les contextes, nous pouvons &#234;tre des &#171; salopards &#187; ou au contraire des personnes d'une grande g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;br /&gt;
L'expression de communisme ordinaire, que Graeber emploie, a d'ailleurs un certain panache3. Elle a beaucoup r&#233;sonn&#233;, car elle ne renvoie pas du tout &#224; la question de la propri&#233;t&#233;, mais &#224; cette forme de g&#233;n&#233;rosit&#233; spontan&#233;e, sans attente de retour. Dans certaines situations &#8211; face au danger, &#224; l'urgence &#8211; il nous arrive d'agir de mani&#232;re profond&#233;ment altruiste envers un parfait inconnu. Et d'une certaine mani&#232;re, m&#234;me le capitalisme repose sur cette logique d'entraide. Sans cette coop&#233;ration quotidienne, pr&#233;sente par exemple au sein des entreprises, le syst&#232;me ne pourrait tout simplement pas fonctionner. C'est aussi cette dimension d'entraide qui rend les choses utiles, efficaces, et qui permet &#224; la soci&#233;t&#233; de tenir.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Sa th&#232;se va au-del&#224; des comportements individuels et que cela joue entre des formes de soci&#233;t&#233;. Il montre qu'il y a imbrication entre par exemple des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s hi&#233;rarchiques, (l'ancien r&#233;gime pour nous, les statuts et les castes en Inde) et des formes de l'&#233;conomie marchande. Ou des formes sociales de communisme ordinaire et celle du capitalisme. A travers l'anthropologie, il diff&#233;renciait ces trois types- comme des types majeurs. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je ne crois pas qu'il associe chacun de ces types de comportements &#224; un type d'organisation sociale particulier.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Non, cela ne joue pas de fa&#231;on rigide, mais il distingue ces trois formes ou types d'organisation sociale quand m&#234;me.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, bien s&#251;r. Mais moi je crois que c'est quelqu'un qui d&#233;fend vraiment le pluralisme et la pluralit&#233; ici et maintenant. C'est pour &#231;a que c'est quelqu'un d'int&#233;ressant parce qu'il est tr&#232;s positif en fait. Et dans les circonstances actuelles, la lecture de ses travaux fait du bien &#8230; Et par exemple, il a observ&#233; au sein m&#234;me du capitalisme des &#233;l&#233;ments, des formes d'organisation, des poches d'organisation qui sont justement horizontales. &lt;br /&gt;
En tant qu'anthropologue, il a observ&#233; des formes de d&#233;mocratie dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s, mais aussi &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste, et il d&#233;fend que &#231;a peut fonctionner. Et sa th&#232;se est que ce n'est pas en renversant le syst&#232;me qu'on pourra s'en sortir et arriver &#224; des formes d'organisation beaucoup plus humaines, mais c'est en multipliant et en coalisant en quelque sorte &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles ces formes d'organisation horizontale et d&#233;mocratique.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ay&#231;a Cubuk&#231;u rappelle dans Au commencement &#233;tait... ce qu'est le communisme au quotidien pour Graeber : &#171; L'entraide, la coop&#233;ration sociale, la participation citoyenne, l'hospitalit&#233; ou m&#234;me simplement le souci de l'autre font la civilisation &#187; et &#171; constitue une sorte de communisme ordinaire, caract&#233;ristique universelle de toute soci&#233;t&#233; humaine &#224; travers l'histoire &#187; (p 549). &lt;br /&gt;
Dans son livre La d&#233;mocratie aux marges4 Graeber montre, arguments &#224; l'appui, que &#171; le concept de d&#233;mocratie n'est pas intrins&#232;quement occidental &#187;, qu'il n'a pas &#233;clot uniquement en Gr&#232;ce comme l'affirment les occidentaux, mais dans de nombreuses autres soci&#233;t&#233;s, notamment en Am&#233;rique du Nord. &lt;br /&gt;
David Graeber, dans les Dialogues avec un Sauvage5 et dans Au commencement &#233;tait... souligne que &#171; la d&#233;mocratie n'est pas une forme de gouvernement - une fa&#231;on sp&#233;cifique de mettre en &#339;uvre l'appareil d'Etat, (...) que la d&#233;mocratie n'a rien &#224; voir avec l'&#233;lection de repr&#233;sentants &#187; ; mais qu'elle est &#171; une forme de gouvernance, un mode d'auto-organisation collectif6 &#187; . &lt;br /&gt;
N'est-ce pas l&#224; un exemple typique de la pens&#233;e iconoclaste de Graeber ? Que d'aucun peuvent contester, mais qui demande des travaux de recherche et qui ouvre un vrai d&#233;bat sur la nature de la d&#233;mocratie ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je fais le lien entre sa conception de la d&#233;mocratie et la philosophie pragmatiste de John Dewey7. Chez Dewey, la d&#233;mocratie, ce n'est pas seulement une forme de gouvernement, et chez Graeber non plus : il ne la r&#233;duit pas &#224; un syst&#232;me &#233;lectoral ou &#224; une logique majoritaire. Tous deux partagent cette id&#233;e que la d&#233;mocratie, c'est avant tout un mode de vie. C'est une mani&#232;re d'&#234;tre ensemble, o&#249; chacun participe &#224; la cr&#233;ation des r&#232;gles et des finalit&#233;s qui orientent sa propre existence. Et &#231;a passe par la participation, la n&#233;gociation, la discussion &#8212; bref, par des pratiques concr&#232;tes. Donc &#231;a peut se jouer &#224; toutes les &#233;chelles, dans plein de contextes diff&#233;rents. L'id&#233;e d'une d&#233;mocratie invent&#233;e pour accompagner un &#201;tat centralis&#233;, avec ses &#233;lections et ses institutions repr&#233;sentatives, ce n'est pas du tout leur vision. Leur d&#233;mocratie, on pourrait la qualifier aujourd'hui de participative. Pour Graeber, l'enjeu, c'est vraiment de reconna&#238;tre que cette forme de d&#233;mocratie peut exister partout, &#224; toutes les &#233;chelles &#8212; et qu'il faut la valoriser comme telle.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd3.jpg?1768923013' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;The Great Depression &#169;Universal History Archive&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;pist&#233;mologie r&#233;aliste &lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Dans son ouvrage Dialogues avec un Sauvage, Graeber illustre l'importance de &#171; la discussion &#187;, d'une &#171; &#233;conomie du savoir conversationnel &#187; comme un facteur majeur de construction de la pens&#233;e savante ; illustrant par l&#224; m&#234;me l'un des aspects de sa philosophie de la connaissance. Il &#233;voque &#224; plusieurs reprises les conversations de ce type qui ont eu lieu dans les boutiques, les bistrots, les ports, lors des voyages, surtout depuis le 17&#232;me si&#232;cle et qui ont contribu&#233;, dans le contexte colonial Atlantique, &#224; former la pens&#233;e politique europ&#233;enne.&lt;br /&gt;
&#171; Le recours &#224; l'ordre de la conversation contribue &#224; d&#233;f&#233;tichiser le texte, &#224; le rapporter &#224; ses conditions mat&#233;rielles, sociales et situ&#233;es de production et &#224; lui restituer son agentivit&#233; concr&#232;te dans la soci&#233;t&#233; o&#249; il prend corps8 &#187; souligne Jean Christophe Goddard dans une interview pour Alters M&#233;dia. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous expliciter quelques points de cette &#233;pist&#233;mologie et philosophie r&#233;aliste que vous d&#233;gagez dans votre introduction ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Ce qui est int&#233;ressant chez Graeber, c'est d'abord la dimension &#233;pist&#233;mologique de sa d&#233;marche.&lt;br /&gt;
Il d&#233;fend une id&#233;e forte : la connaissance ne se construit pas seulement depuis le haut, depuis les experts, mais aussi &#224; partir de l'exp&#233;rience v&#233;cue des acteurs. Autrement dit, ceux qui vivent les situations doivent participer &#224; leur propre compr&#233;hension. C'est ce qu'on peut appeler une forme de d&#233;mocratie &#233;pist&#233;mique. Et cette id&#233;e a des implications tr&#232;s concr&#232;tes : elle suppose une autre mani&#232;re de produire du savoir, en partant de la subjectivit&#233;, de ce que les gens disent et ressentent dans leur travail.&lt;br /&gt;
L'exemple des Bullshit Jobs illustre bien cette approche. Graeber s'appuie sur des t&#233;moignages pour montrer que, dans beaucoup d'organisations, notamment dans les grandes bureaucraties publiques ou priv&#233;es, il existe des emplois qualifi&#233;s, souvent bien pay&#233;s, mais v&#233;cus comme vides de sens.&lt;br /&gt;
Son geste est original, parce qu'il d&#233;place le regard : on parle souvent du sens du travail &#224; propos des emplois pr&#233;caires, alors que lui s'int&#233;resse &#224; des postes consid&#233;r&#233;s comme stables et valoris&#233;s. Mais cette m&#233;thode &#8212; partir du v&#233;cu, du ressenti &#8212; a &#233;t&#233; tr&#232;s discut&#233;e. Beaucoup de sociologues lui ont reproch&#233; de ne pas s'appuyer sur des donn&#233;es statistiques. Certains ont m&#234;me cherch&#233; &#224; tester sa th&#232;se empiriquement et n'ont pas retrouv&#233; les m&#234;mes r&#233;sultats. Pourtant, les centaines de t&#233;moignages re&#231;us montrent autre chose : la force d'une approche o&#249; la parole des acteurs devient une source l&#233;gitime de connaissance. Et c'est l&#224;, au fond, que se joue le vrai enjeu &#233;pist&#233;mologique de son travail.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Dewey disait que &#171; celui qui sait o&#249; la chaussure fait mal, c'est celui qui la porte &#187;, il peut dire au cordonnier o&#249; &#231;a lui fait mal.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, donc le chercheur doit faire comme le cordonnier, il doit demander o&#249; cela fait mal ! Ce sont les gens qui construisent les connaissances d'un probl&#232;me, &#224; partir de leur v&#233;cu. Je reconnais encore le pragmatisme l&#224;-dedans, dans cette d&#233;mocratie &#233;pist&#233;mique, c'est-&#224;-dire la confiance dans les gens qui sont en lien avec une question pour formuler les probl&#232;mes. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Oui, la connaissance sensible vient vraiment du v&#233;cu des gens et cette somme de connaissances qu'on peut obtenir est bien diff&#233;rente de la moyenne qu'on peut obtenir par la statistique. &lt;br /&gt;
Dans un autre texte, Un &#171; tournant ontologique &#187; illusoire. R&#233;ponse &#224; Eduardo Viveiros de Castro9, Graeber se positionne face au tournant ontologique et plus sp&#233;cialement face &#224; la pens&#233;e de Viveiros de Castro &#224; ce sujet. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est un point d&#233;licat. Eduardo Viveiros de Castro appartient au courant du tournant ontologique en anthropologie, comme Philippe Descola. Ces chercheurs s'efforcent de prendre au s&#233;rieux la mani&#232;re dont d'autres soci&#233;t&#233;s per&#231;oivent et vivent la r&#233;alit&#233;, sans les juger &#224; partir des cat&#233;gories occidentales.&lt;br /&gt;
Viveiros de Castro a reproch&#233; &#224; David Graeber de conserver, malgr&#233; lui, un regard &#171; surplombant &#187; sur les croyances non occidentales : dans un texte sur la magie malgache, Graeber &#233;crivait qu'il serait &#171; exag&#233;r&#233; de dire que les f&#233;tiches provoquent vraiment la foudre &#187;. Pour Viveiros de Castro, ce genre de remarque trahit une conception occidentale du vrai et du faux, qui emp&#234;che de reconna&#238;tre pleinement d'autres ontologies. Mais Graeber se situe ailleurs : son ontologie est dite r&#233;aliste. Il estime qu'il existe une r&#233;alit&#233; commune &#224; tous les humains, m&#234;me si chacun la per&#231;oit et l'interpr&#232;te diff&#233;remment. Ce r&#233;alisme s'accompagne d'un relativisme th&#233;orique : aucune th&#233;orie, aucune culture, aucune cosmologie ne peut pr&#233;tendre &#224; une v&#233;rit&#233; totale. Pour lui, l'anthropologie doit reconna&#238;tre &#224; la fois la pluralit&#233; des points de vue et les limites de toute connaissance.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Graeber r&#233;pond en notant que la pens&#233;e rationnelle, structur&#233;e, scientifique ne nous arrive toute faite. Cela ne vient qu'apr&#232;s d&#233;cantation, apr&#232;s &#233;puration. Dans la plupart de nos propres pens&#233;es courantes, il y a aussi de tels raisonnements magiques, &#224; la logique douteuse, non rationnelle. Et c'est int&#233;ressant sur le plan de l'&#233;pist&#233;mologie de comprendre cela. Il faut rester sur le mode du r&#233;alisme.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&#192; plusieurs autres endroits Graeber regrette la focalisation des &#233;tudes sociales sur l'identit&#233;, en tout cas ses exc&#232;s, parce que c'est quelque chose qui divise. Pourtant il d&#233;fend des id&#233;es f&#233;ministes (il d&#233;nonce le patriarcat et souligne la place des femmes dans le mod&#232;le de l'&#233;conomie humaine). &lt;br /&gt;
Il &#233;tait pour le pluralisme, au contraire. Il est n&#233; dans les ann&#233;es 60, et je pense qu'il avait une pens&#233;e qui ressemblait &#224; celle des ann&#233;es 70 et moins &#224; celle des ann&#233;es 90. La question sociale &#233;tait au centre de sa vision du monde, ce qui rejoint la question du vote de la classe ouvri&#232;re blanche. ll faut ajouter le ton humoristique qui rend aussi ses textes un peu singuliers selon les canons acad&#233;miques.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/vd4.jpg?1768923013' width='500' height='418' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;David Graeber&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le lien avec l'&#233;cologie&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La question de l'anthropoc&#232;ne et du changement climatique n'a pas fait l'objet de nombreux travaux sp&#233;cifiques de David Graeber, me semble-t-il : la discussion avec Viveiros de Castro &#233;voqu&#233;e ci-dessus ne porte pas sur l'&#233;cologie, mais plut&#244;t sur des questions li&#233;es &#224; l'&#233;pist&#233;mologie et l'ontologie. &lt;br /&gt;
N&#233;anmoins Anna C&#233;line Sommerfeld montre que Graeber ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ce sujet, mais l&#224; aussi il l'abordait sous l'angle de &#171; la libert&#233; comme inh&#233;rent &#224; la nature du cosmos &#187; : &#171; si la vie est une capacit&#233; d'agir, et que le jeu repr&#233;sente l'expression la plus haute de la libert&#233; en tant qu'action exerc&#233;e pour elle-m&#234;me, alors le principe sous-jacent de la libert&#233; peut, en th&#233;orie, &#234;tre reformul&#233; &#224; chaque niveau du monde naturel et physique comme l'actualisation par un &#234;tre de ses capacit&#233;s ou potentiels les plus complexes ind&#233;pendamment de toute r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure &#187; &lt;br /&gt;
David Graeber a-t-il travaill&#233; sur ce th&#232;me ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est vrai que Graeber n'a pas travaill&#233; directement sur l'&#233;cologie, mais ses id&#233;es ont de vraies implications &#233;cologiques. Bruno Latour l'avait bien vu : pour lui, Graeber proposait une id&#233;e essentielle, celle de &#171; d&#233;-&#233;conomiser &#187; nos vies &#8212; autrement dit, r&#233;duire la place que prend l'&#233;conomie et les &#233;changes marchands dans la soci&#233;t&#233;. Pour Graeber, c'est l&#224; que se joue la solution aux probl&#232;mes &#233;cologiques : il faut affaiblir la domination de l'&#233;conomie sur nos existences.&lt;br /&gt;
C'est aussi dans cet esprit qu'il d&#233;fendait le revenu universel. Il reconnaissait que certains profiteraient du syst&#232;me pour ne rien faire, mais il pensait que la plupart des gens auraient envie d'agir autrement &#8212; de s'investir dans des activit&#233;s non marchandes, utiles socialement ou &#233;cologiquement.&lt;br /&gt;
Et puis, il y a une autre mani&#232;re d'utiliser Graeber pour penser l'&#233;cologie. Par exemple, la chercheuse Anna-C&#233;cile Sommerfeld s'appuie sur lui pour &#233;tudier notre rapport aux plantes et aux semences. Dans certaines soci&#233;t&#233;s asiatiques, on parle du &#171; riz-enfant &#187; : les graines sont vues comme ses propres enfants. Elle relie aussi &#231;a &#224; la notion de care, ce que Graeber appelle &#171; l'&#233;conomie humaine &#187; : une &#233;conomie tourn&#233;e vers la fabrication et l'entretien de la vie, vers le soin des &#234;tres vivants.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Octobre 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Du droit de d&#233;ambuler </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Hors dossiers</dc:subject>

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&lt;p&gt;La libert&#233; d'aller et venir est l'une des libert&#233;s humaines les plus &#233;videntes et en m&#234;me temps l'une des plus bafou&#233;es dans nos soci&#233;t&#233;s de propri&#233;taires, pour qui elle vient heurter leurs droits sacro saints, m&#234;me s'il n'est question que de passage. Elle est au c&#339;ur de la d&#233;mocratie r&#233;elle, du droit des migrants et des notions ancestrales d'hospitalit&#233; et d'accueil et se situe comme le d&#233;veloppe la juriste Sarah Vanuxem &#224; l'origine du droit, avant m&#234;me la loi. C'est en fait une des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no6/" rel="directory"&gt;Cahier N&#176;6&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/hors-dossiers" rel="tag"&gt;Hors dossiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/sv_portrrait.jpg?1768922002' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La libert&#233; d'aller et venir est l'une des libert&#233;s humaines les plus &#233;videntes et en m&#234;me temps l'une des plus bafou&#233;es dans nos soci&#233;t&#233;s de propri&#233;taires, pour qui elle vient heurter leurs droits sacro saints, m&#234;me s'il n'est question que de passage. Elle est au c&#339;ur de la d&#233;mocratie r&#233;elle, du droit des migrants et des notions ancestrales d'hospitalit&#233; et d'accueil et se situe comme le d&#233;veloppe la juriste Sarah Vanuxem &#224; l'origine du droit, avant m&#234;me la loi. C'est en fait une des conditions d'habitabilit&#233; de la Terre. Mais elle discute aussi de son introduction dans le droit dans cette premi&#232;re partie, montrant toutes ses cons&#233;quences politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la seconde qui sera publi&#233;e en f&#233;vrier mars, elle discutera de l'inscription territoriale de ces lois (et donc de ces libert&#233;s) qui passe &#224; notre &#233;poque par la distinction entre les divers espaces du monde actuel : l'espace global du march&#233; mondialis&#233;, l'espace des Etats et un espace &#171; nomade &#187;, pouvant se r&#233;f&#233;rer &#224; &#171; l'espace non limit&#233; ou l'espace du commun, s'opposant &#224; l'espace cl&#244;tur&#233;, privatis&#233; &#187;, cet espace &#233;tant susceptible de perdurer &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne parce que permettant le d&#233;ploiement de nouveaux styles de vie seuls vivables et viables &#224; terme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/sv1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/sv1.jpg?1768921905' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;Troupeau de ch&#232;vres sauvages dans les carri&#232;res de la Nerthe, Ch&#226;teauneuf-les-Martigues 2020&lt;br /&gt;
&#169; Geoffroy Mathieu&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit de d&#233;ambuler &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; la question de la libert&#233; de se mouvoir pose la question du droit lui-m&#234;me. Elle permet de r&#233;pondre &#224; la question &#8216;&#8216;qu'est-ce que le droit ?'' En tout cas, le droit d'avant la loi &#187;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Dans votre ouvrage La propri&#233;t&#233; de la terre1, vous appelez &#224; red&#233;finir : &#171; la propri&#233;t&#233; tel un droit d'habitation, les choses tels des milieux habit&#233;s, les droits ou biens telles des places en ces choses, et les d&#233;nomm&#233;s propri&#233;taires tels des habitants privil&#233;gi&#233;s b&#233;n&#233;ficiant de droits et places attitr&#233;s &#187;. &lt;br /&gt;
Dans Des choses de la nature et de leurs droits2 vous d&#233;veloppez l'id&#233;e que &#171; les choses elles-m&#234;mes pourraient avoir la propri&#233;t&#233; de droits ou biens &#187;. &lt;br /&gt;
Du droit de d&#233;ambuler3, votre dernier ouvrage s'inscrit dans cet ensemble de r&#233;flexions, mais en s'appliquant aux questions de &#171; la libert&#233; d'aller et de venir, d'arpenter la terre &#187;, qui interrogent dites-vous &#171; la d&#233;finition et le commencement m&#234;mes du droit ; et ce en regard d'ailleurs de la propri&#233;t&#233; &#187;. C'est donc &#224; une refonte &#233;cologique du syst&#232;me juridique occidental moderne que vous appelez.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous pr&#233;senter l'objet de ce dernier ouvrage, les raisons qui vous ont pouss&#233;e &#224; le choisir ? Pouvez-vous le resituer dans votre travail, dans vos recherches pr&#233;c&#233;dentes ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il s'agit de repenser la libert&#233; d'aller et de venir &#224; l'&#226;ge des bouleversements &#233;cologiques, soit &#224; l'&#226;ge des pollutions multiples, du r&#233;chauffement climatique et de l'&#233;rosion de la biodiversit&#233;. Pour ce faire, je m'interroge sur le sens de cette libert&#233; : la libert&#233; d'aller-et de venir signifie-t-elle un droit de circuler, m&#234;me en empruntant un moyen de transport polluant, comme un avion ou une voiture ? Ou bien, est-elle un droit d'acc&#233;der &#224; la nature, quitte &#224; passer sur un terrain qui peut &#234;tre privativement appropri&#233; ? Et s'agit-il d'un droit de cheminer ou de passer &#224; travers champs, c'est-&#224;-dire de se d&#233;placer sur un sentier &#233;troitement d&#233;termin&#233; ou bien m&#234;me hors sentier ? &lt;br /&gt;
Cette derni&#232;re question reconduit &#224; mon premier essai, La propri&#233;t&#233; de la terre : la propri&#233;t&#233; signifie-t-elle n&#233;cessairement un droit d'exclure autrui, un droit en particulier de se clore et de faire obstacle &#224; la libert&#233; de parcourir les terres ? Comme vous l'avez not&#233;, il y a donc bien un fil continu entre les deux premiers essais et ce recueil de textes.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous faites une analyse tr&#232;s serr&#233;e des th&#232;ses (Carl Schmitt, Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari) en comp&#233;tition pour identifier l'origine du droit, traduisant deux conceptions distinctes du droit. Et ces th&#232;ses s'appuient justement sur ces questions de la libert&#233; du nomadisme vs la fermeture des espaces introduisant la propri&#233;t&#233;. &lt;br /&gt;
En quoi cette libert&#233; fondamentale de d&#233;ambuler est-elle &#224; l'origine du droit et en interroge-t-elle l'id&#233;e et la d&#233;finition ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&#192; premi&#232;re vue, la libert&#233; de parcourir les terres int&#233;resse les seuls promeneurs, randonneurs ou grimpeurs. On pourrait donc penser qu'il s'agit d'une &#233;troite question de droit de sports de nature, qui toucherait &#224; nos loisirs, mais, somme toute, relativement accessoire, voire superf&#233;tatoire. Or, je pense que la question de la libert&#233; de se mouvoir pose la question du droit lui-m&#234;me. Elle permet de r&#233;pondre &#224; la question qu'est-ce que le droit ? En tout cas, le droit d'avant la loi, ou le droit d'apr&#232;s la loi, le droit ind&#233;pendamment de la loi aujourd'hui en vigueur. Et l&#224;, effectivement, j'ai comme oppos&#233;, mais je pense que l'opposition est r&#233;elle, Le Nomos de la Terre, cet ouvrage du juriste nazi Karl Schmitt, et le Trait&#233; de nomadologie de Deleuze et Guattari, qui se trouve dans leur recueil de textes Mille Plateaux. &lt;br /&gt;
Dans Le Nomos de la Terre, Karl Schmitt pense le droit d'avant la loi, comme une prise de terre, comme l'acte m&#234;me de prendre la terre et de s'enclore. Partant, le droit primordial est pens&#233; comme un emp&#234;chement de passer. On emp&#234;che autrui de passer sur un terrain que l'on vient de prendre et d'enclore. &#192; l'inverse, dans le Trait&#233; de nomadologie de Deleuze et Guattari, le droit, autre que la loi, ind&#233;pendamment de la loi, le nomos ind&#233;pendamment du logos, est pens&#233; comme la libert&#233; du berger de disposer des b&#234;tes sur un parcours ouvert, sur une terre qui est d&#233;munie de cl&#244;ture. On a, donc, deux visions oppos&#233;es de ce que peut signifier le droit, abstraction faite de la loi, et cette opposition repose pr&#233;cis&#233;ment sur la question du parcours. Le droit doit-il se comprendre comme la fin du libre parcours (ce serait la th&#232;se du nazi Schmitt), ou au contraire, comme le libre parcours (ce serait la th&#232;se des antifascistes Deleuze et Guattari). &lt;br /&gt;
&#192; partir de cette opposition, je me suis demand&#233;e : au fond, ne pourrait-on pas d&#233;couvrir plusieurs typologies, cat&#233;gories ou conceptions du droit &#224; partir de cette question du parcours de la terre, du d&#233;placement, soit de la libert&#233; d'aller et de venir ? Cela ne nous permettrait-il pas de d&#233;gager diff&#233;rentes mani&#232;res de r&#233;pondre &#224; la question qu'est-ce que le droit ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Cela m'a fait penser &#224; un texte vraiment admirable de Michel Serres dans un ouvrage qui s'appelle Habiter. Michel Serres a &#233;t&#233; marin. Et marin, il met l'accent sur le fait que l'humain a ces deux composantes : la composante de pouvoir se mouvoir, et il fait le parall&#232;le avec les animaux qui sont dot&#233;s de la possibilit&#233; de bouger et avec les plantes (fixes), deux caract&#233;ristiques dont les humains ont h&#233;rit&#233;, qui peuvent s'installer, de rester et habiter, mais aussi bouger, vagabonder. Le texte est magnifique.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, effectivement, ce serait une erreur d'opposer les s&#233;dentaires aux nomades : si je pense aux &#233;leveurs berb&#232;res du c&#244;t&#233; de Ouarzazate, au Maroc, ce sont a priori des nomades. Mais ils parcourent le m&#234;me territoire chaque ann&#233;e, en passant 3 -4 mois dans la m&#234;me grotte, 3-4 mois dans tel autre abri, etc. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas d'errance, mais une mani&#232;re de s&#233;dentarit&#233; &#224; l'&#233;chelle d'un territoire particulier. D'ailleurs, le Trait&#233; de nomadologie distingue divers types de nomadismes. &lt;br /&gt;
Donc oui, ce serait une erreur de les opposer. Et puis il y a aussi cette question de la compl&#233;mentarit&#233; entre nomades et s&#233;dentaires, des &#233;changes r&#233;currents peuvent exister entre des s&#233;dentaires, inf&#233;od&#233;s &#224; la figure de l'&#201;tat, et des nomades, r&#233;put&#233;s &#233;chapper &#224; l'&#201;tat. C'est l&#224; ce que montre l'historien anarchiste Scott dans son ouvrage Zomia4 : une compl&#233;mentarit&#233; peut exister entre les deux mondes.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les liens du droit de l'environnement et la d&#233;mocratie&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
De quelle fa&#231;on le droit est-il &#224; la fois une traduction particuli&#232;re de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s, des int&#233;r&#234;ts qui s'y manifestent, et un outil pour faire progresser cette &#233;volution elle-m&#234;me ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Vous posez la question de savoir comment le droit vient cristalliser des rapports de force, renforcer, par exemple, un rapport de domination, tout en autorisant sa remise en cause. &lt;br /&gt;
Je tente une r&#233;ponse : Les lois qui sont vot&#233;es apparaissent comme le fruit d'un compromis social. Et donc on peut les comprendre comme une &#171; traduction particuli&#232;re de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s &#187;. Mais la lecture de ces lois peut &#234;tre remise en cause lorsque les dispositions l&#233;gales apparaissent iniques, injustes, inadapt&#233;es, par exemple, &#224; raison de circonstances nouvelles. L'interpr&#233;tation des lois peut &#234;tre contest&#233;e devant le juge &#224; l'occasion d'un proc&#232;s. Le juge pourra prendre en compte l'&#233;volution des circonstances ou l'&#233;volution des m&#339;urs et faire une nouvelle interpr&#233;tation des lois. Il y a un mouvement dynamique entre loi et jurisprudence qui permet de faire &#233;voluer les textes de droit, en quelque sorte, sans les changer, mais en chargeant les textes et les mots d'un sens nouveau. &lt;br /&gt;
Aujourd'hui, nous avons un important outil pour autoriser cette &#233;volution et cette dynamique du droit, c'est la QPC, la Question Prioritaire de Constitutionnalit&#233;, qui permet &#224; un juge de surseoir &#224; statuer en posant la question de la conformit&#233; d'une loi &#224; un texte constitutionnel, par exemple &#224; la charte de l'environnement. Cette question prioritaire de constitutionnalit&#233; est un outil extr&#234;mement important en droit de l'environnement, notamment, pour interroger le Conseil constitutionnel sur la mani&#232;re dont on peut comprendre tel ou tel article ou m&#234;me consid&#233;rant de la Charte de l'environnement. Cela peut conduire le juge &#224; faire, ensuite, une interpr&#233;tation nouvelle, audacieuse de textes de loi d&#233;j&#224; existants. &lt;br /&gt;
En droit de l'environnement, on a aussi un principe l&#233;gal qui pourrait nous conduire &#224; progresser du point de vue de la protection de l'environnement, c'est le principe de non-r&#233;gression. Il interdit au pouvoir r&#233;glementaire, donc au pouvoir ex&#233;cutif, d'adopter des textes qui constituent une r&#233;gression sur le plan environnemental. Le malheur (je parle du point de vue d'une environnementaliste) est que ce principe de non-r&#233;gression ne figure pas dans la charte de l'environnement &#224; valeur constitutionnelle. D&#232;s lors, il ne lie pas le l&#233;gislateur, il ne l'oblige pas. C'est l&#224; une v&#233;ritable difficult&#233; parce que le l&#233;gislateur peut voter des lois, et il le fait (pensons &#224; la loi Duplomb), qui contreviennent au principe de non-r&#233;gression. &lt;br /&gt;
Et puis, il faut &#233;videmment penser &#224; une autre mani&#232;re d'expliquer cette dynamique du droit. C'est celle issue des luttes men&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile et qui peut conduire &#224; des actes de d&#233;sob&#233;issance civile. Cette d&#233;sob&#233;issance &#8211; et je m'arr&#234;terai au champ environnemental &#8211; suppose une violation du droit national. Mais elle se trouve n&#233;anmoins prot&#233;g&#233;e en droit international par la Convention d'Aarhus sur l'information et la participation du public &#224; l'&#233;laboration des normes environnementales. Cela signifie qu'en tant qu'objecteur ou objectrice de conscience &#233;cologique vous &#234;tes prot&#233;g&#233;.e par le droit international de l'environnement quand bien m&#234;me vous enfreindriez une r&#232;gle de droit national. C'est l&#224; ce que rappelle Michel Forst, le rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies sur la Convention d'Aahrus : ceux que l'on appelle aujourd'hui les &#233;coterroristes sont prot&#233;g&#233;s par le droit international. Or ces militants &#233;cologiques peuvent &#234;tre, eux aussi, &#224; l'origine de changements jurisprudentiels ou l&#233;gislatifs. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&#199;a montre la force aussi de quelque part du droit de l'environnement et de la charte de l'environnement part, mais quelque part aussi des principes de de l'&#233;cologie qui sont quand m&#234;me des fondements d'une &#233;volution tr&#232;s profonde des soci&#233;t&#233;s elles-m&#234;mes. C'est presque une &#233;vidence, mais l&#224; c'est tr&#232;s concret.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, &#231;a pourrait emporter une v&#233;ritable r&#233;volution juridique, d'autant qu'en droit de l'environnement, on a aussi un principe d'int&#233;gration. Ce principe directeur commande d'int&#233;grer les pr&#233;occupations environnementales dans toutes les autres branches du droit (le droit fiscal, le droit commercial, le droit des &#233;trangers, etc.). Toutefois ce principe n'est pas reconnu en droit fran&#231;ais ; il l'est simplement dans le droit de l'Union europ&#233;enne. Cela montre n&#233;anmoins comment le droit de l'environnement pourrait &#234;tre un facteur important de changement puisque le souci &#233;cologique devrait comme descendre dans chacune des autres disciplines juridiques pour venir les modifier. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Droit de libert&#233; d'aller et venir et droit des migrants&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Il se trouve que dans le dernier num&#233;ro de la revue, on a publi&#233; une interview de Fatima Ouassak, qui d&#233;fend la libert&#233; de circulation, d'installation, comme un droit universel, y compris pour des migrants. Un petit commentaire &#224; ce niveau-l&#224; ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il &#233;tait difficile, dans un recueil de textes relatif &#224; la libert&#233; d'aller et de venir de ne pas aborder la question des migrants et, en m&#234;me temps, je ne suis pas sp&#233;cialis&#233;e du droit des r&#233;fugi&#233;s ou du droit des minorit&#233;s. Je me suis donc retrouv&#233;e dans une situation un peu embarrassante, comme si finalement l'ensemble de mes textes tournaient autour d'une question absolument fondamentale mais sans &#234;tre jamais abord&#233;e de front : celle des migrants. D'o&#249; cette invitation de mon &#233;diteur &#224; en dire quelques mots en introduction. C'est la raison pour laquelle j'en traite &#224; peine, mais c'est l'un de mes travaux en cours cette ann&#233;e &#224; l'Agence fran&#231;aise de d&#233;veloppement. &lt;br /&gt;
Pour le peu que j'ai lu, le &#171; ius peregrinandi &#187;, le droit de p&#233;r&#233;griner, aurait &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par des th&#233;ologiens espagnols, &#224; l'occasion de la conqu&#234;te des Am&#233;riques du Sud, pour justifier la colonisation des territoires am&#233;rindiens. Et c'est assez frappant parce que ces th&#233;ologiens, qui ne sont pas fonci&#232;rement racistes (puisqu'ils reconnaissent l'humanit&#233; des Indiens) consid&#232;rent que les colons espagnols ont n&#233;anmoins, en tant qu'&#234;tres humains, le droit de se d&#233;placer librement sur Terre et d'entrer sur des territoires qui ne sont pas les leurs. Pourquoi ? Eh bien, pour y travailler, s'y &#233;tablir, et subvenir &#224; leurs besoins, comme si cette libert&#233; de migrer &#233;tait initialement pens&#233;e comme une libert&#233; d'entreprendre. &lt;br /&gt;
C'est paradoxal parce qu'aujourd'hui, on refuse aux descendants des anciens peuples colonis&#233;s ce m&#234;me droit de migrer et de s'&#233;tablir, cette m&#234;me libert&#233; d'entreprendre, que nous avons pourtant th&#233;oris&#233; (du moins des th&#233;ologiens) pour justifier du droit des colons espagnols de se d&#233;placer sur des territoires &#233;trangers. D&#232;s lors, ce me para&#238;t &#233;thiquement douteux de refuser aux descendants des peuples colonis&#233;s, en tout cas anciennement colonis&#233;s, ce m&#234;me droit que nous, nous nous sommes octroy&#233;s de nous d&#233;placer sur leur territoire pour pr&#233;cis&#233;ment y vivre et les exploiter. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Ne pourrait-on pas utiliser le principe d'int&#233;gration qui fait qu'en principe, dans toutes les autres branches du droit (droit fiscal, droit commercial, et pourquoi pas le droit des &#233;trangers), on est cens&#233; int&#233;grer les pr&#233;occupations environnementales pour r&#233;pondre aux droits d'aller et venir des migrants ? &lt;br /&gt;
Ne pourrait-on pas dire que le principe de solidarit&#233; &#233;cologique, qui couvre le principe de fraternit&#233;, devise de la R&#233;publique, pourrait justement constituer une base pour un droit de d&#233;ambulation ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, a priori, le principe de solidarit&#233; &#233;cologique, distinct du devoir de fraternit&#233;, pourrait int&#233;grer le droit des &#233;trangers ou, plus g&#233;n&#233;ralement, le droit des minorit&#233;s. C'est une id&#233;e que j'ai esquiss&#233;e en introduction et qui touche &#224; la question des migrants : pourquoi le principe de solidarit&#233; &#233;cologique pourrait conduire &#224; r&#233;viser le droit des &#233;trangers ? J'aurais deux explications : &lt;br /&gt;
D'une part, avant d'&#234;tre hauss&#233; au rang de principe, la solidarit&#233; &#233;cologique a &#233;t&#233; reconnue dans le droit des aires prot&#233;g&#233;es, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans le droit des parcs nationaux. Lors de la r&#233;forme en 2006 du droit de ces derniers, on a voulu reconna&#238;tre la solidarit&#233; entre le territoire d'un parc national et le territoire alentour que l'on appelait jusqu'alors la zone p&#233;riph&#233;rique. Et on a choisi, &#224; partir de 2006, de distinguer entre le ou les c&#339;urs de parc et ce que l'on appelle d&#233;sormais l'aire d'adh&#233;sion au parc. De sorte que nous n'avons pas de fronti&#232;re qui soit v&#233;ritablement &#233;tablie entre le c&#339;ur d'un parc et l'aire d'adh&#233;sion. Cette fronti&#232;re est estomp&#233;e et, surtout, elle est pens&#233;e comme &#233;tant le lieu d'une communaut&#233; de destin territorial entre les communes qui appartiennent au parc. Dans la solidarit&#233; &#233;cologique telle qu'elle est pens&#233;e initialement, en 2006, on a cette id&#233;e de la fronti&#232;re comme un lieu de mise en relation de diff&#233;rents territoires. &lt;br /&gt;
D'autre part, lorsque la loi du 8 ao&#251;t 2016 pour la reconqu&#234;te de la nature, de la biodiversit&#233; et des paysages, a &#233;rig&#233; la solidarit&#233; &#233;cologique au rang de principe du droit de l'environnement, elle l'a fait dans des termes assez audacieux (pour la France) puisqu'elle ne discrimine pas entre les &#234;tres humains, d'un c&#244;t&#233;, et les &#234;tres autres qu'humains, de l'autre. Pos&#233; &#224; l'article L110-1 du Code de l'environnement, ce principe appelle &#171; &#224; prendre en compte dans toute prise de d&#233;cision publique, ayant une incidence notable sur l'environnement des territoires concern&#233;s, les interactions des &#233;cosyst&#232;mes, des &#234;tres vivants et des milieux naturels ou am&#233;nag&#233;s &#187;. En plus de pr&#233;senter la fronti&#232;re comme un lieu de mise en relation des territoires, la solidarit&#233; &#233;cologique appara&#238;t telle une solidarit&#233; inter-esp&#232;ce ; elle est relative aux &#171; &#234;tres vivants &#187;, humains ou non-humains, sans distinction. Il me semble que nous avons l&#224; un premier jalon pour penser un droit d'ouverture et d'accueil de l'alt&#233;rit&#233;, humaine et non-humaine, puis imaginer un droit cosmopolite de la nature qui serait un droit des humains, mais aussi des animaux, des v&#233;g&#233;taux, des min&#233;raux...&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/sv2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/sv2.jpg?1768921905' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;Faufilement autour d'une cl&#244;ture Lippi Parc agricole de Sainte-Marthe, Marseille 2023 &lt;br /&gt;
&#169; Geoffroy Mathieu&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les le&#231;ons de l'histoire du vagabondage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; On va se repr&#233;senter le fait d'&#234;tre propri&#233;taire foncier comme un droit d'exclure autrui et de poser des cl&#244;tures. Mais il faut bien avoir en t&#234;te que &#231;a, c'est une vision moderne tout &#224; fait nouvelle &#187;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous esquissez une histoire du vagabondage (des humains mais aussi des animaux) et des droits qui l'encadrent dans les soci&#233;t&#233;s du bas moyen &#226;ge, de l'&#226;ge classique, de la R&#233;volution fran&#231;aise et de l'&#233;poque moderne et vous montrez quelle est la nature pr&#233;cise de cette &#233;volution profonde. Pouvez-vous r&#233;sumer cette &#233;volution ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, je me suis plong&#233;e dans la lecture d'ouvrages d'histoire relatifs au vagabondage. Et c'est ainsi que j'ai appris que jusqu'au XIVe si&#232;cle, en r&#233;alit&#233;, la libert&#233; d'arpenter les territoires en Europe &#233;tait a priori plus grande qu'aujourd'hui. En tout cas, nombreux &#233;taient ceux qui se d&#233;pla&#231;aient fr&#233;quemment, r&#233;guli&#232;rement : des marchands ambulants, des p&#232;lerins, des forains, des artisans, des &#233;tudiants aussi. Et on apprend que c'est seulement avec l'essor de la soci&#233;t&#233; industrielle, le besoin d'une main d'&#339;uvre &#224; bas co&#251;t, que des interdits de vagabondage ont &#233;t&#233; peu &#224; peu pos&#233;s. &lt;br /&gt;
Que signifie le vagabondage ? Le d&#233;lit de vagabondage, c'est l'interdiction d'errer, ou de se d&#233;placer sans avoir ni travail, ni ressources suffisantes sur soi, ni personne pour r&#233;pondre de vous. On parle de gens sans aveu, sans personne qui puisse r&#233;pondre d'eux. Et donc, tout se passe comme si nous avions &#233;t&#233; peu &#224; peu assign&#233;s au travail, sauf &#224; &#234;tre emprisonn&#233;s. C'est un mouvement qui est paradoxal, puisque g&#233;n&#233;ralement on se repr&#233;sente l'&#233;poque moderne comme le temps de l'&#233;mancipation individuelle, notamment avec la R&#233;volution fran&#231;aise. En fait, lorsqu'on regarde ce qu'il en a &#233;t&#233; plus pr&#233;cis&#233;ment de ce d&#233;lit de vagabondage &#224; la R&#233;volution, on apprend qu'au d&#233;but de celle-ci, on lib&#232;re effectivement les vagabonds, conform&#233;ment &#224; l'id&#233;al d'&#233;mancipation. Mais quelques ann&#233;es apr&#232;s, pendant le Directoire, on revient sur cette abrogation du d&#233;lit de vagabondage. Parce qu'on se rend compte qu'en m&#234;me temps que l'on a mis fin aux privil&#232;ges des seigneurs, eh bien, on a mis fin, aussi, &#224; tout un complexe d'institutions qui permettait d'apporter un peu de sous, de subsides, d'aide aux plus d&#233;munis. Toute cette aide aux pauvres gens dispara&#238;t en m&#234;me temps que les privil&#232;ges. C'est un fait qui est soulign&#233; par Karl Marx dans son texte sur la loi sur les vols de bois. Finalement, le Directoire va r&#233;tablir le d&#233;lit de vagabondage, r&#233;tablir les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires qui permettent d'emprisonner les gens arpentant le territoire sans travail, sans ressources sur eux, ni personne qui puisse r&#233;pondre d'eux. C'est une histoire que fait d&#233;j&#224; Michel Foucault dans Surveiller et punir. &lt;br /&gt;
Cela peut para&#238;tre tr&#232;s &#233;loign&#233; de la question de la propri&#233;t&#233;, mais &#231;a ne l'est pas. Parce qu'en fait, c'est un mouvement qui a accompagn&#233; un changement de conception de la propri&#233;t&#233;. A partir du XVIe si&#232;cle en Angleterre, XVIIe, XVIIIe, un peu plus tardivement en France, on va se repr&#233;senter le fait d'&#234;tre propri&#233;taire foncier comme un droit d'exclure autrui et de poser des cl&#244;tures. Mais il faut bien avoir en t&#234;te que &#231;a, c'est une vision moderne tout &#224; fait nouvelle. &lt;br /&gt;
En Angleterre, au XVIe si&#232;cle, si un propri&#233;taire foncier veut se clore, il doit en demander l'autorisation. Il doit obtenir une loi en quelque sorte d'habilitation pour poser des cl&#244;tures. Un droit qui pour la France est acquis avec l'adoption du Code civil en 1804, et toujours pos&#233; &#224; l'article 647 du Code civil. Or en posant des cl&#244;tures, que fait-on ? On se pr&#233;munit des pauvres. On met un terme &#224; la possibilit&#233; de vivre en grappillant, en glanant, en cueillant des cultures qui n'auraient pas &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment emport&#233;es par le propri&#233;taire foncier-agriculteur. Autrement dit, on emp&#234;che la vie de vagabond. &lt;br /&gt;
C'est la trag&#233;die des enclosures que d&#233;crit le po&#232;te John Clare, qui, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, d&#233;nonce les cl&#244;tures pos&#233;es dans sa paroisse. Il pleure la fin des communs, la perte de la possibilit&#233; d'errer, de se d&#233;placer librement. Dans ses po&#232;mes, il d&#233;nonce aussi l'enclosure comme signifiant l'exode des pauvres des campagnes, qui sont oblig&#233;s de partir en ville pour &#233;chouer dans des maisons de travail. La cl&#244;ture, &#231;a permet de se pr&#233;munir de la faune sauvage comme des pauvres humains, ainsi que l'expliquent des manuels d'agriculture de l'&#233;poque. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Mai 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Penser l'&#233;cologie sociale et le communalisme par-del&#224; Bookchin</title>
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		<dc:date>2026-01-20T15:05:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>


		<dc:subject>Hors dossiers</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le livre de Pierre Sauv&#234;tre Murray Bookchin ou l'objectif communoc&#232;ne &#201;cologie sociale et lib&#233;ration plan&#233;taire1 paru r&#233;cemment, est l'un des rares ouvrages pr&#233;sentant de fa&#231;on la plus compl&#232;te et d&#233;taill&#233;e possible la pens&#233;e et l'action de Murray Bookchin. Cet auteur, pionnier de l'&#233;cologie de lib&#233;ration sociale a trac&#233; depuis 1930 puis tout au long du 20&#232; si&#232;cle cette voie radicale d'&#233;mancipation sociale et &#233;cologique. Travail pionnier, profond et riche d'une grande exp&#233;rience militante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no6/" rel="directory"&gt;Cahier N&#176;6&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/hors-dossiers" rel="tag"&gt;Hors dossiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/ps_portrait.jpg?1768921511' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Pierre Sauv&#234;tre Murray Bookchin ou l'objectif communoc&#232;ne &#201;cologie sociale et lib&#233;ration plan&#233;taire1 paru r&#233;cemment, est l'un des rares ouvrages pr&#233;sentant de fa&#231;on la plus compl&#232;te et d&#233;taill&#233;e possible la pens&#233;e et l'action de Murray Bookchin. Cet auteur, pionnier de l'&#233;cologie de lib&#233;ration sociale a trac&#233; depuis 1930 puis tout au long du 20&#232; si&#232;cle cette voie radicale d'&#233;mancipation sociale et &#233;cologique. Travail pionnier, profond et riche d'une grande exp&#233;rience militante continue, qui porte de nombreuses id&#233;es dont nous nous inspirons, nous voulons le pr&#233;senter lors de cette discussion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle sera publi&#233;e en deux parties, la seconde publi&#233;e en mars 2026 portant notamment sur la philosophie de Bookchin et sur sa vision du Territoire et de la production &#233;cologique de l'espace&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'un des apports les plus fondamentaux de l'&#233;cologie sociale au d&#233;bat &#233;cologique actuel est peut-&#234;tre l'id&#233;e que l'essentiel des probl&#232;mes qui dressent l'une contre l'autre la soci&#233;t&#233; et la nature proviennent de l'&#233;volution m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, et non d'un conflit entre soci&#233;t&#233; et nature. C'est-&#224;-dire que les divisions entre la soci&#233;t&#233; et la nature trouvent leurs racines les plus profondes &#224; l'int&#233;rieur du domaine social... &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Bookchin Une soci&#233;t&#233; &#224; refaire (p 56)&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps1.jpg?1768921337' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cologie sociale &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;&#171; L'&#233;cologie sociale, c'est d'abord l'id&#233;e fondamentale que le rapport des &#234;tres humains &#224; la nature doit &#234;tre compris comme un rapport social &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;L'un des principaux m&#233;rites de Bookchin est d'avoir pens&#233; que l'&#233;mancipation sociale ne pouvait se r&#233;aliser qu'&#224; travers la lutte &#233;cologique, mais une &#233;cologie tout &#224; fait diff&#233;rente des diverses formes qu'elle a prises tout au long du 20&#232; et du d&#233;but 21&#232; si&#232;cle, parmi lesquelles l'&#233;cologie bourgeoise lib&#233;rale et productiviste dite &#171; transition &#233;cologique &#187;, l'&#233;cologie &#171; individualiste &#187; actuelle uniquement centr&#233;e sur les rapports &#224; la nature ignorante de ce que ces rapports d&#233;coulent des rapports sociaux... &lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous pr&#233;senter dans ses grandes lignes cette &#233;cologie sociale ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Vous venez de le faire tr&#232;s bien ! L'&#233;cologie sociale, c'est d'abord l'id&#233;e fondamentale que le rapport des &#234;tres humains &#224; la nature doit &#234;tre compris comme un rapport social. Autrement dit, le type de rapport que nous avons collectivement ou individuellement avec la nature est structur&#233; par notre mode d'organisation sociale. Autrement dit, la crise &#233;cologique a des racines sociales, et elle a plus pr&#233;cis&#233;ment ses racines dans la domination sociale. Il en r&#233;sulte qu'il n'y a pas de transformation &#233;cologique possible sans transformation sociale concomitante ! Cette id&#233;e qui para&#238;t simple est en fait contre-intuitive, car elle implique de se d&#233;tacher de ce qui semble &#234;tre l'objet &#233;vident de l'&#233;cologie, &#224; savoir la relation de l'humanit&#233; &#224; la nature, pour nous r&#233;orienter sur la critique des rapports sociaux. &lt;br /&gt;
Or, c'est ce qui fait toute sa force, car elle permet d'expliquer pourquoi l'&#233;cologie dominante, lib&#233;rale et individualiste, qui est de tous les livres, de tous les discours et de toutes les conf&#233;rences globales depuis 50 ans, n'en finit pas d'&#233;chouer : malgr&#233; l'indignation, malgr&#233; les technologies les plus sophistiqu&#233;es de stockage du carbone, et m&#234;me malgr&#233; l'attention aux nouvelles &#8220;ontologies&#8221; des relations entre humains et non-humains, les pratiques destructrices de l'environnement reviennent toujours car elles sont structur&#233;es par l'organisation sociale capitaliste. Tant que nous ne trouverons pas le moyen de transformer profond&#233;ment les rapports sociaux, elles reviendront. L'&#233;cologie sociale est donc plus actuelle que jamais. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;En quoi celle-ci vous parait-elle &#234;tre une avanc&#233;e consid&#233;rable sur le plan de la strat&#233;gie d'&#233;mancipation &#233;tendue &#224; l'&#233;chelle du monde, avanc&#233;e par rapport aux grands courants politiques de transformation que sont le marxisme, le socialisme et l'&#233;cologie traditionnelle ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;L'&#233;cologie sociale, c'est le second point, est une analyse qui ne s&#233;pare jamais l'analyse de la relation soci&#233;t&#233;-nature entre humains et autres qu'humains de l'analyse des relations intrins&#232;quement sociales entre humains. Elle associe l'&#233;cologie et la sociologie dans un savoir unifi&#233; parce qu'elle supprime le dualisme entre la nature et la soci&#233;t&#233; en affirmant qu'il s'agit d'un seul et unique ensemble relationnel.&lt;br /&gt;
C'est une avanc&#233;e d&#233;cisive par rapport aux grands courants de la critique sociale traditionnelle tout simplement parce que l'humanit&#233; n'existe pas en soi sans la nature autre qu'humaine. Le socialisme, le marxisme et l'anarchisme ne pouvaient donc avoir de sens que dans le cadre pr&#233;suppos&#233; d'une nature stable. A partir du moment o&#249; l'on prend conscience des fondations naturelles de la soci&#233;t&#233; par le fait que la nature est d&#233;stabilis&#233;e par le capitalisme, il n'est plus possible d'envisager l'&#233;mancipation sociale sans l'&#233;cologie, d'o&#249; les d&#233;veloppements de l'&#233;co-socialisme, de l'&#233;co-marxisme ou de l'&#233;co-anarchisme. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps3.jpg?1768921338' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Bookchin a avec d'autres - je pense &#224; la m&#234;me &#233;poque &#224; Castoriadis - introduit le concept de hi&#233;rarchie qui &#233;largit la conception des classes sociales de Marx et qui la sort d'une vision tr&#232;s centr&#233;e sur l'&#233;conomie - r&#233;duite d'ailleurs &#224; la production. Vous-m&#234;me avez propos&#233; un concept permettant de saisir &#224; la fois le lien de l'humain avec la nature et la relation sociale qu'il noue de ce fait : le cosmo pouvoir. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous expliciter ces deux concepts, leurs liens et montrer leur importance pour la r&#233;flexion sociale, &#233;cologique et politique ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Bookchin enrichit en effet la conception des rapports de pouvoir dans la soci&#233;t&#233; en insistant sur l'existence de hi&#233;rarchies sociales bas&#233;es sur des diff&#233;rences de statuts et qui reposent sur des dominations li&#233;es au genre, &#224; l'identit&#233; ethnique et &#224; l'&#226;ge, &#224; savoir la domination des hommes sur les femmes, des personnes blanches sur les personnes de couleur et des personnes &#226;g&#233;es sur les plus jeunes. Ces hi&#233;rarchies sociales s'enchev&#234;trent avec la domination socio-&#233;conomique reposant sur les relations d'exploitation au travail et l'in&#233;galit&#233; des conditions mat&#233;rielles entre classes sociales caract&#233;ristiques des soci&#233;t&#233;s capitalistes. Comme il l'argumente dans The Ecology of Freedom, ces hi&#233;rarchies ont commenc&#233; &#224; se former dans certaines soci&#233;t&#233;s villageoises d&#232;s l'&#233;poque n&#233;olithique et se sont cristallis&#233;es dans les soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchiques de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge. C'est sur cette base qu'ont pu s'&#233;riger et se d&#233;velopper ensuite les relations d'exploitation capitalistes qui n'ont pas remplac&#233; les relations hi&#233;rarchiques, mais les ont incorpor&#233;es en elles. Bookchin attire ainsi notre attention sur le fait que l'&#233;mancipation sociale implique de se d&#233;prendre autant des relations d'exploitation que des relations hi&#233;rarchiques (ce qu'on trouve aussi, bien entendu, chez de nombreuses autrices f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, par exemple Ynestra King, ou chez des auteurs comme Castoriadis ou Foucault). &lt;br /&gt;
Mais le point de vue de l'&#233;cologie sociale rend la critique du pouvoir de Bookchin sans doute encore plus originale. Pour compl&#233;ter ce que je disais ci-dessus, je pr&#233;ciserai que l'&#233;cologie sociale d&#233;finit une nouvelle approche holiste qui prend pour objet le continuum de la nature et de la soci&#233;t&#233;, qui &#224; cet &#233;gard d&#233;passe le holisme de la sociologie et de l'&#233;cologie prises s&#233;par&#233;ment. Cela am&#232;ne Bookchin &#224; dire que les rapports de domination sociale sp&#233;cifiques qui organisent une soci&#233;t&#233; entra&#238;nent des formes sp&#233;cifiques de domination de la nature. Cela veut dire l'existence d'interventions humaines qui r&#233;-am&#233;nagent le r&#233;seau des relations entre les formes-de-vie autre qu'humaines en le faisant correspondre &#224; des situations de domination sociale. C'est cette id&#233;e que je veux rendre en parlant de &#171; cosmopouvoir &#187;, un concept qui d&#233;signe donc la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la domination de la nature d&#233;riv&#233;e de la domination sociale. &lt;br /&gt;
Pour prendre deux exemples simples : au Moyen &#194;ge, des terres ont &#233;t&#233; rendues indisponibles aux paysans afin d'&#234;tre am&#233;nag&#233;es en espaces de chasse &#224; cour, une activit&#233; qui &#233;tait bien s&#251;r du go&#251;t des princes et des aristocrates ; tandis qu'&#224; l'&#226;ge capitaliste, l'&#233;levage industriel ou la b&#233;tonisation urbaine et routi&#232;re correspondent bien entendu aux objectifs de circulation et de lucrativit&#233; de la production &#233;conomique capitaliste. &lt;br /&gt;
Le cosmopouvoir d&#233;signe donc le fait que les rapports de pouvoir sociaux transforment la mat&#233;rialit&#233; terrestre en d&#233;faisant l'&#339;uvre &#233;volutionnaire, mill&#233;naire de complexification et de diversification du vivant autre qu'humain. Sortir du cosmopouvoir, c'est donc construire une nouvelle soci&#233;t&#233; compatible avec la biodiversit&#233; et, au-del&#224;, qui favorise le processus de diversification du vivant autre qu'humain. &lt;br /&gt;
Vous avez finalement raison de rapprocher ces deux concepts de hi&#233;rarchie et de cosmopouvoir. Car ce qu'apporte l'id&#233;e de hi&#233;rarchie &#224; celle d'exploitation, l'id&#233;e du cosmopouvoir l'apporte &#224; celle du&lt;br /&gt; &#171; capitaloc&#232;ne &#187;. En effet, de la m&#234;me mani&#232;re qu'on pourrait &#233;liminer l'exploitation et se retrouver avec une soci&#233;t&#233; faite de relations hi&#233;rarchiques intactes, on pourrait sortir du capitaloc&#232;ne par une sorte de dictature &#233;cologique qui maintiendrait et m&#234;me renforcerait des formes de cosmopouvoir issues de relations de domination sociale non capitalistes. C'est le risque qu'il y a par exemple chez Andreas Malm quand il invoque un &#171; l&#233;ninisme &#233;cologique &#187;. Quand James Scott en revanche souligne le d&#233;sastre pour l'&#233;cologie de la collectivisation en Russie ou de la villagisation forc&#233;e au Mozambique, il pointe du doigt que le d&#233;sastre &#233;cologique n'est pas seulement capitaliste, bien qu'il le soit grandement. Faire la synth&#232;se des formes socio-historiques de domination de la nature dans une histoire du cosmopouvoir apporte donc plus de garanties &#224; une &#233;mancipation &#233;cologique que ne le fait le &#171; capitaloc&#232;ne &#187;. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Communalisme, base politique et l'&#233;conomie des communs de son territoire (le commonalisme) &lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La proposition de Bookchin en mati&#232;re d'&#233;conomie est &#233;troitement reli&#233;e &#224; ses propositions d'organisation de la vie politique du pays (et au-del&#224; du monde) autour des Communes. Et elle est aussi reli&#233;e &#224; une vision particuli&#232;re de l'&#233;conomie qui doit &#234;tre selon lui dirig&#233;e par le politique, c'est-&#224;-dire ici par les Communes, quel que soit l'orientation que pourraient avoir les activit&#233;s sociales et &#233;conomiques m&#234;mes plac&#233;es sous le signe des Communs. D'o&#249; ses propositions d'une municipalisation de l'&#233;conomie, c'est-&#224;-dire (p 153) d'une &#171; appropriation par les municipalit&#233;s des terres et des moyens de production du territoire de la Commune, plac&#233;es sous le contr&#244;le de l'assembl&#233;e populaire communale &#187;. Les Communs (&#171; non hi&#233;rarchiques, auto institu&#233;s et auto gouvern&#233;s par des collectif de citoyens &#187; sur les principes des communs) resteraient sous ce m&#234;me contr&#244;le de la propri&#233;t&#233; publique municipale. &lt;br /&gt;
Nous nous situons dans un mod&#232;le proche de celui que pr&#233;sentent Pierre Dardot et Christian Laval dans &#171; Instituer les mondes2 &#187; : l'entit&#233; politique de base au niveau du pays (ou du monde) serait les Communes, et o&#249; les activit&#233;s sociales et &#233;conomiques &#224; ce m&#234;me niveau seraient dirig&#233;es par des Communs.&lt;br /&gt;
Les Communes ne sont pas faites pour diriger des activit&#233;s &#233;conomiques, culturelles, &#233;cologiques, mais pour g&#233;rer la vie commune des habitants. Les assembl&#233;es populaires ne connaissent pas le m&#233;tier de ces entit&#233;s (sans doute tr&#232;s nombreuses) et ont bien d'autres objectifs et t&#226;ches.&lt;br /&gt;
Ne pensez-vous pas que des relations d&#233;mocratiques tr&#232;s positives pourraient s'&#233;tablir entre Communes et l'ensemble des Communs du territoire ? Et cela du fait m&#234;me de l'identit&#233; des motivations civiques et &#233;thiques des uns comme des autres ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Dans mon livre, j'ai essay&#233; d'&#234;tre le plus pr&#233;cis possible sur les diff&#233;rentes formulations par lesquelles Bookchin d&#233;finissait l'&#233;conomie municipale, et aussi de prendre au s&#233;rieux l'affirmation de David Harvey suivant laquelle il est un penseur des communs ; mais il faut s&#251;rement &#234;tre plus simple sur l'articulation communs/communes et la position dominante de Bookchin sur l'&#233;conomie municipale. &lt;br /&gt;
M&#234;me s'il effleure les communs dans son texte &#171; &#201;conomie morale et &#233;conomie de march&#233; &#187; (1983), Bookchin n'a pas pens&#233; v&#233;ritablement l'autonomie des communs comme l'institution d'activit&#233;s auto-organis&#233;es garantissant l'acc&#232;s, l'usage et la satisfaction des besoins de l'ensemble des membres de la commune. J'ai repris cette question dans un article pour la revue Participations intitul&#233; &#171; Bookchin, Marx, les communes et le communalisme communiste, d&#233;colonial et plan&#233;taire &#187;. Je conclus, &#224; propos de l'&#233;conomie chez Bookchin, qu'il oscille entre deux positions : l'id&#233;e de la &#171; municipalisation de l'&#233;conomie &#187; qui subordonne l'autonomie des travailleurs aux d&#233;cisions &#233;conomiques de l'assembl&#233;e communale, et l'&#171; &#233;conomie morale &#187; qui veut r&#233;aliser la communaut&#233; &#233;conomique &#224; travers l'&#233;thique civique de la &#171; compl&#233;mentarit&#233; &#233;conomique &#187; des besoins. Comme Bookchin l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; de multiples reprises, cette &#233;thique implique un effacement subjectif dans l'activit&#233; &#233;conomique de la qualit&#233; de travailleur au profit de celle de citoyen. Ce qu'il &#233;choue finalement &#224; penser, c'est la possibilit&#233; de l'&#233;mancipation des travailleurs par eux-m&#234;mes et l'invention de nouvelles institutions du travail autonomes vis-&#224;-vis du fonctionnement du march&#233; capitaliste. Pourtant, c'est bien &#224; cette condition du d&#233;veloppement dans les communs d'une nouvelle organisation d&#233;mocratique, autonome et &#233;galitaire du travail que l'on parviendra &#224; rompre avec le capitalisme. &lt;br /&gt;
Il faut donc tirer toutes les cons&#233;quences de cette limite et revenir &#224; ce qu'on entend exactement par &#171; communalisme &#187; et &#224; la question de savoir qui est le sujet (social et politique) du communalisme. Bookchin est avant tout, sur le plan des id&#233;es politiques, le th&#233;oricien du &#171; municipalisme libertaire &#187;, c'est-&#224;-dire d'un mouvement politique de formation et f&#233;d&#233;ration d'assembl&#233;es populaires de d&#233;mocratie directe puis de remplacement de l'&#201;tat-nation centralisateur par la conf&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique ainsi constitu&#233;e. C'est, en un mot, le th&#233;oricien d'une r&#233;volution politique par les communes. La strat&#233;gie qu'il a imagin&#233;e peut prendre plusieurs formes, mais il envisage en particulier, pour les contextes relativement pacifi&#233;s des soci&#233;t&#233;s occidentales, la candidature et la victoire aux &#233;lections municipales puis la conversion du conseil municipal en assembl&#233;e populaire de d&#233;mocratie directe. Le projet de municipalisation de l'&#233;conomie prend sens lui aussi dans l'hypoth&#232;se d'une prise de pouvoir municipal par un mouvement inspir&#233; du municipalisme libertaire apr&#232;s des &#233;lections. &lt;br /&gt;
Ceci &#233;tant, ce qu'il faut interroger profond&#233;ment, c'est l'articulation, dans ce projet politique, entre la municipalit&#233; et la commune ; et, pour cela, un d&#233;tour par l'histoire est n&#233;cessaire. Bookchin a mis sur le devant de la sc&#232;ne l'id&#233;e du &#171; communalisme &#187; qu'il a emprunt&#233; au XIXe si&#232;cle et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la Commune de 1871 et au communard Gustave Lefran&#231;ais qui en est l'un des plus importants repr&#233;sentants. Cependant, nous n'avons pas encore suffisamment interrog&#233; le rapport exact qui existait entre le communalisme de Bookchin et l'id&#233;e communaliste telle qu'elle s'est form&#233;e en France entre les ann&#233;es 1840 et la Commune de 1871. &lt;br /&gt;
Or, les diff&#233;rences sont tr&#232;s importantes, et la premi&#232;re d'entre elles est que le communalisme du XIX&#232; si&#232;cle est une &#233;manation du socialisme, c'est-&#224;-dire un mouvement dont les travailleurs sont les sujets politiques. Ce sont les premiers socialistes, et plus pr&#233;cis&#233;ment Fourier et les fouri&#233;ristes qui ont donn&#233; une signification nouvelle &#224; la commune en se donnant comme objectif la formation de la &#171; commune soci&#233;taire &#187; ou de la &#171; commune associ&#233;e &#187;, par quoi ils entendaient la formation d'un espace de subsistance commune construit par l'association territoriale des travailleurs3. Autrement dit, la commune signifiait le corps politique des habitants qui associent leur travail respectif pour pourvoir ensemble &#224; leurs besoins mutuels, bref, une nouvelle organisation socialiste du travail (Constantin Pecqueur utilisera ainsi d&#232;s 1850 la formule de &#171; communes socialistes &#187;). Par la suite, en 1843, le n&#233;o-babouviste Th&#233;odore Dezamy fait &#233;voluer le projet : en la dotant d'une assembl&#233;e communale, il fait de la &#171; commune &#233;galitaire &#187; non seulement l'unit&#233; sociale de base mais aussi l'unit&#233; politique de base de la soci&#233;t&#233;. 1848 va marquer une nouvelle &#233;tape d&#233;terminante : apr&#232;s la r&#233;pression f&#233;roce du mouvement ouvrier par l'&#201;tat dirig&#233; par les R&#233;publicains bourgeois, le communalisme, tout particuli&#232;rement sous l'impulsion du travail de Morritz Rittinghausen sur La l&#233;gislation directe par le peuple4, se mue en une critique radicale de l'&#201;tat politique repr&#233;sentatif, et l'autogouvernement d&#233;mocratique vient compl&#233;ter la commune sociale ou socialiste pour donner sa signification pleine et enti&#232;re &#224; ce communalisme qui ne fera que se renforcer jusqu'&#224; impr&#233;gner la Commune de 1871. &lt;br /&gt;
Ce qu'il en ressort alors, c'est que ce communalisme socialiste consid&#233;rait d'abord la commune comme un moyen de s'&#233;manciper de ce que Marx d&#233;finira plus tard comme le capitalisme &lt;br /&gt;
(&#171; l'anarchie nomm&#233;e libert&#233; du commerce et de l'industrie dans les termes de Consid&#233;rant &#187;) et n'avait pas d'int&#233;r&#234;t pour la municipalit&#233; telle qu'elle existait dans l'organisation administrative de l'&#201;tat au XIXe si&#232;cle. Pour les communalistes socialistes, ce qui &#233;tait premier &#233;tait la commune comme espace d'une nouvelle organisation du travail et c'est &#224; partir de ce point de d&#233;part qu'ils ont imagin&#233; une autre organisation administrative du pays reposant sur la &#171; commune-canton &#187; comme &#171; nouvel &#233;l&#233;ment de l'unit&#233; administrative et politique de la nation &#187;)5. &lt;br /&gt;
Si j'insiste l&#224;-dessus, c'est pour mettre le doigt sur le fait que la municipalit&#233; - l'&#233;chelon administratif de nos &#171; 36 000 &#187; communes - est une institution qui est subordonn&#233;e &#224; l'&#201;tat politique, au XIXe si&#232;cle comme aujourd'hui. On pourrait &#224; cet &#233;gard mobiliser Augustin Thierry pour montrer comment la municipalit&#233; officiellement consacr&#233;e par la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 est le r&#233;sultat d'une int&#233;gration contr&#244;l&#233;e &#224; l'appareil administratif de l'&#201;tat monarchique du mouvement communal bourgeois du XIIe-XIVe si&#232;cle. C'est la raison pour laquelle les mouvements municipalistes qui veulent d&#233;mocratiser la France &#224; partir des mairies risquent de rencontrer tr&#232;s vite des limites. Cela s'est d&#233;j&#224; produit pour le mouvement municipaliste espagnol qui a connu son pic en 2015 et qui a reflu&#233;. Les constats qui en ressortent assez syst&#233;matiquement est que d'une part les municipalit&#233;s ont trop peu de pr&#233;rogatives et qu'elles n'ont pas de quoi perturber le gouvernement national ; et d'autre part les citoyens non-professionnels de la politique s'&#233;puisent &#224; se former aux rouages du fonctionnement administratif municipal. Or, le municipalisme libertaire de Bookchin, quoi qu'il ait une ambition plus radicale &#224; terme que le municipalisme stricto sensu en visant la cr&#233;ation dans les assembl&#233;es populaires de nouvelles institutions d&#233;mocratiques, entend lui aussi s'appuyer sur la structure existante de la municipalit&#233;. &lt;br /&gt;
A cet &#233;gard, le communalisme socialiste du XIX&#232; si&#232;cle est donc d'une nature bien diff&#233;rente, parce que, par la commune, il n'entend pas d'abord le contr&#244;le de l'appareil administratif municipal mais l'association communale du travail, et plus pr&#233;cis&#233;ment encore, l'association politique des habitants d'un territoire pour mettre en place l'organisation socialiste de la division du travail en vue de la la subsistance commune. &lt;br /&gt;
Or - nous revenons enfin &#224; notre point de d&#233;part ! - c'est &#224; l'int&#233;rieur de cet h&#233;ritage l&#224; que l'on peut comprendre l'importance des communs aujourd'hui pour le communalisme. Car les communs, ces activit&#233;s auto-organis&#233;es sur des bases non-hi&#233;rarchiques et &#233;galitaires en vue de la satisfaction des besoins d'une communaut&#233; d&#233;finie, et dont il existe aujourd'hui des exemples dans l'agriculture, l'alimentation, le logement, la sant&#233;, la production manufacturi&#232;re, la culture et l'&#233;ducation, sont les &#233;l&#233;ments constitutifs territoriaux de cette division socialistes du travail. La pratique d'un nouveau communalisme, fid&#232;le au communalisme socialiste de 1848-1871, consiste en r&#233;alit&#233; dans la constitution des communs de la commune. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/ps4.jpg?1768921338' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;em&gt;Murray Bookchin at his Selectric typewriter in 1992&lt;br /&gt;
&#169; Janet Biehl&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;La proposition de Pierre Dardot et Christian Laval de distinguer Communes et Communs permet l'organisation du pouvoir politique autour des Communes d'une part, et l'organisation des activit&#233;s sociales, &#233;conomiques, d'habitabilit&#233;... men&#233;es par les Communs d'autre part. Elle permettrait aussi d'organiser ainsi deux Corps politiques profond&#233;ment reli&#233;s aux citoyens, aux niveaux local, r&#233;gional, national voire au-del&#224;, dont les d&#233;bats permettraient de piloter au plan politique l'administration de la soci&#233;t&#233;. &lt;br /&gt;
Qu'en pensez-vous ? &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;On vient de le voir, le communalisme, tel que je propose d'en reconsid&#233;rer la tradition au-del&#224; de Bookchin, implique pleinement les communs. Par cons&#233;quent, quand Pierre Dardot et Christian Laval pr&#233;sentent dans Commun (2014) puis dans Instituer les mondes (2025) un projet qui articule communs et communes, je ne peux que ressentir de la proximit&#233;. Ils m'ont inspir&#233;, j'ai travaill&#233; et continue pour partie de travailler avec eux, donc cette proximit&#233; est &#233;vidente. &lt;br /&gt;
Cependant, au-del&#224; de ce qui nous r&#233;unit sur le fait que les communs et les communes sont les &#233;l&#233;ments constitutifs d'une organisation sociale alternative &#233;mancipatrice, il existe une discussion sur la mani&#232;re de concevoir et d'op&#233;rer l'articulation entre communs et communes. Plusieurs questions sont en jeu qui permettent d'expliquer pourquoi je pr&#233;f&#232;re pour ma part mettre en avant le terme de communalisme plut&#244;t que celui de communs. &lt;br /&gt;
Pour poursuivre ce que j'ai dit ci-dessus en d&#233;veloppant sur la tradition du communaliste socialiste, dans cet h&#233;ritage, la commune sociale est premi&#232;re et la commune d&#233;mocratique proc&#232;de directement de l'int&#233;rieur de celle-ci. Autrement dit, les institutions d&#233;mocratiques se mettent en place comme les formes permettant aux communs de s'associer les uns avec les autres au sein de la communaut&#233; des travailleurs-habitants du territoire ; il n'y a qu'une seule sph&#232;re, c'est la commune, et les habitants-travailleurs associ&#233;s sont aussi les citoyens qui disposent chacun d'un droit &#233;gal de participation pour prendre dans les assembl&#233;es communales les d&#233;cisions permettant la bonne coordination des communs. Au contraire, dans le mod&#232;le que vous &#233;voquez de la double f&#233;d&#233;ration des communs socio-&#233;conomiques et des communs politiques propos&#233; par Dardot et Laval en r&#233;f&#233;rence &#224; Proudhon, ils n'&#233;chappent pas &#224; un dualisme institutionnel entre les deux f&#233;d&#233;rations, entre sph&#232;re politique et sph&#232;re &#233;conomique, qui ne peut pas manquer dans la pratique de produire une dissociation sociale et une hi&#233;rarchie en faveur de l'une ou l'autre. &lt;br /&gt;
Ceci &#233;tant, pour &#234;tre clair, quand je parle d'une seule sph&#232;re, cela n'implique pas du tout un monisme institutionnel. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique implique toujours une pluralit&#233; d'institutions ; mais je veux dire que les institutions - les communs, l'assembl&#233;e communale, les corps judiciaires - d&#233;rivent toutes de la commune comme sph&#232;re fondamentale de l'association politique des travailleurs-habitants. Ce qu'il faut &#233;viter est la dissociation de l'&#233;conomique et du politique, qui est caract&#233;ristique du capitalisme et dont il faut donc se d&#233;faire si on veut le surmonter.&lt;br /&gt;
Le dernier point concerne, au-del&#224; de Dardot et Laval, les communs en g&#233;n&#233;ral et le lien entre les communs et politique des communs. Son analyse recouvre le m&#234;me probl&#232;me de la dualit&#233; des sph&#232;res que nous venons d'apercevoir dans le point pr&#233;c&#233;dent, et aussi la limite de tout discours strictement &#233;conomique. La grande limite de toute la litt&#233;rature sur les communs, qui est pr&#233;sente d&#232;s qu'on parle des communs, c'est d'envisager une voie de sortie du capitalisme par des institutions purement &#233;conomiques, qui restent encloses dans la rationalit&#233; &#233;conomique. Cela am&#232;ne toute une recherche calculatoire sur les arrangements micro-&#233;conomiques ou macro-&#233;conomiques qui permettraient &#224; une juste &#233;conomie des communs de se mettre en place. Or, si on s'int&#233;resse aux communaux du moyen &#226;ge, et par exemple aux textes de Marx sur les communes paysannes dans les Grundrisse, on voit pr&#233;cis&#233;ment que les communs ne peuvent tenir institutionnellement que sur la &#171; pr&#233;supposition &#187; des communes comme association politique : pour &#234;tre clair, c'est parce que des habitants se voient les uns les autres comme les membres d'une communaut&#233; politique, c'est-&#224;-dire qu'ils s'engagent &#224; partager une existence commune et &#224; se pr&#234;ter assistance mutuelle, que les communs comme activit&#233;s pour satisfaire les besoins de l'ensemble de la communaut&#233; des habitants sont possibles. L'existence des communes comme associations politiques pour la vie commune des habitants est donc la condition des communs. Les communes impliquent les communs et non l'inverse. C'est la raison pour laquelle le communalisme au sens de la politique d'association d&#233;mocratique des communs de la communaut&#233; des travailleurs-habitants semble la voie la plus prometteuse d'&#233;mancipation aujourd'hui. &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Ao&#251;t 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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