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		<title>Alters Editions</title>
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		<title>Une proximit&#233; &#233;vidente, des apports mutuels consid&#233;rables !</title>
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		<dc:date>2024-12-12T11:36:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il faut remercier Jean-Louis Laville et Benjamin Coriat d'avoir accept&#233; de d&#233;battre autour des diff&#233;rences et des convergences entre les approches th&#233;oriques et de pratiques de l'ESS et des Communs : ils partagent en effet une volont&#233; de transformation sociale et &#233;cologique ; et, en s'enrichissant de leurs apports mutuels dans cette lutte, ils ne peuvent que multiplier leurs forces propres et leur efficacit&#233; collective. Ce d&#233;bat a mis en &#233;vidence les points sur lesquels ces approches de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no3/grands-entretiens/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;3&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/laville_coriat.jpg?1734006492' class='spip_logo spip_logo_right' width='128' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il faut remercier Jean-Louis Laville et Benjamin Coriat d'avoir accept&#233; de d&#233;battre autour des diff&#233;rences et des convergences entre les approches th&#233;oriques et de pratiques de l'ESS et des Communs : ils partagent en effet une volont&#233; de transformation sociale et &#233;cologique ; et, en s'enrichissant de leurs apports mutuels dans cette lutte, ils ne peuvent que multiplier leurs forces propres et leur efficacit&#233; collective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce d&#233;bat a mis en &#233;vidence les points sur lesquels ces approches de la transformation sociale pourraient converger, car n&#233;cessaires &#224; chacune. Il a fait appara&#238;tre le souhait des d&#233;bateurs de poursuivre cet effort de convergence. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'interview de Beno&#238;t Hamon en tant que Pr&#233;sident d'ESS France, qui a suivi et &#224; laquelle ils ont particip&#233; et apport&#233; leurs points de vue, laisse esp&#233;rer que cet effort de rapprochement et d'enrichissements mutuels pourra &#234;tre poursuivi dans un cadre &#233;largi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notons que la convergence entre approches sociales n'est aboutie que lorsqu'elle conduit &#224; l'adoption d'une culture commune !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image019.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image019.jpg?1734006750' width='500' height='696' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Les bouleversements politiques r&#233;cents en France, l'extr&#234;me droite aux portes du pouvoir donnent au dossier de ce N&#176; d'Alters M&#233;dia une actualit&#233; particuli&#232;rement forte.&lt;br /&gt;
Jean-Louis, Benjamin, comment analysez-vous la situation actuelle ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Apr&#232;s une &#233;poque de compromis social pendant la p&#233;riode des Trente Glorieuses (1945-1975) un nouvel ordre du monde s'est impos&#233;. Il est symbolis&#233; par le consensus de Washington en 1989 recommandant d&#233;r&#233;glementations et d&#233;r&#233;gulations, restriction du p&#233;rim&#232;tre de l'intervention publique et marchandisation. Selon ses promoteurs il &#233;tait destin&#233; &#224; remettre en avant la concurrence mais il a en fait soumis la soci&#233;t&#233; &#224; un surcroit de bureaucratie qui a assujetti les gens &#224; la discipline des experts. C'est le r&#232;gne des consultants et cabinets conseil, porteurs du dogmatisme du march&#233;. Les cons&#233;quences sont d&#233;sastreuses : la paup&#233;risation et la pr&#233;carisation jointes &#224; l'absence d'&#233;coute g&#233;n&#232;rent des sentiments d'abandon. Beaucoup de personnes ont l'impression d'&#234;tre m&#233;pris&#233;es par la technocratie sure d'elle-m&#234;me qui se pense modernisatrice. Dans ces conditions la d&#233;mocratie est menac&#233;e, comme dans les ann&#233;es 1930 o&#249; l'exc&#232;s de march&#233; a favoris&#233; l'acc&#232;s au pouvoir des fascismes, les promesses d&#233;magogiques et extr&#233;mistes trouvent une audience incontestable.&lt;br /&gt;
Face &#224; ce danger le retour &#224; la social-d&#233;mocratie ne saurait suffire parce qu'elle s'est concentr&#233;e sur la redistribution des richesses laissant leur production aux mains du capitalisme. Elle s'est donc plac&#233;e dans une situation de d&#233;pendance par rapport &#224; la croissance marchande. Quand celle-ci ralentit pour des raisons structurelles, les gouvernements ne peuvent que tenter de la relancer en acceptant les demandes des d&#233;tenteurs du pouvoir &#233;conomique et la social-d&#233;mocratie d&#233;rive in&#233;vitablement vers le social-lib&#233;ralisme.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je partage ce point de vue. Nous avons affaire &#224; une triple faillite : en 1989, la chute du mur de Berlin signe la fin de l'&#171; utopie &#187; communiste et avec elle la fermeture d&#233;finitive d'une perspective &#224; laquelle longtemps une partie de la gauche s'est rattach&#233;e. Mais, 1989, c'est aussi le triomphe de la vision n&#233;olib&#233;rale du monde. Comme l'a soutenu alors le pr&#233;sident de la Banque Centrale am&#233;ricaine, &#171; Ce n'est plus le capitalisme qui doit triompher, mais le capitalisme de march&#233; et cela dans tout &#187;. En somme le programme est devenu de passer d'une &#171; &#233;conomie de march&#233; &#187; &#224; &#171; une soci&#233;t&#233; de march&#233; &#187;. Le drame est que la social-d&#233;mocratie a &#233;pous&#233; le m&#234;me projet : elle a fonctionn&#233; sur le principe qu'on pouvait laisser aux m&#233;canismes de march&#233; les allocations et les ajustements, et qu'il suffirait de proc&#233;der &#224; certaines redistributions, sans transformation sociale v&#233;ritable. Et cela est vite devenu un courant international : c'est Blair, Schr&#246;der, Jospin, sans parler de Hollande, avec son premier ministre Valls qui ont pouss&#233; tout cela &#224; des limites in&#233;dites. Avec Macron (qui il faut s'en souvenir a &#233;t&#233; le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'&#201;lys&#233;e puis le ministre de l'&#233;conomie de Hollande) cela a pris des formes extr&#234;mes avec la &#171; th&#233;orie du ruissellement &#187;, qui a encore acc&#233;l&#233;r&#233; la polarisation sociale, la concentration des richesses et par effet de cons&#233;quence la d&#233;sertification des territoires, la d&#233;sindustrialisation, la destruction ou l'atrophie des services publics.&lt;br /&gt;
Allons plus loin encore et observons que si on se penche sur le programme du Nouveau Front Populaire, on voit qu'il s'agit avant tout d'un programme de redistribution : il n'est pas ou tr&#232;s peu question de transformation sociale, pas question de fabriquer un P&#244;le public bancaire, de transformation de l'entreprise, de renouveler les formes de la d&#233;mocratie... Ce programme laisserait la soci&#233;t&#233; presqu'en l'&#233;tat. Or la revitalisation des territoires, la restauration v&#233;ritable des services publics, passent par de la transformation sociale. En aucun cas on ne restaurera les services publics en se contentant d'y injecter de l'argent. Ils doivent largement &#234;tre repens&#233;es dans leur concept m&#234;me, dans leur p&#233;rim&#232;tre et dans la mani&#232;re dont ils sont distribu&#233;s et g&#233;r&#233;s.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Ce que nous venons de dire sur l'&#233;puisement de la social-d&#233;mocratie et son glissement vers le social-lib&#233;ralisme, sur la n&#233;cessit&#233; d'un projet in&#233;dit de transformation sociale permet d&#233;j&#224; de situer pourquoi nous nous int&#233;ressons aux communs et &#224; l'&#233;conomie sociale et solidaire (ESS). Contre un d&#233;bat centr&#233; sur l'&#201;tat et le march&#233;, nous partageons l'objectif de l'introduction d'un troisi&#232;me p&#244;le, la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. On ne doit pas r&#233;duire le d&#233;bat &#224; &#171; plus de march&#233; &#187; ou &#171; plus d'&#201;tat &#187; : on ne pourra trouver la solution des probl&#232;mes &#233;cologiques, sociaux et d&#233;mocratiques actuels que par l'int&#233;gration de ce troisi&#232;me p&#244;le qu'est la soci&#233;t&#233; civile. La social-d&#233;mocratie a perdu de sa l&#233;gitimit&#233; parce qu'elle s'est cantonn&#233;e dans une vision &#233;tatiste focalis&#233;e sur la redistribution. Pour retrouver la confiance en la d&#233;mocratie, les droits ne doivent plus &#234;tre abord&#233;s comme des biens &#224; r&#233;partir et les citoyens comme des b&#233;n&#233;ficiaires de l'action de l'&#201;tat. Les droits sont des relations et les actions sociales ne peuvent &#234;tre con&#231;ues sans int&#233;grer les points de vue des citoyens concern&#233;s.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
La th&#232;se fondatrice des Communs, suivant en cela Ostrom, c'est de se situer non pas &#171; entre le march&#233; et l'&#201;tat &#187;, mais &#171; au-del&#224; du march&#233; et de l'&#201;tat &#187;, c'est-&#224;-dire de penser et d&#233;ployer d'autres formes sociales que l'entreprise classique et les services publics tels qu'ils sont g&#233;r&#233;s aujourd'hui. Je crois que nous partageons cela avec l'ESS, m&#234;me si je distingue l'&#201;conomie Sociale de l'&#201;conomie Solidaire (car, &#224; mon sens ce qui se fait au nom de l'&#233;conomie solidaire est beaucoup plus riche que ce qui se fait au nom de l'&#233;conomie sociale).&lt;br /&gt;
Le passage vers des formes sociales nouvelles de production des biens et de d&#233;livrance des services est d'autant plus n&#233;cessaire, qu'&#224; notre &#233;poque, se sont surajout&#233;es les questions du changement climatique et de l'anthropoc&#232;ne. Je veux le dire ici avec force : l'apport fondamental des communs, ce qui leur est consubstantiel, c'est qu'ils se sont construits (depuis le 14&lt;sup&gt;&#232;me&lt;/sup&gt; si&#232;cle) autour de r&#232;gles et de principes concernant de pr&#233;l&#232;vement sur la nature, qui permettent &#224; la fois la reproduction des communaut&#233;s humaines et la pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes qui les abritent. Les Communs sont les gardiens des &#233;cosyst&#232;mes au sein desquels ils &#233;voluent et &#224; partir desquels ils se reproduisent. Pour le dire d'un mot, ce qu'exige la p&#233;riode actuelle, c'est qu'il nous faut &#224; la fois penser au-del&#224; du march&#233; et de l'&#201;tat, et penser la reproduction conjointe des communaut&#233;s humaines et des &#233;cosyst&#232;mes. C'est dans cette perspective que notre action doit s'inscrire. Oublier cela, c'est aller droit dans le mur.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville&lt;/em&gt;,&lt;br /&gt;
Je suis d'accord avec ces points-l&#224; ! Le syst&#232;me actuel repose sur ce que Karl Polanyi&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; appelle le sophisme &#233;conomiste, c'est-&#224;-dire la confusion entre &#233;conomie moderne et march&#233;. Comme l'ont dit bien des f&#233;ministes, cette survalorisation de la production marchande a pour corollaire l'invisibilisation de tout ce qui rel&#232;ve de la reproduction qu'elle soit sociale ou &#233;cologique. Les activit&#233;s de soin aux personnes ou de protection de l'environnement ont ainsi &#233;t&#233; largement occult&#233;es, consid&#233;r&#233;es comme &#171; naturelles &#187; et donc d&#233;l&#233;gu&#233;es aux femmes dans l'id&#233;ologie patriarcale. Il est &#224; noter que ces activit&#233;s de reproduction&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; figurent parmi celles qui ont motiv&#233; l'&#233;mergence de l'&#233;conomie solidaire, ce qui la rapproche des communs.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image030.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image030.jpg?1734006756' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Tu as plaid&#233;, Jean-Louis, pour l'id&#233;e de co construction d'action publique, comme moyen d'&#233;mancipation.&lt;br /&gt;
Peux-tu pr&#233;ciser ce que tu entends par co construction d'action publique ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Sans rentrer dans des d&#233;bats techniques, ma r&#233;flexion vient de ce qu'est le politique : il y a deux traditions.&lt;br /&gt;
1. Pour Weber, dans une politique d&#233;mocratique, il y a de la violence l&#233;gitime exerc&#233;e par la pouvoir public. Pour que la soci&#233;t&#233; ne soit pas en proie &#224; la violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, il faut qu'il y ait une instance qui prot&#232;ge, l'&#201;tat.&lt;br /&gt;
2. Pour Habermas, Arendt, Fraser, Honneth, il y a un autre p&#244;le du politique : l'espace public. La d&#233;mocratie ne se r&#233;duit jamais &#224; un ensemble d'institutions repr&#233;sentatives, elle suppose qu'il y ait des capacit&#233;s concr&#232;tes de d&#233;lib&#233;ration, de participation des citoyens.&lt;br /&gt;
L'id&#233;e de co-construction, c'est de sortir de cette perspective qui a longtemps domin&#233;e, selon laquelle les pouvoirs publics auraient le monopole de l'action publique. Il faut aborder l'action publique par un ensemble de tentatives articulant l'action des pouvoirs publics &#224; des espaces publics, pour redonner des capacit&#233;s d'expressions aux citoyens.&lt;br /&gt;
Dans la co construction, il s'agit de prendre en compte les exp&#233;riences qui relient pouvoirs publics et espaces publics, sans vouloir chercher l'id&#233;al ou l'exp&#233;rience parfaite. Dans le projet de recherche participative Escape, qui est pr&#233;sent&#233; dans ce num&#233;ro, il s'agit de mettre en place les conditions d'une r&#233;flexion collective et d'une mutualisation entre diverses exp&#233;riences qui pourront faire l'objet d'analyses conjointes reliant 3 cat&#233;gories d'acteurs : des acteurs de la soci&#233;t&#233; civile, des responsables publics et des chercheurs.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
L&#224;, je commence &#224; diverger : je crains que dans cette approche on ne retrouve l'histoire du pot de terre contre le pot de fer.&lt;br /&gt;
Les pouvoirs publics ont le monopole de la violence, l&#224;-dessus Weber a raison, et le principe de base sur lequel ils fonctionnent est, en derni&#232;re instance, le principe d'autorit&#233;. C'est l&#224; le mode de coordination sociale propre aux pouvoirs publics. C'est l'administration qui d&#233;cide au nom du principe d'autorit&#233; et, par une contrefa&#231;on historique, il est postul&#233; que l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, par constitution, est ce qui &#233;mane des pouvoirs publics !&lt;br /&gt;
C'est une forfaiture, surtout aujourd'hui o&#249; l'appareil d'Etat est investi par le n&#233;olib&#233;ralisme, de fa&#231;on non masqu&#233;e, plus que jamais.&lt;br /&gt;
Concernant la co construction, je comprends que des tentatives soient faites, que l'on cherche des voies dans cette direction. Je comprends cela. Mais je dis mon scepticisme. Qui est bas&#233; sur l'exp&#233;rience du d&#233;ploiement des communs.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce que les communs mettent en face des institutions ? En travaillant &#224; leur institutionnalisation les communs, en se d&#233;ployant, gagnent des espaces d'autonomie et un pouvoir qui s'appuie sur des pratiques et des formes juridiques diverses. Et l&#224;, la relation avec l'ESS est pr&#233;cieuse, car l'ESS a une tradition de fabrication de formes sociales et juridiques (de l'association, &#224; la coop&#233;rative et &#224; la mutuelle) qui permettent de marginaliser le pouvoir du capital (id&#233;e de non lucrativit&#233; ou de lucrativit&#233; limit&#233;e, de fonds impartageables) et installent des formes de gouvernance novatrices (par exemple dans la coop&#233;rative le principe &#171; une personne = une voix &#187;). Le mouvement d'auto-institutionnalisation des communs peut et le plus souvent est amen&#233; &#224; s'inspirer largement de ces principes.&lt;br /&gt;
Une fois &#233;tabli comme institution le commun peut s'engager dans de la coop&#233;ration avec des &#233;manations de la puissance publique, notamment au niveau local, et cela peut &#233;ventuellement d&#233;boucher sur des formes de co-construction. Malheureusement dans de nombreux cas la relation avec les autorit&#233;s prend plut&#244;t la forme de la confrontation. C'est le cas par exemple &#224; Sainte Soline, pour &#233;viter, avec la complicit&#233; active du pr&#233;fet et des autorit&#233;s publiques, que l'eau soit accapar&#233;e par l'agro-industrie. De m&#234;me &#224; Notre Dame des Landes, il n'y a pas eu beaucoup de co construction ! Et il y a un Etat qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; battu sur le principe de l'a&#233;roport, cherche &#224; imposer en force, le principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Son objectif est d'emp&#234;cher les communs auto institu&#233;s (dans le domaine agricole, du mara&#238;cher, de l'habitat...) de continuer &#224; exister.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Sur le plan th&#233;orique, il faut souligner que la co construction est dans l'ordre de la d&#233;mocratie participative, qui a ses vertus dans la mesure o&#249; elle est capable d'ouvrir &#224; des tiers la participation &#224; la prise de d&#233;cision, mais j'y reviendrai, qui a ses limites aussi. Les communs quant &#224; eux sont dans l'ordre de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative, plus que de la participation. La d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative s'exerce entre des gens n'ayant pas au d&#233;part le m&#234;me point de vue, et elle peut bien sur inclure des repr&#233;sentants des pouvoirs publics, &#224; condition qu'ils renoncent &#224; exercer le pouvoir d'autorit&#233; qui leur est attach&#233;. L'exemple le plus abouti de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative, c'est la Convention Citoyenne. Celle qui s'est tenue sur le Climat, est un magnifique exemple de ce qui est possible de faire. Elle montre toute la puissance de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative. Nous en avons parl&#233; avec Beno&#238;t Hamon, je ne reviens pas dessus. Pour reprendre le cas de Sainte Soline : faisons une convention citoyenne sur l'eau ! Je prends l'engagement par avance qu'une solution &#233;quitable pour toutes les parties prenantes sera trouv&#233;e !&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je prends les points que tu viens d'&#233;noncer comme des points de vigilance. Je partage tes alertes sur les asym&#233;tries de pouvoir : si on met en place une d&#233;marche r&#233;unissant des personnes tr&#232;s dissemblables (par exemple sur la ma&#238;trise de la parole), cela ne fera que conforter les positions des plus forts. Il en d&#233;coule des critiques du partenariat comme discours enchant&#233;, &#233;ludant les rapports de forces. La rh&#233;torique participative utilis&#233;e par beaucoup de pouvoirs &#233;tablis nous am&#232;ne &#224; souligner l'importance des espaces auto-institu&#233;s. C'est la m&#234;me perspective que celle d&#233;velopp&#233;e par Fraser&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; sur les contre-publics subalternes : pour ne pas &#234;tre &#233;cras&#233;s dans des n&#233;gociations in&#233;gales, les groupes qui n'ont pas l'habitude de s'exprimer ont &#224; constituer des espaces o&#249; ils se retrouvent entre pairs et o&#249; ils peuvent &#233;tablir des r&#232;gles collectives &#224; l'abri de tout jugement. Ces espaces auto-institu&#233;s leur permettent de conforter leurs points de vue avant de se confronter &#224; d'autres, ils sont donc n&#233;cessaires &#224; une d&#233;mocratie plus inclusive.&lt;br /&gt;
Par contre, les recherches effectu&#233;es &#224; ce sujet montrent que la co construction ne peut &#234;tre un simple processus de participation, ce qui la rabattrait sur une simple co-production ; pour qu'elle ait un v&#233;ritable apport, une &#233;laboration avec la soci&#233;t&#233; civile passant par la d&#233;lib&#233;ration est indispensable.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image022.jpg?1734006762' width='500' height='637' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&#192; partir de l'exp&#233;rience que nous en avons, je voudrais insister sur deux conditions qui me semble n&#233;cessaires pour que de la co construction ait des chances de fonctionner :&lt;br /&gt;
a) La premi&#232;re est une situation o&#249; la puissance publique est faible : dans l'animation culturelle ou l'am&#233;nagement local- pour ne prendre que ces exemples - les acteurs locaux et les professionnels, sont bien plus porteurs de l'int&#233;r&#234;t des populations et de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral que les pouvoirs publics. Dans ce cas la co-construction peut fonctionner, car l&#224; l'&#201;tat a int&#233;r&#234;t &#224; renoncer &#224; une partie de ses pr&#233;rogatives, il a besoin de partenaires et de relais. Mais demeure un risque de d&#233;s&#233;quilibre car du c&#244;t&#233; des pouvoirs publics la relation d'autorit&#233; n'est pas abolie, elle est juste suspendue : le pouvoir de d&#233;cision, le financement, le pouvoir d'&#233;mettre des d&#233;crets, des arr&#234;t&#233;s peut &#224; tout moment s'exercer... Ce pouvoir est d'un c&#244;t&#233; et pas de l'autre. N&#233;anmoins, sous certaines conditions cela peut marcher.&lt;br /&gt;
b) La seconde est une situation o&#249; &#224; travers les communs, l'auto institution citoyenne a constitu&#233; un rapport de force tel qu'il est ind&#233;passable. Cela a &#233;t&#233; le cas &#224; Notre Dame des Landes dans la premi&#232;re phase, et cela peut &#234;tre le cas demain &#224; Sainte Soline, o&#249; je pense que l'on va finir par gagner gr&#226;ce au courage des n&#244;tres qui pour l'heure sont l'objet d'une violence inou&#239;e de la part des pouvoirs publics, mais qui tiennent bon et continuent de faire vivre l'espoir. Car de toute &#233;vidence la solution, qui ne peut consister qu'en un partage &#233;quitable de l'eau, est de leur c&#244;t&#233; !&lt;br /&gt;
Dans la seconde phase de Notre dame des Landes, par contre le rapport de force n'est plus le m&#234;me et les habitants qui veulent co g&#233;rer la terre, l'eau ... ont bien du mal &#224; le faire, vu l'importance des forces que l'&#201;tat a engag&#233;es face &#224; eux.&lt;br /&gt;
Ainsi je soutiens que le moment d'une possible co construction est sur d&#233;termin&#233;, et se ram&#232;ne fondamentalement &#224; deux situations :&lt;br /&gt;
&#8226; le cas o&#249; l'&#201;tat est incapable de d&#233;finir par ses propres moyens une politique donn&#233;e et a l'intelligence qui consiste alors &#224; ne pas faire tout seul ;&lt;br /&gt;
&#8226; le cas o&#249; l'&#201;tat ne peut plus faire &#224; sa guise car il est contraint par un rapport de force &#233;tabli par des organisations citoyennes. Mais alors on n'est pas vraiment dans de la co construction, on est davantage dans la recherche et l'&#233;tablissement de compromis.&lt;br /&gt;
Je voudrai aussi dire qu'entre les communs et l'&#201;tat des relations positives sont possibles, mais je ne laisserai pas imaginer qu'il s'agit l&#224; de co construction. Comme je l'ai indiqu&#233; l&#224; o&#249; de la coop&#233;ration s'est nou&#233;e, elle est rendue possible et d&#233;termin&#233;e par des conditions tr&#232;s particuli&#232;res.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
La co-construction insiste sur la place des r&#233;seaux citoyens (associatifs, solidaires&#8230;) depuis le d&#233;but de la r&#233;flexion sur une politique publique jusqu'&#224; la d&#233;cision et la mise en &#339;uvre. Choisir ce th&#232;me de travail, en d&#233;crire les pratiques c'est consid&#233;rer que le cadre institutionnel existant exerce une discrimination n&#233;gative &#224; l'&#233;gard de toutes les tentatives qui se d&#233;marquent de la logique du syst&#232;me dominant (que ce soient les communs ou l'&#233;conomie sociale et solidaire). Y a-t-il un chemin pour modifier ce cadre ? &#192; quelles conditions, est-il envisageable de d&#233;finir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral non pas une d&#233;marche &#171; descendante &#187; &#224; partir de l'&#201;tat, mais en int&#233;grant des contributions &#171; ascendantes &#187; ? Ce sont des questions ouvertes.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je reprends ce que j'ai &#233;crit dans un ouvrage sur les communs de proximit&#233;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt; : des relations positives sont possibles sous deux formes, qui correspondent &#224; deux &#171; figures &#187; de l'&#201;tat :&lt;br /&gt;
&#8226; L'&#201;tat facilitateur : on peut faire en sorte que l'&#201;tat cr&#233;e des conditions pour que les communs puissent se d&#233;velopper, en ce sens devienne &#171; facilitateur &#187;. L'exemple le plus significatif qui est une r&#233;ussite est le lancement par le CNRS de HAL&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;, qui ouvre la possibilit&#233; de publier des textes scientifiques en acc&#232;s ouvert, avant leur publication dans une revue priv&#233;e. La politique publique recr&#233;e ici les conditions d'une science ouverte, l&#224; o&#249; les cartels de revues scientifiques priv&#233;s les avaient ferm&#233;es. L'&#201;tat est alors un facilitateur de communs (ici les communs scientifiques), il contribue &#224; cr&#233;er des conditions de leur d&#233;veloppement.&lt;br /&gt;
Un autre cas a &#233;t&#233; analys&#233; par E. Ostrom : un institut public d'observation des nappes phr&#233;atiques laisse en acc&#232;s libre des donn&#233;es que les paysans peuvent utiliser pour organiser et g&#233;rer en commun l'acc&#232;s &#224; l'eau.&lt;br /&gt;
&#8226; L'&#201;tat contributeur : cela correspond aux situations dans lesquelles l'&#201;tat met &#224; disposition des ressources (locaux, animateurs, services divers&#8230;), pour contribuer ainsi au d&#233;ploiement de mouvements coop&#233;ratifs et de communs.&lt;br /&gt;
Ainsi dans certains cas &#8211; rares malheureusement- des &#171; Tiers lieux &#187;, g&#233;rant leur local en toute autonomie, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s avec la contribution de collectivit&#233;s territoriales qui mettent &#224; disposition des moyens. Dans la plupart des cas cependant l'&#201;tat conditionne l'attribution des ressources &#224; la satisfaction d'objectifs fix&#233;s par lui. C'est le cas notamment de la politique men&#233;e par France Tiers Lieux qui proc&#232;de pour l'essentiel par appels d'offre. Il s'agit alors d'une politique de capture de l'&#233;nergie des commoners pour les assujettir &#224; des objectifs fix&#233;s hors d'eux. On est loin &#8211; malgr&#233; les apparences- de la co-construction.&lt;br /&gt;
Je ne dis pas que le mouvement pour l'auto institutionnalisation des communs, n&#233;cessaire et indispensable, ne rencontre les pouvoirs publics que dans la confrontation. Je soutiens seulement qu'il faut cr&#233;er les conditions pour que l'institution publique (des &#233;lus par exemple) reconnaisse les valeurs cr&#233;&#233;es par les communs et l'&#233;conomie solidaire et qu'elle facilite avec des outils ou des ressources cette cr&#233;ation. Mais ce n'est que si des rapports de force peuvent s'imposer que de telles conditions se mettront en place.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image096.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image096.jpg?1734006774' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Dans la recherche participative ESCAPE si l'on reste vigilants sur les rapports de force comme tu l'as pr&#233;conis&#233;, les relations positives que tu d&#233;cris supposent que soit d&#233;pass&#233;e la perspective social-&#233;tatiste dans laquelle les pouvoirs publics &#233;dictent les normes et contr&#244;lent, comme la perspective n&#233;olib&#233;rale qui a introduit la concurrence dans les financements publics par la diffusion des appels d'offre. D'o&#249; l'ouverture &#224; la co-construction&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;.&lt;br /&gt;
Dans la recherche ESCAPE, nous n'avons pas une vision ir&#233;nique de la co construction. Les pistes que tu identifies, comme d'autres, sont pertinentes pour analyser et d&#233;finir les diff&#233;rents cas de figure. Pour reprendre le caract&#232;re d&#233;cisif des rapports de force, l'exemple de la co r&#233;daction d'une Charte du relogement des personnes sinistr&#233;es par l'effondrement d'immeubles v&#233;tustes &#224; Marseille&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt; n'a &#233;t&#233; concevable qu'&#224; travers une mobilisation conflictuelle du collectif des habitants et des associations, face &#224; la mairie. Elle a aussi permis que la ma&#238;trise d'ouvrage soit confi&#233;e &#224; la coordination inter associative qui s'est cr&#233;&#233;e dans ce conflit.&lt;br /&gt;
M&#234;me si chaque exemple de co-construction est critiquable, ces possibilit&#233;s existent et peuvent &#234;tre analys&#233;es avec et entre des collectivit&#233;s locales. Le fait que la ma&#238;trise d'ouvrage ait &#233;t&#233; ensuite confi&#233;e &#224; un collectif inter associatif &#233;largit le champ des possibles. Si ces dispositifs ne sont pas, document&#233;s, discut&#233;s, ils risquent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme juridiquement interdits. Or c'est faux !&lt;br /&gt;
L'innovation institutionnelle subit sans cesse des invalidations en raison de la force des routines et des habitudes, la mettre en d&#233;bat est une fa&#231;on de r&#233;sister &#224; sa marginalisation ou &#224; son &#233;limination. C'est aussi promouvoir un espace public r&#233;unissant acteurs associatifs et responsables publics, &#224; l'&#233;cart de toute qu&#234;te de certitude et avec la conviction que la d&#233;mocratisation est &#224; explorer de plusieurs points de vue. Les constats faits &#224; propos des politiques locales de l'ESS convergent avec les informations &#233;manant de divers cas nationaux : les marges de man&#339;uvre sont plus grandes si les politiques sont con&#231;ues non seulement dans la sph&#232;re politico-administrative mais aussi en dialogue avec les forces civiles. Ainsi, la politique nationale de l'&#233;conomie solidaire au Br&#233;sil s'est appuy&#233;e sur le Forum br&#233;silien d'&#233;conomie solidaire pendant pr&#232;s de vingt ans&lt;sup&gt;8&lt;/sup&gt; lors des deux premiers mandats de Lula puis la pr&#233;sidence de Dilma Rousseff.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Nous partageons cette conviction qu'il faut donner aux citoyens la possibilit&#233; de mani&#232;re auto organis&#233;e d'exprimer leurs demandes et leurs besoins, pour les confronter &#224; d'autres contraintes. Pour exp&#233;rimenter et fabriquer de la politique, c'est l'id&#233;al. Mais l'auto institution est un pr&#233;alable : si les citoyens ne sont pas auto-institu&#233;s avec leurs propres r&#233;flexions, leurs propres moyens d'action &#8230; il ne se passera rien.&lt;br /&gt;
Il faut rajouter que dans certains cas la politique de co construction d'acteurs de l'ESS et des pouvoirs publics, se traduit par de pures catastrophes. En mati&#232;re agricole par exemple, les &#171; coop&#233;rations &#187; associant coop&#233;ratives (&#224; commencer par le Cr&#233;dit Agricole), FNSEA, et Minist&#232;re de l'Agriculture&#8230; se sont traduites par de v&#233;ritables d&#233;sastres ! Des centaines de milliers de paysans expropri&#233;s, un productivisme agricole forcen&#233;, des millions d'hectares durablement pollu&#233;s... Il l ne faut pas se payer de mots... Nous avons des cas de co-construction (avec des acteurs de l'ESS je le r&#233;p&#232;te) qui sont des contre exemples parfaits&lt;br /&gt;
Un mot positif pour conclure sur ce point : en plus des deux formes d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233;es plus haut (&#171; l'&#201;tat facilitateur &#187; et &#171; l'&#201;tat contributeur &#187;) il faut rajouter une troisi&#232;me forme positive de relations des communs avec l'&#201;tat :&lt;br /&gt;
l'&#201;tat partenarial. Des partenariats &#171; publics &#8211; communs &#187; sur des objectifs partag&#233;s, avec des moyens partag&#233;s ont &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;s, par exemple &#224; Barcelone et dans le cadre du mouvement municipaliste en Espagne&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;. La deuxi&#232;me livraison du num&#233;ro de la revue EnCommuns r&#233;fl&#233;chit sur de tels type de partenariats &#171; public/communs &#187; dans ce que pourrait &#234;tre une &#171; r&#233;publique des communs &#187;&lt;sup&gt;10&lt;/sup&gt;.&lt;br /&gt;
Qu'il n'y ait pas d'ambigu&#239;t&#233;s : je ne soutiens pas que partout et toujours il faut se passer de l'&#201;tat. Je soutiens seulement que la relation &#224; l'&#201;tat doit chaque fois &#234;tre pens&#233;e et adapt&#233;e au type de situation qui pr&#233;vaut et aux objectifs poursuivis.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image023.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image023.jpg?1734006783' width='500' height='536' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Parler des accords publics-communs, c'est parler d'une forme de co-construction. C'est ce qui ressort des chapitres de Joan Subirats dans le livre Du social-business &#224; l'&#233;conomie solidaire. Critique de l'innovation sociale&lt;sup&gt;11&lt;/sup&gt;. Pendant deux mandats la municipalit&#233; de Barcelone a substitu&#233; ces accords aux partenariats publics-priv&#233;s qui &#233;taient la norme pr&#233;c&#233;demment. La gamme des exp&#233;rimentations d&#233;mocratiques auxquelles a donn&#233; lieu cette approche est bien synth&#233;tis&#233;e dans ces chapitres.&lt;br /&gt;
La concertation que tu cites sur la politique agricole est embl&#233;matique d'am&#233;nagements client&#233;listes qui n'ont rien &#224; voir avec ce qui est d&#233;sign&#233; ici comme co-construction. Au-del&#224;, dans plusieurs pays, il y a une tension entre une partie de l'&#233;conomie sociale orient&#233;e business et des initiatives solidaires. Je mentionne le Br&#233;sil, dans ce pays l'agro-business coop&#233;ratif se heurte aux coop&#233;ratives populaires. En France, la CRESS Bretagne fait &#233;tat d'une controverse sur l'appartenance des coop&#233;ratives agricoles &#224; l'ESS. Au fond, ces oppositions renvoient &#224; l'incompl&#233;tude th&#233;orique de l'&#233;conomie sociale. Elle s'est d&#233;finie par le fait qu'elle rassemblait des entreprises &#171; non capitalistes &#187;, cela a permis la reconnaissance de diverses formes juridiques, mais cela a ent&#233;rin&#233; le fait que le fonctionnement d&#233;mocratique de l'entreprise &#233;tait garanti par des statuts avec les principes &#171; une personne, une voix &#187; &#187; et le patrimoine impartageable.&lt;br /&gt;
Ce qui a &#233;t&#233; observ&#233;, c'est que les formes juridiques de l'&#233;conomie sociale &#233;taient sans doute n&#233;cessaires, mais non suffisantes pour garantir la continuit&#233; historique du projet de l'&#233;conomie sociale. Le cas du Cr&#233;dit Agricole est symptomatique : on a assist&#233; &#224; un retournement complet de la nature de ses activit&#233;s vis-&#224;-vis des agriculteurs. Il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour venir en aide aux paysans qui avaient du mal &#224; trouver des cr&#233;dits, et des d&#233;cennies plus tard, il en vient &#224; s&#233;lectionner les agriculteurs selon leurs performances. C'est ce que Claude Vienney&lt;sup&gt;12&lt;/sup&gt; appelle &#171; le retournement des rapports entre les personnes et l'entreprise &#187;, au d&#233;part les personnes cr&#233;ent l'entreprise, ensuite l'entreprise s&#233;lectionne les personnes.&lt;br /&gt;
Or, un fonctionnement &#171; non capitaliste &#187; interne ne dit rien sur la nature de la production, et on voit sur la question &#233;cologique, que la question du type de production est tr&#232;s importante.&lt;br /&gt;
De quoi est n&#233;e l'&#233;conomie solidaire ? Comme signal&#233; ant&#233;rieurement, de la prise en compte des questions de reproduction &#233;cologique et sociale, ce qui &#233;loigne d'une vision uniquement centr&#233;e sur l'entreprise. La question plus large sur ce qu'est l'&#233;conomie se pose.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Sur ce point nous sommes d'accord ! Ainsi que sur &#171; l'incompl&#233;tude &#187; de l'&#233;conomie sociale ;&lt;br /&gt;
Je rajouterai que les formes de cette &#233;conomie sont n&#233;es au XIX&lt;sup&gt;&#232;&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque du capitalisme d&#233;r&#233;gul&#233; pour prot&#233;ger les salari&#233;s victimes de celui-ci. Les coop&#233;ratives et les mutuelles ont alors apport&#233; des choses essentielles. Mais les formes de l'ESS s'en sont tenues l&#224; : &#339;uvrer pour limiter la brutalit&#233; d'un capitalisme &#224; l'&#233;poque non ou peu r&#233;gul&#233;.&lt;br /&gt;
En ce sens, l'ESS est pr&#233;cieuse, les communs leur sont redevables de toute une s&#233;rie d'innovations, qui doivent &#234;tre utilis&#233;es pour continuer de limiter et marginaliser le pouvoir du capital. La limite de l'ESS cependant, c'est la faiblesse de sa r&#233;flexion sur les solidarit&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre au niveau de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, sa compl&#232;te absence de prise en compte des contraintes &#233;cologiques et de protection des &#233;cosyst&#232;mes. Ces consid&#233;rations sont absentes de l'id&#233;ologie de l'ESS. Or aujourd'hui il n'est plus possible d'ignorer l'&#233;cologie. Penser la reproduction conjointe des communaut&#233;s humaines et des &#233;cosyst&#232;mes qui les accueillent, c'est l&#224; le grand apport des communs.&lt;br /&gt;
Un dialogue doit s'installer entre l'&#233;conomie solidaire et les communs sur ces points. Nous avons la mission de faire &#233;voluer l'ESS vers la prise en compte v&#233;ritable de la solidarit&#233; sociale et &#233;cologique, ce qu'elle ne fait pas spontan&#233;ment. Ce n'est pas dans sa constitution. Pour l'heure cette prise en compte dans l'ESS, est quelque sorte &#171; optionnelle &#187;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Tout &#224; fait d'accord pour continuer ces discussions. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; les communs, de l'autre l'&#233;conomie sociale et solidaire. La mise en perspective amorc&#233;e avec Philippe Eynaud&lt;sup&gt;13&lt;/sup&gt; montre que les convergences m&#233;ritent d'&#234;tre explicit&#233;es.&lt;br /&gt;
Beaucoup d'exp&#233;riences de l'&#233;conomie solidaire sont n&#233;es autour de l'&#233;cologie, mais cela a largement &#233;t&#233; oubli&#233; par une histoire officielle de l'ESS, qui fait souvent d&#233;marrer ce mouvement de la lutte contre l'exclusion et le ch&#244;mage. En fait, elle est n&#233;e &#224; partir des &#171; nouveaux mouvements sociaux &#187; comme on les a nomm&#233;s dans les ann&#233;es 60, autour des mouvements f&#233;ministes et &#233;cologistes. Ils ont permis de r&#233;fl&#233;chir &#224; une autre approche de l'&#233;conomie, de s'&#233;manciper de la r&#233;f&#233;rence &#224; la croissance. Ces initiatives citoyennes ne prennent pas que la forme d'entreprises, elles ont aussi une dimension politique, ...&lt;br /&gt;
On rejoint ici l'auto institution, on est tr&#232;s pr&#232;s des communs et ce chantier de discussion doit continuer ! Le travail de Fr&#233;d&#233;ric Sultan &#171; (M)ES et communs, dialogue et compagnonnage &#187;&lt;sup&gt;14&lt;/sup&gt; montre d'ailleurs que ces deux mouvements partagent des options et peuvent s'enrichir mutuellement.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Alters M&#233;dia sera ravi de donner &#233;cho &#224; ce d&#233;bat ! La soci&#233;t&#233; civile doit prendre la parole et elle s'organise !&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Juillet 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Polanyi, K., 2011, La subsistance de l'homme. La place de l'&#233;conomie dans l'histoire et la soci&#233;t&#233;, Paris, Flammarion&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Voir, Laville, J-L., 2016, L'&#233;conomie sociale et solidaire. Th&#233;ories, pratiques, d&#233;bats, Paris, Seuil, p. 137-147&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Fraser, N., 2003 , &#171; Repenser l'espace public : une contribution &#224; la critique de la d&#233;mocratie r&#233;ellement existante &#187;, dans E. Renault, Y. Sintomer, (dir.), O&#249; en est la th&#233;orie critique ?, Paris, La D&#233;couverte&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Les communs de proximit&#233;. Origines, caract&#233;risation, perspectives Sous la direction de Benjamin Coriat, Justine Loizeau et Nicole Alix Editions Science et bien commun&lt;br class='autobr' /&gt;
5. HAL est une plateforme publique qui permet de d&#233;poser et de consulter des documents scientifiques de tous les domaines : hal.science&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Voir la typologie des rapports pouvoirs publics-associations dans le chapitre 5 de : Laville, J-L., Sainsaulieu, R., 2013, L'association. Sociologie et &#233;conomie, Paris, Fayard-Pluriel&lt;br class='autobr' /&gt;
7. R&#233;f&#233;rence au cas publi&#233; dans ce N&#176; Alima El Boujnouni Marie Catherine Henry&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Laville, J-L., Magnen, J-P., Fran&#231;a Filho, G., Mdeiros, A., (dir.), 2005, Action publique et &#233;conomie solidaire, Toulouse, Er&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Voir l'article de Joan Subirats et de C&#233;sar Rendueles page 70 dans ce num&#233;ro d'Alters M&#233;dia. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi le projet DECIDIM construit &#224; Barcelone et pr&#233;sent&#233; dans ce num&#233;ro avec S&#233;bastien Shulz page 122.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Voir l'article &#171; Propri&#233;t&#233;, Communs et R&#233;publique dans la revue EnCommuns, disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.encommuns.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.encommuns.net&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
11. Juan, M., Laville, J-L., 2020, Du social-business &#224; l'&#233;conomie solidaire. Critique de l'innovation sociale, Toulouse, Er&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Vienney, C., 1994, L'&#233;conomie sociale, Paris, La D&#233;couverte, p. 114&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Voir dans ce num&#233;ro d'Alters M&#233;dia l'article de Philippe Eynaud page 86.&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Sultan, F., 2021, &#171; (M)ES et communs, dialogue et compagnonnage &#187; dans J. Combes, B. Lasnier, J-L., Laville, L'&#233;conomie solidaire en mouvement, Toulouse, Er&#232;s, p. 150-153. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi : &lt;a href=&#034;https://tinyurl.com/2yvs59af&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://tinyurl.com/2yvs59af&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un appel &#224; la soci&#233;t&#233; civile engag&#233;e</title>
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		<dc:date>2024-11-18T13:58:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quel est le point de vue d'un des rares acteurs politiques fran&#231;ais pleinement engag&#233; avec et dans la soci&#233;t&#233; civile, sur les &#233;v&#233;nements de juillet 2024 en France, sur le r&#244;le des acteurs sociopolitiques de la soci&#233;t&#233; civile ? Tel &#233;tait l'enjeu de l'interview de Beno&#238;t Hamon, en discussion avec Jean Louis Laville et Benjamin Coriat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et le r&#233;sultat a &#233;t&#233; &#224; la hauteur des attentes : cette interview est un appel &#224; la soci&#233;t&#233; civile, aux forces sociopolitiques ins&#233;r&#233;es et engag&#233;es en son sein (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no3/grands-entretiens/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;3&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_3_image079.jpg?1731940463' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel est le point de vue d'un des rares acteurs politiques fran&#231;ais pleinement engag&#233; avec et dans la soci&#233;t&#233; civile, sur les &#233;v&#233;nements de juillet 2024 en France, sur le r&#244;le des acteurs sociopolitiques de la soci&#233;t&#233; civile ? Tel &#233;tait l'enjeu de l'interview de Beno&#238;t Hamon, en discussion avec Jean Louis Laville et Benjamin Coriat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le r&#233;sultat a &#233;t&#233; &#224; la hauteur des attentes : cette interview est un appel &#224; la soci&#233;t&#233; civile, aux forces sociopolitiques ins&#233;r&#233;es et engag&#233;es en son sein &#8211; en premier lieux les acteurs de l'ESS et des Communs, les associations citoyennes, les coop&#233;ratives - , un appel &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Se mettre en mouvement, &#224; engager eux-m&#234;mes les transformations sociale et &#233;cologique &#171; sans attendre que le politique construise l'agenda &#187;, en cessant de &#171; se comporter par rapport au politique comme s'il d&#233;tenait un pouvoir qu'il n'a plus &#187;, &#224; cesser de &#171; renoncer &#224; leur propre pouvoir &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour avoir &#233;t&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re, je sais tout le pouvoir que l'on a de ce c&#244;t&#233;, quand on veut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Construire eux-m&#234;mes une strat&#233;gie d'&#233;laboration et d'union qui permette : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; D'identifier, d'explorer et faire conna&#238;tre les voies principales par lesquelles peuvent s'engager de telles transformations ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; De se transformer soi-m&#234;me dans cette action, en s'enrichissant mutuellement des exp&#233;riences des autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De toute &#233;vidence, notre &#233;poque demande &#187;, dit Beno&#238;t Hamon, &#171; que se construise une alliance entre force civile et force de gauche &#187;. &#171; ESS France va s'efforcer de construire une strat&#233;gie qui permette la transformation sociale &#187;. La poursuite d'un tel d&#233;bat fort riche est souhait&#233;e &#224; l'automne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_35 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image021.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image021.jpg?1731940517' width='500' height='419' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Il nous parait difficile dans cette interview de ne pas &#233;voquer la situation politique.&lt;br /&gt;
Le sursaut du Front R&#233;publicain du 7 juillet, &#171; d&#233;jouant le pire, saisissant dans la temp&#234;te la chance d'une r&#233;volution d&#233;mocratique trop longtemps attendue 1 &#187;, a fait un barrage &#224; la mont&#233;e impressionnante du RN lors des &#233;lections europ&#233;ennes et du premier tour des l&#233;gislatives. Mais l'analyse des raisons de cette temp&#234;te doit &#234;tre cependant faite pour aller aux racines d'une catastrophe possible.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benoit Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Pour aller &#224; l'essentiel parmi la multitude de facteurs, commen&#231;ons par examiner les raisons exprim&#233;es par les &#233;lecteurs du RN eux-m&#234;mes sur les motivations de leur vote : une majorit&#233; dit voter pour le RN en se d&#233;clarant raciste et consid&#232;re que ce qui rel&#232;ve de leur identit&#233;, de leur mode de vie, de leur statut dans la soci&#233;t&#233; est remis en cause. L'origine de ce sentiment de d&#233;classement, de cette souffrance vient de ce qu'ils consid&#232;rent que le point d'&#233;quilibre de leur soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; percut&#233; par les migrations et qu'ils estiment difficile de coexister avec des migrants.&lt;br /&gt;
C'est int&#233;ressant et on peut en d&#233;duire que pour ces &#233;lecteurs, une grande partie de ce qui nourrit leur sentiment de mal &#234;tre et d'injustice (la d&#233;gradation des services publics et de la protection sociale, l'impossibilit&#233; de la mobilit&#233; sociale...) n'a pas son origine dans une absence de redistribution des richesses, dans l'accaparement de celle-ci par une minorit&#233;, dans des in&#233;galit&#233;s sociales, des rapports de force d&#233;favorables entre le capital et le travail... mais dans l'existence d'une cat&#233;gorie d'ind&#233;sirables, qui pr&#233;carisent la soci&#233;t&#233;. En r&#233;sum&#233;, la question identitaire se substitue aux questions sociales.&lt;br /&gt;
Nous devons donc regarder les choses avec honn&#234;tet&#233; et r&#233;pondre &#224; la fois &#224; la question sociale (services publics, salaires...) et &#224; la question d&#233;mocratique (en montrant que l'on peut, par la d&#233;mocratie, en choisissant ses dirigeants par des &#233;lections, r&#233;pondre aux demandes sociales). Le d&#233;senchantement ne vient pas de ce que la d&#233;mocratie d&#233;&#231;oive pr&#232;s de chez soi, mais qu'elle d&#233;&#231;oive au niveau macro des autorit&#233;s politiques nationales (Pr&#233;sident, gouvernement, parlementaires). La d&#233;mocratie fonctionne mal, elle repr&#233;sente mal, ne permet pas que les &#233;lecteurs tirent b&#233;n&#233;fice du bulletin qu'ils d&#233;posent dans l'urne.&lt;br /&gt;
Il y a donc &#224; la fois une question sociale et une question d&#233;mocratique qui s'articulent &#233;troitement. Cela justifie que l'on cherche &#224; articuler de mani&#232;re efficace l'action politique classique avec l'action de la soci&#233;t&#233; civile, pour redonner aux questions sociales et d&#233;mocratiques le primat qu'elles ont perdu face aux questions identitaires.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'abandon des forces populaires par les forces de gauche, au cours de la p&#233;riode de la mondialisation (des ann&#233;es 80 &#224; nos jours) ne constitue-t-elle pas une des causes de cette mont&#233;e de l'extr&#234;me droite en France ?&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Les premiers responsables, ce ne peut pas &#234;tre la gauche, qui a toujours combattu l'extr&#234;me droite. Mais on peut interroger la responsabilit&#233; de tous les gouvernements, y compris issus de la gauche, remarquons que cette mont&#233;e de l'extr&#234;me droite ne se fait pas qu'en France, elle existe dans tout le monde occidental.&lt;br /&gt;
Il y a une crispation de &#233;lites, masculines, occidentales autour de trois maisons qui br&#251;lent :&lt;br /&gt;
&#8226; La fin de l'h&#233;g&#233;monie occidentale sur l'ordre mondial. Les exemples les plus r&#233;cents sont nombreux : c'est la Chine qui tout r&#233;cemment r&#233;unifie les fractions palestiniennes &#8211; temporairement et de mani&#232;re symbolique &#8211; mais aussi l'Iran et l'Arabie Saoudite ; c'est la France expuls&#233;e du Sahel ; c'est l'Afrique du Sud qui traduit Isra&#235;l devant la CPI ... Tout cela traduit le fait que des puissances rivales ont &#233;merg&#233; et que la puissance occidentale s'exprime avec beaucoup moins de force.&lt;br /&gt;
&#8226; La fin du mod&#232;le &#233;conomiques capitaliste. Il est devenu clair que le mod&#232;le sur lequel &#233;tait bas&#233;e l'h&#233;g&#233;monie occidentale ne peut plus cro&#238;tre exponentiellement dans un monde fini. D'o&#249; l'incertitude, l'inqui&#233;tude et le sentiment que l'on ne pourra plus s'enrichir comme avant sans impunit&#233; !&lt;br /&gt;
&#8226; La fin du patriarcat. Le r&#232;gne des hommes sur la moiti&#233; f&#233;minine de l'humanit&#233; est de plus en plus interrog&#233;, d&#233;nonc&#233; : au nom de quoi les hommes peuvent-ils exercer le pouvoir dans leur propre foyer et sur la soci&#233;t&#233; en entier ?&lt;br /&gt;
Ce triple incendie cr&#233;e une forme de panique identitaire chez les dirigeants, une crispation que l'on retrouve partout, et qui s'exprime &#224; travers des discours r&#233;actionnaires, conservateurs &#171; c'&#233;tait mieux avant &#187;, &#171; on peut encore continuer de cro&#238;tre sans limites &#187;...&lt;br /&gt;
Faute d'avoir su mobiliser des passions positives devant ce triple incendie, l'extr&#234;me droite cristallise cette crispation de ceux qui ont le pouvoir ou s'en approchent, identique dans tous les pays.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je souscris &#224; cette analyse, que je trouve pertinente, des trois effondrements et des tendances de fond qui en r&#233;sultent. Je rajouterai que ces effondrements ont &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;s par l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale des ann&#233;es 1980 (Reagan, Thatcher). Face &#224; elle, il faut reconna&#238;tre que la gauche a fait faillite : je ne parle m&#234;me pas du communisme qui s'est totalement effondr&#233; avec le mur de Berlin, mais on ne peut nier les responsabilit&#233;s de la social-d&#233;mocratie : la vision port&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme a &#233;t&#233; adopt&#233;e et assum&#233;e &#224; gauche par Blair, Schr&#246;der, Jospin et Hollande, qui se sont aplatis devant la tornade venue d'outre atlantique. Aussi, faut-il plus que jamais montrer que nous nous s&#233;parons radicalement de ces visons et politiques n&#233;o lib&#233;rales. Il nous incombe de construire une vision du futur qui doit &#234;tre tout &#224; la fois cr&#233;dible et en rupture compl&#232;te avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et sa variante sociale lib&#233;rale.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Ces trois effondrements rendent compte d'une sp&#233;cificit&#233; actuelle mais ils font aussi &#233;cho &#224; ce qui a d&#233;j&#224; eu lieu dans l'histoire, par exemple au cours des ann&#233;es 1930, &#224; savoir le dogmatisme d'une soci&#233;t&#233; de march&#233; qui cr&#233;e une telle ins&#233;curisation de la vie quotidienne qu'elle fait le lit du fascisme. Plus largement, au XIXe si&#232;cle et au XXe si&#232;cle se d&#233;gage un cycle en trois moments pour le capitalisme : dans un premier temps il pr&#244;ne la g&#233;n&#233;ralisation de la concurrence, puis il am&#233;nage celle-ci en la compl&#233;tant par un discours moralisateur bas&#233; sur la philanthropie, enfin les limites de celle-ci am&#232;nent &#224; un raidissement autoritaire.&lt;br /&gt;
Face &#224; la r&#233;currence de ce cycle, l'&#233;conomie sociale a r&#233;sist&#233; &#224; partir de sa force associationniste, mobilisant une solidarit&#233; d&#233;mocratique gr&#226;ce &#224; des formes d'auto-organisation citoyenne permettant de satisfaire des besoins ignor&#233;s par le march&#233;. Mais au-del&#224; de la constitution d'un secteur d'entreprises non capitalistes, la dynamique contemporaine de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#233;conomie sociale et solidaire (ESS) fait apparaitre des leviers pour un changement profond. Depuis quelques d&#233;cennies des opportunit&#233;s in&#233;dites se profilent gr&#226;ce &#224; une ouverture &#224; la fois vers le local et l'international. L'ESS a d&#233;couvert que sa structuration nationale autour de familles statutaires pouvait &#234;tre renforc&#233;e par une action sur les territoires, un maillage comme celui d&#233;coulant des p&#244;les territoriaux de coop&#233;ration &#233;conomique peut renforcer sa visibilit&#233; ; d'autant plus que les politiques d&#233;di&#233;es se mettent en place dans les collectivit&#233;s locales de diff&#233;rents niveaux. La multiplication d'initiatives citoyennes dans tous les continents autorise aussi &#224; repenser l'ESS dans une perspective renouvel&#233;e par des dialogues Nord-Sud. Les apports du Sud Global portent en particulier sur la critique de l'imaginaire &#233;conomique productiviste obs&#233;d&#233; par l'augmentation du volume et la croissance. &#192; cet horizon d'une expansion sans fin peu soucieuse d'&#233;quilibres &#233;cologiques et sociaux peut &#234;tre substitu&#233; celui du bien-vivre qui privil&#233;gie le respect et l'am&#233;lioration de la vie de toutes et tous, des humains et non humains. L'ESS peut se resituer dans une r&#233;flexion plan&#233;taire sur la conception de l'&#233;conomie o&#249; discutent ensemble soci&#233;t&#233;s non occidentales et occidentales pour refonder un projet de transformation d&#233;mocratique.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Il est tr&#232;s int&#233;ressant d'avoir un &#233;change de cette nature sur la gen&#232;se du moment, les comparaisons historiques, mais aussi sur les fa&#231;ons que l&#8216;on a d'agir, hors des cadres dominants aussi bien &#233;conomiques que politiques : par les territoires, avec le Sud dans des perspectives plus globales, pour des solidarit&#233;s citoyennes &#233;conomiques et d&#233;mocratiques. Nous avons devant nous de nombreux travaux pratiques.&lt;br /&gt;
Je prends un exemple : il y a une grande importance &#224; relever le d&#233;fi lanc&#233; par les empires &#233;conomiques sur la question de l'information et des m&#233;dias. Or il existe un mod&#232;le efficace, un mod&#232;le non lucratif, pour garantir l'ind&#233;pendance des m&#233;dias et la possibilit&#233; de construire une presse qui joue le r&#244;le de contre-pouvoir face aux grands m&#233;dias mainstream priv&#233;s qui portent une vision du monde des plus in&#233;galitaires, fantasmatiques, parfois x&#233;nophobes.&lt;br /&gt;
Ce qu'offre les communs num&#233;riques est pr&#233;cis&#233;ment cette capacit&#233; &#224; construire un bloc capable de s'opposer &#224; cette d&#233;sinformation, de d&#233;velopper une multitude d'anticorps formant une r&#233;sistance, voire une contre-offensive.&lt;br /&gt;
Ces m&#233;dias non lucratifs, de plus en plus nombreux, forment un &#233;cosyst&#232;me de m&#233;dia, soit g&#233;n&#233;ralistes, soit th&#233;matiques, que nous devons soutenir. Le m&#233;dia Street Presse, par exemple, est sp&#233;cialis&#233; sur le net dans la documentation des actes et propos racistes des milieux du RN ou de la presse Bollor&#233;. Ils font l'objet de harc&#232;lement judiciaire de la part de ces milieux.&lt;br /&gt;
Il faut cr&#233;er une digue, de la coop&#233;ration, de la solidarit&#233; pour s'opposer &#224; cette gu&#233;rilla judiciaire. ESS France prendra ses responsabilit&#233;s. Nous d&#233;finissons une strat&#233;gie pour multiplier ces m&#233;dias et faire converger la participation citoyenne &#224; ce sujet.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
C'est une question tr&#232;s importante sur laquelle je voudrais rebondir, parce que c'est un point de bascule entre ESS et communs.&lt;br /&gt;
J'ai le plus grand respect pour l'ESS, mais il faut rappeler que les mutuelles et les coop&#233;ratives sont n&#233;es et ont pris leur essor au XIX&#232; si&#232;cle. Elles sont li&#233;es &#224; la protection des salari&#233;s, &#224; la lutte contre la pr&#233;dation du capitalisme. Mais elles ont op&#233;r&#233; et se sont d&#233;ploy&#233;es au sein et dans la logique du march&#233;. Il faut maintenant basculer vers autre chose auquel les communs peuvent apporter un renouvellement sur des dimensions essentielles.&lt;br /&gt;
Le propre des communs, ce qu'ils apportent, c'est la tension qui les habite et qu'ils sont capables de d&#233;ployer entre &#171; pr&#233;servation &#187; (de la nature, des &#233;cosyst&#232;mes&#8230;) et &#171; acc&#232;s &#187; aux ressources que portent ces &#233;cosyst&#232;mes.&lt;br /&gt;
Dans les cas des communs num&#233;riques, auquel il a &#233;t&#233; fait r&#233;f&#233;rence, la ressource concern&#233;e (l'information) &#233;tant ais&#233;ment reproductible et non rivale (des millions de personnes peuvent y avoir acc&#232;s en m&#234;me temps sans alt&#233;rer sa qualit&#233;), les communs permettent un acc&#232;s universel &#224; couts tr&#232;s faibles ou nuls. Dans le cas de communs qui concernent des ressources &#171; tangibles &#187; non facilement reproductibles ou &#233;puisables, les communs apportent ceci qu'ils sont capables de formuler des r&#232;gles qui permettent de concilier pr&#233;l&#232;vement des ressources et pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes. Ils permettent ainsi d'&#233;tablir une autre relation au vivant, et finalement une autre mani&#232;re d'habiter le monde.&lt;br /&gt;
Permettre l'acc&#232;s universel si la ressource est ais&#233;ment reproductible, permettre sa pr&#233;servation, gr&#226;ce &#224; des r&#232;gles d'acc&#232;s et de pr&#233;l&#232;vement collectivement pos&#233;es, si sa consommation alt&#232;re son existence, telle est la contribution fondamentale d'une approche par les communs&lt;br /&gt;
Je voudrai ici insister sur le fait que cette relation acc&#232;s/ pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes n'est pas dans l'ADN de l'ESS. La prise en compte de cette dimension des choses est dans l'ESS, purement &#171; optionnelle &#187;. L&#224; est le c&#339;ur des discussions &#224; mener entre communs et l'ESS. On peut formuler les choses en disant que la question qui nous est pos&#233;e est : comment les communs peuvent-ils tirer parti de la grande tradition de l'ESS en mati&#232;re d'institutionnalisation et de marginalisation du pouvoir du capital, et comment l'ESS peut-elle absorber et faire sien le principe de pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes que porte les communs. C'est l&#224; une dimension cl&#233;, le programme de rupture qu'il faut d&#233;sormais faire rentrer dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je suis sensible &#224; tout cela ! Il est essentiel que demain les pr&#233;l&#232;vements ne tuent pas la ressource. Ce que le mod&#232;le des communs propose est une r&#233;f&#233;rence vers laquelle il faut tendre. Et nous sommes d'accord que dans la grande diversit&#233; de l'ESS, une partie singe le mod&#232;le capitaliste (dans ses modes de management, dans ses choix d'investissement...) et qu'elle n'a plus qu'un rapport r&#233;siduel avec l'ESS relevant plus de la comm&#233;moration d'un glorieux pass&#233; que de la r&#233;alit&#233; pratique.&lt;br /&gt;
Nous avons conscience de tout cela et ESS France va s'efforcer de construire une strat&#233;gie qui permette aux uns et aux autres de retrouver le chemin du progr&#232;s et de la transformation sociale. Le mod&#232;le des communs est int&#233;ressant, car il challenge l'ESS sur les sujets forts de la d&#233;mocratie et de la non lucrativit&#233;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean-Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Si l'on continue dans la logique de cet enrichissement mutuel entre communs et ESS, le d&#233;tour historique d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; montre que la question de l'acc&#232;s &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans l'associationnisme pionnier qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'institutionnalisation de l'&#233;conomie sociale. Ouvriers et paysans se sont mobilis&#233;s, en France surtout dans la p&#233;riode 1830-1848, pour protester contre l'&#233;cart inadmissible entre la proclamation de la R&#233;publique et la persistance de la mis&#232;re. Leur combat &#233;tait centr&#233; sur l'acc&#232;s &#224; la parole et &#224; l'action collectives en conformit&#233; avec les principes de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, pour concr&#233;tiser par la solidarit&#233; l'id&#233;e de fraternit&#233;. Dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, l'&#233;conomie d&#233;sign&#233;e parfois comme alternative mais de plus en plus qualifi&#233;e de solidaire &#224; partir des ann&#233;es 1970 se positionne sur des enjeux comme les &#233;nergies renouvelables, avec la conviction qui deviendra l'&#233;tendard des forums sociaux qu'il est n&#233;cessaire de r&#233;sister et de construire d'autres fa&#231;ons de faire. Le d&#233;bat fait rage dans le mouvement anti-nucl&#233;aire de l'&#233;poque entre, d'une part celles et ceux qui veulent se cantonner dans le r&#233;pertoire revendicatif traditionnel des mouvements sociaux et, d'autre part celles et ceux qui veulent &#233;largir les registres d'action &#224; la mise en place de solutions pour une transition &#233;nerg&#233;tique concr&#232;te.&lt;br /&gt;
Les objectifs d'acc&#232;s &#224; l'accueil des jeunes enfants et de soins pour les personnes, donc de pr&#233;servation des relations sociales, sont aussi pr&#233;sents dans le mouvement des cr&#232;ches et lieux d'accueil parentaux. Ces questions longtemps consid&#233;r&#233;es &#224; tort comme secondaires parce que ne relevant pas de la production marchande rev&#234;tent une importance d&#233;cisive pour les modes de vie. La d&#233;r&#233;gulation du secteur de la garde d'enfants, comme d'ailleurs celui des r&#233;sidences pour personnes &#226;g&#233;es, leur accaparement par des groupes priv&#233;s lucratifs guid&#233;s par l'app&#226;t du gain pour les actionnaires ont engendr&#233; une situation dramatique : difficult&#233;s d'embauche en raison de salaires insuffisants et de conditions de travail d&#233;grad&#233;es, droits humains bafou&#233;s, d&#233;sespoir des salari&#233;s comme des usagers&#8230;&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benoit Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Pour prolonger ce dernier exemple, le plaidoyer que l'on peut mener est d&#233;j&#224; dans l'air : dans le domaine des services aux personnes (petite enfance, personnes &#226;g&#233;es, handicap&#233;s), quand la dignit&#233; des personnes est en jeu, il faut que ces activit&#233;s soient r&#233;serv&#233;es au secteur public ou aux acteurs priv&#233;s non lucratifs ; que les crit&#232;res d'&#233;valuation de l'action des personnels ne soient pas le nombre de personnes vues dans la journ&#233;e, mais le temps pass&#233; avec elles. Cela fait sens et une large majorit&#233; de citoyens adh&#232;re sans difficult&#233; &#224; ce point de vue.&lt;br /&gt;
J'ai travaill&#233; sur ces questions et le droit europ&#233;en n'emp&#234;che pas d'agir dans ce sens. Je rejoins donc l'analyse de Jean Louis Laville sur la petite enfance : les cons&#233;quences de la mise en concurrence d'entreprises commerciales sur le sujet sont accablantes. Elle illustre le recul de la place laiss&#233;e aux projets associatifs sur les territoires et donc, de la capacit&#233; des citoyens &#224; prendre en charge les demandes sociales.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_36 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image026.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image026.jpg?1731940554' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;M. Hamon, Ne croyez-vous pas que, parmi les nombreux chantiers qui devraient &#234;tre ouverts, figure la question des rapports des institutions avec les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile ?&lt;br /&gt;
Qu'il existe un besoin de transformation de la position des institutions elles-m&#234;mes (locales ou d'Etat) pour les rendre plus &#224; l'&#233;coute des initiatives et projets des populations, moins en surplomb, plus favorables au partage des d&#233;cisions ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je vais dire une Lapalissade : cela existe depuis de nombreuses ann&#233;es, mais pendant les 7 ann&#233;es de pr&#233;sidence Macron, cela a &#233;t&#233; pouss&#233; au paroxysme ! On a enjamb&#233; toutes les composantes de la soci&#233;t&#233; civile, ignor&#233; toutes les revendications, propositions, relais d'action venant du terrain. Macron a gouvern&#233; sans la soci&#233;t&#233; civile, mais cela avait commenc&#233; avant lui.&lt;br /&gt;
On a parl&#233; de gouvernement d'experts, comme si l'expertise &#233;tait le monopole d'une &#233;lite. Mais je fais le reproche aux acteurs de l'ESS et &#224; la soci&#233;t&#233; civile de continuer &#224; se comporter par rapport au politique comme si celui-ci d&#233;tenait le m&#234;me pouvoir qu'avant, de fantasmer un pouvoir qu'il n'a plus. Et de ce fait de renoncer &#224; son propre pouvoir. Et la responsabilit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile, du mouvement social, peut-&#234;tre particuli&#232;rement dans notre situation, est d'agir pour poser les &#233;l&#233;ments de plaidoyer, de ne pas attendre que le politique construise l'agenda, d'engager lui-m&#234;me les transformations correspondantes. Peut-&#234;tre que la situation favorisera cette &#233;volution ?&lt;br /&gt;
Si nous prenions juste le champ de l'&#233;conomie sociale et solidaire et que nous imaginions juste les coop&#233;rations possibles pour faire &#233;merger les pratiques alternatives ; si demain les mutualit&#233;s, les assurances, l'ESS d&#233;cidaient qu'une partie des prestations &#233;taient vers&#233;es en monnaie locales compl&#233;mentaires ; si demain &#233;taient fl&#233;ch&#233;s pour l'&#233;mergence de m&#233;dia alternatifs les v&#233;hicules d'investissement de l'ESS ... ce serait assez formidable ! Pensons aux capacit&#233;s de transformation que poss&#232;dent les strat&#233;gies d'essaimage des SCIC (mode de gouvernance de services d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral int&#233;ressant par ce que r&#233;unissant autour d'une m&#234;me table les acteurs pouvant mettre en &#339;uvre de tels services) !&lt;br /&gt;
Cela c'est de la d&#233;mocratie, c'est de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. C'est tout &#224; fait l'id&#233;e que je me fais de la bonne mani&#232;re de r&#233;pondre aux demandes sur un territoire, en travaillant &#224; la coop&#233;ration, qui nous arrache &#224; l'id&#233;e que nous nous faisons de nos r&#244;les respectifs. Si nous nous investissions nous m&#234;me de fa&#231;on &#224; intensifier les relations des acteurs de l'ESS entre eux, cela aurait d&#233;j&#224; un impact d&#233;mocratique et social consid&#233;rable. C'est ce &#224; quoi je crois et ce que j'aimerais faire.&lt;br /&gt;
Il faut surtout que nous sortions du rapport infantile que nous avons au pouvoir public. Pour avoir &#233;t&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re, je sais tout le pouvoir que l'on a de ce c&#244;t&#233;-ci quand on le veut, mais je sais aussi toute la fum&#233;e li&#233;e &#224; l'exercice du pouvoir politique et dont il ne faut pas &#234;tre dupe !&lt;br /&gt;
A l'annonce du plan massif de suppression de milliards d'euros du budget, ESS France a engag&#233; un rapport respectueux avec le gouvernement. Car il faut voir ce que cela repr&#233;sente : la d&#233;sagr&#233;gation des solidarit&#233;s construites par les fran&#231;ais, le plan social massif de dizaines de milliers d'emplois associatifs... L'ESS est le seul secteur o&#249; l'on est pay&#233; de mots !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L'ESS est donc l&#233;gitime &#224; revendiquer le principe de co d&#233;cision dans ses rapports de co construction avec le service public ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Evidemment ! &#192; propos de cette relation entre soci&#233;t&#233; civile et politiques, je vais &#234;tre s&#233;v&#232;re avec le Front Populaire : la s&#233;quence dans laquelle on se trouve, voit le Front populaire arriver en t&#234;te certes, mais en minorit&#233; tr&#232;s relative. Et cette position est n&#233;e et h&#233;rite de la mobilisation populaire. Or la premi&#232;re d&#233;cision qui est prise est celle de dissoudre la soci&#233;t&#233; civile, de s'enfermer entre chefs de parti pour acter qu'un seul programme existe !&lt;br /&gt;
De toute &#233;vidence notre &#233;poque demande que se construise une alliance entre la soci&#233;t&#233; civile et les forces de gauche. Et, on le reconna&#238;tra, cela n'a rien &#224; voir avec la d&#233;cision de mettre les responsables des quatre partis dans une m&#234;me pi&#232;ce. Et on ne peut pas dire que l'on a respect&#233; la soci&#233;t&#233; civile parce qu'on va chercher des personnalit&#233;s ailleurs que dans les sections de ces partis. On veut une m&#233;thode de gouvernement qui consente &#224; fabriquer une politique entre repr&#233;sentation politique et acteurs de la soci&#233;t&#233; civile et qui en contr&#244;le la mise en &#339;uvre.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous cette alliance avec la soci&#233;t&#233; civile ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;D&#233;j&#224;, lorsque l'on a obtenu 200 si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, on ne parle pas comme si on en avait 400. En fait le Front populaire se trouve dans une m&#226;choire :&lt;br /&gt;
D'un c&#244;t&#233; l'hostilit&#233; du S&#233;nat et de l'Assembl&#233;e Nationale ; de l'autre le Pr&#233;sident qui va exercer ses pr&#233;rogatives et qui n'y renoncera pas ; avec de plus des caisses de l'Etat qui sont vides et dans des conditions o&#249; il est impossible de r&#233;aliser la r&#233;forme fiscale qui permettrait de les renflouer.&lt;br /&gt;
Il faut donc desserrer cette m&#226;choire, sortir du cadre et la seule mani&#232;re est de donner &#224; la soci&#233;t&#233; civile la capacit&#233; d'enclencher les transformations sociales et de lui donner la l&#233;gitimit&#233; que la situation condamne.&lt;br /&gt;
Dans les divers champs de l'&#233;cole, du travail, de la sant&#233;, de la transition &#233;cologique ... il faut ouvrir des cycles parall&#232;les de n&#233;gociation sociale qui permettent d'enjamber les difficult&#233;s parlementaires qui autrement seront incontournables.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Cette dimension des choses me para&#238;t tr&#232;s importante : l'id&#233;e de mieux associer les citoyens, les instances repr&#233;sentatives et/ou concern&#233;es par les sujets en d&#233;bat ... nous le souhaitons tous, mais nous sommes tous un peu coinc&#233;s et d&#233;munis, d&#232;s qu'il s'agit d'indiquer comment proc&#233;der pour ce faire. Je voudrais ici avancer deux remarques :&lt;br /&gt;
a) J'ai bien s&#251;r d&#233;fendu le Nouveau Front Populaire, mais en lisant attentivement le programme &#233;labor&#233; vous verrez qu'en fait il y a tr&#232;s peu de propositions concernant la transformation sociale ! C'est essentiellement un programme redistributif. Tr&#232;s peu de choses touchent &#224; la transformation sociale, aux modes de gouvernance (des entreprises ou des administrations) , &#224; l'innovation sociale et institutionnelle. Or nous savons tous que ce n'est pas &#224; l'int&#233;rieur des cadres institutionnels tels qu'ils sont que nous pourrons faire avancer les choses.&lt;br /&gt;
b) Si nous sommes d'accord sur le fait qu'il faut bien davantage associer citoyens et la soci&#233;t&#233; civile &#224; la gestion et la prise de d&#233;cision pour garantir la transformation sociale, la question qui se pose est : comment fait-on ? C'est sans doute l&#224; que les choses se compliquent. Pour ma part, je soutiens l'id&#233;e que renforcer la &#171; d&#233;mocratie participative &#187; ne suffit pas. II faut introduire dans nos modes de gouvernance et de prise de d&#233;cision, des principes qui rel&#232;vent non de la seule d&#233;mocratie participative, mais de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative.&lt;br /&gt;
J'ai en t&#234;te ici la formidable le&#231;on de choses donn&#233;e par la Convention Citoyenne sur le Climat qui a permis que 150 personnes tir&#233;es au sort, r&#233;unies pendant quelques mois, qui ont &#233;t&#233; capables de proposer 150 mesures pour permettre d'abaisser les &#233;missions de GES de 30 % d'ici 2030, chacune des mesures propos&#233;es ayant &#233;t&#233; adopt&#233;es &#224; plus de 96 % des voix.&lt;br /&gt;
Macron a mis ces propositions &#224; la poubelle au m&#233;pris de ses engagements. Mais nous devons r&#233;fl&#233;chir sur les potentialit&#233;s qu'offre cet outil qu'est la Convention Citoyenne. Un outil qui peut &#234;tre d&#233;ploy&#233; tant au niveau micro (celui des territoires), qu'au niveau macro, sur des questions de port&#233;e nationale. Plus g&#233;n&#233;ralement toutes les formules qui font des citoyens les &#171; mandants &#187; et de l'administration un simple &#171; mandataire &#187; doivent &#234;tre explor&#233;es. La revitalisation de notre d&#233;mocratie en d&#233;pend.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Ainsi, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative dont la pr&#233;sence est assur&#233;e dans les entit&#233;s de l'ESS par les statuts (associatif, coop&#233;ratif, mutualiste) ne peut rester vivante que si elle s'appuie sur des modalit&#233;s pratiques de d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative concernant aussi bien l'expression des salari&#233;s, par exemple sur l'organisation du travail, que celle des usagers, par exemple sur la conception des services qui leur sont destin&#233;es.&lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie repr&#233;sentative est &#233;galement plus &#224; m&#234;me de r&#233;pondre aux demandes sociales si elle est inform&#233;e par des co-constructions avec des r&#233;seaux citoyens, comme celles qui font l'objet de ce num&#233;ro de revue. Le monde associatif dans sa diversit&#233; est en mesure de contribuer &#224; la d&#233;lib&#233;ration sur des questions sensibles. Cet apprentissage de la d&#233;lib&#233;ration et de la co-&#233;laboration n'est pas facile mais il y a des exp&#233;riences sur lesquelles on peut s'appuyer &#224; Marseille, Nantes, Poitiers, Rennes, Strasbourg et dans bien des espaces ruraux.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je suis totalement d'accord avec ces points de vue ! Apr&#232;s, toute la t&#226;che est de construire cette articulation ! Mais il est s&#251;r que ce que nous observons aujourd'hui, ce n'est pas un trop plein de d&#233;mocratie, mais le contraire ! Et ce qu'il faut noter c'est que l&#224; o&#249; la d&#233;mocratie d&#233;&#231;oit, trop de personnes consentent &#224; se d&#233;sarmer au profit d'un &#171; chef &#187;. Or c'est l'esp&#233;rance inverse qu'il faut r&#233;injecter dans la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
L&#224; o&#249; la d&#233;mocratie est attaqu&#233;e, m&#234;me si elle est poussi&#233;reuse et bringuebalante, c'est une mauvaise nouvelle.&lt;br /&gt;
Un exemple : quand il y a deux ans, sous pr&#233;texte d'am&#233;liorer le pouvoir d'achat des fonctionnaires, le gouvernement a d&#233;cid&#233;, avec l'accord des syndicats, de supprimer l'adh&#233;sion individuelle des fonctionnaires &#224; une compl&#233;mentaire sant&#233;, en faisant basculer tout le monde dans le champ d'un contrat collectif, supprimant ainsi le rapport des personnes &#224; un projet de mutualisation solidaire, cela a sign&#233; la &#171; fin possible &#187; de la d&#233;mocratie mutualiste ; on d&#233;molit, avec l'accord des syndicats et sans que l'ESS ne proteste r&#233;ellement, en &#233;change d'un gain provisoire et fragile de pouvoir d'achat, toute l'histoire de la mutualit&#233; ; on a consenti &#224; l'extinction d'un espace de d&#233;mocratie qui permettait la conscientisation de nombreux militants.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je souligne un autre trait de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative : la nature &#171; pacifi&#233;e &#187; des proc&#233;dures qu'elle met en &#339;uvre et dont elle est porteuse m&#234;me sur les questions les plus controvers&#233;es et susceptibles de conduire &#224; des affrontements et &#224; la violence. L'exemple que j'ai en t&#234;te est celui de Sainte Soline : ne serait-il pas plus raisonnable de faire une convention citoyenne sur la fa&#231;on de partager l'eau entre les divers usagers ? Une convention o&#249; seraient pr&#233;sents et les repr&#233;sentants de l'agro-industrie et les collectifs de paysans mobilis&#233;s sur les questions de l'eau, les Maires, les simples citoyens pour qui l'acc&#232;s &#224; l'eau potable est une question essentielle... Une telle convention citoyenne apporterait un espace de paix et de d&#233;bat l&#224; o&#249; pr&#233;domine une violence terrible &#8211; orchestr&#233;e par le pouvoir.&lt;br /&gt;
J'ajoute que la r&#233;f&#233;rence &#224; l'id&#233;e du &#171; bien commun &#187; avec tout ce que cette notion implique en mati&#232;re de gouvernance, d''implication des citoyens, est devenue &#224; mon sens une dimension cl&#233; des transformations &#224; promouvoir. Si les italiens ont gagn&#233; lors du r&#233;f&#233;rendum organis&#233; contre la privatisation de l'eau il y a quelques ann&#233;es, ce n'est pas en soutenant le principe abstrait &#171; de la d&#233;fense du service public &#187;, mais celui tr&#232;s concret de &#171; l'eau, bien commun &#187; (&#171; acqua bene comune &#187; &#233;tait le mot d'ordre des mobilisations). Cela a rendu possible la tenue d'un r&#233;f&#233;rendum d'initiative populaire auquel ont particip&#233; 27 millions d'&#233;lecteurs ! Cela donne une mesure de la puissance de l'id&#233;e de biens communs. Notons que dans le programme du Nouveau Front Populaire, cette question &#171; des biens communs &#187; n'est mentionn&#233;e que par une phrase, &#224; propos de l'eau justement, mais la r&#233;f&#233;rence est &#224; contre emploi, car ce qui est vis&#233; dans le programme, n'est pas faire de l'eau un v&#233;ritable commun, mais de renationaliser la gestion de l'eau l&#224; ou o&#249; elle a &#233;t&#233; confi&#233;e au priv&#233;. Ce qui est tout autre chose.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_37 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image029.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_3_image029.jpg?1731940651' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Je souligne aussi un autre projet, porteur du principe de d&#233;mocratie au plus pr&#232;s des habitants : celui de la S&#233;curit&#233; Sociale de l'Alimentation, qui, avec une trentaine de projets en cours de montage, illustre aussi la force de la d&#233;mocratie.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Oui, cela fait l'objet de nouvelles formes de d&#233;lib&#233;ration.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Jean Louis Laville,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Comme l'a mentionn&#233; Beno&#238;t, &#224; chaque fois que l'ESS a fait un choix consum&#233;riste, au m&#233;pris de ses propres traditions, les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; d&#233;sastreuses : un autre exemple est celui des mutuelles de consommation, qui ont disparu pour ce type de raison dans de nombreux pays.&lt;br /&gt;
L'avenir de l'ESS est moins dans l'alignement avec les normes du syst&#232;me dominant que dans la prise en compte de la pertinence de ses sp&#233;cificit&#233;s. Ainsi les projets de s&#233;curit&#233; sociale de l'alimentation prouvent l'actualit&#233; du principe de la mutualit&#233;, comme hier il a &#233;t&#233; la matrice &#224; partir de laquelle a pu &#234;tre envisag&#233;e l'invention de la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;br /&gt;
Il y a des avanc&#233;es et aussi des victoires, sur l'eau en Italie, mais aussi en Am&#233;rique Latine et on doit s'inspirer des exp&#233;riences d&#233;j&#224; l&#224; dans le monde.&lt;br /&gt;
La d&#233;mocratie est confront&#233;e &#224; des menaces, cependant la tendance autoritaire n'est pas la seule &#224; se manifester, il existe partout des dynamiques citoyennes montrant que la solidarit&#233; d&#233;mocratique reste une r&#233;f&#233;rence vivante. Toute la difficult&#233; r&#233;side dans l'agr&#233;gation de ces d&#233;marches instituantes avec les forces politiques et sociales institu&#233;es. Comme il vient d'&#234;tre dit, de grands chantiers d&#233;mocratiques sont amorc&#233;s et sont &#224; prolonger. Les diff&#233;rentes composantes des communs et de l'ESS y contribuent d&#233;j&#224; et peuvent y prendre une plus grande place en accentuant leurs coop&#233;rations.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Benjamin Coriat,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Je me r&#233;jouis de cet &#233;change : r&#233;nover la tradition de l'ESS &#224; partir de ce qu'apporte les communs, c'est un enjeu majeur, de la transformation sociale.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2c3e50;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Avant de vous donner la parole pour conclure, M. Hamon, je sugg&#232;re que nous puissions prendre date pour prolonger et concr&#233;tiser les avanc&#233;es qui ont &#233;t&#233; act&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;em&gt;Beno&#238;t Hamon,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Oui avec plaisir, &#224; la rentr&#233;e ! L'&#233;change montre qu'il existe des pistes prometteuses et beaucoup de choses &#224; construire, sachant qu'il y aura une multitude d'autres initiatives &#224; discuter &#224; la rentr&#233;e.&lt;br /&gt;
Il est utile de discuter sans attendre n&#233;cessairement que toutes les plan&#232;tes soient align&#233;es : on doit commencer &#224; construire, &#224; accompagner, cr&#233;er ou dupliquer dans une strat&#233;gie concr&#232;te de transformation. Et essayer d'orienter des financements disponibles. L'ESS a la capacit&#233; &#224; lever des fonds, sur des projets de solidarit&#233;, de transition &#233;cologique...&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Juillet 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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