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		<title>Politiques du faire-monde, composantes d'une autre d&#233;mocratie</title>
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		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les grands apports de Philippe Descola &#224; l'anthropologie ont pour lui une traduction dans la vie politique : c'est l'un des objets de son nouveau livre, publi&#233; en octobre 2025 Politiques du faire-monde1 et de l'interview que nous publions. En montrant l'&#233;ventail impressionnant des possibles en mati&#232;re de relation entre la nature et les humains et entre humains eux-m&#234;mes, l'anthropologie permet aussi un regard critique sur nos modes actuels de relations avec la nature. Ils sont &#224; la base de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no6/grands-entretiens-no6/" rel="directory"&gt;Grands Entretiens n&#176;6&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/portrait_descola.jpg?1768567641' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les grands apports de Philippe Descola &#224; l'anthropologie ont pour lui une traduction dans la vie politique : c'est l'un des objets de son nouveau livre, publi&#233; en octobre 2025 Politiques du faire-monde1 et de l'interview que nous publions. &lt;br class='autobr' /&gt;
En montrant l'&#233;ventail impressionnant des possibles en mati&#232;re de relation entre la nature et les humains et entre humains eux-m&#234;mes, l'anthropologie permet aussi un regard critique sur nos modes actuels de relations avec la nature. Ils sont &#224; la base de la destruction &#224; une vitesse effrayante (quelques si&#232;cles) de l'habitabilit&#233; d'une plan&#232;te o&#249; la vie est n&#233;e il y a 3 milliards d'ann&#233;es. C'est fort de ses travaux que Philippe Descola nous invite &#224; &#171; repenser notre politique du faire-monde &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous livrons &#224; la discussion publique quelques propositions politiques cherchant &#224; aller dans ce sens, dans l'ensemble des num&#233;ros de cette enqu&#234;te et en particulier dans l'&#233;dito de ce num&#233;ro : &#171; D&#233;pendant de ses liens avec la nature, ne pouvant en &#234;tre s&#233;par&#233;, l'humain ne peut plus &#234;tre le seul sujet politique du collectif qu'il forme avec les autres qu'humains de son territoire de vie : il doit accepter que le sujet politique devienne le collectif regroupant sur chaque territoire de vie ceux qui y vivent et qui en vivent. Le c&#339;ur du concept de politique et le centre des politiques &#224; mener seront ainsi transform&#233;s et l'objectif central de l'action politique deviendra l'habitabilit&#233; de chacun de ces territoires de vie &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola3.jpg?1768568290' width='500' height='759' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'objet de l'ouvrage Politiques du faire-monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;L'objet de cet ouvrage est d'&#233;tudier la mani&#232;re dont &#171; chacun des modes d'identification conditionne les formes d'association qui rassemblent les humains et les autres qu'humains dans des assemblages sui generis &#187;. Objectif tr&#232;s ambitieux qui est de &#171; ramener &#224; un niveau tout &#224; fait &#233;l&#233;mentaire la vis&#233;e critique des sciences sociales, de les rendre capables de saisir la forme g&#233;n&#233;rale des interactions entre les &#234;tres pour imaginer des mani&#232;res alternatives d'habiter la terre &#187; (p42). &lt;br /&gt;
&#171; Ce syst&#232;me de diff&#233;rences d'habiter le monde (...) ne peut s'expliquer en consid&#233;rant ces diff&#233;rences comme le sous-produit de tel ou tel type d'institutions, d'organisation &#233;conomique, d'infrastructure technique, de syst&#232;me de valeurs (...) ils sont les r&#233;sultats stabilis&#233;s d'intuitions plus fondamentales sur ce que contient le monde et sur les relations entre ses composantes humaines et non humaines &#187;. &#171; C'est le niveau ontologique et cosmologique qui d&#233;termine et explique le niveau sociologique, et non l'inverse &#187; (p46). &lt;br /&gt;
Il s'int&#233;resse dans ce livre en particulier &#224; &#171; l'organisation de l'espace, aux mani&#232;res d'habiter les lieux et d'en tirer parti, aux types de cohabitation avec les autres qu'humains (...) au rapport &#224; la terre dans son sens le plus g&#233;n&#233;ral &#187;, pour identifier quel type d'ontologie post naturaliste peut &#234;tre conceptualis&#233;. &lt;br /&gt;
La situation du monde nous impose un effort d'imagination gigantesque. Tout l'appareil conceptuel moderniste doit &#234;tre r&#233;vis&#233;. L'objectif est de &#171; fournir la base d'une mani&#232;re alternative de traiter la diversit&#233; des mani&#232;res humaines et non humaines d'habiter le monde &#187; (p51).&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous avez pr&#233;sent&#233; dans La composition des mondes2 les mouvements de protestation contre les projets miniers dans les Andes : des d&#233;placements d'objets essentiels (lac, montagne...) &#171; objets con&#231;us comme membre d'un collectif qui joue un r&#244;le essentiel dans la conception que se font les gens de l'appartenance au monde, des composantes &#224; part enti&#232;re d'un collectif beaucoup plus large que la communaut&#233; humaine &#187;. Ces manifestations &#171; qui font entendre la voix d'un non humain con&#231;u comme un membre &#224; part enti&#232;re du Collectif et dont la destruction [de ce fait] affecte toute le collectif &#187;. &lt;br /&gt;
Les dimensions politiques de ces manifestations sont difficiles &#224; traduire, d&#238;tes-vous, dans nos rep&#232;res occidentaux. &#171; Elles illustrent bien l'inad&#233;quation de nos cat&#233;gories politiques et de nos instruments d'analyse &#187;. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous montrer avec ces exemples &#224; quoi correspondent ces luttes, vitales, pour ces populations ? En quoi montrent-elles que l'acception europ&#233;enne traditionnelle de ce qui est politique est d&#233;pass&#233;e et doit &#234;tre compl&#232;tement re conceptualis&#233;e ? &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il faut souligner d'abord que les cosmopolitiques andines sont tr&#232;s diff&#233;rentes des cosmopolitiques europ&#233;ennes, dans la mesure o&#249; les composantes du collectif sont beaucoup plus diversifi&#233;es dans les cosmopolitiques andines, comme c'est le cas dans beaucoup d'autres r&#233;gions du monde. On a un mod&#232;le que j'ai appel&#233; analogiste dans lequel existe une grande diversit&#233; d'&#233;l&#233;ments qui sont tenus ensemble par diff&#233;rents dispositifs qui sont souvent des hi&#233;rarchies, quelquefois r&#233;elles, quelquefois purement symboliques. &lt;br /&gt;
Quand je parle de hi&#233;rarchie, par exemple, je pense &#224; l'une de celles qui a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important en Europe jusqu'&#224; la Renaissance, qui est la grande cha&#238;ne de l'&#234;tre, cette id&#233;e que tous les &#233;l&#233;ments du monde sont connect&#233;s sur une &#233;chelle de qualit&#233;s, depuis les plus humbles jusqu'&#224; Dieu ; et que cet ensemble repr&#233;sente un tout, une totalit&#233;, avec certainement des diff&#233;rences internes, des petites diff&#233;rences m&#234;me entre les &#233;l&#233;ments qui sont les plus proches du point de vue de leur qualit&#233;s ; mais cet ensemble n'est pas dissociable en deux grands blocs qui seraient d'un c&#244;t&#233; la soci&#233;t&#233; et de l'autre c&#244;t&#233; la nature. &lt;br /&gt;
C'est un dispositif analogiste qu'on trouve un peu partout dans le monde. Je pense que le monde chinois, par exemple, est encore tr&#232;s largement analogiste, selon cette formule bien connue qui d&#233;finissait l'Empire C&#233;leste, &#171; tout sous le ciel &#187;, Tianxia, qui est caract&#233;ristique d'un de ces syst&#232;mes sociocosmiques. Dans les Andes, les collectifs autochtones sont compos&#233;s &#224; la fois d'humains, mais aussi de sources, de lacs, de montagnes, des montagnes qui sont ce qu'on appelle dans les Andes des Apu, c'est-&#224;-dire des divinit&#233;s &#224; qui l'on porte du respect et qui font l'objet de cultes. &lt;br /&gt;
Et lorsqu'une compagnie mini&#232;re obtient la concession pour cr&#233;er une mine, elle le fait d'une fa&#231;on tout &#224; fait diff&#233;rente de celles de l'activit&#233; mini&#232;re traditionnelle pratiqu&#233;e dans les Andes depuis bien avant la conqu&#234;te europ&#233;enne, celle de galeries creus&#233;es dans les montagnes qui impliquent de n&#233;gocier avec les esprits de la montagne pour gagner leur bienveillance et permettre l'exploitation du minerai. Les grandes exploitations mini&#232;res contemporaines sont diff&#233;rentes parce qu'elles proc&#232;dent par d&#233;capage, c'est-&#224;-dire par destruction du milieu : il s'agit non seulement d'une d&#233;vastation &#233;cologique, mais d'une d&#233;vastation ontologique, si je puis dire, c'est-&#224;-dire que la montagne comme membre du collectif se voit directement attaqu&#233;e, soumise &#224; une destruction progressive. Et les membres humains du collectif se donnent pour mission d'agir pour d&#233;fendre un de ses membres non humains qui lui-m&#234;me ne peut pas se d&#233;fendre ou qui quelquefois se d&#233;fend mais en provoquant des drames, par exemple des glissements de terrain, des &#233;boulis, des inondations. &lt;br /&gt;
Et donc l&#224; on voit une forme de cosmopolitique qui est tout &#224; fait diff&#233;rente de la n&#244;tre, puisqu'elle est &#224; prendre au sens premier de cosmopolitique, c'est-&#224;-dire un dispositif qui r&#233;unit des humains et des autres qu'humains dans des formes d'accommodements qui ont &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;s au fil du temps et qui prennent une vigueur &#233;tonnante dans le cadre contemporain, puisque alors que la plupart des gens voient &#231;a comme des revendications &#233;cologiques au sens large, &#171; il faut prot&#233;ger la nature, il faut &#233;viter la pollution... &#187;, ce sont en r&#233;alit&#233; des revendications d'ordre politique plus g&#233;n&#233;ral et qui ne concernent pas uniquement la protection d'un milieu, d'un environnement. Et les mouvements politiques d'extr&#234;me gauche qui ont soutenu les luttes paysannes en Am&#233;rique latine, au P&#233;rou notamment, pendant longtemps, n'ont pas du tout per&#231;u cet esprit-l&#224;. C'est-&#224;-dire, lorsqu'ils soutenaient des luttes paysannes, ils soutenaient des paysans qu'ils voyaient comme &#233;tant l'avant-garde de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et pas du tout des gens qui, en r&#233;alit&#233;, s'effor&#231;aient de maintenir la p&#233;rennit&#233; cosmopolitique d'un ensemble territorial qu'ils voyaient comme ayant re&#231;u la mission de maintenir cet ensemble territorial contre les assauts des propri&#233;taires terriens, de l'&#201;tat, du capitalisme extractiviste, etc. Donc, il y a beaucoup d'&#233;quivoques, au fond, dans la fa&#231;on dont on per&#231;oit ces mouvements. &lt;br /&gt;
Je vais prendre un autre exemple que j'utilise souvent, qui correspond, lui, &#224; un syst&#232;me, &#224; un r&#233;gime ontologique compl&#232;tement diff&#233;rent. Il s'agit d'une communaut&#233; am&#233;rindienne dans l'Amazonie &#233;quatorienne qui s'appelle Sarayaku et dont des membres sont venus en France lors de la COP21 pour demander la cr&#233;ation d'un r&#233;gime sp&#233;cial de protection de leur territoire qu'ils appelaient la &#171; for&#234;t vivante &#187;, traduction du terme kichwa Kawsak Sacha. Ils d&#233;finissaient la for&#234;t vivante comme l'ensemble des interrelations existantes entre tous les &#233;l&#233;ments visibles et invisibles du milieu. Et ce qu'ils souhaitaient, c'&#233;tait que leur territoire soit prot&#233;g&#233; non pas pour les ressources qu'il contient, et sur lesquels s'exer&#231;ait la convoitise de soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res, ou pour les ressources qu'il s'agissait de prot&#233;ger en termes de diversit&#233; biologique, mais du fait que ce territoire &#233;tait le support d'un syst&#232;me de relations tout &#224; fait singulier, les relations mat&#233;rielles et spirituelles entre tous les &#233;l&#233;ments de cette for&#234;t vivante, dont les esprits. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous pr&#233;cisez dans Politiques du faire-monde que ce site abrite un sanctuaire o&#249; l'on comm&#233;more l'apparition miraculeuse de J&#233;sus &#224; un jeune berger d'alpagas. Imaginons les r&#233;actions en France si un industriel envisageait de d&#233;truire la grotte de Lourdes ! &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Et &#231;a me para&#238;t donc constituer une autre forme de cosmopolitique int&#233;ressante dans laquelle le sujet politique ici devient une relation particuli&#232;re et non pas des individus humains, ou des individus humains parlant pour des ressources, ou des individus humains r&#233;clamant le droit &#224; un territoire du fait de l'autochtonie, par exemple.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;br /&gt;
Vous indiquez dans Politiques du faire-monde l'importance de &#171; la d&#233;finition du territoire comme une forme de relation singuli&#232;re entre humains et non-humains qui se d&#233;ploie dans un milieu, et non comme un espace d&#233;limit&#233; contenant des ressources &#224; prot&#233;ger ou &#224; exploiter &#187; (p88). &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;En effet le sujet politique devient un syst&#232;me de relation qu'il s'agit de maintenir et d'entretenir en tant que tel parce qu'il est tout &#224; fait singulier. J'ajoute qu'il n'est pas compl&#232;tement singulier parce que ce syst&#232;me de relations est celui qui domine dans tout le monde amazonien et dans bien d'autres r&#233;gions du monde que j'ai appel&#233;es animistes ou qui font partie de ce que j'ai appel&#233; l'archipel animiste. Ces collectifs autochtones mobilisent dans leur lutte politique des concepts qui superficiellement peuvent avoir l'air de ressembler &#224; des mots d'ordre classiques de la politique traditionnelle, mais qui en fait reposent sur le fait que ces collectifs se con&#231;oivent comme &#233;tant soit repr&#233;sentatifs d'ensemble d'humains et de non-humains beaucoup plus vastes que ceux qui sont visibles lors des protestations, ou bien comme des collectifs qui se battent au nom d'autres collectifs, des collectifs de non-humains qui en tant que tels ne peuvent pas s'exprimer sur la sc&#232;ne publique. Ces mouvements m'ont sembl&#233; int&#233;ressants parce qu'ils reformulent au fond le vocabulaire politique. &lt;br /&gt;
C'est pour &#231;a que je parle de cosmopolitique. Le terme est ancien et v&#233;n&#233;rable dans la philosophie politique europ&#233;enne. Il remonte au moins &#224; Kant et &#224; son id&#233;e d'une &#233;gale dignit&#233; de tous les humains &#224; la surface de la Terre, qu'il est n&#233;cessaire de prot&#233;ger par un projet de paix perp&#233;tuelle. Mais la cosmopolitique kantienne, c'est un cosmos appauvri, si je puis dire. C'est un cosmos dans lequel il n'y a que des humains. Or les populations autochtones nous donnent l'exemple de cosmos qui sont beaucoup plus riches dans lequel, outre les humains, il y a des sites, des divinit&#233;s, des plantes, des animaux, des agents pathog&#232;nes, etc.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Est-ce qu'Il y a une diff&#233;rence vraiment avec ce qu'ont fait par exemple les gens &#224; propos de l'autoroute A69 ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Non, justement, c'est &#231;a que je trouve extr&#234;mement int&#233;ressant, c'est qu'il y a des convergences qui sont en partie accidentelles, en partie d&#233;lib&#233;r&#233;es, entre ces diff&#233;rents mouvements de lutte. La dynamique g&#233;n&#233;rale de ces mouvements, bien incarn&#233;e par les positions des Soul&#232;vements de la terre est une dynamique qui vise &#224; mettre fin en quelque sorte &#224; la poursuite du capitalisme industriel tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, &#224; une forme d'occupation du territoire fond&#233;e sur la grande dichotomie entre des acteurs humains exploitant des ressources, et des autres qu'humains r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de choses d&#233;senchant&#233;es que l'on peut accaparer. &lt;br /&gt;
Je suis convaincu que l'une des conditions du capitalisme a &#233;t&#233; ce que j'ai appel&#233; le naturalisme, c'est-&#224;-dire ce grand mouvement de d&#233;senchantement du monde qui a commenc&#233; au XVIIe si&#232;cle et qui a abouti &#224; une architecture du monde dans laquelle il y a d'un c&#244;t&#233; des humains dot&#233;s de facult&#233;s cognitives et morales exceptionnelles, et de l'autre, des autres qu'humains r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de choses appropriables, exploitables, corv&#233;ables &#224; merci. Et donc un syst&#232;me qui est compl&#232;tement exceptionnel puisque dans l'histoire de l'humanit&#233;, il est rare que des peuples ne se soient pas pr&#233;occup&#233;s du bon &#233;tat du monde, ce qui ici n'a pas &#233;t&#233; le cas. &lt;br /&gt;
Alors bien s&#251;r, il y a eu des pr&#233;occupations environnementales dont les historiens de l'Europe ont rendu compte : il y a des alertes &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes, notamment au XVIIIe si&#232;cle et au XIXe, sur les inqui&#233;tudes que l'on pouvait avoir devant des effets de certains ph&#233;nom&#232;nes encore con&#231;us comme naturels, comme des incendies de for&#234;t, comme des s&#233;cheresses ou bien des effets de pollution li&#233;s aux activit&#233;s industrielles. Mais ces effets ont toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme des &#224; cot&#233;s et non pas le produit direct ou indirect de l'activit&#233; humaine et donc comme des choses quasiment in&#233;vitables. &lt;br /&gt;
Cette grande dissociation que le naturalisme signale a &#233;t&#233; la condition pr&#233;cis&#233;ment de la g&#233;n&#233;ralisation de l'appropriation des ressources, bien s&#251;r du travail humain, mais aussi des ressources dites naturelles au 19e si&#232;cle et de leur mise au travail. Le r&#233;sultat, bien s&#251;r, c'est que maintenant il est tr&#232;s difficile de concevoir des politiques &#233;cologiques autrement qu'en termes de cette dichotomie entre nature et soci&#233;t&#233;, entre besoins humains et d&#233;sir de bien-&#234;tre, d'un c&#244;t&#233;, et puis n&#233;cessit&#233; d'exploiter ces ressources pour cr&#233;er des am&#233;nit&#233;s au profit des humains.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Tous ces mouvements recherchent des solutions. Mais, dans ce cadre de s&#233;paration des humains de la &#171; nature &#187;, ils en restent &#224; une volont&#233; de &#171; repr&#233;senter &#187; la nature, ou &#224; &#171; prot&#233;ger une esp&#232;ce en tant que telle &#187; isol&#233;e dans un &#233;cosyst&#232;me complet. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, je pense que la question de la protection d'esp&#232;ces, c'est un peu une dimension, disons, exemplaire de l'activit&#233;. Dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, il y a le triton qui est un peu une sorte de f&#233;tiche local parce que c'est un indicateur de zone humide et la cr&#233;ation d'un a&#233;roport dans ce bocage aurait abouti &#224; la disparition du triton. Et donc il y a une identification profonde &#224; certaines esp&#232;ces embl&#233;matiques, souvent identifiables &#224; ce que les &#233;cologues appellent des esp&#232;ces cl&#233;s parce qu'elles sont &#224; la fois indicatives de l'&#233;tat d'&#233;quilibre d'un &#233;cosyst&#232;me et jouent un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans les interactions au sein de cet &#233;cosyst&#232;me. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola1.jpg?1768568290' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique du faire-monde, un manifeste cosmopolitique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous indiquiez en 2014 vouloir d&#233;velopper une recherche sur &#171; les syst&#232;mes politiques, c'est-&#224;-dire les formes d'organisation des collectifs et leur mani&#232;re d'exercer leur souverainet&#233; &#187;3, identifier les formes d'apparition de modes d'identifications comme vous l'avez fait avec les images. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le livre que je viens de publier La politique du faire-monde sorti il y a quelques jours explicite beaucoup des choses dont nous allons parler. C'est un manifeste cosmopolitique qui d&#233;veloppe effectivement certaines des id&#233;es que j'avais pr&#233;sent&#233;es avant.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous y indiquez en particulier : &#171; Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, j'envisage [dans ce livre] comment l'animisme, le tot&#233;misme, le naturalisme et l'analogisme sont institu&#233;s dans des ontologies qui privil&#233;gient tel ou tel mode de mondiation [de faire-monde] comme principe d'organisation du r&#233;gime des &#234;tres, et comment chacune de ces ontologies, &#224; son tour pr&#233;figure une sorte de collectif plus particuli&#232;rement appropri&#233; au rassemblement dans un projet commun des types d'&#234;tres qu'elle distingue et &#224; l'expression compl&#233;mentaire de leurs propri&#233;t&#233;s dans la vie pratique &#187; &lt;br /&gt;
Vous fa&#238;tes en quelque sorte un &#233;tat d'avanc&#233;e de votre recherche ? &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le livre r&#233;pond &#224; la question : quelle le&#231;on politique tirer de ce que j'estime &#234;tre des avanc&#233;es anthropologiques que j'ai faites pour reformuler des vieilles questions concernant les diff&#233;rentes fa&#231;ons de faire monde, de construire des mondes ? Ce sont des conf&#233;rences que j'ai donn&#233;es &#224; Berkeley il y a deux ans, que j'ai traduites en fran&#231;ais. Mon ambition est de rendre plus explicite certains points qui apparaissaient en filigrane dans &#171; La composition des mondes &#187; et dans le livre que j'ai co-&#233;crit avec Alessandro Pignocchi, Ethnographie des mondes &#224; venir. Sous une forme plus programmatique, il multiplie les exemples ethnographiques parce qu'il me semble que l'anthropologie a le m&#233;rite justement de mobiliser une base de savoir extr&#234;mement ample qui permet de mettre en &#233;vidence d'autres fa&#231;ons de faire monde que celle qui nous est famili&#232;re. &lt;br /&gt;
Et c'est utile parce que &#231;a permet de combattre la myopie du pr&#233;sent, c'est-&#224;-dire qu'&#171; on ne sortira jamais du capitalisme &#187; du fait qu'il est difficile d'imaginer des alternatives. Et l'anthropologie rend disponible des exp&#233;riences collectives, suggestives, dont on pourrait s'inspirer, non pas directement, mais pour imaginer d'autres formes de cosmopolitique. Elle fournit, au fond, des mani&#232;res alternatives de vivre la condition humaine. Elles ne sont pas transposables telles quelles, bien s&#251;r, mais elles sont autant de tremplins, de stimulations intellectuelles pour imaginer d'autres formes de vivre ensemble.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_153 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/descola2.jpg?1768568290' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous prenez, en conclusion du livre, l'exemple de Chipaya dans les Andes boliviennes, collectif analogiste, qui est un mode d'identifications conduisant &#224; des modes de relations tr&#232;s hi&#233;rarchiques. Il illustre &#171; deux accomplissements compl&#233;mentaires : &lt;br /&gt;
&#8226; Que les segments d'une minuscule cosmopolitie4 analogiste peuvent n&#233;anmoins &#234;tre organis&#233;s hi&#233;rarchiquement, rituellement et symboliquement, tandis que les individus qui les composent restent &#233;gaux ; &lt;br /&gt;
&#8226; Que le principe totalisant n'a pas besoin d'&#234;tre un roi : un lieu central et le sacrifice annuel qui y est accompli, suffisent &#224; transformer en un tout sociocosmique un ensemble d'humains et d'autres qu'humains &#187; &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Alors pourquoi est-ce que j'insiste beaucoup sur cette affaire de la cosmopolitique ? &lt;br /&gt;
C'est que nous sommes entr&#233;s dans une &#232;re que certains appellent l'anthropoc&#232;ne, que je pr&#233;f&#232;re appeler capitaloc&#232;ne parce que c'est un syst&#232;me qui est responsable de la situation pr&#233;sente et non l'humanit&#233; dans son ensemble. &lt;br /&gt;
Les d&#233;terminations humaines et les d&#233;terminations dites naturelles y sont devenues tr&#232;s imbriqu&#233;es et avec des fronti&#232;res tr&#232;s poreuses. Et donc l'ancien syst&#232;me de gestion des affaires publiques qui s&#233;pare les institutions politiques destin&#233;es aux humains, le droit civil, les droits politiques, d'une part, et de l'autre, les institutions g&#233;rant les choses, les autres qu'humains, notamment le droit de la propri&#233;t&#233;, une telle dissociation para&#238;t difficile &#224; maintenir. &lt;br /&gt;
Il faut pouvoir imaginer, trouver des formes beaucoup plus inventives de repr&#233;sentation des sujets politiques, qui ne seraient plus ceux que nous concevons ordinairement (des individus humains en comp&#233;tition dans un march&#233; concurrentiel, ou bien des entit&#233;s con&#231;ues par analogie avec des sujets humains - soit des esp&#232;ces animales ou des multinationales). &lt;br /&gt;
Je parlais tout &#224; l'heure de relations et des milieux de vie : je suis tr&#232;s int&#233;ress&#233; par ce mouvement qui a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper en Nouvelle-Z&#233;lande et qui prend de l'expansion dans d'autres pays consistant &#224; donner une personnalit&#233; juridique &#224; des milieux de vie. Ce mouvement est int&#233;ressant pour cette raison que l'appropriation n'est plus fond&#233;e sur un mouvement unilat&#233;ral des humains s'appropriant individuellement et collectivement des terres ou des ressources dites naturelles ; mais &#224; l'inverse, il met en exergue un milieu de vie qui devient propri&#233;taire de lui-m&#234;me et qui accueille, &#224; l'int&#233;rieur de ses limites, des humains qui sont d&#233;pendants de lui. Et donc qui transforme l'appropriation en appartenance.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Dans le cadre de la th&#233;orie de l'&#233;volution, c'est bien le cas. On a &#233;t&#233; accueilli, la vie est accueillie.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, absolument. Et donc &#231;a permet de reprendre l'id&#233;e de l'accueil qui est importante dans la cosmopolitique. Par exemple un philosophe contemporain comme &#201;tienne Balibar a &#233;crit sur les cosmopolitiques dans une perspective kantienne mais en soulignant tout particuli&#232;rement la notion d'accueil, d'hospitalit&#233; notamment vis-&#224;-vis des migrants comme un devoir. Cet accueil dans un cas pareil serait &#233;tendu aux humains recevant l'hospitalit&#233; de milieux de vie qui les accepterait. Donc &#231;a inverse compl&#232;tement, au fond, la vision prom&#233;th&#233;enne de l'humanit&#233;, transformant la nature pour se transformer elle-m&#234;me, qui a domin&#233; tant la pens&#233;e lib&#233;rale que la pens&#233;e socialiste au cours des deux derniers si&#232;cles.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Certaines recherches juridiques visent une fa&#231;on de faciliter l'introduction des communs dans notre monde, proposant la notion d'&#233;chelles de communalit&#233;. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Des gens s'int&#233;ressent de plus en plus &#224; ce qu'on appelle les sections de communes : ce sont des dispositions h&#233;rit&#233;es de l'ancien r&#233;gime, qui confient &#224; des habitants d'une commune, d&#233;finis par la propri&#233;t&#233; qu'ils ont de certains fonds, la responsabilit&#233; de g&#233;rer collectivement des communs, en g&#233;n&#233;ral des for&#234;ts ou des estives. Il y en a plus de 30 000 en France que l'&#201;tat n'a eu de cesse de vouloir d&#233;manteler et qui pourtant repr&#233;sentent une formule int&#233;ressante : c'est un espace o&#249; subsiste pr&#233;cis&#233;ment ce rapport &#224; des communs, exploit&#233; en commun et entretenu en commun. Ce qui vient &#233;videmment &#224; l'encontre de la multiplication de la petite propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#233;miettement territorial. Et pourtant, l'&#201;tat n'a de cesse d'essayer de d&#233;truire ces syst&#232;mes-l&#224;. &lt;br /&gt;
Je dois participer, vendredi, &#224; une r&#233;union au S&#233;nat, justement, qui vise &#224; faire le point sur ce dispositif int&#233;ressant qui subsiste dans la loi fran&#231;aise, en d&#233;pit de l'animosit&#233; de l'&#201;tat et des collectivit&#233;s territoriales qui, &#233;videmment, voient tout ce qui vient empi&#233;ter sur leur sph&#232;re de responsabilit&#233; et de pouvoir comme &#233;tant dommageable et subversif.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Le mouvement des communalistes, la structure Pour une &#233;cologie populaire et sociale, cherchent &#224; int&#233;grer la dimension de commun et les probl&#233;matiques des Communes. Et c'est la m&#234;me perspective que celle d&#233;velopp&#233;e par Instituer les Mondes, le r&#233;cent livre de Dardot et Laval5. &lt;br /&gt;
Comment jugez-vous ce type d'initiative ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Je trouve que c'est tr&#232;s int&#233;ressant : j'ai lu Murray Bookchin comme beaucoup de gens qui s'int&#233;ressent &#224; ces questions, et je suis attentif &#224; ce qui se passe tant au Chiapas qu'au Rojava, qui font partie de ces mouvements communalistes ou municipalistes. Cela dit, Je ne sais pas comment ce type de mouvement peut prendre de l'ampleur, en dehors des zones o&#249; il est implant&#233;. &lt;br /&gt;
Je suis disons plut&#244;t empiriste et pragmatique : tous les instruments pour mettre fin &#224; la d&#233;vastation de la plan&#232;te et aux crimes du capitalisme, depuis ces mouvements communalistes jusqu'aux ZAD, sont bons &#224; d&#233;fendre. Par ailleurs ces mouvements fonctionnent en r&#233;seaux, en sorte que les ZAD en France et en Europe sont connect&#233;es ce qui se passe dans les territoires autochtones, confront&#233;s &#224; l'industrie extractiviste, &#224; la violence, aux assassinats de militants indig&#232;nes d&#233;fendant leurs terres ou des th&#232;ses &#233;cologistes en g&#233;n&#233;ral. Ils n'ont cess&#233; de se multiplier au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Il y a un effet d'&#233;mulation, d'exemplarit&#233; dans tous ces mouvements qui est tr&#232;s important. Je ne sais pas si &#231;a suffira pour mettre bas le capitalisme tel que nous le connaissons &#224; l'heure actuelle. Il me semble que c'est un ferment extr&#234;mement puissant : les zadistes sont en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s peu nombreux dans chacun des territoires, mais ils mobilisent beaucoup de gens, cet effet d'exemplarit&#233; est tr&#232;s efficace. &lt;br /&gt;
Les sections de Communes, que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure sont un instrument qui para&#238;t tr&#232;s classique, fond&#233; dans le droit de la propri&#233;t&#233;, mais qui induit des transformations conceptuelles, des transformations intellectuelles dans la direction de la propri&#233;t&#233;, tr&#232;s importantes : &#231;a vient &#224; l'encontre de cette vieille tradition du geste de l'appropriation traduit en Europe par le mouvement des enclosures, dont les luttes contre les m&#233;gabassines de Sainte-Soline sont l'une des derni&#232;res manifestations. &lt;br /&gt;
On imagine tr&#232;s bien l'efficacit&#233; qu'aurait la possibilit&#233; de donner une personnalit&#233; juridique &#224; un bassin versant : Il serait impossible que des petits groupes d'agriculteurs dans les communes de l'Ouest, s'organisent pour cr&#233;er des bassins d'irrigation en captant les nappes phr&#233;atiques qui sont un bien commun ; impossible, parce que ce serait une atteinte &#224; l'eau, bien commun &#224; des milliers voire des millions de personnes. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Le Syndicat de la Montagne Limousine6 d&#233;fend la for&#234;t contre les exploitations industrielles, dans cette montagne bois&#233;e. Mais ils mobilisent des milliers de personnes sur une centaine de communes. &lt;br /&gt;
Faire reconna&#238;tre des collectifs liant humains et autres qu'humains vivant sur de tels espaces autour des questions de l'eau sur des bassins versants ou autour de la vie des for&#234;ts, en couplant de tels mouvements populaires avec des structures reconnues institutionnellement comme des Communes permettrait-il d'avancer dans la direction que vous d&#233;crivez ? &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, je pense que la reconnaissance juridique sera fond&#233;e sur des luttes. J'ai particip&#233; cet &#233;t&#233; &#224; un festival pour d&#233;fendre une zone humide dans le Cantal convoit&#233;e par une soci&#233;t&#233; mini&#232;re pour exploiter la diatomite7. &lt;br /&gt;
Chacune de ces luttes constitue un abc&#232;s de fixation, au fond, qui r&#233;v&#232;le le c&#244;t&#233; obsc&#232;ne de la destruction des milieux par des entreprises industrielles alors que nous n'avons pas vraiment besoin de toutes les marchandises que ces entreprises produisent. &lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Que pensez-vous de la forme communale de ce point de vue-l&#224; ? Parce qu'elle peut &#234;tre une forme de d&#233;mocratie, on aime tous un peu le lieu o&#249; on est. Comment voyez-vous cette dimension ?&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est la bonne &#233;chelle. On dit souvent que la France tranche sur les autres nations europ&#233;ennes par un exc&#232;s de communes. &lt;br /&gt;
Je ne pense pas que ce soit un probl&#232;me et qu'au contraire, c'est un atout d'avoir une d&#233;centralisation communale intense de ce type-l&#224;. &lt;br /&gt;
Beaucoup de d&#233;cisions qui peuvent &#234;tre prises &#224; l'&#233;chelle communale continuent &#224; l'&#234;tre en d&#233;pit de la volont&#233; de l'&#201;tat de se substituer au pouvoir de d&#233;cision local caract&#233;ristique au fond d'une tr&#232;s vieille tradition de l'&#201;tat en France. Donc l'&#233;chelon communal, oui, est tr&#232;s important, &#224; condition qu'il ne soit pas la r&#233;percussion de la politique des grands partis. Plus les communes sont petites et plus ce sont les int&#233;r&#234;ts communaux qui priment, ind&#233;pendamment des &#233;l&#233;ments doctrinaux des grands partis. En parlant des sections de communes tout &#224; l'heure, je pense que tout ce qui peut contribuer &#224; des formes de d&#233;mocratie locale, que celles-ci prennent la forme institutionnelle de la commune ou d'autres formes institutionnelles, jouent un r&#244;le fondamental. &lt;br /&gt;
Et on voit encore &#224; quel point les d&#233;cisions communales sont mis &#224; mal, en quelque sorte, par ce qui nous est donn&#233; comme de l'int&#233;r&#234;t public. Au fond, la question c'est quelle est la d&#233;finition de l'int&#233;r&#234;t public ? Celui de l'&#201;tat ? Celui de la France ? De la r&#233;gion Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes ? De l'entreprise qui l'exploite ? Est-ce dans l'int&#233;r&#234;t public d'avoir une mine de diatomites ? &#192; qui appartiennent les territoires ? C'est &#231;a qui est absolument central !&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - Octobre 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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