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		<title>Alters Editions</title>
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		<title>Int&#233;grer les communs dans le droit aurait une port&#233;e historique !</title>
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		<dc:date>2024-11-27T08:11:44Z</dc:date>
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		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le Rapport &#171; L'&#233;chelle de communalit&#233;. Propositions de r&#233;formes pour int&#233;grer les biens communs en droit &#187; que commente ici Judith Rochfeld a l'ambition &#233;minemment positive de construire un syst&#232;me de concepts juridiques, coh&#233;rents entre eux et avec le droit existant, permettant l'&#233;closion des communs dans notre pays : cela renforcerait les capacit&#233;s juridiques de communaut&#233;s &#224; g&#233;rer d&#233;mocratiquement des int&#233;r&#234;ts communs reconnus. Une telle reconnaissance en droit d'une entit&#233; claire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_2_image084.jpg?1732196573' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Rapport &#171; L'&#233;chelle de communalit&#233;. Propositions de r&#233;formes pour int&#233;grer les biens communs en droit &#187; que commente ici Judith Rochfeld a l'ambition &#233;minemment positive de construire un syst&#232;me de concepts juridiques, coh&#233;rents entre eux et avec le droit existant, permettant l'&#233;closion des communs dans notre pays : cela renforcerait les capacit&#233;s juridiques de communaut&#233;s &#224; g&#233;rer d&#233;mocratiquement des int&#233;r&#234;ts communs reconnus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle reconnaissance en droit d'une entit&#233; claire conforme &#224; la conception scientifique commun&#233;ment admise des Communs, aurait une port&#233;e consid&#233;rable &#224; l'heure o&#249; la gestion pratique et d&#233;mocratique, par des communaut&#233;s de personnes, des ressources menac&#233;es et de leurs droits vis-&#224;-vis d'elles, est devenu indispensable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous avez co-dirig&#233; le Rapport &#171; L'&#233;chelle de communalit&#233;. Propositions de r&#233;formes pour int&#233;grer les biens communs en droit &#187;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;.&lt;br /&gt;
Quelles sont les grandes pouss&#233;es sociales qui motivent le souhait de traduire dans le Droit &#171; la consid&#233;ration de l'int&#233;r&#234;t commun &#187; et d'y &#171; donner une place aux communs &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;On peut identifier trois enjeux qui nous ont incit&#233;s &#224; r&#233;aliser ce travail :&lt;br /&gt;
1. Depuis 1970, en premier lieu, la pouss&#233;e des pr&#233;occupations &#233;cologiques (protection des &#233;cosyst&#232;mes, de la biodiversit&#233;, du climat) invite les juristes &#224; proposer des qualifications (des cat&#233;gories juridiques) propres &#224; traduire ce souci commun de pr&#233;servation, comme celles de &#171; patrimoine commun &#187; &#8212; mondial, de l'humanit&#233;, de la Nation &#8212; ou encore de &#171; bien commun &#187;,... Ce mouvement a fait na&#238;tre l'id&#233;e que l'on ne peut plus traiter la &#171; nature &#187; ou &#171; l'environnement &#187; comme une &#171; ressource &#187; dans laquelle on peut puiser sans limites ou encore comme une &#171; propri&#233;t&#233; &#187; ordinaire.&lt;br /&gt;
Cette pouss&#233;e vers la reconnaissance d'un tel &#171; int&#233;r&#234;t commun &#187; &#8212; et les qualifications aff&#233;rentes &#8212; a d'abord pris forme &#224; l'&#233;chelle internationale (on y a parl&#233; de &#171; pr&#233;occupation commune &#187; de l'Humanit&#233;, de &#171; patrimoine commun &#187;, etc.), avec l'id&#233;e qu'on ne pouvait plus laisser sans protection des &#171; ressources &#187; vitales pour tous. Certaines zones ont &#233;galement &#233;t&#233; regard&#233;es ainsi, &#224; l'instar de l'Amazonie, puits de carbone par exemple, fonction &#224; articuler avec les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des propri&#233;taires et la souverainet&#233; des &#201;tats concern&#233;es (9 en l'occurrence).&lt;br /&gt; 2. Notre approche des connaissances a, en deuxi&#232;me lieu, profond&#233;ment chang&#233; dans les ann&#233;es 1980. Leur privatisation &#8212; que ce soit celle des logiciels avec l'admission du droit d'auteur au d&#233;but des ann&#233;es 1980 aux Etats-Unis ou l'extension du champ du brevet, par exemple &#8212; a provoqu&#233; une r&#233;action de r&#233;affirmation de l'int&#233;r&#234;t commun &#224; leur acc&#232;s et &#224; leur partage. R. Stallman, par exemple, formalisera des &#171; libert&#233;s &#187; relativement aux logiciels et en organisera une forme de partage (conditionn&#233;e &#224; la poursuite du partage par ceux qui les utilisent).&lt;br /&gt;
On discutera alors beaucoup de l'extension de la propri&#233;t&#233; intellectuelle &#224; des &#233;l&#233;ments de connaissance indispensables &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; la cr&#233;ation.&lt;br /&gt;
3. En troisi&#232;me lieu, la crise d&#233;mocratique que nous vivons actuellement &#8212; de confiance, de repliement sur soi, etc. &#8212; invite &#224; promouvoir toutes les formes de participation citoyenne &#224; l'&#233;mergence et &#224; la p&#233;rennisation d'actions dans un int&#233;r&#234;t commun, notamment &#224; des &#233;chelles territoriales (dans des structures associatives ou autres). Cr&#233;er ou disposer d'espaces d'action et d'organisation en commun au sein desquels des membres se reconnaissent des droits (ce qui est propre &#224; la d&#233;finition livr&#233;e par Ostrom des &#171; communs &#187; /commons) &#8212; jardins partag&#233;s, tiers-lieu de travail, gestion en commun de sources d'&#233;nergie alternatives (&#233;oliennes, ...), etc. &#8212; conduit &#224; renforcer les liens sociaux et &#224; faire obstacle aux facteurs de cette crise. Certes, dans le contexte fran&#231;ais, cela met en cause la verticalit&#233; de l'action publique, qui est invit&#233;e &#224; admettre des formes plus horizontales d'action...&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_50 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/local/cache-vignettes/L290xH428/cahiers_2_image043-bb692.jpg?1732846854' width='290' height='428' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le premier constat qui a guid&#233; la recherche, pr&#233;cisez-vous, &#171; tenait en ce qu'il n'existe pas, en droit, de cat&#233;gorie juridique de biens communs ou de communs &#187;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;. Mais le but des propositions avanc&#233;es dans le Rapport &#171; n'a cependant pas &#233;t&#233; de faire entrer la th&#233;orie [des Biens communs et des communs], ou d'autres, au sein du droit positif en tant que telles &#187;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;.&lt;br /&gt;
Elle fut, dites-vous, &#171; D'une part, de faire prendre conscience que nombre des institutions et agencements autour de choses ou de biens, qu'ils rel&#232;vent du droit priv&#233; ou public, comprennent une part de &#171; communalit&#233; &#187;.&lt;br /&gt;
&#171; D'autre part ... de dessiner les changements de perspective &#224; insuffler dans chaque r&#233;gime concern&#233;, de dessiner un socle minimal de communalit&#233; &#187;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous pr&#233;ciser la strat&#233;gie ou les raisons qui ont pr&#233;sid&#233;es &#224; ce choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce choix n'&#233;tait pas du tout &#233;vident ! On aurait en effet pu avoir pour ambition de d&#233;finir les &#171; biens communs &#187; &#8212; toute &#171; ressource &#187; &#224; laquelle s'attache juridiquement un int&#233;r&#234;t commun, qu'il soit historique, culturel, &#233;cologique, etc. &#8212; d'en &#233;tablir des listes, des effets, etc..&lt;br /&gt;
Mais, en r&#233;alit&#233;, nous constations qu'il en existait d&#233;j&#224; en droit : il y a d&#233;j&#224; des &#171; int&#233;r&#234;ts communs &#187; reconnus &#8212; par exemple &#224; l'&#233;gard d'un b&#226;timent qui est class&#233; &#171; monument historique &#187; &#8212; ; il y a d&#233;j&#224; de la &#171; communalit&#233; &#187; &#224; l'&#233;gard de beaucoup de biens &#8212; par exemple lorsque l'on reconna&#238;t que le propri&#233;taire d'une source d'eau doit faire attention &#224; son cours quand l'eau passe chez un voisin, etc. Les codes civil, du patrimoine, de l'environnement, de la propri&#233;t&#233; intellectuelle, sont plein d'agencements qui font d&#233;j&#224; une place &#224; des int&#233;r&#234;ts communs&#8230;&lt;br /&gt;
Par exemple, quand on octroie un brevet, on n'oublie pas l'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble ; quand on reconnait un b&#226;timent ou une &#339;uvre comme historique, on n'oublie pas le public ou les g&#233;n&#233;rations futures, etc. Leur propri&#233;t&#233; implique des charges pour servir cet int&#233;r&#234;t commun identifi&#233;.&lt;br /&gt;
En cons&#233;quence, cela aurait &#233;t&#233; une faiblesse de notre pr&#233;sentation si nous n'avions pas cherch&#233; &#224; rendre visibles tous ces agencements existants o&#249; l'on fait d&#233;j&#224; une place &#224; un int&#233;r&#234;t commun (&#171; patrimoine commun &#187;, &#171; obligations environnementales &#187;, propri&#233;t&#233; avec charges, choses communes, domaine public affect&#233; &#224; l'usage de tous, etc.). C'est pourquoi on a plut&#244;t cherch&#233; &#224; d&#233;finir la &#171; communalit&#233; &#187;, soit la part r&#233;serv&#233;e &#224; un int&#233;r&#234;t commun dans une multitude de constructions juridiques.&lt;br /&gt;
Les &#171; biens communs &#187; sont donc davantage une &#171; m&#233;ta-qualification &#187; qui r&#233;unit plein de constructions juridiques o&#249; une chose est affect&#233;e &#224; un int&#233;r&#234;t commun. Attention &#233;galement, nous n'avons parl&#233; de &#171; communs &#187; que quand, en outre, une forme de &#171; gouvernement &#187; par les membres des communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es &#233;tait &#233;galement pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:22px;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quelques d&#233;finitions et les distinctions juridiques, en droit fran&#231;ais actuel&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Choses communes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Pr&#233;ambule du livre 3 du Code civil intitul&#233; &#171; des diff&#233;rentes mani&#232;res dont on acquiert la propri&#233;t&#233; &#187;, article 714 du Code civil alin&#233;a 1 : &#171; des choses qui n'appartiennent &#224; personne et dont l'usage est commun &#224; tous &#187;. Exemple : l'air, l'eau courante, &#8230;&lt;br /&gt;
Quelques &#233;l&#233;ments ressortent de l'article 714 : un rejet de l'appropriation, &#224; savoir de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ou public ; un usage commun &#224; tous, inclusif et au b&#233;n&#233;fice d'une communaut&#233; ind&#233;termin&#233;e ; une possibilit&#233; que des lois de police r&#232;gle la fa&#231;on d'en jouir.&lt;br /&gt;
Seules les choses communes &#233;chappent aujourd'hui &#224; l'appropriation. La propri&#233;t&#233; publique quoi que voisine, d&#233;signe l'appropriation des biens par la puissance publique.&lt;br /&gt;
Les choses communes se distinguent aussi &#171; des ressources volontairement plac&#233;es en usage commun &#187; : on pense ici &#224; l'institution du &#171; libre &#187; par contrat, que ce soit &#224; l'&#233;gard de logiciel ou d'&#339;uvre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Biens publics &#187; (approche &#233;conomique)&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le bien public dans la th&#233;orie &#233;conomique standard repose sur une classification des biens &#233;conomiques &#224; partir de deux propri&#233;t&#233;s fondamentales : la rivalit&#233; est l'exclusivit&#233;. Un bien ou un service sera dit :&lt;br /&gt;
&#8226; Rival, quand sa consommation ou son usage par un individu rend son usage par un autre individu impossible ou tr&#232;s difficile. Exemple : bien de consommation mat&#233;rielle (v&#234;tement, bien alimentaire)&lt;br /&gt;
&#8226; Non rival, si au contraire l'usage par un individu ne limite pas la possibilit&#233; d'usage pour les autres. Exemple : l'information (elle peut &#234;tre utilis&#233;e par un grand nombre d'individus).&lt;br /&gt;
&#8226; Exclusif, si l'usage est r&#233;serv&#233; &#224; un ou un petit groupe d'individus (Brevet, cin&#233;ma).&lt;br /&gt;
&#8226; Non exclusif, si tous les individus ou tous les individus appartenant &#224; un certain groupe une communaut&#233; nationale y ont librement acc&#232;s (poisson de la mer).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Mais qu'en est-il de la propri&#233;t&#233; dans tous ces constats ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous montrons que les dogmes de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e absolue et exclusive, ainsi que d'une propri&#233;t&#233; publique qui s'est peu &#224; peu align&#233;e sur ce mod&#232;le, ne correspondent pas &#224; la r&#233;alit&#233; de tous les agencements pr&#233;sents en droit. Il y a des propri&#233;t&#233;s qui font une place &#224; d'autres int&#233;r&#234;ts que celui du propri&#233;taire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce que vous avez appel&#233; &#171; communalit&#233; &#187;, &#171; &#233;chelle de communalit&#233; &#187;, dont le degr&#233; z&#233;ro pourrait &#234;tre la &#171; propri&#233;t&#233; priv&#233;e absolutiste et exclusiviste &#187; ? Et comment d&#233;finir les crit&#232;res permettant de d&#233;crire les divers &#171; degr&#233;s de communalit&#233; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer le degr&#233; de communalit&#233;, nous proposons deux crit&#232;res&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt; :&lt;br /&gt;
1. Que soit bien identifi&#233; un int&#233;r&#234;t commun attach&#233; &#224; une chose. Le propri&#233;taire (quand il existe) est alors somm&#233; de d&#233;passer son seul int&#233;r&#234;t personnel et une part de communalit&#233; vient s'ajouter dans sa propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
2. Qu'il ne soit pas possible d'exclure autrui de l'une des utilit&#233;s de la chose, soit l'inverse de l'exclusivisme de la propri&#233;t&#233; priv&#233; (qui contient traditionnellement le &#171; droit d'exclure &#187;).&lt;br /&gt;
S'il y a cette communalit&#233;, cela signifie que des usages sont ouverts &#224; d'autres que le propri&#233;taire ou que la chose est pr&#233;serv&#233;e pour d'autres que lui/elle. Parfois m&#234;me, il y a une participation d'autres au gouvernement de la chose, ce qui rejoint les communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finir les communaut&#233;s qui sont int&#233;ress&#233;es &#224; une chose ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela nous a donn&#233; beaucoup de fil &#224; retordre ! Il nous a paru int&#233;ressant de d&#233;finir 3 types de communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es, dont d&#233;pendent leurs divers droits possibles (&#224; l'acc&#232;s, &#224; l'information, &#224; la gouvernance...) : la communaut&#233; des b&#233;n&#233;ficiaires (de l'usage ou de la pr&#233;servation de la &#171; ressource &#187;) ; la communaut&#233; d&#233;lib&#233;rative, soit celle qui participe au gouvernement de la chose ; la communaut&#233; de contr&#244;le, celle qui v&#233;rifie que l'affectation (l'int&#233;r&#234;t commun) est bien respect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Ces d&#233;finitions pourraient-elles s'appliquer &#224; l'entreprise o&#249; coexistent des int&#233;r&#234;ts multiples, priv&#233;s, collectifs, sociaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de d&#233;finition juridique de l'entreprise, mais c'est un sujet en pleine &#233;volution en droit. Avec la loi Pacte de 2019 et la r&#233;&#233;criture de l'article 1833 du code civil &#8212; qui exige d&#233;sormais que la soci&#233;t&#233; soit g&#233;r&#233;e dans son int&#233;r&#234;t social &#171; en consid&#233;ration des enjeux sociaux et environnementaux &#187; &#8212; la soci&#233;t&#233; ne pourrait plus se contenter de poursuivre son seul int&#233;r&#234;t social : on ajoute d'autres int&#233;r&#234;ts, sociaux et environnementaux, aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques ; la soci&#233;t&#233; peut aussi se donner une &#171; raison d'&#234;tre &#187; ou une &#171; mission &#187;. Les grandes entreprises, multinationales et m&#232;res, ont aussi, d&#233;sormais, un devoir de vigilance, c'est-&#224;-dire qu'elles ont &#224; identifier et minimiser les risques que font courir leur cha&#238;ne de valeur, envers les droits humains, la sant&#233; et la protection des travailleurs, et l'environnement. Elles doivent prendre des mesures de &#171; vigilance raisonnable &#187; pour att&#233;nuer ces risques et &#233;laborer leur &#171; plan de vigilance &#187; avec les parties prenantes de la soci&#233;t&#233;. O&#249; l'on voit que le vocabulaire des communs a p&#233;n&#233;tr&#233; le droit des soci&#233;t&#233;s&#8230; N&#233;anmoins, il n'y a pas de d&#233;finition juridique de ces parties prenantes et on ne sait pas si, au-del&#224; des salari&#233;s, des clients, des sous-traitants, des fournisseurs, on pourra aussi y inclure les territoires, les associations... Par ailleurs, si l'on a chang&#233; les missions et les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; de l'entreprise, on n'a pas chang&#233; sa gouvernance, ce qui est &#233;videmment fondamental !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_49 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image048.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image048.jpg?1732196771' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous avez souhait&#233; dans votre rapport :&lt;br /&gt;
1. &#171; Rendre visibles des cons&#233;quences de cette communalit&#233; d'ores et d&#233;j&#224; admises en droit positif, [...], Et donc [proc&#233;der &#224;] une mise en coh&#233;rence de tous les agencements&lt;br /&gt;
2. Aller plus loin et proposer un r&#233;gime commun minimal ou un socle de communalit&#233; &#187;&lt;br /&gt;
Quelles seraient les cons&#233;quences de ces propositions ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le moment o&#249; il y a une part de communalit&#233;, et des communaut&#233;s associ&#233;es &#8212; telles qu'on les a d&#233;finies &#8212;, on devrait avoir le m&#234;me socle minimal de r&#232;gles qui s'appliquent : des r&#232;gles de pr&#233;servation de l'int&#233;r&#234;t commun ; des r&#232;gles de consid&#233;ration de la communaut&#233; int&#233;ress&#233;e (information sur le bien, participation &#224; certaines d&#233;cisions sur le bien, contr&#244;le du respect de l'int&#233;r&#234;t commun, capacit&#233; d'agir en justice en cas contraire).&lt;br /&gt;
Je vous donne un exemple qui va dans ce sens : le Conseil d'Etat belge (la plus haute instance de justice administrative en Belgique) a admis comme recevable la demande d'une amatrice d'histoire qui s'est oppos&#233;e &#224; ce que le site de Waterloo devienne un site touristique et commercial ; comme il est class&#233; &#171; patrimoine commun de la nation &#187;, elle a estim&#233; que son int&#233;r&#234;t commun historique devait &#234;tre respect&#233; et qu'elle avait le pouvoir de le d&#233;fendre. Le Conseil d'Etat l'a admis, m&#234;me si cette personne n'habitait pas Waterloo&#8230; Or, en raisonnant ainsi, il reconna&#238;t qu'elle fait partie de l'une des communaut&#233;s &#8212; celles b&#233;n&#233;ficiaire et de contr&#244;le &#8212; et qu'elle peut faire respecter l'int&#233;r&#234;t commun. On voit l&#224; l'une des cons&#233;quences d'identifier un &#171; patrimoine commun &#187;, cons&#233;quence qui n'est toutefois pas admise pour l'heure en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d&#233;fini, dans vos propositions, ce que pourraient &#234;tre des pr&#233;rogatives de &#171; commoneurs &#187;, des membres des communaut&#233;s r&#233;unies autour d'un int&#233;r&#234;t commun, permettant de mettre concr&#232;tement en &#339;uvre les communs au sens d'Ostrom ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous nous sommes beaucoup inspir&#233;s pour cela, dans la deuxi&#232;me partie du rapport, d'une relecture juridique du faisceau de droits d'Ostrom : des droits d'usages et de pr&#233;l&#232;vement ; des droits relevant du gouvernement de la chose (&#234;tre inform&#233;, pouvoir d&#233;lib&#233;rer et participer aux d&#233;cisions, etc.). Par exemple, dans le cas de l'eau, dont une partie est consid&#233;r&#233;e comme &#171; patrimoine commun de la Nation &#187;, certains ont des droits de pr&#233;l&#232;vement, de gestion, d'&#234;tre inform&#233; de son &#233;tat, de son niveau, de sa qualit&#233; sanitaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous pr&#233;ciser ce que vous entendez, dans ce cadre de r&#233;flexion, comme &#171; int&#233;r&#234;ts &#224; dimension pluri-individuelles &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t commun n'est pas facile &#224; d&#233;finir : ce n'est pas l'addition d'int&#233;r&#234;ts individuels de plusieurs personnes ; ce ne sont pas des int&#233;r&#234;ts coalis&#233;s ; ce n'est pas l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. C'est davantage un int&#233;r&#234;t indivisible d'un ensemble de personnes &#8212; un int&#233;r&#234;t commun &#8212;, qui transcende les int&#233;r&#234;ts individuels de chacun. Nous en avons men&#233; toute une cartographie dans le rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous suivez de pr&#232;s les proc&#232;s &#171; climatiques &#187; et vous avez publi&#233; un ouvrage sur le sujet, &#171; Justice pour le climat ! Les nouvelles formes de mobilisation citoyenne &#187;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt; .&lt;br /&gt;
L'approche par les communs est-elle utile dans les argumentations qui s'y d&#233;veloppent ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces proc&#232;s actent l'&#233;chec de la gouvernance mondiale du climat et tentent de pousser les Etats et entreprises &#224; faire davantage. A titre personnel, la grille de lecture des communs me sert beaucoup : c'est un int&#233;r&#234;t commun mondial qui est en jeu ; d'ailleurs la Convention cadre des Nations Unies sur le climat de 1992 saisissait ici une &#171; pr&#233;occupation commune &#187;.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, ces proc&#232;s sont des manifestations de &#171; concernement &#187; et de &#171; conscientisation &#187; des citoyens : ils agissent en justice ou signent des p&#233;titions pour soutenir les actions dans un int&#233;r&#234;t commun. Ces proc&#232;s constituent pour moi une sorte de &#171; gouvernement &#187; marginal du climat, un gouvernement citoyen qui tente de peser sur les orientations politiques et &#233;conomiques. En outre, chacune des actions men&#233;es &#224; l'&#233;chelle nationale participe &#224; une sorte de gouvernement du climat &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;br /&gt;
Ces actions font &#233;voluer, murir certaines notions et responsabilit&#233;s. Il est dommage que cela se voit peu mais le Conseil d'Etat fran&#231;ais a par exemple reconnu que l'Etat n'&#233;tait pas dans sa &#171; trajectoire de conformit&#233; &#187; en mati&#232;re climatique ; c'est in&#233;dit. S'il ne s'y replace rapidement, il risque d'avoir &#224; payer une somme importante. D'autres proc&#232;s ont trait &#224; la structuration de notre &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Poser des limites &#224; la libert&#233; d'entreprendre au nom d'int&#233;r&#234;ts communs de l'humanit&#233; est donc n&#233;cessaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le droit est un outil d'arbitrage d'int&#233;r&#234;ts conflictuels. Ce n'est pas une honte d'avoir &#224; trancher entre de tels enjeux majeurs. C'est la vocation du droit, il a &#224; le faire. Les nouvelles d&#233;cisions prises au nom des g&#233;n&#233;rations futures &#8212; en Allemagne et en France &#8212; montrent d'ailleurs que l'on &#233;tend le conflit &#224; des int&#233;r&#234;ts transg&#233;n&#233;rationnels.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, mettre des limites &#224; la libert&#233; d'entreprendre au nom d'un int&#233;r&#234;t commun n'est pas nouveau. Par exemple, on peut relever une d&#233;cision du Conseil Constitutionnel de 2021 : il a valid&#233; l'interdiction d'exportations de pesticides interdits en France &#8212; libert&#233; d'entreprendre &#8212; parce que l'environnement, &#171; patrimoine commun des &#234;tres humains &#187;, devait &#234;tre prot&#233;g&#233; hors de nos fronti&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Cela peut-il s'appliquer &#224; la protection de la biodiversit&#233;, du vivant, comme &#233;l&#233;ment de protection du patrimoine commun de l'humanit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La biodiversit&#233;, c'est la catastrophe abyssale N&#176;2 cach&#233;e derri&#232;re la catastrophe abyssale N&#176; 1 du climat ! Les deux ont des liens et nous avons un m&#234;me int&#233;r&#234;t commun &#224; la pr&#233;servation de la biodiversit&#233; puisqu'elle conditionne tout autant l'habitabilit&#233; de la Terre. Il n'en demeure pas moins difficile de la saisir dans une notion juridique : est-ce un &#171; patrimoine commun &#187; &#224; d&#233;fendre ? La Charte constitutionnelle semble le reconna&#238;tre en France. Mais cette conception est tr&#232;s occidentale ; elle est en lien avec notre conception de la &#171; nature &#187;, &#171; chose &#187; dont nous pourrions avoir la ma&#238;trise. Or, sur ce point, il y a des discussions au plan international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Et quid de notre id&#233;e de propri&#233;t&#233; absolue ?&lt;br /&gt;
Est-ce que cette conception de notre droit, bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233;, est un obstacle pour introduire la notion de commun ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le droit a eu de tr&#232;s bonnes raisons de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233;... Elle fut proclam&#233;e au XVIIIe si&#232;cle comme la manifestation de la libert&#233; individuelle dans l'ordre des biens. Par ailleurs, pour les communs, la propri&#233;t&#233; ne constitue pas forc&#233;ment un obstacle ; tout d&#233;pend en r&#233;alit&#233; de la conception que l'on en a. On peut ainsi la concevoir comme moins absolue ou exclusive, comme un faisceau de droits distribu&#233;s entre plusieurs personnes, droits issus de la propri&#233;t&#233;. C'est ce que l'on appelle la conception r&#233;aliste et relationnelle de la propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Ce que l'on doit affronter r&#233;ellement est d'un autre ordre : ce sont des conflits d'int&#233;r&#234;ts contradictoires, par exemple des int&#233;r&#234;ts &#224; la pr&#233;servation versus des int&#233;r&#234;ts &#224; l'exploitation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les changements majeurs que peuvent apporter le droit demandent-ils que soit &#233;tabli un consensus social ? Comment le droit agit-il au niveau de ce consensus ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant tr&#232;s longtemps, ces questions du bien commun, des communs n'&#233;taient pas une question pour les juristes. On a cependant senti un tournant en 2015-2017, quand on a fait para&#238;tre la premi&#232;re &#233;dition du Dictionnaire des biens communs aux PUF : les esprits &#233;taient ouverts &#224; la n&#233;cessit&#233; du partage ou de la pr&#233;servation de certains &#233;l&#233;ments.&lt;br /&gt;
Mais, pour v&#233;ritablement r&#233;pondre &#224; la question, il faut souligner qu'il est tr&#232;s rare que de grandes ruptures juridiques se fassent dans un consensus social ; il y a toujours des rapports de force et un moment o&#249; le l&#233;gislateur tranche (parfois des scandales l'y aident&#8230;).&lt;br /&gt;
La loi sur le patrimoine de 1913 en est un tr&#232;s bon exemple : il n'&#233;tait pas &#233;vident de dire &#224; un propri&#233;taire que son b&#226;timent pouvait &#234;tre d&#233;clar&#233; &#171; monument historique &#187; et que cela impliquerait des charges pour lui, dans un int&#233;r&#234;t commun (historique) ; qu'il ne pourrait plus le modifier, le r&#233;nover comme il l'entend ; c'&#233;tait assez inaudible au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Dans un d&#233;bat tr&#232;s dense, le l&#233;gislateur a cependant choisi de faire pr&#233;valoir l'int&#233;r&#234;t historique. Il n'a pas attendu un consensus total pour cela.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, il y a des mani&#232;res de parvenir &#224; des consensus. Je crois beaucoup &#224; l'int&#233;r&#234;t des consultations et des d&#233;lib&#233;rations citoyennes bien men&#233;es (mettre autour de la table des personnes repr&#233;sentatives, &#233;tablir des enjeux clairs, entendre des paroles pertinentes d'experts, faire intervenir une ing&#233;nierie de d&#233;bat solide) : l'exemple de la Convention citoyenne sur le climat a montr&#233; que l'on obtient des r&#233;sultats surprenants en termes de consensus et de propositions (elle a p&#234;ch&#233; par le fait qu'elle &#233;tait mal positionn&#233;e du point de vue institutionnel, en rognant sur les pr&#233;rogatives du parlement notamment, mais aussi de la Commission du d&#233;bat public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La publication du Dictionnaire des Communs a-t-elle stimul&#233; la discussion publique sur cette question ?&lt;br /&gt;
Comment voyez-vous ce d&#233;bat actuellement ? Au sein des professionnels du droit ? Avec les &#233;conomistes, les politiques, les activistes ? Dans la Presse ? Au niveau europ&#233;en ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je crois que les enjeux des communs ont &#233;t&#233; vulgaris&#233;s, dans diverses couches de la soci&#233;t&#233;, comme des voies possibles. Mais, sauf sur certains territoires, on ne peut pas dire qu'il existe une v&#233;ritable politique de soutien &#224; de telles options.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1. &lt;a href=&#034;https://tinyurl.com/45avj48z&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://tinyurl.com/45avj48z&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Judith ROCHFELD, Professeure de droit priv&#233;, Universit&#233; Paris 1, Panth&#233;on- Sorbonne, Institut de recherche juridique de la Sorbonne ( IRJS), Marie CORNU, Directrice de recherches CNRS, Institut des sciences sociales du politique et Gilles J. MARTIN, Professeur &#233;m&#233;rite de l'Universit&#233; C&#244;te d' Azur, GRDEG, CNRS&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &#171; Les Biens communs Usages et protection : regards crois&#233;s et perspectives &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Ibid&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Ibid&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Dictionnaire des Communs &lt;br class='autobr' /&gt;
6. Vous dites : &#171; Les crit&#232;res de la communalit&#233; ... : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Le premier tient en l'affectation de la chose ou du bien &#224; un int&#233;r&#234;t commun. ... l'affectation &#224; cet int&#233;r&#234;t teintera leur r&#233;gime,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; [Le second] renvoie quant &#224; lui &#224; l'inclusivit&#233;, que l'on peut d&#233;finir comme l'absence de la capacit&#233; d'exclure totalement autrui des utilit&#233;s de la chose, exclusion qui marque pourtant traditionnellement la propri&#233;t&#233;, priv&#233;e au moins ... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
7. &#171; Justice pour le climat ! Les nouvelles formes de mobilisation citoyenne &#187; Judith Rochfeld (Voir aussi son article dans Le Monde du 22/10/2021 &#171; Le recours au judiciaire souligne l'absence d'institutions de gouvernance de nos grands communs que sont le climat ou la biodiversit&#233; &#187;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Framasoft, d&#233;fenseur du libre et des communs</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/article/framasoft-defenseur-du-libre-et-des-communs</link>
		<guid isPermaLink="true">http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/article/framasoft-defenseur-du-libre-et-des-communs</guid>
		<dc:date>2024-11-27T08:11:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Framasoft va f&#234;ter ses 25 ans : une aussi longue dur&#233;e est rare pour une association fortement engag&#233;e ! Reconnue pour sa d&#233;fense militante et active du logiciel libre, de l'&#233;dition sous mod&#232;le &#233;conomique du libre, des communs num&#233;riques ; initiatrice d'un autre num&#233;rique o&#249; tout ne peut pas &#234;tre marchandis&#233;, offrant une alternative aux travers des gafam ; actrice d'une soci&#233;t&#233; de contribution, outillant le monde associatif dans ses combats anticapitalistes, engag&#233;e dans l'&#233;ducation (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_2_image082.jpg?1732200857' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Framasoft va f&#234;ter ses 25 ans : une aussi longue dur&#233;e est rare pour une association fortement engag&#233;e ! Reconnue pour sa d&#233;fense militante et active du logiciel libre, de l'&#233;dition sous mod&#232;le &#233;conomique du libre, des communs num&#233;riques ; initiatrice d'un autre num&#233;rique o&#249; tout ne peut pas &#234;tre marchandis&#233;, offrant une alternative aux travers des gafam ; actrice d'une soci&#233;t&#233; de contribution, outillant le monde associatif dans ses combats anticapitalistes, engag&#233;e dans l'&#233;ducation populaire ; Framasoft a adapt&#233; sa strat&#233;gie, avec t&#233;nacit&#233; et modestie, &#224; chaque grand changement de l'&#233;conomie du num&#233;rique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Et est-ce que tu peux nous pr&#233;senter Framasoft, son histoire, son &#233;volution et ses positions actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Tout commence en 2000, lorsqu'un professeur de math et une professeure de fran&#231;ais dans un coll&#232;ge &#224; Bobigny d&#233;cident de s'int&#233;resser &#224; Internet, technologie qui commence &#224; arriver dans les coll&#232;ges et les lyc&#233;es. Le nom de Framasoft pour fra[n&#231;ais] et ma[th&#233;matiques] d&#233;coule de cette rencontre !&lt;br /&gt;
L'id&#233;e de ces deux enseignants &#233;tait de creuser la question : &#171; qu'est-ce qu'internet et le num&#233;rique en g&#233;n&#233;ral peuvent apporter dans le cadre de l'&#233;ducation nationale ? &#187;. La prof de fran&#231;ais met des contenus p&#233;dagogiques pour le fran&#231;ais sur un site internet, au d&#233;part un intranet, non accessible &#224; l'ext&#233;rieur du lyc&#233;e. Et le prof de math, lui, met des cours, mais aussi et surtout des logiciels qui peuvent servir dans le cadre de l'enseignement. Ce premier projet s'appellera Framanet.&lt;br /&gt;
Petit &#224; petit, le site grossit, grandit, il est rendu public et il prend toujours plus d'ampleur &#224; partir de 2001. La partie r&#233;serv&#233;e aux logiciels est s&#233;par&#233; du reste du reste du site et nomm&#233;e Framasoft. La partie de cours de fran&#231;ais est aujourd'hui un site de r&#233;f&#233;rence, Weblettres&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; , dans le milieu des enseignants de lettre.&lt;br /&gt;
Et en janvier 2004, il y a 20 ans, une association est cr&#233;&#233;e, l'association Framasoft avec pour objectif de promouvoir la culture libre en g&#233;n&#233;ral. Sur le site, on trouve un annuaire de logiciels &#233;ducatifs, qui, petit &#224; petit, s'&#233;tend &#224; d'autres types de logiciels (logiciels de retouche d'image, de musique, ...). Et peu &#224; peu, une communaut&#233; (rapidement 2000 personnes) se cr&#233;e, dans l'objectif de constituer un annuaire des logiciels libres. On est vraiment dans les ann&#233;es 2000, internet est tr&#232;s communautaire, essentiellement b&#233;n&#233;vole, tr&#232;s exp&#233;rimental. Aussi, chacun exp&#233;rimente de son c&#244;t&#233; et fait un certain nombre de publications. C'est aussi la p&#233;riode des blogs, etc.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image014.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image014.jpg?1732200980' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les adh&#233;rents, sont-ils tous de l'&#233;ducation nationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Au d&#233;part, oui, pour la plupart, du primaire et secondaire au sup&#233;rieur ; et ce sont essentiellement des enseignants. Moi-m&#234;me, travaillant dans les services informatiques des universit&#233;s, je rejoins l'association d&#233;but 2005. Le principal projet de Framasoft, c'est l'annuaire, r&#233;alis&#233; de fa&#231;on participative et contributive. A cette &#233;poque, on voit na&#238;tre un vrai foisonnement d'associations autour du libre, quasiment dans chaque grande ville de France, avec des groupes d'utilisateurs de logiciels libres et &#231;a existe encore aujourd'hui.&lt;br /&gt;
A partir de 2006 - 2007, s'ouvre une nouvelle phase pour Framasoft : on exp&#233;rimente d'autres projets, dont la mise en place d'un espace de publication autour du libre et du commun, le Framablog, qui est aujourd'hui encore notre principal m&#233;dia. On y publie &#224; la fois des annonces, des r&#233;flexions, des interviews, des contenus courts ou parfois tr&#232;s longs. On y fait une forme de veille, de la curation de contenu. On lance d'autres projets, comme Framakey, qui est un ensemble de logiciels sur les cl&#233;s USB (en 2007, on est encore sur un mode d'utilisation de l'informatique o&#249; il faut t&#233;l&#233;charger les logiciels, et les installer sur son ordinateur).&lt;br /&gt;
Framasoft 2006, c'est aussi la cr&#233;ation d'un projet de maison d'&#233;dition, Framabook sur le principe des communs, et au sens large, des communs num&#233;riques. Les livres comme les logiciels peuvent &#234;tre des communs num&#233;riques. On d&#233;cide de publier des livres sous des licences libres, c'est-&#224;-dire des licences qui permettent le partage, la r&#233;utilisation, la modification des livres par tout un chacun.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Elinor Ostrom n'a eu son prix Nobel qu'en 2009. Le mot commun est-il d&#233;j&#224; repris par Framasoft ? Et celle d'&#233;ducation populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;En 2006, 2007, on parle tr&#232;s peu d'&#233;ducation populaire &#224; Framasoft. Quelque part, on en fait, mais un peu comme monsieur Jourdain, sans le savoir. Le tournant &#233;ducation populaire va venir plus tard, plut&#244;t vers 2015, mais tu vas voir qu'il y a une coh&#233;rence dans tout &#231;a, &#224; l'&#233;poque aussi.&lt;br /&gt;
En 2013, il y a un &#233;v&#233;nement, pour nous majeur, dans l'histoire du num&#233;rique, ce sont les r&#233;v&#233;lations d'Edward Snowden. C'est l'&#233;t&#233; 2013. Edward Snowden, lanceur d'alerte qui est prestataire pour la NSA, les services du renseignement am&#233;ricain, part &#224; l'&#233;tranger avec un certain nombre d'informations, parmi lesquelles la r&#233;v&#233;lation de ce qui &#233;tait plus ou moins d&#233;j&#224; connu dans certains milieux, mais qui devient av&#233;r&#233; : les services de renseignement am&#233;ricains ont industrialis&#233; la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e du monde gr&#226;ce &#224; internet.&lt;br /&gt;
Comment ? Facebook est cr&#233;&#233; en 2006, et devient tr&#232;s populaire &#224; partir de 2007, 2008. L'iPhone c'est 2007, et Google se popularise l&#224; aussi entre 2007 et 2010. L'informatique change compl&#232;tement de forme en tr&#232;s peu d'ann&#233;es. Les usages changent : au lieu de t&#233;l&#233;charger des logiciels et de les installer, on les utilise au sein de son navigateur ou de son smartphone. L'essentiel de la production, &#224; la fois intellectuelle, des lectures, du travail, ... bascule petit &#224; petit dans le navigateur.&lt;br /&gt;
Et cela permet aux services de renseignement am&#233;ricains de se dire : si on est capable de surveiller les g&#233;ants du num&#233;rique, on va pouvoir surveiller les donn&#233;es qui transitent chez eux. La surveillance de masse, &#233;conomiquement impossible il y a quelques ann&#233;es, devient extr&#234;mement peu ch&#232;re : en surveillant neuf entreprises am&#233;ricaines, ils peuvent acc&#233;der aux donn&#233;es de milliards de personnes pour un co&#251;t qui est extr&#234;mement faible.&lt;br /&gt;
On est apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001. Le d&#233;cret am&#233;ricain du Patriot Act permet &#224; l'Etat am&#233;ricain de dire aux entreprises am&#233;ricaines : vous n'avez pas le choix. Comme les &#201;tats-Unis sont la cible d'attaques terroristes, vous devez donner acc&#232;s &#224; vos machines au service de renseignement am&#233;ricain. Et c'est exactement ce que d&#233;montre Edward Snowden.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment cette surveillance de masse a-t-elle &#233;t&#233; possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La surveillance de masse g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; une &#233;chelle inimaginable a &#233;t&#233; rendue &#233;conomiquement possible par le basculement de l'informatique en ligne, l'apparition des r&#233;seaux sociaux. Ces donn&#233;es sont aussi utilis&#233;es pour &#234;tre mon&#233;tis&#233;es. Les scandales comme celui de Cambridge Analytica utilisant ces donn&#233;es pour orienter les choix d'&#233;lecteurs viennent d'avoir lieu et montrent que l'on peut manipuler facilement la d&#233;mocratie, s'en affranchir. On se rend compte que du point de vue de la surveillance, de l'&#233;conomie, de la d&#233;mocratie, ces g&#233;ants du num&#233;rique sont un probl&#232;me.&lt;br /&gt;
Que peut-on faire ? Nous d&#233;cidons de mettre en place la campagne &#171; D&#233;googlisons Internet &#187;. Nous mettons en place des services en ligne que les gens peuvent utiliser sans craindre qu'on exploite leur attention, leurs donn&#233;es, qu'on oriente leur choix ou d'&#234;tre surveill&#233;s. Le logiciel libre apparait ainsi comme la r&#233;ponse &#224; ces d&#233;viances.&lt;br /&gt;
Pendant trois ann&#233;es, entre octobre 2014 et fin 2017, quasiment tous les mois, on sort un nouveau service, par exemple, Framapad pour r&#233;diger collaborativement, Framadate pour faire les agendas en ligne, Framaforms pour faire des formulaires. C'est une p&#233;riode tr&#232;s intense, sachant que les r&#233;v&#233;lations de Snowden ont fait r&#233;agir &#233;norm&#233;ment de gens.&lt;br /&gt;
C'est aussi une p&#233;riode o&#249; on impulse un collectif, les Chatons, pour le Collectif des H&#233;bergeurs Alternatifs, Transparent, Ouvert, Neutre et Solidaire. Le mod&#232;le dont on s'inspire c'est celui des AMAP : un minimum d'interm&#233;diaires entre les producteurs et les consommateurs. Le collectif r&#233;unit des artisans du num&#233;rique (la plus grosse entreprise elle doit avoir quatre ou cinq salari&#233;s) qui d&#233;cident de mettre &#224; disposition leur temps et leurs comp&#233;tences pour fournir des services, comme le fait Framasoft. Chatons vise &#224; les faire &#233;merger ou &#224; rendre visible sur le territoire national, en tout cas en francophonie.&lt;br /&gt;
Dans cette p&#233;riode, 2014 2020, on publie beaucoup, c'est un moment de croissance pour l'association (on passe de 2 &#224; 10 salari&#233;s) &#224; tel point qu'&#224; un moment donn&#233;, &#231;a devient tr&#232;s lourd pour nous. Et on d&#233;cide de fermer un certain nombre de services, et de les renvoyer vers les chatons.&lt;br /&gt;
En parall&#232;le de toute cette activit&#233;, on se rend bien compte que l'Education Nationale n'avance pas sur ce sujet du num&#233;rique libre et des communs. On ne peut pas lutter r&#233;ellement contre Microsoft ou Apple. Le billet &#171; Pourquoi Framasoft n'ira plus boire le th&#233; au minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale ? &#187; marque la rupture formelle avec l'&#233;ducation nationale. Et on cherche des alli&#233;s pour continuer nos actions.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image022.jpg?1732201038' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Dans quelles directions vous engagez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;En 2015, Framasoft va demander et obtenir son agr&#233;ment Jeunesse Education Populaire, parce que l'&#233;ducation populaire nous para&#238;t beaucoup plus en phase avec nos valeurs.&lt;br /&gt;
On ne l'a plus aujourd'hui. La raison est int&#233;ressante : Il y a deux ans, un d&#233;cret impose que les associations qui veulent toucher des subventions doivent signer le &#171; contrat d'engagement r&#233;publicain &#187; qui stipule qu'elles respectent le drapeau fran&#231;ais, la Marseillaise, ... nous sommes tr&#232;s critiques ! Signer, c'est laisser place &#224; une part d'ambigu&#239;t&#233;, avec le risque qu'&#224; un moment donn&#233;, une institution, typiquement une pr&#233;fecture, viennent juger si tu es ou non un bon citoyen. L'objectif du gouvernement appara&#238;t clairement : avoir un secteur associatif qui se tienne bien sage. C'est une atteinte tr&#232;s forte &#224; la d&#233;mocratie. Signer, c'est accepter la m&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e : nous refusons de signer ! On fait de l'&#233;ducation populaire sans avoir l'agr&#233;ment, notamment aux enjeux du num&#233;rique, &#224; l'usage de services en ligne alternatifs &#224; ceux des g&#233;ants du num&#233;rique.&lt;br /&gt;
En 2022, 2023, le principal changement, est de nous adresser principalement au milieu associatif et de faire du num&#233;rique anticapitaliste : on outille la soci&#233;t&#233; de contribution. C'est un terme qu'on reprend du philosophe Bernard Stiegler, qui parlait d'&#233;conomie de contribution, et que l'on a &#233;tendu &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; de contribution &#187;, c'est-&#224;-dire finalement &#224; une soci&#233;t&#233; des communs o&#249; ils auraient beaucoup plus de place.&lt;br /&gt;
Et si on vient me demander aujourd'hui ce que fait Framasoft, je r&#233;ponds : nous outillons cette soci&#233;t&#233; de contribution, les gens qui veulent changer le monde. Je vois Framasoft aujourd'hui comme une structure d'appui sur laquelle les associations et les personnes qui composent les associations, qui essaient d'avoir un impact positif sur le monde, peuvent s'appuyer : nous n'allons pas changer le monde directement, mais fournir les planches, les clous et les marteaux pour les gens qui y travaillent.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Quand tu dis l'association j'imagine que c'est tu relies cela avec l'ESS et les coop&#233;ratives ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui. La difficult&#233;, c'est que dans l'ESS, par exemple, il y a de tout. Il y a clairement des gens qui sont tr&#232;s orient&#233;s sur la question de l'environnement, sur la question de la justice sociale, ... ; Mais s'il y a des tr&#232;s belles scop, il y en a o&#249;, en dehors du principe &#171; une personne, une voix &#187;, rien dans la mission ou la gouvernance n'est modifi&#233; par rapport au syst&#232;me capitaliste ou entrepreneurial plus classique. Et ce qu'on essaie de promouvoir, ce n'est pas forc&#233;ment le statut, c'est effectivement les gens qui vont vouloir faire des choses pour plus de progr&#232;s social et plus de justice sociale.&lt;br /&gt;
Et le milieu associatif est &#224; un moment charni&#232;re : si on laisse G&#233;rald Darmanin et le contrat d'engagement r&#233;publicain, si on laisse la marchandisation et la mise en concurrence des associations, le principal risque, c'est que, dans dix ans, on ait des associations genre le club sportif, o&#249; toute la dimension politique du milieu associatif aura disparu. C'est un discours que porte tr&#232;s bien le Collectif Associations Citoyennes.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_57 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image011.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image011.jpg?1732201080' width='500' height='481' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment se situe votre action sur les communs ? Quelle est votre strat&#233;gie &#224; ce sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous d&#233;veloppons une strat&#233;gie propre aux communs et elle joue sur diff&#233;rents niveaux.&lt;br /&gt;
Le premier niveau, c'est notre communication. L'identit&#233; graphique des sites de Framasoft, les dessins, ... sont adapt&#233;s au public qu'on souhaite toucher. La page d'accueil au d&#233;part ne va pas attirer la personne qui est dans l'ESS commerciale.&lt;br /&gt;
Le deuxi&#232;me niveau concerne notre cible prioritaire : les associations. Framaspace veut &#234;tre le cloud des associations, pour qu'elles puissent partager leurs fichiers, leurs contacts, leurs agendas. Nous touchons environ 1 000 associations. Et sur ces 1 000 associations, plus de 60 % travaillent sur des sujets de transitions, transition &#233;cologique, transition d&#233;mocratique, transition des territoires, autour de sujets &#233;ducatifs, d'&#233;ducation populaire. Les autres (du type club de foot de telle ville) cherchent juste un espace, mais le fait de se retrouver sur ces espaces avec une majorit&#233; de gens essayant d'avoir un impact positif sur le monde, peut jouer et les entra&#238;ner vers autre chose.&lt;br /&gt;
Le troisi&#232;me niveau concerne nos produits : tout ce que produit Framasoft appartient aux communs et est sous licence libre, tous les logiciels qu'on propose sont sous licence libre. Nous montrons qu'il est possible d'&#234;tre coh&#233;rent entre ce que l'on met en place et la fa&#231;on de le faire !&lt;br /&gt;
Sur ces trois niveaux, on essaie d'&#234;tre coh&#233;rent et de tenir &#224; distance les gens qui voudraient faire des communs compatibles avec le capitalisme.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Votre mod&#232;le &#233;conomique en mati&#232;re d'&#233;dition va tout &#224; fait dans le sens des communs, beaucoup plus, je crois, que votre premi&#232;re approche de l'&#233;dition, Framabook.&lt;br /&gt;
Comment situez-vous la question de la propri&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Notre projet, &#224; long terme, vise &#224; supprimer la propri&#233;t&#233;, et en tout cas, de transformer la propri&#233;t&#233; en une appartenance, en un commun. Un jardin partag&#233; peut tr&#232;s bien &#234;tre en commun. Ce &#171; jardin partag&#233; &#187;, appartient &#224; l'ensemble des membres de la communaut&#233; qui l'administre selon des r&#232;gles de gouvernance, etc. Il n'est pas la propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Et en allant plus loin, ce jardin partag&#233; n'est pas la propri&#233;t&#233; de l'association qui le g&#232;re parce qu'il s'int&#232;gre forc&#233;ment sur un territoire, dans un quartier et, potentiellement, dans une histoire. Pour nous, tout ne peut pas &#234;tre marchandis&#233;, tout ne peut pas &#234;tre appropri&#233;, tout ne peut pas &#234;tre &#171; propri&#233;t&#233; de &#187; : c'est dans ce sens que nous pensons le futur d&#233;sirable.&lt;br /&gt;
La terre est en commun, mais g&#233;rer la terre, c'est compliqu&#233;. Par contre, g&#233;rer le lieu o&#249; on habite sous-forme de commun, g&#233;rer le jardin partag&#233; sous-forme de commun, g&#233;rer le logiciel sous-forme de commun, ou g&#233;rer un livre et une publication sous-forme de commun est possible et souhaitable, mais cela demande de se d&#233;partir de cette fausse n&#233;cessit&#233; de la propri&#233;t&#233;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d'autres intentions, d'autres projets li&#233;s aux communs ? Est-ce une strat&#233;gie pour vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le projet &#171; Des livres en communs &#187; pr&#233;sent&#233; dans ce N&#176; d'Alters M&#233;dia par Christophe Masutti est probablement notre projet externe le projet le plus radical &#224; ce sujet. Mais par contre, il est &#224; une toute petite &#233;chelle : il concerne un ou deux auteurs, un ou deux livres par an. L'id&#233;e est de pr&#233;figurer quelque chose, d'exp&#233;rimenter. Si &#231;a marche, tant mieux. Si &#231;a ne marche pas, ce n'est pas grave. On aura appris des choses.&lt;br /&gt;
En interne, nous exp&#233;rimentons aussi ! Comme dans toute association, il y a au sein de Framasoft des personnes qui sont plus ou moins &#224; l'aise financi&#232;rement, des CSP plus et des personnes au RSA. Et avec la p&#233;riode covid, c'&#233;tait &#233;videmment tr&#232;s compliqu&#233; pour certaines personnes de savoir comment se nourrir. On a recr&#233;&#233; une esp&#232;ce de s&#233;curit&#233; sociale interne &#224; Framasoft. Un compte en banque a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; o&#249; toutes les personnes de l'association pouvaient mettre de l'argent. Et o&#249; toutes les personnes pouvaient en retirer. Ce n'&#233;tait pas l'argent de l'association, mais du collectif des cotisants individuels.&lt;br /&gt;
C'est vraiment un principe de s&#233;curit&#233;, essentiellement alimentaire d'ailleurs, plus que social. Et peu importe qui vient taper dans cette caisse commune. Ce sont des gens de l'association, on agit ensemble, on se fait confiance !&lt;br /&gt;
Pour l'instant &#231;a marche plut&#244;t bien. Cela ne r&#233;pond pas tout &#224; fait &#224; ta question, on n'est pas vraiment sur une question de commun, mais la mise en place d'un syst&#232;me de solidarit&#233; concret au sein de l'association est une manifestation de l'esprit des communs. Ce n'est pas dans toutes les associations que tu vas trouver &#231;a.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_58 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image013.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image013.jpg?1732201109' width='500' height='228' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Nous pr&#233;sentons un dossier sur la s&#233;curit&#233; sociale de l'alimentation et montrons l'exemple d'une structure tr&#232;s proche des communs &#224; Marseille : les coop&#233;ratives &#171; H&#244;tel du nord &#187; et &#171; Les oiseaux de passage &#187;.&lt;br /&gt;
Votre strat&#233;gie pourrait-elle vous conduire &#224; aider ce genre d'initiative ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, tout &#224; fait ! Nous avons choisi en 2019 &#8211; 2020 de formaliser cette strat&#233;gie en utilisant le concept d'archipellisation d'Edouard Glissant. C'est un concept &#233;videmment int&#233;ressant, puisqu'il permet de poser la question des rapports avec d'autres structures qui portent des valeurs communes, mais qui ont des moyens diff&#233;rents. La difficult&#233;, c'est le temps. Il y a des milliards de choses &#224; faire, mais nous ne sommes que quelques individus.&lt;br /&gt;
Nous pouvons &#234;tre un appui &#224; plusieurs niveaux : &#224; travers des comp&#233;tences ; en mettant &#224; disposition des outils ; sous-forme de partage et de retour d'exp&#233;rience sur les outils. Nous d&#233;veloppons ce type de rapport avec Mobicoop, Alternatiba, Open street map, Open food fact (une esp&#232;ce de Wikip&#233;dia autour de l'alimentation), la SSA ..., qui utilisent les services de Framasoft.&lt;br /&gt;
L'un des niveaux d'archipellisation concerne le partage de comp&#233;tences. Prenons un exemple :&lt;br /&gt;
Les communs num&#233;riques voient arriver &#233;norm&#233;ment d'argent. Le probl&#232;me, c'est que ne sont pas des vrais communs num&#233;riques, c'est du common washing. La communaut&#233; n'est pas r&#233;ellement une vraie communaut&#233;. Le plus souvent, c'est l'Etat ou une entreprise qui d&#233;cide. La ressource est en commun. Mais la communaut&#233; et la gouvernance ne le sont pas, ou tr&#232;s, tr&#232;s peu.&lt;br /&gt;
La distinction avec des communs r&#233;els est essentielle : nous cherchons une solution avec plusieurs structures et chercheurs, en r&#233;unissant des groupes, notamment autour des communs num&#233;riques. On essaie de se compter. Cela d&#233;marre.&lt;br /&gt;
Nous r&#233;pondons aussi aux structures qui nous posent des questions, m&#234;me si elles ne travaillent pas du tout sur les m&#234;mes sujets que nous, mais que l'on estime &#234;tre dans notre archipel.&lt;br /&gt;
Plut&#244;t que de citer plusieurs exemples, mais je pr&#233;f&#232;re parler d'Info climat : c'est une association d'amateurs et d'amatrices des questions &#224; la fois m&#233;t&#233;o et climat, et qui regroupe 4 000 adh&#233;rents au niveau national et qui souhaitait embaucher. Ils ont des petites stations m&#233;t&#233;o et r&#233;unissent des climatologues et des m&#233;t&#233;orologues amateurs. Ils sont dans le domaine de l'&#233;ducation populaire et des communs. Ils font des relev&#233;s m&#233;t&#233;o, ils enrichissent une base de donn&#233;es accessible publiquement, partagent des infos, des comp&#233;tences, des savoirs entre eux, etc.&lt;br /&gt;
Cette association nous a contact&#233; &#224; propos de l'embauche de leur premier salari&#233; (&#234;tre tous b&#233;n&#233;voles devenait trop compliqu&#233;). Nous apportons notre exp&#233;rience pratique pour renforcer leur commun.&lt;br /&gt;
Un autre mode d'entraide consiste &#224; faire du &#171; ruissellement &#187; !&lt;br /&gt;
Framasoft est une association qui arrive &#224; plut&#244;t bien faire ses collectes en ligne : nous redistribuons aupr&#232;s d'associations qui nous paraissent int&#233;ressantes et qui auraient besoin de 500 &#8364; pour se r&#233;unir. L'enveloppe est d'environ 5 000 &#8364; par an. C'est proche des principes de la s&#233;curit&#233; sociale dont je te parlais tout &#224; l'heure, c'est du don sans contrepartie. On cherche pas du tout &#224; adh&#233;rer &#224; la structure.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1. &lt;a href=&#034;https://www.weblettres.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.weblettres.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrations : David Revoy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - F&#233;vrier 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>des Communs et du Num&#233;rique</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/article/des-communs-et-du-numerique</link>
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		<dc:date>2024-11-27T08:11:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'histoire du d&#233;veloppement des communs croise &#233;videmment celle du d&#233;veloppement du num&#233;rique. L'histoire des enclosures du XVII&#232; si&#232;cle se rejoue : la mati&#232;re du num&#233;rique (ses codes, ses donn&#233;es...) sera-t-elle partag&#233;e au service du d&#233;veloppement humain, laiss&#233;e libre d'acc&#232;s ; ou captur&#233;e, appropri&#233;e au service d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ? La technologie sera-t-elle mise au service de l'humain et de son avenir, ou deviendra-t-elle l'un des outils pour le manipuler voire l'asservir ? Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_2_image092.jpg?1732201503' class='spip_logo spip_logo_right' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire du d&#233;veloppement des communs croise &#233;videmment celle &lt;br class='autobr' /&gt;
du d&#233;veloppement du num&#233;rique. L'histoire des enclosures du XVII&#232; si&#232;cle se rejoue : la mati&#232;re du num&#233;rique (ses codes, ses donn&#233;es...) sera-t-elle partag&#233;e au service du d&#233;veloppement humain, laiss&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
libre d'acc&#232;s ; ou captur&#233;e, appropri&#233;e au service d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La technologie sera-t-elle mise au service de l'humain et de son avenir, ou deviendra-t-elle l'un des outils pour le manipuler voire l'asservir ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette histoire, Val&#233;rie Peugeot l'a v&#233;cue en premi&#232;re ligne, ayant particip&#233; &#224; l'aventure de VECAM, une association pionni&#232;re dans &lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;fense &#224; la fois de la libert&#233; du num&#233;rique au service des humains, et &#224; celle des communs comme moyen d'&#233;chapper aux menaces &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'anthropoc&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:22px;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le strat&#233;gique des Communs&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous avez pr&#233;sid&#233; et dirig&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es l'association VECAM qui a port&#233; la question des communs d&#232;s le milieu des ann&#233;es 2000.&lt;br /&gt;
Quelles sont les raisons qui vous ont pouss&#233; &#224; soutenir &#171; cette aspiration en un mode non binaire, nourri de nouvelles dynamiques sociales, auquel nous invite les communs &#187;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;L'extension r&#233;guli&#232;re des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle sur les connaissances m'a amen&#233;e &#224; me pencher sur les communs. Sans &#234;tre directement une association de libristes, Vecam &#233;tait proche de mouvements promoteurs du logiciel libre. Ainsi en 2002, nous avions co-organis&#233; avec un collectif d'associations, dont l'April&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;, les rencontres de &#171; l'internet citoyen &#187; &#224; Montr&#233;al auxquelles Richard Stallman, concepteur des premi&#232;res licences du logiciel libre, avait particip&#233;. En 2003, le prisme s'&#233;largit aux contenus : lors d'une r&#233;union pr&#233;paratoire au sommet mondial de la soci&#233;t&#233; de l'information (SMSI), tenue &#224; Paris et port&#233;e par le collectif I3C (internet cr&#233;atif, collaboratif et citoyen) dans lequel Vecam &#233;tait impliqu&#233;, sont convi&#233;s les repr&#233;sentants de Creative Commons, les licences cr&#233;es par le juriste &#233;tats-unien Larry Lessig, permettant de faciliter le partage d'&#339;uvres de l'esprit. La rencontre se cl&#244;t avec l'id&#233;e de porter au SMSI les questions de propri&#233;t&#233; intellectuelle qui en &#233;taient absentes&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;. C'est cette entr&#233;e par le refus de l'enfermement du code logiciel et des cr&#233;ations qui a sem&#233; les premi&#232;res graines d'une pens&#233;e d&#233;gag&#233;e du carcan propri&#233;tariste, m&#234;me si &#224; l'&#233;poque nous ne parlions pas encore de &#171; communs &#187;.&lt;br /&gt;
Le v&#233;ritable tournant conceptuel est venu deux ans plus tard, lorsque nous avons organis&#233; de nouveau &#224; Paris une rencontre internationale intitul&#233;e &#171; Le d&#233;veloppement face au bien commun de l'information et &#224; la propri&#233;t&#233; intellectuelle&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt; &#187;, &#224; laquelle ont particip&#233; des promoteurs du m&#233;dicament g&#233;n&#233;rique, de la science ouverte, du logiciel libre, ou encore des semences libres. L'information en partage au service du d&#233;veloppement des connaissances constituait le fil rouge de cette rencontre. Qu'il s'agisse du g&#233;nome d'une plante, du code d'un logiciel, ou du principe d'un m&#233;dicament, nous partions du constat que leur enfermement dans des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle sans cesse &#233;tendus nuisaient aux paysans, prisonniers de semences qu'ils n'avaient pas le droit de replanter, aux malades, priv&#233;s de traitement rendus trop couteux, &#224; la recherche, limit&#233;e dans son acc&#232;s aux savoirs.&lt;br /&gt;
La m&#234;me ann&#233;e, le regrett&#233; Philippe Aigrain publie &#171; Cause commune, l'information entre bien commun et propri&#233;t&#233; &#187; premier ouvrage francophone consacr&#233; au sujet, qui fera date. Quelques ann&#233;es plus tard, il sera avec Vecam l'un des fondateurs du r&#233;seau francophone des communs.&lt;br /&gt;
Signe que la pens&#233;e n'&#233;tait pas encore aboutie, nous parlions alors de &#171; bien commun &#187; au singulier, synonyme d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, confondu avec les communs au pluriel, c'est &#224; dire des ressources partag&#233;es et g&#233;r&#233;es par un collectif qui en assure la gouvernance et la protection.&lt;br /&gt;
C'est progressivement, et notamment au contact de la pens&#233;e d'Elinor Ostrom qu'Herv&#233; Le Crosnier, autre membre de Vecam, lisait d&#233;j&#224; avant son prix Nobel de 2009, que nous avons pris conscience de toute la port&#233;e heuristique du concept de communs. Notre regard s'est progressivement d&#233;centr&#233; de la ressource et des conditions de son partage, pour mieux s'int&#233;resser &#224; la dynamique sociale qui l'accompagne.&lt;br /&gt;
Par la suite, notamment en co-organisant deux festivals internationaux &#8211; &#171; Villes en biens communs &#187; et &#171; Le Temps des communs &#187;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt; &#8211;, nous avons continu&#233; &#224; pousser la question des communs dans l'espace public, montrant en quoi ils fournissent un cadre th&#233;orique partag&#233; &#224; un large &#233;ventail d'initiatives citoyennes. Depuis les communs ont pris leur envol si je puis dire, et sont aujourd'hui port&#233;s et appropri&#233;s &#224; la fois par de nombreux travaux acad&#233;miques et dans une multiplicit&#233; d'ar&#232;nes.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_60 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image091.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image091.jpg?1732201436' width='500' height='287' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les enclosures du XVIII&#232; si&#232;cle ont d&#233;truit les communs, cr&#233;&#233; des parcelles. La soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale renforce &#224; l'extr&#234;me cette privatisation et cette individualisation au point que les luttes pour l'&#233;mancipation en sont venues &#224; se concurrencer et &#224; se fragiliser. Et &#224; concurrencer l'&#233;mancipation collective, &#224; la r&#233;duire &#224; une &#233;mancipation de chacun sur sa &#171; parcelle &#187;.&lt;br /&gt;
Les communs dans cette situation ne devrait-il pas alors de d&#233;passer cet enfermement sur des valeurs en concurrence ? Et s'appuyer sur des valeurs plus globales, tout en s'assurant que chacune des valeurs individuelles soit respect&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autrefois et parfois encore aujourd'hui, on appelait &#224; gauche &#224; &#171; la convergence des luttes &#187; pour d&#233;passer cette parcellisation des &#233;mancipations que vous &#233;voquez. Je n'aime pas tellement cette expression. Mis &#224; part son c&#244;t&#233; surann&#233;, deux raisons &#224; cela. D'une part elle repose sur une vision d&#233;fensive et guerri&#232;re l&#224; ou je crois que nous avons d'abord besoin d'imaginaires et d'alternatives, ce qui ne veut pas dire pour autant absence de conflictualit&#233; ou d'enjeux de pouvoirs, mais c'est l'horizon de sens porteur d'espoir qui nous manque avant tout dans la p&#233;riode de grand d&#233;sarroi intellectuel et politique que nous traversons. D'autre part, l'id&#233;e de convergence inscrit dans nos repr&#233;sentations mentales l'id&#233;e d'unicit&#233;, gommant ainsi toute la complexit&#233; li&#233;e &#224; la diversit&#233; des moteurs de l'engagement individuel et collectif, obfuscant en quelque sorte les d&#233;saccords internes aux mouvements sociaux. Il nous faut au contraire construire un espace mental politique rizhomatique, dans lequel les collectifs d'action s'assemblent et se d&#233;sassemblent en fonction des objets sur lesquels ils portent leur attention et leur capacit&#233; cr&#233;ative.&lt;br /&gt;
C'est l&#224;, &#224; mes yeux, toute la beaut&#233; et la fragilit&#233; des communs. C'est un concept qui n'&#233;crase pas la diversit&#233; mais l'encourage. De plus il n'y a pas de hi&#233;rarchie entre les collectifs de communs, d'objet noble ou non. Elinor Ostrom prenait souvent en exemple de &#171; commun &#187; le collectif de voisins qui &#233;tablit des r&#232;gles de stationnement dans les espaces d&#233;neig&#233;s pendant le long hiver du nord de l'Am&#233;rique. Ce &#171; micro-commun &#187; ordinaire, infra politique, participe &#224; sa mani&#232;re &#224; introduire du collectif et du partage dans le quotidien de ces habitants. &#192; l'autre bout, une r&#233;flexion mondialis&#233;e est indispensable pour par exemple sanctuariser l'espace et en faire un commun, au lieu que ne prosp&#232;re dans la &#171; res nullius &#187; actuelle les app&#233;tits des lanceurs de satellite qui transforment l'espace en gigantesque poubelle &#224; ciel plus qu'ouvert et sans ramassage ! Entre les communs d'extr&#234;me proximit&#233; du quotidien et les communs universels &#224; construire, il existe une infinit&#233; de communs &#224; relier, &#224; articuler, &#224; faire r&#233;sonner les uns avec les autres. J'&#233;voquais tout &#224; l'heure ce colloque fondateur de 2005. Il illustre bien mon propos : les militants du m&#233;dicament, du logiciel, des semences ou de la science ouverte n'avaient jamais jusque-l&#224; pris conscience de participer &#224; une m&#234;me logique de construction de communs. Cette prise de conscience ne les a pas conduit &#224; abandonner la sp&#233;cificit&#233; de leur engagement mais leur a fourni un horizon partag&#233; qui l&#233;gitimise d'autant plus leur action.&lt;br /&gt;
En zoomant sur ce qui se passe dans les territoires, on observe des dynamiques collectives d'innovation sociale qui se d&#233;ploient soit de mani&#232;re palliative ou r&#233;paratrice face aux reculs des services publics et &#224; l'ineffectivit&#233; des services priv&#233;s, soit en mode cr&#233;atif pour inventer les r&#233;ponses dont nous avons besoin face aux enjeux contemporains, notamment &#233;cologiques. C'est dans ces dynamiques que s'inscrivent bon nombre d'acteurs de l'&#233;conomie sociale et solidaire de proximit&#233; ainsi que les collectifs de &#171; commoners &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:22px;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le du num&#233;rique sous domination n&#233;olib&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Comment les politiques r&#233;gulant les technologies num&#233;riques peuvent-elles aider &#224; r&#233;pondre aux menaces sur la d&#233;mocratie tr&#232;s r&#233;elles de nos jours ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les technologies num&#233;riques jouent un r&#244;le consid&#233;rable non pas tant dans la diversification que dans l'amplification des menaces qui p&#232;sent sur la d&#233;mocratie. &#192; cet &#233;gard, il faut distinguer deux grands ensembles de technologies.&lt;br /&gt;
D'une part des technologies pens&#233;es &#224; des fins de s&#233;curit&#233; et qui aujourd'hui nourrissent directement une surveillance de masse, je pense notamment &#224; la reconnaissance faciale, mais aussi &#224; des logiciels comme P&#233;gasus, qui permet d'espionner les t&#233;l&#233;phones mobiles.&lt;br /&gt;
D'autre part des technologies qui poursuivent des finalit&#233;s sans rapport avec la s&#233;curit&#233; mais qui de fait peuvent contribuer &#224; tisser une infrastructure de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e. En poursuivant des objectifs tous plus l&#233;gitimes les uns que les autres, comme la lutte contre la fraude, la recherche m&#233;dicale ou la simplification des d&#233;marches administratives, les &#201;tats mettent en place un maillage de traitements informatiques contenant des donn&#233;es &#224; caract&#232;re personnel toujours plus nombreux.&lt;br /&gt;
Ceux-ci ne posent pas de probl&#232;mes tant que les proc&#233;dures de s&#233;curit&#233; sont respect&#233;es, ce qui n'est pas toujours le cas quand on voit le nombre d'h&#244;pitaux, pour ne citer que cet exemple, qui sont victimes de cyberattaques, et surtout tant que nos gouvernements conservent un caract&#232;re d&#233;mocratique effectif. Quand je vois qu'un pr&#233;sident des &#201;tats-Unis est capable de d&#233;truire des documents classifi&#233;s ou d'encourager l'assaut du Capitole, croyez-vous que demain un homologue fait du m&#234;me bois se g&#234;nerait pour aller consulter des bases de donn&#233;es publiques, par exemple pour recueillir des donn&#233;es m&#233;dicales sur ses concurrents, ou pour organiser des actions discriminantes contre des cat&#233;gories de population qui ne cadrent pas avec son projet id&#233;ologique ? Les effets politiques de notre &#233;difice technologique d&#233;pendent de la solidit&#233; d&#233;mocratique de nos institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_61 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image090.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image090.jpg?1732201439' width='500' height='272' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L'exemple du tourisme marchand est int&#233;ressant pour analyser le poids du num&#233;rique (sous domination des plateformes, et dans le contexte de la mondialisation) sur la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
A 15 ans de distance, des villes touristiques comme Syracuse en &#233;t&#233;, sont totalement transform&#233;es et d&#233;natur&#233;es par les plateformes type AirBnB, symbole de cet impact catastrophique sur le monde des villes et du tourisme.&lt;br /&gt;
En prenant aussi l'exemple des r&#233;seaux sociaux type Facebook, comme v&#233;hicule de valeurs de haine, de m&#233;pris pour la notion de v&#233;rit&#233;...&lt;br /&gt;
Mais il ne faut pas juger &#171; le num&#233;rique &#187; en soi, au risque de reporter sur l'outil les d&#233;fauts du contexte social dans lequel il est mis en &#339;uvre.&lt;br /&gt;
Comment jugez-vous le r&#244;le du num&#233;rique, domin&#233; comme il l'est actuellement par les plateformes et l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale ?&lt;br /&gt;
Ne joue-t-il pas dans ces conditions un r&#244;le non n&#233;gligeable dans cette destruction des liens sociaux et des valeurs de convivialit&#233; au sens de vivre ensemble ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;viterais de parler &#171; du num&#233;rique &#187; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rique. Les technologies num&#233;riques sont plurielles, leurs concepteurs, leurs mod&#232;les &#233;conomiques, leurs usages, leurs r&#233;gulations tout autant. Le singulier tend &#224; essentialiser les effets produits par les technologies quand elles rencontrent nos pratiques. De m&#234;me accuser les outils de communication de la destruction de liens sociaux est un proc&#232;s qui remonte&#8230; au t&#233;l&#233;phone ! Et nous n'avons jamais autant communiqu&#233;, &#233;chang&#233;, interagi qu'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple des plateformes comme AirBnB nous oblige &#224; penser la complexit&#233;. L'intention de ses concepteurs n'a certainement pas &#233;t&#233; de d&#233;figurer des villes par le tourisme, mais &#8211; et je crois &#224; une forme de sinc&#233;rit&#233; dans les premi&#232;res publicit&#233;s de ce service &#8211; au contraire de d&#233;mocratiser les voyages, de secouer un secteur h&#244;telier dont la qualit&#233; de service laissait globalement &#224; d&#233;sirer, et d'inventer une mani&#232;re de voyager plus authentique, nourrie de rencontres, tout en procurant un revenu &#224; des personnes qui pouvaient avoir besoin. On sait ce qu'il en est advenu : les logements chez l'habitant sont devenus portion congrue pendant que fleurissaient dans les m&#233;tropoles les offres de multipropri&#233;taires, v&#233;ritables petits entrepreneurs touristiques &#233;chappant aux contraintes fiscales et r&#233;glementaires, contribuant ainsi &#224; une explosion des prix de l'immobilier et &#224; chasser les habitants des centre-villes. Aujourd'hui un grand nombre de ces m&#233;tropoles ont r&#233;agi en mettant en place des limitations &#224; ces pratiques, soutenues parfois &#224; l'&#233;chelle nationale par des projets de lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir plusieurs lectures de cette d&#233;rive. La premi&#232;re consiste &#224; en faire porter la responsabilit&#233; sur &#171; le num&#233;rique &#187;, alors que la technologie n'a que trop bien rempli son office, c'est &#224; dire d&#233;mocratiser le tourisme. Je lui pr&#233;f&#232;re une seconde qui renvoie les acteurs publics &#224; leurs responsabilit&#233;s. Les cr&#233;ateurs de ce type de services n'ont jamais cach&#233; leur inscription dans un capitalisme n&#233;olib&#233;ral, celui qui r&#232;gne dans la Silicon Valley, et ils ont pouss&#233; leur jeu, celui qui consiste &#224; asseoir par tous les moyens une position quasi monopolistique et &#224; maximiser leurs profits. En revanche face &#224; eux, les acteurs publics ont longtemps laiss&#233; prosp&#233;rer ces pratiques sans les encadrer, fascin&#233;s par le monde des start-ups. &#192; cet &#233;gard la messe n'est pas dite, quand on voit les d&#233;bats r&#233;cents autour d'un amendement gliss&#233; dans la loi de finance 2024 pr&#233;voyant une diminution importante de l'abattement fiscal dont b&#233;n&#233;ficient les propri&#233;taires de meubl&#233;s de tourisme, amendement auquel le gouvernement s'est oppos&#233;. Il est int&#233;ressant de comparer la politique d'encadrement d'une ville comme Barcelone, mise en place par une maire, Ada Colao, venue des mouvements pour le droit au logement et celle minimaliste d'une ville comme Milan, qui adh&#232;re au prisme lib&#233;ral dans lequel s'inscrivent ces entreprises. La question n'est une fois de plus pas tellement technologique mais &#233;minemment politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, il est certes de nombreux usages des technologies que l'on peut regretter &#8211; complotisme, fake news, harc&#232;lement&#8230; &#8211;. Mais d'une part je ne voudrais pas que ceux-ci nous am&#232;nent &#224; oublier tout ce qu'elles ont aussi apport&#233; d'int&#233;ressant dans nos vies. Je pense ici &#224; la capacit&#233; &#224; garder des liens faibles et &#224; interagir avec un cercle &#233;largi de personnes ; ou &#224; l'acc&#232;s d&#233;cupl&#233; &#224; l'information, instaurant une dose de transparence dans nos soci&#233;t&#233;s, et &#224; une multitude de connaissances r&#233;serv&#233;es jusqu'ici &#224; une &#233;lite ; ou encore &#224; la capacit&#233; pour tout un chacun de devenir producteur d'information, que celle-ci prenne la forme d'un simple emoticon, d'une photo ou, en version plus &#233;labor&#233;e, d'un tuto. D'autre part, apr&#232;s une phase &#171; far west &#187; qui a grosso modo dur&#233; des ann&#233;es 1990 aux ann&#233;es 2010, on assiste &#224; un retour du politique et des r&#233;gulations, en Europe pour le moins. Le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral de protection des donn&#233;es (RGPD) en a &#233;t&#233; le premier v&#233;hicule, et la floraison de textes r&#233;cemment adopt&#233;s ou en cours d'adoption &#8211; DGA, DSA, DMA, IA Act&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;, data act &#8211; en sont la traduction. Si ces textes sont loin d'&#234;tre parfaits, ils constituent un tournant essentiel. Il nous faut collectivement encore et toujours politiser les technologies, c'est &#224; dire les mettre en d&#233;bat dans l'espace public, plut&#244;t que de les laisser aux mains de leurs concepteurs et promoteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La question se pose de savoir comment le potentiel &#233;norme du num&#233;rique pourrait &#234;tre mieux utilis&#233; pour :&lt;br /&gt;
&#8226; Corriger des d&#233;fauts et des d&#233;rives criantes du num&#233;rique de plateformes marchandes. Pouvez-vous nous pr&#233;senter des axes de progr&#232;s envisag&#233;s, des initiatives dans ce sens ?&lt;br /&gt;
&#8226; Aider, via les technologies num&#233;riques, &#224; cr&#233;er des usages plus prometteurs et humanistes dans le contexte actuel d'une soci&#233;t&#233; marchande et domin&#233;e par les plateformes.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous pr&#233;senter des initiatives dans ce sens, des exemples ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons tirer deux fils rouges me semble-t-il. D'une part, encourager les initiatives alternatives &#224; l'approche purement capitalistique, lorsqu'elles peuvent trouver un mod&#232;le &#233;conomique, ce qui n'est pas le plus simple. De la m&#234;me mani&#232;re que Wikipedia a r&#233;ussi &#224; proposer une alternative mondialis&#233;e et d'acc&#232;s libre aux encyclop&#233;dies historiques inaccessibles, ou qu'OpenStreetMap offre une option libre &#224; Google Maps, il faut encourager et accompagner des alternatives dans un nombre toujours plus large de secteurs. Je pense aux &#171; Licoornes &#187;, ces coop&#233;ratives qui se d&#233;ploient dans le champ de l'&#233;nergie, avec Enercoop, de la mobilit&#233;, avec MobiCoop et Railcoop, etc. Elles ont toutes pour point commun de remettre en cause le prisme propr&#233;tariste d'une mani&#232;re ou d'une autre &#8211; propri&#233;t&#233; des moyens de production, propri&#233;t&#233; des cr&#233;ations. Dans le domaine touristique, je pense aux &#171; Oiseaux de passage &#187; ou &#224; &#171; Fairbnb.coop &#187;.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, toute l'&#233;conomie n'ayant pas vocation &#224; basculer (au moins &#224; moyen terme !) dans l'&#233;conomie sociale et solidaire, un encadrement des innovations technologiques doit &#234;tre mis en place de fa&#231;on it&#233;rative et d&#233;licate, de mani&#232;re &#224; ne pas brider la cr&#233;ativit&#233; trop t&#244;t, &#224; ne pas nous priver de ce que les technologies peuvent nous apporter de positif.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;1 vecam.org Apr&#232;s 25 ans d'engagements, ... &lt;br class='autobr' /&gt;
2 April est la principale association de promotion et de d&#233;fense du logiciel libre dans l'espace francophone. april.org&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Compte rendu journalistique de la rencontre transfert.net/Sommet-mondial-sur-la-societe-de-l&lt;br class='autobr' /&gt;
4 La rencontre a donn&#233; lieu &#224; la publication d'un ouvrage chez C&amp;F &#233;ditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
5 En 2013 et 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
6 Data Governance Act ; Digital Service Act ;Digital market Act ; Articial Intelligence Act&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - D&#233;cembre 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Une recherche sur le potentiel de transformation sociale des communs</title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/article/une-recherche-sur-le-potentiel-de-transformation-sociale-des-communs</link>
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		<dc:date>2024-11-27T08:11:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La recherche d'Herv&#233; Defalvard porte sur le potentiel de transformation radicale et d&#233;mocratique que repr&#233;sentent les Communs dans notre monde en complet bouleversement. Les territoires sont les lieux o&#249; se manifestent les destructions induites par le capitalisme, o&#249; s'expriment les luttes et le potentiel des communs. Ils portent une dimension politique unique du fait de leur objet (la d&#233;fense collective et d&#233;mocratique des droits d'une communaut&#233; attach&#233;e &#224; la durabilit&#233; de ressources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_2_image072.jpg?1732626425' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La recherche d'Herv&#233; Defalvard porte sur le potentiel de transformation radicale et d&#233;mocratique que repr&#233;sentent les Communs dans notre monde en complet bouleversement. Les territoires sont les lieux o&#249; se manifestent les destructions induites par le capitalisme, o&#249; s'expriment les luttes et le potentiel des communs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils portent une dimension politique unique du fait de leur objet (la d&#233;fense collective et d&#233;mocratique des droits d'une communaut&#233; attach&#233;e &#224; la durabilit&#233; de ressources menac&#233;es), de leur capacit&#233; &#224; associer divers acteurs dans ces communaut&#233;s dans l'action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;La soci&#233;t&#233; du commun et la conqu&#234;te de l'h&#233;g&#233;monie face au n&#233;o lib&#233;ralisme&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Votre livre &#171; La soci&#233;t&#233; du commun, Pour une &#233;cologie politique et culturelle des territoires &#187; cherche &#224; montrer comment les Communs peuvent &#234;tre une strat&#233;gie pour sortir du n&#233;olib&#233;ralisme comme derni&#232;re version du capitalisme.&lt;br /&gt;
Vous introduisez d&#232;s le d&#233;part un &#233;l&#233;ment cl&#233; de votre r&#233;flexion : la notion d'&#171; h&#233;g&#233;monie &#187; que vous empruntez &#224; Gramsci. Ainsi la bourgeoisie a su, tout au long des 17&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles en France face &#224; la soci&#233;t&#233; aristocratique et &#224; l'absolutisme, construire les bases mat&#233;rielles, id&#233;ologiques, culturelles... de sa puissance et conqu&#233;rir l'h&#233;g&#233;monie qui lui a permis de conqu&#233;rir le pouvoir politique et le consolider tout au long du 19&#232;me si&#232;cle.&lt;br /&gt;
De m&#234;me, face &#224; la strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale visant une extension illimit&#233;e de la marchandisation du monde et de la domination de la nature, le mouvement de r&#233;sistance &#224; cette h&#233;g&#233;monie n&#233;o lib&#233;rale aurait, par les communs, &#224; conqu&#233;rir une forme d'h&#233;g&#233;monie au b&#233;n&#233;fice du vivant.&lt;br /&gt;
Cet exemple illustre-t-il votre position ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, ce parall&#232;le est juste, &#224; manier avec pr&#233;caution car les conditions ne sont pas identiques. La critique du syst&#232;me dominant actuel, le n&#233;olib&#233;ralisme, m'a conduit &#224; cet emprunt du concept d'h&#233;g&#233;monie &#224; Gramsci, ainsi que des concepts de &#171; bloc historique &#187; (qui structure la soci&#233;t&#233; en infrastructure, soci&#233;t&#233; civile et soci&#233;t&#233; politique), celui d'intellectuel organique (reli&#233; &#224; des forces sociales), de crise h&#233;g&#233;monique. Cela donne une architecture, une colonne vert&#233;brale au livre.&lt;br /&gt;
Je prolonge ces concepts en utilisant celui de &#171; subsomption &#187; formelle et r&#233;elle de Marx : la soci&#233;t&#233; bourgeoise a r&#233;alis&#233; cette subsomption formelle au sein du bloc historique qu'&#233;tait l'ancien r&#233;gime, pour, lorsque sa puissance avec les manufactures et la diffusion de ses valeurs ont &#233;t&#233; suffisantes, lui substituer un nouveau bloc historique. Je d&#233;fends l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; des communs pourrait constituer le nouveau bloc contre-h&#233;g&#233;monique op&#233;rant une subsomption r&#233;elle en se substituant au bloc n&#233;olib&#233;ral (on revient &#224; Gramsci).&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Cette h&#233;g&#233;monie serait donc &#224; acqu&#233;rir dans chaque domaine de la vie sociale, avec tous les outils &#224; la disposition de la soci&#233;t&#233; et &#224; toutes les &#233;chelles territoriales ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, d'ailleurs Gramsci sort en partie du mat&#233;rialisme historique, et en tous cas de la surd&#233;termination de la soci&#233;t&#233; civile et politique par l'infrastructure : il affirme le r&#244;le de l'intellectuel au sein de la soci&#233;t&#233; civile dans la r&#233;alisation d'une alternative soci&#233;tale. Mais c'est au niveau de l'infrastructure (et des rapports sociaux de production et d'&#233;change) que se situe la premi&#232;re bataille contre le capitalisme. Elle a deux volets :&lt;br /&gt;
D'une part au niveau des rapports sociaux de production et d'&#233;change, pour substituer des rapports alternatifs aux anciens : par exemple, la lutte &#224; Notre Dame des Landes, o&#249; la substitution d'une zone humide (repr&#233;sentant le vivant) &#224; l'a&#233;roport (image du capitalisme) est tr&#232;s symbolique. Elle a deux aspects d&#233;fensifs et offensifs.&lt;br /&gt;
D'autre part au niveau de la production et la diffusion des id&#233;es : il y a interaction entre pens&#233;e et lutte ; cette production des id&#233;es se fait par une alliance entre des activistes ou acteurs militants et des chercheurs ou intellectuels, de la soci&#233;t&#233; civile, qui s'allient pour porter ces nouvelles id&#233;es et chercher des d&#233;bouch&#233;s politiques.&lt;br /&gt;
Il y a une co d&#233;termination des trois volets ; mais comme le pense Marx et Gramsci, la soci&#233;t&#233; politique est touch&#233;e en dernier par l'&#233;volution, elle va r&#233;sister longtemps &#224; la pouss&#233;e r&#233;volutionnaire. Il peut y avoir des petites conqu&#234;tes au cours du temps, mais l'inertie institutionnelle est forte. Aussi c'est dans les marges de l'ensemble de ces composantes que la lutte peut &#234;tre men&#233;e : ainsi, nous avons cherch&#233; &#224; introduire dans le droit des notions li&#233;es aux biens communs en pr&#233;parant avec des d&#233;put&#233;s un projet de loi d&#233;battu &#224; l'Assembl&#233;e Nationale.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_65 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/local/cache-vignettes/L400xH591/cahiers_2_image003-7e114.jpg?1732846854' width='400' height='591' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Il me semble que le raisonnement le plus facile &#224; faire accepter pour pr&#233;senter la strat&#233;gie des communs, ce n'est pas de faire r&#233;f&#233;rence &#224; Marx et &#224; Gramsci, mais de partir d'une analyse concr&#232;te de la r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le livre ne propose pas de raisonner autrement !&lt;br /&gt;
Et c'est d'ailleurs l'objet d'une actualisation de la pens&#233;e de Gramsci. Car les luttes n'ont plus pour &#233;picentre l'usine (avec la perspective du socialisme) mais pour lieu les territoires. Dans les luttes, la dimension &#233;cologique devient premi&#232;re, et si elle devient une lutte contre le capital, c'est par rapport &#224; la dimension &#233;cocide du capitalisme. En faisant un tour de France des territoires solidaires et des communs, j'ai pu observer ce changement : dans un village proche de Cluny, un collectif lutte contre l'extension d'une carri&#232;re ; dans l'Orne, c'est contre l'&#233;largissement d'une nationale en deux fois deux voies. Ce n'est plus dans les usines que se d&#233;roulent principalement les luttes et lorsqu'elles s'y d&#233;roulent leur victoire d&#233;pend beaucoup de leur capacit&#233; &#224; se relier aux enjeux du territoire.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Et pourquoi selon vous cette &#233;volution, &#233;trange du point de vue marxiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Il n'y a pas d'analyse de ce passage dans le livre, mais on peut exprimer deux raisons :&lt;br /&gt;
D'une part, la d&#233;localisation du travail vers le Sud a consid&#233;rablement r&#233;duit le nombre d'usines dans les pays d&#233;velopp&#233;s, o&#249;, par ailleurs, le travail s'est pr&#233;caris&#233; (par exemple, les livreurs de Deliveroo) et s'effectue de plus en plus hors de l'usine. Cela explique la fin de l'usine, mais pas pourquoi le territoire est devenu le lieu des luttes.&lt;br /&gt;
D'autre part, si en Europe, le capitalisme a am&#233;lior&#233; les conditions de vie des populations, avec la destruction de la biodiversit&#233;, la rar&#233;faction des ressources, la transformation du climat, il a profond&#233;ment d&#233;truit l'habitabilit&#233; de la Terre, des territoires. Le vivant, c'est le territoire, d'o&#249; leur r&#244;le &#233;minent dans la lutte pour la vie.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement des communs et les territoires en commun&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;crivez les Communs &#224; partir de leur histoire : la r&#233;action au d&#233;but des ann&#233;es 1980 contre les privatisations du vivant et du num&#233;rique ; celles des ann&#233;es 2010 vis-&#224;-vis des enclosures n&#233;olib&#233;rales portant sur la vie sociale et urbaine.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous pr&#233;senter cette id&#233;e de Communs et r&#233;sumer son &#233;volution ? Comment situez-vous les grands communs &#171; mondiaux &#187; que sont le climat, la biodiversit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous constatons un renouveau des communs, mais ceux-ci &#233;taient d&#233;j&#224; &#224; la base des soci&#233;t&#233;s traditionnelles qui g&#233;raient selon ce mode collectif les ressources naturelles (l'eau, les for&#234;ts, les p&#226;turages). Le capitalisme, en d&#233;truisant les communs par ses enclosures, a profond&#233;ment d&#233;truits ces modes de gestion. Sous sa forme coloniale, il a poursuivi cette &#233;radication dans les pays colonis&#233;s. Ce ph&#233;nom&#232;ne de marchandisation, d&#233;velopp&#233; avec la complicit&#233; de l'&#201;tat, a &#233;t&#233; d&#233;crit par Marx.&lt;br /&gt;
Deux facteurs expliquent le renouveau des communs : dans les ann&#233;es 1980, la volont&#233; de main mise par divers groupes sur la propri&#233;t&#233; des logiciels (par exemple, en 1980 le Copyright Act donne aux cr&#233;ateurs de logiciels le contr&#244;le sur la copie, la vente et la location de leurs &#339;uvres sous certaines conditions) provoque une r&#233;sistance importante et la naissance des communs num&#233;riques prot&#233;geant leur ouverture par diverses licences.&lt;br /&gt;
De m&#234;me, les tentatives de breveter des semences par des groupes comme Monsanto visent &#224; mettre la main sur le vivant : les r&#233;sistances paysannes obtiennent le principe de non appropriation du vivant, consid&#233;r&#233; comme bien commun.&lt;br /&gt;
Une seconde vague d'enclosure et d'appropriation priv&#233;e de biens communs va porter sur les for&#234;ts (ressource commune des peuples d'Amazonie, par exemple) et sur le sous-sol va provoquer des r&#233;sistances de communaut&#233;s organis&#233;es pour g&#233;rer ces ressources au nom des communs.&lt;br /&gt;
La troisi&#232;me vague se d&#233;veloppe d&#232;s 2010 et concerne la r&#233;sistance contre les transferts de biens publics vers le priv&#233; : l'exemple embl&#233;matique est l'occupation en 2010 d'un th&#233;&#226;tre public &#224; Rome qui fait &#233;chec &#224; la tentative de la ville de le c&#233;der au priv&#233;. On voit ainsi la naissance de communs urbains.&lt;br /&gt;
Chacun de ces communs sont diff&#233;rents. Mais la chercheuse am&#233;ricaine, Elinor Ostrom, qui obtiendra pour cela le prix Nobel, met en &#233;vidence leur structure commune qui d&#233;finit les communs : pour d&#233;fendre une ressource menac&#233;e que sont les biens communs, une Communaut&#233; se cr&#233;e, se dote de r&#232;gles et d'une gouvernance d&#233;mocratique permettant la gestion durable de la ressource menac&#233;e. Les communs sont des alternatives &#224; la fois au march&#233; et &#224; l'&#201;tat, constitu&#233;s par leur mission sp&#233;cifique : la d&#233;fense de la durabilit&#233; d'un bien commun menac&#233;.&lt;br /&gt;
Dans le renouveau des communs, ce qui est nouveau, c'est leur dimension politique : ils se posent comme alternative politique &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste et &#224; l'&#201;tat pour prot&#233;ger les ressources que le capitalisme menace. Deux autres attributs doivent &#234;tre signal&#233;s :&lt;br /&gt;
&#8226; Une sorte de gouvernement de l'immanence : cette communaut&#233; met en place un gouvernement d&#233;mocratique du &#171; faire en commun &#187;, o&#249; chacun est &#224; &#233;galit&#233;. &#171; Ce sont ceux qui font qui d&#233;cident &#187;. Ainsi lors du COVID, il fallait que des personnes agissent ensemble et &#224; &#233;galit&#233;, dans une urgence d&#233;mocratique, pour faire fonctionner la cha&#238;ne des n&#233;cessit&#233;s vitales.&lt;br /&gt;
&#8226; Un universalisme non align&#233; : les communs d&#233;fendent l'acc&#232;s (au) et les usages durables des ressources sous la forme de droits fondamentaux universels, mais pas uniformes, c'est-&#224;-dire en prenant en compte les diversit&#233;s concr&#232;tes n&#233;es de l'histoire. Aucun territoire ne cherche &#224; aligner les autres.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_63 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image057.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image057.jpg?1732626749' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Toutes les sp&#233;cificit&#233;s ne sont pas gomm&#233;es comme pourrait le faire le capital financier, qui va r&#233;duire les relations humaines concr&#232;tes en un chiffre unique : une plus-value.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, les communs s'organisent pour qu'il y ait une possibilit&#233; d'&#233;panouissement, de ce que j'appelle une &#171; plus-value de vie &#187; sur les territoires (vie des humains comme des non humains) qui s'oppose &#224; la plus-value du capital.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les notions d'&#171; &#233;chelle de communalit&#233; &#187; d&#233;velopp&#233;es sous la direction de Judith Rochfeld sont extr&#234;mement utiles pour renouveler le droit bien s&#251;r, mais aussi pour tracer une route strat&#233;gique sur le chemin de la transformation, positionner les divers efforts des acteurs.&lt;br /&gt;
Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le droit en France, avec notre code Napol&#233;on, est un verrou : il existe des pays plus ouverts au communs que la France. Il y a donc un enjeu strat&#233;gique &#224; faire sauter ce verrou. L'un des avantages de l'&#233;chelle de Communalit&#233; promue notamment par Judith Rochfeld est d'abord qu'elle permet de sortir de la querelle entre public et priv&#233;. C'est aussi de permettre d'&#234;tre proche des r&#233;alit&#233;s, de leur complexit&#233;, et de pouvoir s'adapter souplement. J'en discute dans le livre.&lt;br /&gt;
Il y a dix ans, beaucoup de partisans des communs pouvaient nous dire que &#171; non, d&#232;s qu'il y avait une collectivit&#233; territoriale, on n'&#233;tait plus dans un commun, parce que c'&#233;tait soit public, soit commun, on ne pouvait pas avoir les deux &#187;. L'&#233;chelle de communalit&#233; permet d'avoir cette souplesse et de concevoir des communs qui peuvent &#234;tre port&#233;s avec des collectivit&#233;s publiques locales.&lt;br /&gt;
La ville de Thiers a souhait&#233; passer d'une gestion &#171; publique &#8211; priv&#233; &#187; organis&#233;e avec le groupe Saur, &#224; une r&#233;gie municipale de l'Eau &#233;tendue &#224; l'&#233;chelle intercommunale, mais sous la forme d'un commun. Qu'est-ce que cela signifie ?&lt;br /&gt;
&#8226; Que les diff&#233;rents usages peuvent &#234;tre d&#233;battus, et valid&#233;s collectivement.&lt;br /&gt;
&#8226; Que les divers usagers (agriculteurs, industriels, habitants des quartiers comme ceux qui ont des piscines) doivent discuter de l'&#233;volution de leurs usages pour r&#233;pondre &#224; la rar&#233;faction de l'Eau sur le territoire qui est maintenant r&#233;guli&#232;rement en stress hydrique.&lt;br /&gt;
&#8226; Que cela peut d&#233;boucher sur des tarifs diff&#233;renci&#233;s de l'Eau.&lt;br /&gt;
&#8226; Qu'il faut imaginer une gouvernance d&#233;mocratique de cette ressource.&lt;br /&gt;
L'&#233;chelle de communalit&#233; permet d'imaginer ce type de gouvernance d&#233;mocratique. Le droit est un enjeu majeur dans notre lutte, mais il ne change que si les forces sociales sont au rendez-vous, que s'il y a un rapport de force pour le faire &#233;voluer.&lt;br /&gt;
Je pr&#233;sente dans le livre la lutte tr&#232;s dure d'un collectif &#171; Douar Didoull &#187; dans une for&#234;t bretonne, pour conserver un droit d'usage en commun d'une for&#234;t, remis en cause par la vente par l'&#201;tat &#224; un Groupe australien Variscan Mines d'un &#171; permis exclusif de recherche mini&#232;re &#187;. L'&#201;tat a &#233;t&#233; oblig&#233; de rembourser Variscan et la for&#234;t est rest&#233;e for&#234;t domaniale.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez : &#171; C'est en sortant de l'entre-soi de l'ESS que l' &#171; ESS en commun &#187; construit le territoire en commun comme sa raison d'&#234;tre &#187;.&lt;br /&gt;
Comment situez-vous l'ESS vis-&#224;-vis des communs ? Qu'appelez-vous &#171; ESS en commun &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Cette rencontre entre l'ESS et les communs est tr&#232;s importante. Apr&#232;s le prix Nobel d'Elinor Ostrom en 2009, lorsque les communs ont commenc&#233; &#224; &#234;tre diffus&#233;s dans la soci&#233;t&#233; civile et l'espace intellectuel, beaucoup de personnes dont moi-m&#234;me avons senti que les communs avaient une dimension plus politique que l'ESS, qu'ils pouvaient &#234;tre une alternative au capitalisme.&lt;br /&gt;
Pourquoi ? Parce que la mani&#232;re usuelle de d&#233;finir l'ESS, celle par laquelle elle se d&#233;finit, c'est d'&#234;tre un ensemble d'organisations qui ont des caract&#233;ristiques communes li&#233;es &#224; des statuts (association, mutuelle, coop&#233;rative). Cette d&#233;finition ne permet pas &#224; l'ESS de se positionner comme alternative au capitalisme. Les communs poussent l'ESS &#224; se d&#233;finir dans leur rapport &#224; l'&#233;conomie dominante : on y distingue en fait trois familles. Deux de ces familles participent &#224; l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale.&lt;br /&gt;
Il s'agit d'une part des coop&#233;ratives financiaris&#233;es (les banques coop&#233;ratives, les mutuelles, les grandes coop&#233;ratives agricoles de l'agro-alimentaire, ...). Une partie importante de leurs activit&#233;s d&#233;pend des march&#233;s financiers et se cale sur eux. Une autre partie est satellis&#233;e par l'&#233;tat n&#233;olib&#233;ral, c'est tous les organismes du secteur social et m&#233;dico-social.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui reste ? La partie de l'ESS participant &#224; une &#233;conomie alternative, beaucoup plus r&#233;duite : c'est ce que j'appelle &#171; l'ESS en commun &#187;, qui, sur les territoires, vont s'associer &#224; des collectivit&#233;s et des entreprises classiques, pour d&#233;velopper des strat&#233;gies de mutualisation et de coop&#233;ration pour un d&#233;veloppement durable et solidaire du territoire. Elles ne sont plus dans l'orbite n&#233;olib&#233;rale ; leur r&#233;f&#233;rentiel n'est plus le r&#233;f&#233;rentiel n&#233;olib&#233;ral, mais celui de la valeur pour le territoire.&lt;br /&gt;
Et je prends comme exemple de cette ESS en commun, certains p&#244;les territoriaux de coop&#233;ration &#233;conomique (PTCE) et certaines exp&#233;rimentations de Territoires z&#233;ro ch&#244;meur de longue dur&#233;e. Elles se trouvent associ&#233;es &#224; des organisations d'un autre type (public, priv&#233; classique) avec un objectif de Commun, celui d'un territoire durable, solidaire, qui porte une alternative. L'ESS devient ainsi plus grande qu'elle-m&#234;me. Elle est bouscul&#233;e en quelque sorte par les communs.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_64 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image058.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image058.jpg?1732626758' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;volution de l'entreprenariat est aussi un &#233;l&#233;ment important de la transformation &#224; mener. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Avec des coll&#232;gues du parti communiste, nous avons r&#233;dig&#233; une proposition de loi &#171; Entreprise et Territoire, nouvelle r&#233;gulation d&#233;mocratique &#187;. Il s'agissait de donner un droit aux collectivit&#233;s territoriales sur des entreprises qui pourraient &#234;tre d&#233;localis&#233;es : ce droit de pr&#233;emption deviendrait actif si se constituait un collectif avec un projet de d&#233;veloppement &#233;conomique et social sur le territoire. Ce projet de loi d'exp&#233;rimentation a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; dans une commission du s&#233;nat, mais n'est pas all&#233; plus loin.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le projet de comptabilit&#233; alternative, CARE, est un outil pour mesurer les impacts sociaux et environnementaux que l'activit&#233; de production d'une entreprise peut engendrer. Qu'en pensez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La comptabilit&#233; &#233;cosyst&#233;mique a permis de d&#233;construire le capital d'une entreprise, de ne plus limiter le capital aux seuls capitaux financiers, mais d'y introduire le capital social et environnemental. C'est encourageant. Est-ce que c'est suffisant ? Bien s&#251;r que non. Il faut avoir une vision sur le long terme : la soci&#233;t&#233; bourgeoise a elle-m&#234;me pris le pouvoir sur l'ancien r&#233;gime en l'affaiblissant peu &#224; peu et dans la dur&#233;e. La soci&#233;t&#233; du commun verra le jour &#224; travers un processus de longue haleine.&lt;br /&gt;
Les entreprises &#224; but d'emploi (EBE) sont un exemple de nouveau mode d'entrepreneuriat. Ce n'est plus l'entreprise qui d&#233;cide seule de son activit&#233; sur le march&#233; : les d&#233;cisions strat&#233;giques doivent &#234;tre aussi valid&#233;es par le territoire, c'est-&#224;-dire le comit&#233; local pour l'emploi. C'est une d&#233;cision politique, multifactorielle, multidimensionnelle tendue par la question de l'emploi sur le territoire z&#233;ro ch&#244;meur. Le r&#233;f&#233;rentiel de l'EBE, c'est plus le march&#233;, c'est le territoire, un territoire construit par les acteurs qui sont au sein du comit&#233; local pour l'emploi pr&#233;sid&#233; par le maire de la commune.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Votre id&#233;e centrale concerne la notion de &#171; territoires en commun &#187;. Pour vous, &#171; la subsomption r&#233;elle du capitalisme par les communs interviendra par le d&#233;veloppement de territoires en commun, &#224; partir de leur structure de plus en plus int&#233;grale et translocale &#187;.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous pr&#233;ciser cette strat&#233;gie et ces notions de &#171; territoires en commun &#187; et de &#171; structure de plus en plus int&#233;grale et translocale &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Notre strat&#233;gie est en fait une strat&#233;gie d'encerclement de la grande entreprise et de l'&#201;tat par les territoires ! Les grandes entreprises, avec leurs capacit&#233;s de production, peuvent &#234;tre utiles mais elles doivent &#234;tre adapt&#233;es aux communs : ainsi, en Bretagne, dans la r&#233;gion de Redon, le Parc &#233;olien citoyen a-t-il &#171; encercl&#233; &#187; Enedis, en d&#233;livrant de l'&#233;lectricit&#233; &#224; tout le Canton (8 000 habitants). Si tous les territoires faisaient de m&#234;me, ils auraient le pouvoir d'orienter la production d'&#233;lectricit&#233; et d'&#233;nergie. Ainsi, les d&#233;fenseurs de la for&#234;t et leur collectif Douar Didoull ont-ils encercl&#233; l'entreprise mini&#232;re australienne Variscan. Et &#224; Rome, les d&#233;fenseurs du Th&#233;&#226;tre menac&#233; ont-ils fait reculer la ville.&lt;br /&gt;
Cette strat&#233;gie de l'encerclement est &#224; promouvoir et c'est &#224; fur et &#224; mesure que les territoires en commun peuvent agr&#233;ger leurs forces en ayant une structure de plus en plus int&#233;grale &#8211; recouvrant l'ensemble de nos rapports de production et d'&#233;change &#8211; et de plus en plus translocale &#8211; en reliant l'&#233;chelle locale aux &#233;chelles supra-locales jusque et y compris mondiale&lt;br /&gt;
L'ESS financiaris&#233; et l'ESS a minima peuvent &#234;tre des alli&#233;s disponibles : dans ces grandes banques coop&#233;ratives, il y a des personnes qui refusent la mani&#232;re dont elles ont &#233;volu&#233; et elles souhaitent qu'elles retrouvent un r&#244;le de boussole dans le financement de projets de valeur sur les territoires. On retrouve ainsi l'id&#233;e qu'il faut d'autres r&#233;f&#233;rentiels, par exemple la comptabilit&#233; Care. Et cet encerclement n'aura d'importance que s'il y a un rapport de force av&#233;r&#233; imposant une r&#233;orientation du capital et de l'&#201;tat.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;,&lt;br /&gt;
R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia - D&#233;cembre 2023&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'histoire entrecrois&#233;e du capitalisme num&#233;rique et des communs num&#233;riques </title>
		<link>http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/article/l-histoire-entrecroisee-du-capitalisme-numerique-et-des-communs-numeriques</link>
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		<dc:date>2024-11-25T12:03:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>clem.alx</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'ouvrage Communs et capitalisme num&#233;rique : histoire d'un antagonisme et de quelques affinit&#233;s &#233;lectives de S&#233;bastien Broca trace une double histoire parall&#232;le et enchev&#234;tr&#233;e du capitalisme num&#233;rique, son &#233;conomie politique et des Communs num&#233;riques. Ce qui permet une r&#233;flexion approfondie sur les communs, les communs num&#233;riques et les capacit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration par le capitalisme des dispositifs critiques du syst&#232;me. Mais aussi les capacit&#233;s d'&#233;volution des communs, num&#233;riques ou du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/cahiers_2_image042.jpg?1732197351' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage Communs et capitalisme num&#233;rique : histoire d'un antagonisme et de quelques affinit&#233;s &#233;lectives de S&#233;bastien Broca trace une double histoire parall&#232;le et enchev&#234;tr&#233;e du capitalisme num&#233;rique, son &#233;conomie politique et des Communs num&#233;riques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui permet une r&#233;flexion approfondie sur les communs, les communs num&#233;riques et les capacit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration par le capitalisme des dispositifs critiques du syst&#232;me. Mais aussi les capacit&#233;s d'&#233;volution des communs, num&#233;riques ou du monde mat&#233;riel : l'&#233;volution de Framasoft (D&#233;googlisons Internet, lancement d'une maison d'&#233;dition Les livres en communs) ; celle des plateformes coop&#233;ratives type Mobicoop o&#249; l'entreprise coop&#233;rative elle-m&#234;me se pense comme un commun sont tr&#232;s significatives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vous distinguez deux mouvements dans cette histoire du num&#233;rique avec des articulations bien sp&#233;cifiques entre capitalisme num&#233;rique et mouvement des communs.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous pr&#233;senter cette histoire et les le&#231;ons que vous en tirez ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Mon hypoth&#232;se est qu'il existe effectivement des liens entre l'&#233;volution du capitalisme, son &#233;conomie politique et la mani&#232;re dont ont &#233;volu&#233; les communs num&#233;riques. Cette histoire l'illustre. Elle commence dans les ann&#233;es 80 et se d&#233;roule en deux phases.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_53 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image036.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image036.jpg?1732197558' width='500' height='280' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:22px;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; premier capitalisme num&#233;rique &#187; des ann&#233;es 1990 et 2000&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;De 1980 &#224; 2005, nous voyons une extension des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle : extension de la dur&#233;e du copyright et cr&#233;ation de brevets sur le vivant. Diff&#233;rentes industries y participent : les industries culturelles, celles du logiciel, de la Big Pharma, des grands semenciers. Elles cherchent &#224; disposer de nouveaux droits exclusifs sur les &#339;uvres, les codes, les mol&#233;cules, les semences, ...&lt;br /&gt;
Cette &#233;volution suscite un contre-mouvement : le logiciel libre est n&#233; en 1983, sous l'impulsion de Richard Stallman, en r&#233;action &#224; ces nouveaux dispositifs de privatisation d&#233;fendus par l'industrie naissante du logiciel. Son but est de d&#233;fendre l'ouverture du code, la collaboration entre informaticiens et le partage de l'acc&#232;s &#224; ces ressources. Par la suite, Microsoft sera particuli&#232;rement en pointe contre cette ouverture.&lt;br /&gt;
Dans les ann&#233;es 1990, le geste inaugural du logiciel libre est repris contre les grands &#233;diteurs scientifiques (et pour le libre acc&#232;s), contre les grandes entreprises de la sant&#233; (contre les brevets qui emp&#234;chent les populations dans les Suds &#224; d'acc&#233;der aux trith&#233;rapies contre le Sida). La question de la propri&#233;t&#233; intellectuelle se cristallise comme enjeu : pour Andr&#233; Gorz, elle est devenue l'enjeu central pour d&#233;passer le capitalisme (&#171; C'est le coup d'envoi du conflit central de l'&#233;poque &#187; dit-il dans une interview &#224; la revue Multitudes).&lt;br /&gt;
Ces termes de commun et de commun num&#233;rique se d&#233;ploient aux &#201;tats-Unis autour de juristes comme Lawrence Lessig (cr&#233;ateur des licences Creative Common), de James Boyle, qui &#233;voque un deuxi&#232;me mouvement des enclosures.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Ce mouvement est-il reli&#233; aux travaux de Elinor Ostrom ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&#192; l'origine, ces deux mouvements sont assez ind&#233;pendants : Elinor Ostrom a fait la majorit&#233; de sa carri&#232;re sur les communs physiques (for&#234;ts, p&#234;cheries, syst&#232;mes d'irrigation ...). Pour les d&#233;fenseurs de l'Open Data, de Wikip&#233;dia, c'est assez loin de leurs luttes. Mais cela va se rejoindre nous l'influence de l'une de ses collaboratrices, Charlotte Hess, avec qui elle co-&#233;dite &#171; Understanding Knowledge as a Common &#187;. Les th&#233;oriciens du num&#233;rique devront se positionner par rapport &#224; Ostrom et elle-m&#234;me va &#233;voluer dans ses positions.&lt;br /&gt;
Les objets dont ils s'occupent sont de natures diff&#233;rentes :&lt;br /&gt;
&#8226; Les communs dont s'occupe Ostrom ne sont pas des communs d'acc&#232;s universel : ce sont des communs g&#233;r&#233;s par une communaut&#233; et au b&#233;n&#233;fice, peut-&#234;tre pas exclusif mais premier, de cette communaut&#233;.&lt;br /&gt;
&#8226; Les communs num&#233;riques, du fait de ce qu'on appelle souvent le caract&#232;re non rival de l'information (elle ne perd aucune valeur lorsqu'on la partage) sont tout de suite con&#231;us pour avoir un acc&#232;s universel. C'est le cas des logiciels libres, c'est le cas de Wikip&#233;dia.&lt;br /&gt;
Yochai Benkler parle d'&#171; open commons &#187; pour distinguer ces nouveaux communs num&#233;riques des communs physiques &#233;tudi&#233;s par Ostrom.&lt;br /&gt;
Il y a par ailleurs des diff&#233;rences de culture entre les deux courants : Ostrom est &#233;conomiste, les d&#233;fenseurs du num&#233;rique sont souvent des juristes ou des politistes. Mais ils vont se rejoindre.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment caract&#233;riser les diverses licences qui se multiplient ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La licence la plus utilis&#233;e est n&#233;e fin 1980 : la General Public Licence. Son but est de maintenir l'ouverture et le partage de la ressource (ici le code source). Ce qui est important pour la suite, c'est que ces licences font le choix de ne pas discriminer, en mati&#232;re de droits, entre les usagers, ni entre les usages. Pas de diff&#233;rence entre un particulier et une entreprise. Les quatre libert&#233;s (ex&#233;cuter, copier, modifier, redistribuer) garanties par les licences libres sont vues comme des libert&#233;s universelles et fondamentales !&lt;br /&gt;
Mais le droit de propri&#233;t&#233; ne dispara&#238;t pas et le logiciel libre n'a jamais &#233;t&#233; anticapitaliste, du moins dans ses outils juridiques. Une entreprise peut utiliser le code source &#171; open &#187;, le modifier, mais ne peut pas se l'approprier et lui donner une licence plus restrictive : le but est de prot&#233;ger et de p&#233;renniser l'ouverture de ces ressources, mais pas de s'opposer au monde marchand. Richard Stallman n'&#233;tait pas oppos&#233; aux entreprises, ni au fait que l'on puisse gagner de l'argent, d&#232;s l'instant que cela respecte l'ouverture de la ressource : le fait de tirer un profit &#233;conomique d'une ressource (un code, une semence, ...) n'est pas un probl&#232;me si on laisse d'autres l'utiliser.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Mais il y a des d&#233;rives : par exemple les donn&#233;es fournies par les usagers en utilisant les services num&#233;riques sont revendues, utilis&#233;es...&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:22px;&#034;&gt;&lt;strong&gt;On rentre l&#224; dans la deuxi&#232;me phase de l'&#233;volution de l'&#233;conomie du num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;IBM est l'une des premi&#232;res grandes entreprises &#224; avoir compris l'int&#233;r&#234;t pour elle des logiciels libres. Les logiciels libres offrent une infrastructure technologique gratuite, dont les entreprises peuvent &#224; tout moment disposer et qu'il aurait &#233;t&#233; tr&#232;s co&#251;teux de construire. Elles ont donc int&#233;r&#234;t &#224; mutualiser ces briques de base que sont les logiciels libres. Mais il n'y a pas encore, dans la logique du logiciel libre, de principe de r&#233;ciprocit&#233; (les entreprises ne doivent rien en retour des b&#233;n&#233;fices qu'elles retirent des usages des logiciels libres).&lt;br /&gt;
Par ailleurs, les mod&#232;les &#233;conomiques dans le num&#233;rique changent aussi avec les plateformes (avec Google et FaceBook comme embl&#232;mes) : l'&#233;conomie s'organise autour des donn&#233;es et de la publicit&#233;. La propri&#233;t&#233; intellectuelle est moins pr&#233;gnante et les ressources (les codes) deviennent des ingr&#233;dients indispensables aux Gafam. La vision des grands acteurs de la Tech sur les communs num&#233;riques change : on passe de la position d'ennemis &#224; celle d'ingr&#233;dient des entreprises.&lt;br /&gt;
Et certains acteurs du libre vont peu &#224; peu se rendre compte que ce qui se passe n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne d'enclosure, mais de pr&#233;dation capitaliste.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les th&#233;oriciens du libre sont donc rest&#233;s dans une logique de non s&#233;paration des r&#232;gles selon les usages et les usagers, permettant la pr&#233;dation ?&lt;br /&gt;
N'aurait-il pas &#233;t&#233; plus fort de s'opposer &#224; la fois &#224; la logique de pr&#233;dation et &#224; celle de la propri&#233;t&#233; intellectuelle maximaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui, certains th&#233;oriciens du libre ont vu les grands acteurs capitalistes de la Tech comme des appuis pour faire avancer leur lutte contre les industries culturelles qui s'accrochaient aux questions de droits d'auteurs, de propri&#233;t&#233; intellectuelle, qu'ils jugeaient plus r&#233;trogrades.&lt;br /&gt;
Les nouvelles plateformes &#233;taient, dans les ann&#233;es 90 - 2000, en conflit avec les industries culturelles qui, &#233;videmment, essayaient de d&#233;fendre leur propri&#233;t&#233; intellectuelle maximaliste sur le net et n'y arrivaient pas. Ainsi Google, qui a rapidement rachet&#233; YouTube, a plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; ce que la propri&#233;t&#233; intellectuelle soit r&#233;gul&#233;e de mani&#232;re assez laxiste sur internet.&lt;br /&gt;
La discussion sur ces questions va se poursuivre dans les ann&#233;es 2010, &#224; propos des licences &#224; r&#233;ciprocit&#233;. Pour les tenants des licences historiques, il n'est pas possible d'introduire de la r&#233;ciprocit&#233;. Mais de nombreux projets &#233;mergent.&lt;br /&gt;
1. Pour Dimitri Kleiner et la gauche radicale, il faut diff&#233;rencier, par des licences introduisant la r&#233;ciprocit&#233;, entre les grandes entreprises et des structures type associations, coop&#233;ratives, ... On ne peut laisser les grandes entreprises sans payer.&lt;br /&gt;
2. Pour d'autres, peu importe quel type d'acteurs vous &#234;tes, ce qui compte, c'est d'obliger dans la licence &#224; une forme de r&#233;ciprocit&#233;, que cela soit en nature pour enrichir le commun ou financi&#232;rement.&lt;br /&gt;
3. Dans l'industrie informatique elle-m&#234;me, il y a eu des discussions. Plusieurs &#233;diteurs ont choisi de modifier leurs licences pour d'autres plus restrictives, plus ferm&#233;es (les licences open-source classiques ne leur permettant pas de faire face au pillage de leurs logiciels, par Amazon par exemple dans le cadre d'AWS).&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des solutions satisfaisantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Si on renonce &#224; l'universalit&#233; des usages, &#224; la neutralit&#233;, on aura un &#233;parpillement en une multitude de fragments de logiciels, prot&#233;g&#233;s par diverses licences non compatibles, et au lieu d'avoir une ressource commune (le code) on aura une fragmentation. Par de nombreux aspects, ce serait une mauvaise chose, qui entravera la dynamique cumulative dans le monde du logiciel, et cela conduira &#224; des conflits juridiques complexes autour de bouts de logiciels. D'un autre c&#244;t&#233;, les licences &#224; r&#233;ciprocit&#233; cherchent &#224; r&#233;pondre &#224; un probl&#232;me r&#233;el et important.&lt;br /&gt;
Ma position est qu'il n'y a pas vraiment de licence satisfaisante, ou en tous les cas pas pour tout le monde, tout le temps.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;N'est-ce pas ce qui se d&#233;gage peu &#224; peu avec les propositions de Framasoft : celle de &#171; D&#233;googlisons Internet &#187; et celle r&#233;cente d'un nouveau mod&#232;le d'&#233;dition &#171; Le livre en commun &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Framasoft a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par des professeurs pour d&#233;fendre le logiciel libre dans le monde de l'&#233;ducation L'un des deux fondateurs, Alexis Kaufmann, professeur de math&#233;matiques, travaille d&#233;sormais au Minist&#232;re de l'Education Nationale pour promouvoir le logiciel libre.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, on voit que le libre &#233;tait une condition n&#233;cessaire, mais pas suffisante pour d&#233;fendre un autre num&#233;rique.&lt;br /&gt;
Le grand tournant a &#233;t&#233; le mouvement &#171; D&#233;googlisons internet ! &#187; lanc&#233; par Framasoft vers 2014 : ils disent alors &#171; notre ennemi, c'est Google plus encore que Microsoft &#187; ! Google devient l'embl&#232;me du capitalisme de surveillance. La question n'est plus seulement les enclosures, mais celle du pouvoir des g&#233;ants du Net.&lt;br /&gt;
La r&#233;ponse de Framasoft est int&#233;ressante : nous allons essayer de concurrencer la technologie sur le terrain des services qu'elles offrent, sur lesquels repose leur force. Nous allons essayer de faire la preuve qu'il est possible de faire du service autrement ; montrer par l'exemple qu'un autre num&#233;rique est possible, plus respectueux des humains.&lt;br /&gt;
Ce mouvement est un vrai succ&#232;s et certains services ont bien march&#233; comme Framadate ou Framapad pour faire des documents collaboratifs en ligne, y compris en termes de nombre d'utilisateurs (plus de 100 000 avec 10 salari&#233;s !). Mais cela est aussi important dans le d&#233;bat public, car Framasoft est aussi une association d'&#233;ducation populaire aux enjeux du num&#233;rique.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;N'y a-t-il pas avec la confrontation avec les mod&#232;les &#233;conomiques du monde mat&#233;riel (le pense &#224; l'&#233;dition, mais aussi aux coop&#233;ratives alternatives (Mobicoop, Enercoop, CoopCycle) une &#233;volution des communs num&#233;riques face aux plateformes ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;L'autre grande &#233;volution, c'est ce qu'on appelle parfois les plateformes coop&#233;ratives ou les plateformes alternatives. Mobicoop en est un bon exemple. Le but est de construire des plateformes num&#233;riques, mais avec une logique de commun. Elles vont concurrencer Uber, BlaBlaCar (le cas de Mobicoop) ou Airbnb par exemple.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Cette confrontation n'est-elle pas aussi une confrontation des mod&#232;les &#233;conomiques des communs avec ceux des grandes plateformes actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Oui et on peut voir le lien avec les communs &#224; plusieurs niveaux :&lt;br /&gt;
Les plateformes alternatives sont construites gr&#226;ce &#224; des logiciels libres, ce qui constitue un premier lien avec les communs. Le deuxi&#232;me, peut-&#234;tre plus int&#233;ressant, c'est que ce sont des plateformes coop&#233;ratives, d&#233;pendant de coop&#233;ratives, sous forme par exemple de SCIC.&lt;br /&gt;
L'entreprise coop&#233;rative elle-m&#234;me va se concevoir comme une sorte de commun. Non seulement la ressource informatique va &#234;tre d&#233;velopp&#233;e gr&#226;ce &#224; des communs num&#233;riques, mais l'entreprise elle-m&#234;me va essayer de se penser comme un commun.&lt;br /&gt;
On revient &#224; quelque chose qui est plus proche d'Ostrom notamment sur les questions de gouvernance : l'entreprise doit &#234;tre gouvern&#233;e comme un commun, de mani&#232;re d&#233;mocratique, avec un ensemble de parties prenantes qui vont avoir voix au chapitre. Et pour cela, la structure institutionnelle de coop&#233;rative est int&#233;ressante parce qu'elle permet justement cette ouverture de la gouvernance &#224; une multitude de parties prenantes, et en cela elle aide &#224; concevoir l'entreprise elle-m&#234;me comme un commun.&lt;br /&gt;
Le principal probl&#232;me de ces acteurs (par exemple, Mobicoop alternative &#224; BlaBlaCar, ou &#171; Les oiseaux de passage &#187; autre conception du tourisme alternative &#224; Airbnb) est qu'ils restent des acteurs de niche. C'est le passage &#224; l'&#233;chelle qu'il faut r&#233;ussir &#224; penser.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Comment r&#233;agissez-vous aux propositions du groupe de recherche de Judith Rochfeld pour introduire les communs dans le droit et en particulier au concept d'&#233;chelle de communalit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est un gros travail scientifique, mais je n'ai pas encore lu le Rapport. Ce qui est int&#233;ressant, dans leur d&#233;marche g&#233;n&#233;rale, si je l'ai bien comprise, c'est cette id&#233;e qu'il existe dans le droit, aussi bien dans le droit priv&#233; que dans le droit public, des ressources parfois insoup&#231;onn&#233;es qui peuvent nous permettre de d&#233;fendre des logiques de commun &#224; diff&#233;rents niveaux. Partir du droit tel qu'il existe, pour regarder comment certains instruments peuvent &#234;tre utilis&#233;s pour avancer vers l'approche par les communs, c'est tr&#232;s int&#233;ressant.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Certains disent que ce qui est commun est commun, et que ce qui est priv&#233; est priv&#233;, qu'on ne peut pas &#234;tre un peu les deux, qu'il ne faut pas tout m&#233;langer.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Ce qui peut g&#234;ner certains, ce serait d'aller vers une sorte d'approche continuiste des communs ; il y aurait diff&#233;rents degr&#233;s de commun, on pourrait &#234;tre un peu dans les communs, puis un peu plus ; on pourrait &#234;tre un tiers dans les communs, et deux tiers en dehors. Pour Benjamin Coriat par exemple, il y a des choses qui sont des communs, il y a des choses qui n'en sont pas, il faut &#234;tre clair. Ce sont des bons arguments.&lt;br /&gt;
Dans l'id&#233;e d'&#233;chelle de communalit&#233;, la distinction entre les communs et les non communs est moins tranch&#233;e.&lt;br /&gt;
C'est une question politique plus qu'une question scientifique : la notion de commun se pr&#234;te &#224; diverses r&#233;cup&#233;rations et incompr&#233;hensions. La mani&#232;re dont le terme est utilis&#233;, notamment dans le champ politique, montre qu'on est encore loin d'une utilisation rigoureuse de cette notion. Des approches comme celles de l'&#233;chelle de communalit&#233; peuvent avoir comme effet pervers d'entretenir l'id&#233;e qu'il peut y avoir un peu de commun partout, quand bien m&#234;me ce n'est pas ce que disent les auteurs du rapport.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_52 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image053.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image053.jpg?1732197515' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034; class=&#034;question&#034; height=&#034;133px&#034; src=&#034;https://alters-editions.fr/IMG/jpg/cahiers_2_image053.jpg?docid=52&amp;doctype=img&#034; style=&#034;display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;&#034; width=&#034;200px&#034;&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Dans votre article &#171; Les communs contre la propri&#233;t&#233; ? Enjeux d'une opposition trompeuse &#187;, vous analysez le rapport du Commun &#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Pouvez-vous le pr&#233;ciser ?&lt;br /&gt;
Telle que pr&#233;cis&#233;e par Ostrom, la question du faisceau de droits s'applique -t-elle et de quelles fa&#231;ons dans les communs num&#233;riques ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Les licences libres sont une mani&#232;re de subvertir le droit d'auteur et le Copyright. Mais on n'est pas hors du droit d'auteur : avec les licences libres, l'auteur d&#233;cide d'utiliser ses pr&#233;rogatives d'auteur pour autoriser des utilisations de la ressource qu'il a produite ; mais cela n'est pas l'absence totale de droit d'auteur.&lt;br /&gt;
J'ai contest&#233; l'id&#233;e que les communs &#233;taient contre la propri&#233;t&#233;, car ils s'appuient sur des instruments propri&#233;taires pour les subvertir et aller vers les communs.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;C'est ce que vous dites : &#171; la r&#233;flexion sur les communs ne devrait pas en rester &#224; une critique abstraite de la propri&#233;t&#233; &#187; et &#171; une sociologie du commun ne saurait se passe d'une sociologie des communs &#187;.&lt;br /&gt;
Pouvez pr&#233;ciser cette distinction entre sociologie du commun et sociologie des communs ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Dans leur ouvrage important, &#171; Commun &#187;, Pierre Dardot et Christian Laval s'&#233;loignent des positions d'Ostrom qui part, elle, d'une r&#233;flexion sur les ressources. Pour elle, les communs, ce sont des ressources, plus une communaut&#233;, plus une gouvernance ; mais la ressource est quand m&#234;me un &#233;l&#233;ment fondamental.&lt;br /&gt;
Dardot et Laval, en passant &#224; un niveau d'abstraction sup&#233;rieur, en passant du pluriel &#171; les communs &#187; au singulier &#171; commun &#187;, transforment ceux-ci en un principe politique d'autogouvernement. Pour moi, il ne suffit pas d'&#233;noncer ce principe abstrait du commun tel que Dardot et Laval l'ont pens&#233;, mais il faut aussi aller regarder comment des collectifs ou des communaut&#233;s particuli&#232;res d&#233;ploient et p&#233;rennisent un certain nombre de ressources, moyennant des agencements juridiques, des formes d'organisation, de gouvernance.&lt;br /&gt;
Et quand j'en appelais &#224; une sociologie des communs, j'avais en t&#234;te d'aller regarder dans le d&#233;tail comment les communaut&#233;s s'organisent et pas simplement &#233;noncer un principe abstrait comme celui du commun, m&#234;me si, par ailleurs, j'appr&#233;cie certaines propositions avanc&#233;es par Dardot et Laval.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#2980b9;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;S'il devait y avoir une &#233;volution des principes d'Ostrom, qui s'appliquent surtout sur des objets mat&#233;riels et &#224; petite &#233;chelle (ce qui est une limite assez forte), dans quelle direction chercher ?&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span style=&#034;color:#000000;&#034;&gt;Ma r&#233;flexion sera partielle :&lt;br /&gt;
Sur la question du vocabulaire : le terme de ressources emporte potentiellement avec lui un rapport tr&#232;s instrumental &#224; la nature (on se sert d'une ressource). Quand on parle des communs, il ne faut toutefois pas tomber dans l'abstraction : chez Ostrom, dans l'id&#233;e des ressources, il y a une dimension concr&#232;te &#224; conserver. Les communs, ce sont des r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes, donc si on renonce &#224; parler de ressources, on perd en pr&#233;cision.&lt;br /&gt;
Sur la question de l'&#233;chelle : si on veut vraiment que les communs deviennent la base d'un principe de transformation sociale et &#233;cologique de la soci&#233;t&#233;, il faut penser, peut &#234;tre beaucoup plus qu'on ne l'a fait jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; l'articulation entre les communs et l'Etat. Ostrom a r&#233;fl&#233;chi sur le sujet, mais il faudrait compl&#233;ter cette r&#233;flexion pour articuler le niveau des communaut&#233;s et ceux des grandes institutions et de l'Etat. Le &#171; Collectif pour une soci&#233;t&#233; des communs &#187; et S&#233;bastien Shulz travaillent &#224; ce sujet.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour une anthropologie des Communs</title>
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		<dc:date>2024-06-10T12:31:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Didier Racin&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Social</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir subversif des Communs &#187; est suffisamment riche pour que l'on puisse y voir un socle possible d'une anthropologie des Communs, en tant qu'ensemble de structures sociales en train de na&#238;tre de par le monde. Leurs caract&#233;ristiques identifi&#233;es int&#232;grent les valeurs partag&#233;es qui animent la vie sociale des Communs : une vision de l'homme et de la soci&#233;t&#233;, les modes d'&#233;changes qu'ils pratiquent (r&#233;ciprocit&#233; accommodante, don et contre-don...), les &#233;l&#233;ments culturels, rituels, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://alters-editions.fr/cahier-no2/les-communs/penser-les-communs/" rel="directory"&gt;Penser les communs&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/economie" rel="tag"&gt;&#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://alters-editions.fr/mot/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/logo/davidbollier.jpg?1719940153' class='spip_logo spip_logo_right' width='146' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir subversif des Communs &#187; est suffisamment riche pour que l'on puisse y voir un socle possible d'une anthropologie des Communs, en tant qu'ensemble de structures sociales en train de na&#238;tre de par le monde. Leurs caract&#233;ristiques identifi&#233;es int&#232;grent les valeurs partag&#233;es qui animent la vie sociale des Communs : une vision de l'homme et de la soci&#233;t&#233;, les modes d'&#233;changes qu'ils pratiquent (r&#233;ciprocit&#233; accommodante, don et contre-don...), les &#233;l&#233;ments culturels, rituels, c&#233;l&#233;brations qui consolident leur structure sociale ; les modes de gouvernance par les pairs ; leurs conceptions du droit, de la propri&#233;t&#233;, de la valeur... Il constitue une tr&#232;s belle introduction aux Communs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette interview n'aurait pu avoir lieu sans le concours, pour la traduction, de Fr&#233;d&#233;ric Sultan membre de Remix the Commons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Vous &#234;tes l'auteur, avec Silke Helfrich accidentellement d&#233;c&#233;d&#233;e en 2021, de &#171; Le pouvoir subversif des Communs &#187;. Pouvez-vous nous parler des efforts que vous d&#233;veloppez, avec vos coll&#232;gues, pour un mouvement des communs en Europe et dans le monde ? Quelles en sont les origines et l'histoire, et o&#249; en est-il aujourd'hui ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:black;&#034;&gt;Lorsque j'ai d&#233;couvert l'id&#233;e et le discours des communs &#224; la fin des ann&#233;es 1990, ils se sont imm&#233;diatement reli&#233;s &#224; mes exp&#233;riences de jeune activiste &#224; Washington, D.C., &#224; la fin des ann&#233;es 1970, alors que je travaillais pour le d&#233;fenseur des droits des consommateurs Ralph Nader. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:black;&#034;&gt;Mon travail sur les communs a fait un pas de g&#233;ant lorsque j'ai rencontr&#233; la militante allemande Silke Helfrich. Elle &#233;tait directrice du bureau latino-am&#233;ricain de la Fondation Heinrich B&#246;ll. Avec le soutien de la Fondation B&#246;ll et l'aide de Michel Bauwens de la Fondation P2P, nous avons organis&#233; de grandes conf&#233;rences internationales sur les communs en 2010 et 2012, &#224; Berlin, qui ont attir&#233; des centaines de participants venus d'Europe, d'Asie, d'Am&#233;rique latine et d'Am&#233;rique du Nord. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:black;&#034;&gt;&#192; partir de ces exp&#233;riences, Silke et moi avons co-&#233;dit&#233; deux anthologies d'essais sur divers aspects des communs : The Wealth of the Commons (www.wealthofthecommons. org, 2012) et Patterns of Commoning (www.patternsofcommoning. org, 2015). &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:black;&#034;&gt;Ces essais r&#233;dig&#233;s par plusieurs dizaines de contributeurs nous ont beaucoup appris sur l'incroyable vari&#233;t&#233; des communs &#224; travers le monde, la menace constante des enclosures capitalistes et les strat&#233;gies utilis&#233;es pour les contrecarrer et aider les communs &#224; prosp&#233;rer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vos intentions th&#233;oriques, politiques, pratiques&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;emphase&#034;&gt;nous voulions reconceptualiser et expliquer les communs en tant que syst&#232;me social.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;Pouvez-vous nous en pr&#233;senter l'objet g&#233;n&#233;ral, les intentions politiques, th&#233;oriques et pratiques de &#171; Le pouvoir subversif des communs &#187; ?&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;En &#233;crivant ce livre, Silke et moi voulions rendre compte de mani&#232;re d&#233;taill&#233;e et approfondie du fonctionnement des communs, ainsi que de la vision du monde, de l'&#233;thique et des comportements sociaux qu'ils adoptent. Nous ne voulions pas seulement critiquer certaines des pr&#233;misses fausses ou limit&#233;es de la pens&#233;e &#233;conomique et politique dominante ; nous voulions reconceptualiser et expliquer les communs en tant que syst&#232;me social. Nous avons vu que les communs ne sont pas simplement des &#171; ressources sans propri&#233;t&#233; &#187;, comme le dit l'&#233;conomie orthodoxe, mais une forme coh&#233;rente d'activit&#233; relationnelle. Nous consid&#233;rions les communs comme un verbe (traduisant un agir et non comme un nom commun, et comme un organisme social, et non comme une simple ressource.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La recherche sur les communs initi&#233;e par feu le professeur Elinor Ostrom et ses coll&#232;gues a &#233;t&#233; pionni&#232;re en d&#233;montrant que la coop&#233;ration peut r&#233;pondre efficacement aux besoins des gens, en dehors des march&#233;s et de l'&#201;tat. Avec une grande rigueur, ses &#171; principes de conception &#187; marquants pour le travail sur les communs montrent que, contrairement &#224; l'&#233;conomie conventionnelle, la coop&#233;ration de groupe est tout &#224; fait r&#233;alisable et &#233;conomiquement cons&#233;quente. L'id&#233;e selon laquelle les gens sont n&#233;cessairement des agents individuels en comp&#233;tition cherchant &#224; maximiser leur &#171; utilit&#233; &#187; personnelle et leurs avantages mat&#233;riels est grossi&#232;rement exag&#233;r&#233;e ou tout simplement incorrecte.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;br /&gt;
&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/local/cache-vignettes/L252xH352/davidbollier_illustration0-c59c9.jpg?1719976536' width='252' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Cela dit, l'&#233;cole de pens&#233;e d'Ostrom tend &#224; partager le m&#234;me registre ontologique et &#233;pist&#233;mologique g&#233;n&#233;ral que l'&#233;conomie orthodoxe. Elle se concentre sur la rationalit&#233; individuelle et la &#171; gestion des ressources &#187; et accorde relativement peu d'attention aux dynamiques sociales complexes et &#224; la vie int&#233;rieure des commoners, engag&#233;s dans les communs.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est le sujet que Silke et moi avons voulu d&#233;velopper et expliquer &#8211; le commoning comme contrepoint puissant &#224; l'homo Economicus. Dans de nombreuses circonstances, nous avons vu des commoners d&#233;velopper des relations riches et complexes les uns avec les autres et une gouvernance par les pairs comme moyen de r&#233;pondre collectivement &#224; leurs besoins. Leurs coutumes, rituels, normes et oeuvres d'art jouent tous un r&#244;le dans la gestion de leur &#171; capacit&#233; &#224; prendre soin &#187;. Ils entretiennent des relations symbiotiques de respect avec les animaux, les plantes et la Terre. Leurs pratiques culturelles honorent les a&#238;n&#233;s de la communaut&#233;. Tr&#232;s peu de choses &#224; ce sujet ont &#233;t&#233; publi&#233;es dans la litt&#233;rature des sciences sociales de l'&#233;poque et certainement pas dans la science &#233;conomique orthodoxe.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Silke et moi avons r&#233;alis&#233; que le cadre ontologique des communs est souvent erron&#233; car il refl&#232;te la m&#233;thodologie intellectuelle et le cadre th&#233;orique de la modernit&#233; capitaliste. Il id&#233;alise les &#234;tres humains en tant qu'individus isol&#233;s qui font des choix &#171; rationnels &#187; pour prendre autant qu'ils le peuvent, quelles qu'en soient les cons&#233;quences. La th&#233;orie &#233;conomique a &#233;galement tendance &#224; n&#233;gliger ou &#224; ignorer le contexte de tout commun donn&#233;, m&#234;me si une histoire, une g&#233;ographie, des traditions, des pratiques sociales et des normes particuli&#232;res affectent de mani&#232;re critique son succ&#232;s.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Notre solution consistait &#224; s'appuyer sur la m&#233;thodologie des &#171; langages de mod&#232;les &#187;, une approche lanc&#233;e par l'architecte et philosophe iconoclaste Christopher Alexander. Comme il l'a d&#233;crit dans The Nature of Order (1977), un mod&#232;le d&#233;crit un probl&#232;me central qui se produit encore et encore, ainsi que des groupes de solutions similaires. La grande vertu de la pens&#233;e structur&#233;e est sa capacit&#233; &#224; prendre en compte le contexte d'un commun et la mani&#232;re dont ses participants pensent, ressentent et agissent. Les connaissances incarn&#233;es et la conscience locale situ&#233;e sont des &#233;l&#233;ments cl&#233;s du partage. L'&#233;l&#233;gance de la m&#233;thodologie du langage de mod&#232;le r&#233;side dans le fait qu'elle m&#233;lange une enqu&#234;te scientifique empirique avec des connaissances subjectives et exp&#233;rientielles. Les communs ne sont pas pr&#233;sent&#233;s comme de grossi&#232;res machines &#233;conomiques ; ils prennent vie sous la forme de syst&#232;mes sociaux culturellement distinctifs et sophistiqu&#233;s qui sont profond&#233;ment satisfaisants pour les gens.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/local/cache-vignettes/L500xH538/davidbollier_illustration5-4b2d8.jpg?1719976536' width='500' height='538' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous replacez les Communs dans une perspective politique vis-&#224;-vis du monde des Modernes et du capitalisme, et vous cherchez &#224; les pr&#233;senter comme une alternative politique &#224; ce monde. Pouvez-vous d&#233;velopper ce point ? Pouvez-vous nous pr&#233;senter ce positionnement dans ses grandes lignes ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La plupart des politiques, pratiques militantes et id&#233;ologies contemporaines, m&#234;me si elles sont en d&#233;saccord avec l'orthodoxie, acceptent tacitement les hypoth&#232;ses de la culture capitaliste moderne. La perspective des Modernes accepte la primaut&#233; de l'action individuelle et des droits de propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; l'efficacit&#233; de la technologie dans la r&#233;solution des probl&#232;mes ; la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir de l'&#201;tat ; les capacit&#233;s administratives de la bureaucratie ; et la croissance &#233;conomique en tant qu'imp&#233;ratif civilisationnel.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;M&#234;me si de telles croyances ne peuvent pas &#234;tre balay&#233;es sommairement, il est important de voir &#224; quel point elles sont souvent erron&#233;es et constituent en fait une partie du probl&#232;me qui doit &#234;tre surmont&#233;. Silke et moi avons d&#233;couvert qu'une perspective anthropologique peut aider &#224; d&#233;mystifier certaines de ces hypoth&#232;ses modernistes et &#224; les r&#233;v&#233;ler comme des aberrations dans le long parcours de l'histoire et de la culture mondiale. Il est tr&#232;s difficile de critiquer la modernit&#233; capitaliste en restant &#171; &#224; l'int&#233;rieur &#187; de ces id&#233;ologies. Silke et moi avons consid&#233;r&#233; que l'histoire et l'anthropologie offraient des perspectives utiles et &#233;largies pour r&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re dont le changement pourrait &#234;tre poursuivi, ce qui rev&#234;t une importance particuli&#232;re en ce moment de crise existentielle pour l'humanit&#233;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loin d'&#234;tre une s&#233;rie de &#171; recettes &#187; pour le d&#233;veloppement de Communs, l'ouvrage cherche, nous semble-t-il, &#224; distinguer les traits les plus sp&#233;cifiques qui les caract&#233;risent vis-&#224;-vis du monde actuel des Modernes, et du capital. Peut-on dire que vous cherchez &#224; identifier les pr&#233;misses de la soci&#233;t&#233; dont est en train d'accoucher le monde actuel ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s inspir&#233;s par les anthropologues et la pens&#233;e anthropologique, notamment David Graeber et Bruno Latour. Nous citons en effet de nombreux penseurs qui articulent leurs r&#233;flexions avec une anthropologie, comme James Suzman, Arturo Escobar, &#201;tienne Le Roy, Anne Salmond et Karl Polanyi, ainsi que les sociologues Raymond Williams et Pascal Gielen. Notre premier chapitre commence par citer les travaux du psychologue d&#233;veloppemental et comparatif Michael Tomasello, dont les ing&#233;nieuses exp&#233;riences explorant les instincts humains &#224; coop&#233;rer sont une r&#233;v&#233;lation. Il montre de mani&#232;re convaincante que les &#234;tres humains veulent instinctivement aider les autres, mais que les structures institutionnelles et l'acculturation ont tendance &#224; d&#233;courager de tels comportements et perspectives.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous avons trouv&#233; un mat&#233;riau riche en anthropologie car le travail empirique sur le terrain y est ax&#233; sur les comportements r&#233;els et sur les comparaisons interculturelles. Elle n'est pas aussi encline aux vastes abstractions et aux affirmations universelles de la science politique, de l'id&#233;ologie et de l'&#233;conomie standard. La pens&#233;e anthropologique a le m&#233;rite d'honorer les contingences situationnelles et historiques. Elle ne suppose pas si facilement que ses d&#233;couvertes s'appliquent partout et que les humains occupent un seul monde objectif &#8211; un monde unique, comme le dit Arturo Escobar2. L'anthropologie est &#224; l'aise avec l'id&#233;e que les humains habitent un plurivers de r&#233;alit&#233;s v&#233;cues. Les pr&#233;suppos&#233;s m&#234;mes de la modernit&#233; doivent &#234;tre franchement remis en question, comme l'ont soutenu Latour, Graeber et d'autres. Puisqu'une grande partie des difficult&#233;s contemporaines peut &#234;tre attribu&#233;e &#224; l'individualisme radical des droits de propri&#233;t&#233; et &#224; la culture capitaliste, Silke et moi avons voulu nous tourner vers l'histoire, et au-del&#224; de la modernit&#233;, pour r&#233;affirmer l'importance fondamentale de la relationnalit&#233; et du commun. Il est int&#233;ressant de noter qu'un changement similaire et correspondant est en cours depuis des ann&#233;es dans les sciences de l'&#233;volution (par exemple, en &#233;levant la s&#233;lection de groupe au-dessus de la s&#233;lection individuelle) et en physique quantique (o&#249; la relationnalit&#233; et la totalit&#233; organique et int&#233;gr&#233;e expliquent mieux les ph&#233;nom&#232;nes que les th&#233;ories bas&#233;es sur des m&#233;taphores de machines articulant des pi&#232;ces m&#233;caniques ind&#233;pendantes). Ce changement vers une pens&#233;e holistique et relationnelle se manifeste &#233;galement dans la mont&#233;e de l'int&#233;r&#234;t populaire pour l'histoire et la culture autochtones (par exemple, Braiding Sweetgrass de Robin Wall Kimmerer), les &#233;tudes sur le &#171; nouvel animisme &#187; et les livres explorant l'intelligence relationnelle des champignons, des arbres et des plantes. Les communs, tels que nous les concevons, ont une parent&#233; philosophique avec les changements ontologiques qui se produisent dans ces autres domaines.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_9 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center fullwidth'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration1.jpg?1719940152' width='500' height='236' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une analyse plus d&#233;taill&#233;e des Communs et de leurs caract&#233;ristiques&lt;br /&gt;
La vie sociale des communs et la question des valeurs&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La pratique des communs est une activit&#233; &#233;minemment ordinaire &#187; dites vous pour pr&#233;senter la vie sociale des communs. C'est dans notre soci&#233;t&#233; moderne, mue principalement par l'int&#233;r&#234;t priv&#233;, que &#171; la pratique de la coop&#233;ration, du partage, des fa&#231;ons de se rapprocher d'autrui &#187; semble profond&#233;ment &#233;trange. Pouvez-vous d&#233;velopper ? En quoi &#171; les objectifs et les valeurs partag&#233;es constituent l'essence de tout commun &#187; ? Quelles sont les motivations &#171; des contributions sans contraintes, sans attendre de recevoir de valeurs &#233;quivalentes en retour &#187; que vous distinguez comme &#233;tant propre au commun ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, les modernes immerg&#233;s dans les id&#233;es de l'&#233;conomie capitaliste et du syst&#232;me politique lib&#233;ral supposent g&#233;n&#233;ralement que l'action individuelle et l'int&#233;r&#234;t personnel rationnel sont les forces les plus importantes qui animent les march&#233;s, la politique et le pouvoir de l'&#201;tat.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Mais ce que Silke et moi avons d&#233;couvert dans nos recherches, c'est que les gens coop&#232;rent tout le temps. Ils effectuent un &#171; travail affectif &#187; pour g&#233;rer la &#171; capacit&#233; de prendre soin &#187; qu'ils ch&#233;rissent. Leurs int&#233;r&#234;ts sociaux et collectifs sont tr&#232;s puissants et durables. Mais les &#233;conomistes, d'un geste du revers de la main et avec peu de preuves, rejettent cette r&#233;alit&#233; comme &#233;tant na&#239;ve et id&#233;aliste. Ils invoquent la parabole de la &#171; trag&#233;die des communs &#187; de Garrett Hardin pour marginaliser le r&#244;le de la coop&#233;ration. La v&#233;rit&#233; est que l'&#233;conomie ne peut pas donner de sens &#224; la coop&#233;ration, &#224; la solidarit&#233; et &#224; la confiance qui ont donn&#233; naissance aux logiciels libres et open source et &#224; Wikip&#233;dia, par exemple, ainsi qu'aux r&#233;seaux d'entraide, &#224; l'agro&#233;cologie, aux fiducies fonci&#232;res communautaires, aux collectifs d'artistes et aux banques de temps. Les communs comme ceux-ci prosp&#232;rent en rassemblant des personnes de temp&#233;raments et de talents divers autour d'objectifs communs. Les anthropologues qui &#233;tudient les &#233;conomies du don et les communs ne sont pas du tout surpris par cela. Ils se rendent compte &#224; quel point la r&#233;ciprocit&#233; indirecte au sein des communaut&#233;s de confiance (c'est-&#224;-dire que les contributions d'aujourd'hui seront compens&#233;es plus tard, par le biais d'autres membres du collectif) est fonctionnelle et digne de confiance. Les besoins peuvent &#234;tre satisfaits de mani&#232;re fiable, de mani&#232;re &#233;quitable et participative, sans march&#233;s ni supervision de l'&#201;tat.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;En effet, si l'on s'int&#233;resse &#224; l'histoire, de telles formes de coop&#233;ration constituent le mode de gouvernance par d&#233;faut de l'esp&#232;ce humaine. L'individualisme libertarien du capitalisme moderne est une aberration, qui dispara&#238;tra &#224; mesure que l'&#233;conomie bas&#233;e sur la croissance mondiale, en r&#233;alit&#233; fragile, deviendra insoutenable et que notre interd&#233;pendance les uns envers les autres et avec la Terre deviendra plus imp&#233;rative.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center fullwidth'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration2.jpg?1719940153' width='500' height='297' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous indiquez : &#171; Dans son acceptation la plus ambitieuse, la pratique des communs invite &#224; repenser les termes de la civilisation humaine moderne &#224; l'heure o&#249; l'homo &#233;conomicus, comme repr&#233;sentation id&#233;alis&#233;e des aspirations humaines, se r&#233;v&#232;le profond&#233;ment antisocial, indiff&#233;rent aux normes d&#233;mocratiques et &#233;cologiquement irresponsable &#187;. Pouvez-vous nous dire en quoi ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;D'innombrables critiques ont d&#233;montr&#233; le caract&#232;re antisocial et antid&#233;mocratique du capitalisme moderne, un probl&#232;me dont le r&#233;gime lib&#233;ral est complice. Les march&#233;s dirig&#233;s par le capital et le pouvoir de l'&#201;tat entretiennent une alliance politique si profonde et si intime que je l'appelle le &#171; syst&#232;me March&#233;/&#201;tat &#187;.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Mes premiers livres traitaient du r&#244;le des march&#233;s et du pouvoir de l'&#201;tat dans l'enclosure des communs. Mais apr&#232;s plusieurs travaux de critique &#8211; au milieu d'un flot de critiques du capitalisme &#8211; j'ai r&#233;alis&#233; que le besoin le plus s&#233;rieux &#233;tait d'exp&#233;rimenter de mani&#232;re cr&#233;ative dans la construction de syst&#232;mes alternatifs &#8211; une &#171; polis parall&#232;le &#187;, comme l'a dit Vaclav Havel, en tant que dissident culturel. Ainsi, depuis 2006 environ, la majeure partie de mon travail s'est concentr&#233;e sur la documentation de la grande vari&#233;t&#233; des communs &#224; l'oeuvre, du s&#233;rieux de leur existence et de leur omnipr&#233;sence bien qu'ils soient mais culturellement invisibilis&#233;s.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;On estime que deux milliards de personnes sur Terre d&#233;pendent des communs des syst&#232;mes naturels &#8211; for&#234;ts, terres agricoles, p&#234;cheries, p&#226;turages, eau d'irrigation, gibier sauvage, etc. &#8211; pour leur subsistance quotidienne. Mais comme les march&#233;s existent &#224; la p&#233;riph&#233;rie de ces communs&#8211; peu d'argent liquide est &#233;chang&#233; &#8211; les &#233;conomistes ne les trouvent pas int&#233;ressants. En effet, les communs de subsistance sont souvent consid&#233;r&#233;s comme des retours en arri&#232;re &#171; sous-d&#233;velopp&#233;s &#187; ou pr&#233;modernes. Ce n'est que r&#233;cemment que le Nord riche, blanc et industrialis&#233; a commenc&#233; &#224; respecter les cultures profond&#233;ment int&#233;gr&#233;es des peuples autochtones, capables de vivre en harmonie r&#233;g&#233;n&#233;ratrice avec les syst&#232;mes terrestres.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Les communs sont une invitation &#224; &#233;chapper aux pathologies de la modernit&#233; capitaliste en apprenant &#224; mettre en oeuvre de nouvelles sortes de r&#233;ciprocit&#233;s sociales et &#233;cologiques. Je crois que ces le&#231;ons peuvent &#234;tre mises en pratique dans de nombreux champs d'action : agriculture r&#233;g&#233;n&#233;rative, communs traditionnels, cultures autochtones, collaborations sociales, communaut&#233;s num&#233;riques. Ce que Silke et moi cherchions &#224; faire avec nos deux anthologies, c'&#233;tait de mettre en valeur et d'explorer cette vari&#233;t&#233;. Ensuite, avec Free, Fair and Alive4, l'objectif &#233;tait d'identifier les principaux mod&#232;les qui peuvent expliquer la dynamique sociale de la mise en commun. Nous avons identifi&#233; plus de 28 mod&#232;les. Depuis la publication de notre livre, certains commoners ont sugg&#233;r&#233; des mod&#232;les suppl&#233;mentaires pour augmenter notre liste (qui n'est pas canonique, mais ouverte et accueillante pour les ajouts et les r&#233;visions).&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Repenser la propri&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous indiquez : &#171; La combinaison du droit de propri&#233;t&#233; avec les march&#233;s capitalistes et la garantie &#233;tatique de l'ex&#233;cution des contrats a cr&#233;&#233; un puissant r&#233;cit de libert&#233;, mais une libert&#233; principalement r&#233;serv&#233;e aux poss&#233;dants. Nous devons repenser la propri&#233;t&#233; et la libert&#233; si nous voulons que celle-ci profite &#224; tous &#187;. &#171; L'&#234;tre humain est con&#231;u [dans la soci&#233;t&#233; des Modernes] comme un moi isol&#233;, dot&#233; d'une libert&#233; absolue qui s'exprime par la propri&#233;t&#233;. Trois id&#233;es &#8211; l'individu, les droits de propri&#233;t&#233; et la libert&#233; &#171; contractuelle &#187; sont les piliers de l'id&#233;ologie du march&#233;. Le droit de propri&#233;t&#233;, tel qu'il existe aujourd'hui, privil&#233;gie syst&#233;matiquement l'individu par rapport au collectif, le contr&#244;le &#233;go&#239;ste par rapport aux relations et la valeur d'&#233;change par rapport &#224; la valeur intrins&#232;que ou valeur d'usage &#187;. Pouvez-vous pr&#233;ciser votre conception de la propri&#233;t&#233; relationnelle, ou de la possession ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Le droit de la propri&#233;t&#233; a &#233;t&#233; un probl&#232;me difficile &#224; r&#233;soudre pour Silke et moi, car pratiquement toute la r&#233;flexion contemporaine sur les droits de propri&#233;t&#233; d&#233;coule de Hobbes, de Locke et de leurs cadres philosophiques. Aujourd'hui, leurs cat&#233;gories de propri&#233;t&#233; sont consid&#233;r&#233;es comme allant de soi et sacro-saintes. M&#234;me les th&#233;oriciens lib&#233;raux acceptent les pr&#233;misses individualistes, la s&#233;paration entre l'homme et la nature et les revendications de domination priv&#233;e qu'impliquent les droits de propri&#233;t&#233;. Mais une fois que nous avons r&#233;alis&#233; que les communs sont avant tout une question de relation et non de propri&#233;t&#233; et de contr&#244;le individuels, nous avons commenc&#233; &#224; voir comment le droit de la propri&#233;t&#233; &#8211; un concept fondamental du capitalisme &#8211; devait &#234;tre revisit&#233;. Il faut le repenser au niveau ontologique. Nos deux chapitres sur la &#171; propri&#233;t&#233; relationnelle &#187; ont constitu&#233; une premi&#232;re tentative de proposition d'un cadre th&#233;orique alternatif pour la propri&#233;t&#233; s'appuyant sur la pens&#233;e occidentale. (Les peuples autochtones, lib&#233;r&#233;s du fardeau de la modernit&#233; et guid&#233;s par des mill&#233;naires de tradition, n'ont eu aucune difficult&#233; &#224; consid&#233;rer la Terre comme un organisme vivant aux relations symbiotiques enchev&#234;tr&#233;es.)&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Nous avons invent&#233; le terme de propri&#233;t&#233; relationnelle pour d&#233;signer les syst&#232;mes sociojuridiques qui &#233;l&#232;vent les droits d'usage et les relations sociales au-dessus du droit absolu attach&#233; &#224; la possession. Le droit de la propri&#233;t&#233; cr&#233;e un ordre social qui ressemble &#224; un marionnettiste et &#224; des marionnettes, tandis que les communs reconfigurent cet ordre, rendant les relations plus ouvertes, &#233;galitaires et n&#233;gociables. Nous avons qualifi&#233; ce sch&#233;ma d'&#171; autres mani&#232;res d'avoir &#187;, qui &#233;vite la domination et la d&#233;pendance qu'implique la propri&#233;t&#233; conventionnelle. Lorsque le bien (par exemple la terre) est d&#233;marchandis&#233; et partag&#233;, cela ouvre la possibilit&#233; d'un plus grand acc&#232;s et de plus grands droits d'utilisation pour les personnes, &#224; condition que les obligations de gestion soient respect&#233;es.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;C'est ainsi que les communs peuvent ouvrir la voie &#224; une gamme stimulante de relations &#8211; coop&#233;ratives, g&#233;n&#233;ratives, non possessives, non capitalistes &#8211; qui seraient autrement marginalis&#233;es ou impossibles dans les r&#233;gimes de propri&#233;t&#233; conventionnels. En d&#233;marchandisant leur richesse partag&#233;e, les communs n'ont ni besoin ni attente d'en maximiser les profits. Ils peuvent plafonner son utilisation pour &#233;viter sa surexploitation ou sa destruction. Ils peuvent garantir que le pouvoir de gouvernance est r&#233;parti de mani&#232;re &#224; minimiser la corruption et le contr&#244;le associ&#233;s aux hi&#233;rarchies centralis&#233;es. Il devient possible de cultiver un sentiment plus large d'appartenance et de communaut&#233;, d'int&#233;rioriser des normes &#233;thiques et de d&#233;velopper une culture plus coh&#233;rente et plus stable. Pour donner une id&#233;e claire de ce que cela signifie dans la pratique, &lt;strong&gt;Silke et moi avons cit&#233; plusieurs exemples concrets&lt;/strong&gt;. Permettez-moi d'en partager deux ici.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Park Slope Food Coop de Brooklyn, New York&lt;/strong&gt;, exige que ses membres, comme condition d'adh&#233;sion et d'&#233;ligibilit&#233; pour y acheter de la nourriture, travaillent personnellement et gratuitement au supermarch&#233; pendant pr&#232;s de trois heures chaque mois. Le but est de garantir que les commoners d&#233;veloppent un engagement personnel et des liens &#233;motionnels avec leurs coll&#232;gues membres-propri&#233;taires. Il est clair que la propri&#233;t&#233; n'est pas seulement un ensemble de droits marchands, mais aussi la richesse du soin li&#233;e au travail d&#233;marchandis&#233; pour faire avancer des objectifs partag&#233;s.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Citons &#233;galement &lt;strong&gt;Mietsh&#228;user Syndikat&lt;/strong&gt;, une remarquable f&#233;d&#233;ration allemande de cohabitation qui a d&#233;marchandis&#233; des dizaines d'immeubles d'habitation pour des milliers de personnes ordinaires. Les r&#233;sidents de chaque immeuble g&#232;rent leurs propres affaires comme des communs et paient des charges pour couvrir les frais d'entretien (mais pas des &#171; loyers &#187; bas&#233;s sur les taux du march&#233;). L'ensemble des r&#233;sidences est f&#233;d&#233;r&#233; dans une superstructure de gouvernance qui assure la stabilit&#233; du syst&#232;me tout en administrant un fonds d'entraide pour l'acquisition de nouveaux b&#226;timents.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center fullwidth'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration3.jpg?1719940153' width='500' height='207' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vous indiquez aussi : &#171; Il ne s'agit pas d'abandonner le droit de la propri&#233;t&#233; en tant que tel, mais de situer les choses que nous utilisons dans un r&#233;seau de relations riches, diverses et porteuses de sens. (...) Les concepts juridiques de possession, de coutume et d'inali&#233;nabilit&#233; permettent de repenser la fa&#231;on d'y concourent &#187;. &#171; Le commun d&#233;finit une norme d'inali&#233;nabilit&#233; &#187; pr&#233;cisent Christian Laval et Philippe Dardot que vous citez. Pouvez-vous pr&#233;ciser ces points, notamment la question centrale d'inali&#233;nabilit&#233; ? En quoi est-elle aussi centrale dans le monde des communs ? Quelles sont les limites de la propri&#233;t&#233; collective ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Un point cl&#233; de la propri&#233;t&#233; relationnelle est de rendre inali&#233;nable la richesse partag&#233;e (qu'il s'agisse d'un supermarch&#233;, d'un bien immobilier, d'un pool d'informations ou d'un code logiciel). Cela signifie que la richesse ne peut pas &#234;tre simplement trait&#233;e comme un actif et vendue sur le march&#233;. Elle doit &#234;tre trait&#233; comme un &#171; non-bien &#187; partag&#233; d&#233;tenu en fiducie &#224; perp&#233;tuit&#233;. Sa valeur r&#233;side dans son utilisation continue et non dans sa valeur de rachat sur le march&#233;.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La d&#233;marchandisation des actifs partag&#233;s contribue &#224; lib&#233;rer les commoners. Lorsque les citoyens &#233;chappent &#224; la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des investisseurs et des pr&#234;teurs (et indirectement de l'&#201;tat), ils acqui&#232;rent de nouvelles formes de libert&#233; personnelle et collective. Ils ne sont pas soumis aux caprices et &#224; la pr&#233;dation des cr&#233;anciers, des pr&#234;teurs, du droit commercial et de la bureaucratie de l'&#201;tat.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Tout aussi significatif, de nouveaux types de valeur peuvent appara&#238;tre lorsque la richesse partag&#233;e est inali&#233;nable, car les individus n'ont plus besoin de s'organiser en entreprises et de privil&#233;gier l'activit&#233; de march&#233; pour payer les investisseurs et les pr&#234;teurs. Les commoners peuvent &#233;viter la domination (extractive, exploitante) du march&#233; qu'exercent les propri&#233;taires d'entreprises &#224; travers leur contr&#244;le des infrastructures, des terres, des actions et du cr&#233;dit. Tout comme l'autopo&#239;&#232;se et la symbiose dans les &#233;cosyst&#232;mes cr&#233;ent &#171; comme par magie &#187; une nouvelle vie et une nouvelle valeur, de m&#234;me l'intendance collaborative rendue possible par les communs g&#233;n&#232;re une nouvelle vie, une nouvelle valeur et un nouveau sens. La propri&#233;t&#233; collective doit cependant &#234;tre distingu&#233;e de la propri&#233;t&#233; relationnelle.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;La propri&#233;t&#233; collective peut avoir plusieurs copropri&#233;taires, et pas seulement un propri&#233;taire individuel, mais la nature des droits de propri&#233;t&#233; reste la m&#234;me que celle de la propri&#233;t&#233; individuelle. Les propri&#233;taires collectifs peuvent toujours exclure d'autres personnes de la propri&#233;t&#233;, la transf&#233;rer, la vendre et, d'une autre mani&#232;re, la traiter comme une marchandise vendable. C'est juste que ces droits appartiennent &#224; un collectif plut&#244;t qu'&#224; un individu. Mais le but m&#234;me de la propri&#233;t&#233; relationnelle est d'imaginer &#224; nouveaux frais les relations sociales qu'elle implique. Il s'agit d'&#233;chapper aux fronti&#232;res strictes, au contr&#244;le externe et &#224; la domination qu'encouragent les droits de propri&#233;t&#233;, et de c&#233;l&#233;brer des relations sociales conviviales fond&#233;es sur une gouvernance juste et participative.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_12 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center fullwidth'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://alters-editions.fr/IMG/jpg/davidbollier_illustration4.jpg?1719940153' width='500' height='226' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La gouvernance par les pairs&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi et comment prot&#233;ger les communs des risques engendr&#233;s par l'argent, la propri&#233;t&#233;, la finance et les activit&#233;s de march&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;L'un des principaux mod&#232;les de l'agir en commun est le suivant : &#171; Garder le commerce et la mise en commun distincts &#187;. L'int&#233;grit&#233; du commun est fr&#233;quemment menac&#233;e par l'introduction de l'argent et des &#233;changes commerciaux dans un groupe. L'argent incite souvent les gens &#224; adopter une rationalit&#233; calculatrice et &#224; courir apr&#232;s le b&#233;n&#233;fice au d&#233;triment de relations honn&#234;tes et engag&#233;es. Mais comme il est pratiquement impossible de ne pas utiliser l'argent et les march&#233;s pour certaines fonctions, un commun doit se prot&#233;ger en introduisant des syst&#232;mes &#171; interm&#233;diaires &#187; dans sa gouvernance. Par exemple, des conseils sp&#233;ciaux, des interm&#233;diaires et des fondations affili&#233;es peuvent agir comme tampons afin que les transferts d'argent ne soient pas v&#233;cus comme des transactions et que les citoyens ne soient pas entrain&#233;s dans le r&#244;le de consommateur, de vendeur ou d'investisseur. Par exemple, de nombreuses communaut&#233;s de d&#233;veloppement de logiciels open source ont cr&#233;&#233; des fondations affili&#233;es afin d'accepter de l'argent des bailleurs de fonds, y compris des entreprises de logiciels et des fondations, sans imposer de relations transactionnelles aux d&#233;veloppeurs de logiciels. Des pr&#233;cautions sont prises pour &#233;viter que de tels dons n'orientent ces projets de l'ext&#233;rieur ou ne cr&#233;ent des obligations transactionnelles. Certains commoners d&#233;veloppent le concept de &#171; finance relationnelle &#187; &#8211; une classe de finance non capitaliste qui &#233;vite les dettes et les capitaux propres ext&#233;rieurs ainsi que les hi&#233;rarchies organisationnelles, les enclosures capitalistes et les imp&#233;ratifs de croissance. La finance relationnelle consiste &#224; mettre en commun des fonds entre les commoners et leurs alli&#233;s, afin que les commoners, gr&#226;ce au financement par les pairs, puissent d&#233;marchandiser leur richesse partag&#233;e et la rendre inali&#233;nable. Cela ouvre de nouvelles zones de libert&#233; en isolant les communs des pressions du march&#233; et des finances. La finance relationnelle s'appuie sur des exemples tels que les fiducies fonci&#232;res communautaires, les fermes agricoles soutenues par la communaut&#233;, le financement participatif et le financement par la foule, le financement du d&#233;veloppement bas&#233; sur le lieu et les monnaies compl&#233;mentaires. La finance relationnelle implique &#233;galement le &#171; transfert &#187; de l'argent des circuits de valeur capitalistes (dans lesquels le prix du march&#233; est &#233;gal &#224; la valeur) vers la gestion des communs (dans lesquels la valeur intrins&#232;que et vivante et la relationnalit&#233; sont honor&#233;es). Je d&#233;cris ce sch&#233;ma plus en d&#233;tail dans une conf&#233;rence vid&#233;o que j'ai donn&#233;e &#224; Amsterdam en septembre 2023 : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='https://vimeo.com/870667655' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vimeo.com/870667655&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;&lt;p class=&#034;reponse&#034;&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une conclusion sur vos projets et relations dans le monde.&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;question&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous pr&#233;senter les grands traits de votre strat&#233;gie et de vos projets en Europe et dans le Monde ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;&#192; ce stade, d&#233;but 2024, le communivers ou monde des communs est robuste et en croissance &#8211; comme le documentent mes livres, en particulier The Commoner's Catalog for Changemaking. Mais les communs ne sont g&#233;n&#233;ralement pas visibles dans la politique dominante, les politiques &#233;tatiques, l'&#233;conomie ou la culture populaire, ne serait-ce que parce que le discours sur les communs reste limit&#233; et entach&#233; par l'histoire trompeuse de la &#171; trag&#233;die des communs &#187;. Cela dit, des initiatives sur de nombreux th&#233;&#226;tres d'action vont de l'avant, depuis les projets agro&#233;cologiques et le partage de semences jusqu'aux organisations num&#233;riques autonomes (DAO) et aux monnaies de quartier.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;reponse&#034;&gt;Pour normaliser le partage en tant que choix visible et pour rendre moins difficile la cr&#233;ation ou l'expansion d'un commun, des innovations doivent &#234;tre d&#233;velopp&#233;es et vulgaris&#233;es dans les domaines du droit, de la finance, de l'administration publique et des infrastructures cr&#233;&#233;es par les pairs. Les commoners doivent d&#233;velopper de nouveaux types d'&#171; interfaces &#187; pour interagir avec le pouvoir de l'&#201;tat et les march&#233;s traditionnels, et ainsi att&#233;nuer le pouvoir, les ressources et les pressions disproportionn&#233;es que les &#201;tats et les march&#233;s peuvent utiliser pour paralyser ou d&#233;truire les communs. Il s'agit d'une conversation beaucoup plus vaste et encore en &#233;volution.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Didier Racin&#233;, R&#233;dacteur en chef d'Alters M&#233;dia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'assistance de Fr&#233;d&#233;ric Sultan Remix the Commons D&#233;cembre 2023&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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