Cahier N°6

 

L’écologie sociale 


Avec les contributions notamment de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS Pour une Ecologie Populaire et sociale et de Pierre Sauvêtre, auteur de Murray Bookchin ou l’objectif communocène Ecologie sociale et libération planétaire. 
Comme tout vivant, c’est en rentrant dans des rapports avec la nature que l’être humain subsiste ; mais à la différence des autres vivants, ce rapport est social, dépend essentiellement des rapports au sein de la société. Telle est l’idée fondamentale très simple de l’écologie sociale. Ses conséquences sont majeures : 
La racine des risques et des enjeux écologiques est nécessairement sociale : de nos jours, la destruction de la planète vient du mécanisme d’accumulation de capital qui est le moteur de la société capitaliste. Elle n’a pas de solutions autres que sociales : ni les petits gestes individuels, ni les milliards de la transition écologique et de ses solutions techniques ne peuvent rien, si un processus de profonde transformation sociale n’est pas aussi engagé. C’est en transformant les relations sociales à l’origine de ces enjeux que peuvent être trouvées leurs solutions.
« L’écologie sociale est une approche qui consiste à ne jamais séparer, à penser ensemble les processus sociaux et les processus écologiques comme un seul processus relationnel. Cette nouvelle approche holiste prend pour objet le continuum de la nature et de la société, et dépasse le holisme de la sociologie et de l’écologie prises séparément » précise Pierre Sauvêtre. 
 


Les territoires de vie, et le nouveau concept de la politique


Avec la contribution principale de Philippe Descola, auteur de Politiques du faire-monde. Complétée sur ce sujet par les articles de Pierre Sauvêtre et son livre sur Murray Bookchin et de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS.
Dépendant de ses liens avec la nature, ne pouvant en être séparé, l’humain ne peut plus être le seul sujet politique du collectif des vivants de son territoire de vie : il doit accepter que le sujet politique soit le collectif regroupant sur son territoire de vie ceux qui y vivent et qui en vivent. Le centre des politiques à mener, le cœur du concept de politique est ainsi transformé et l’objectif central de l’action politique devient l’habitabilité de chacun de ces territoires de vie. 
Changer des rapports sociaux ne peut être l’œuvre que des populations elles-mêmes. C’est en exerçant directement leur pouvoir d’agir au niveau de leur lieu de vie (la Commune) et de leur centre d’activité (sous de nouvelles formes sociales, les Communs) que les populations, prenant en main leur destinée, changeront les rapports sociaux actuels. 
L’écologie sociale est aussi une écologie de libération, d’émancipation des couches populaires dominées : la même logique est à la base des destructions écologiques et de l’exploitation et la domination sociale. En protégeant la planète, les couches populaires se libèrent elles-mêmes de leurs exploiteurs. De ce fait les forces populaires au Nord comme au Sud sont les forces marchantes de la lutte pour l’écologie sociale à l’échelle du monde.
 

 

Le communalisme base d’une nouvelle organisation politique 


Avec la contribution de Patrick Farbiaz, coordinateur de PEPS 
Le communalisme est la forme politique de cette transformation, avec l’auto-organisation d’assemblées citoyennes au niveau des communes, véritable contre-pouvoir politique local ; Les Communes deviendrait la base d’une nouvelle organisation politique de la société. Le communalisme substitue ainsi les principes de démocratie réelle au principe non démocratique de la « démocratie représentative » libérale. La confédération des communes deviendrait un Corps politique se substituant au pouvoir de l’Etat, prenant le contrôle de la vie politique, économique, écologique et sociale au niveau national. 
 

 

Les Communs, la refonte des Services publics et de la Sécurité Sociale 


Avec les contributions de Thomas Perroud, auteur de Services publics et communs, À la recherche du Service public coopératif, de Nicolas Da Silva auteur de La bataille de la Sécu une histoire du système de santé, de Patrick Heidmann, Président du conseil d’administration du Régime Local d’assurance maladie d’Alsace-Moselle et des co auteurs de Nicolas Loubet, Rieul Techer, Sylvia Fredriksson, Coop des Milieux. La Coop des Milieux est l’auteur du Petit manuel de démocratie énergétique, Faire communautés comme mode d’appropriation politique.
La recherche de Thomas Perroud sur la refonte des services publics sur la base des communs, c’est à dire du principe d’implication des usagers dans leur évaluation, refondation et démocratisation, dans leur gouvernance, est présentée ici. La gestion des caisses de Sécurité sociale élargies à divers types de sécurités élémentaires (sociale, alimentaire, du logement, des biens fonciers...) sur des bases voisines permettraient un renforcement considérable non seulement de la démocratie mais aussi de la transformation sociale et écologique. 
Les Communs constitueraient le principe d’organisation des activités sur les divers territoires de vie, qu’elles soient économiques, écologiques culturelles ou sociales. Ils institueraient un mode de fonctionnement orienté vers l’habitabilité des territoires de vie aux différentes échelles d’interdépendance des divers types de vie territoriale et par l’usage des biens pour la satisfaction des besoins de vie et non pour le profit. Ils s’organiseraient pour coordonner ces activités entre elles et avec les communes, aux divers niveaux de la vie territoriale, constituant ainsi un corps politique démocratique spécifique devant s’accorder avec le corps politique des communes. 
L’expérience de quelques Services publics territoriaux énergétiques et de démocratie associée analysée par la Coop des Milieux est un pas dans cette direction. 

 

 

Droit de déambuler 


Avec la contribution de Sarah Vanuxem, professeur de Droit, auteur Du droit de déambuler. 
La réflexion apportée sur la liberté et le droit de déambuler donne un sens à l’habitabilité de la Terre et à la démocratie réelle, l’humain étant aussi bien nomade que sédentaire. Elle est en fait aussi une réflexion sur la nature du droit et de l’humain lui-même. Elle a conduit l’auteur à formuler des idées pour l’introduire dans le droit français et européen en s’appuyant sur le droit de l’environnement et en particulier le principe de solidarité écologique.

 

 

L’incohérence et la robustesse 


Avec la contribution de Sana Dieudonné, membre de l’Institut Michel Serres, en lien avec Olivier Hamant, auteur de De l’incohérence Philosophie politique de la robustesse.
Le principe de l’incohérence comme facteur de robustesse et de régulation du vivant où tout process est construit sur la base de la présence simultanée de deux principes contradictoires d’amplification et d’inhibition, de deux facteurs d’accélération et de frein, formulé par Olivier Hamant, peut-il être appliqué à la société ? Dans la mesure où tout système possédant une limite naturelle qui agit sur lui comme un frein dans son processus de développement, il est évident que cette incohérence est générale et peut constituer un principe de philosophie politique applicable à la société ! Cela n’est pas un gadget supplémentaire qui disparaîtra l’effet de mode passé. 
C’est à une critique fondamentale du principe même de la performance, de la compétition, propre au capitalisme que l’on aboutit, qu’il faut prendre en compte dans la pratique et la réflexion. Ce concept ne remet pas en cause la croissance ou la décroissance (le vivant croît et a besoin de croitre) mais leur caractère absolu : il est indépendant de la décroissance ou croissance économique, et beaucoup plus systémique que cela !
 

 

 

Démocratie, territoire et élection municipale


Avec les contributions de :
• Tristan Rechid, animateur de l’expérience de la municipalité de Saillans 2014 – 2020 et auteur de Réanimer la démocratie, des assemblées populaires face à l’autoritarisme. 
• Jessica Sainty, co autrice de Des citoyens et citoyennes à la conquête des villes, Les listes citoyennes et participatives lors des élections municipales de 2020.
• Jaoued Doudouh et Audrey Gondallier animateur et coordinatrice à Pas sans nous.
• Mathilde Woillez et Eric Gauthier, Association Au Maquis à Cadenet. 

L’expérience des listes citoyennes aux municipales (2014 – 2020 à Saillant ; de 2020) est précieuse pour cerner cette volonté de sortir des limites de la démocratie représentative, sans parfois clairement les distinguer, ni vraiment porter un projet politique hormis la volonté de démocratiser le système de prise de décisions locales. 
Les limites de cette volonté politique se retourne en fait souvent contre les listes : elles sont soit happées par des partis politiques qui profitent de leur audience, soit parce que – sans projet politique précis – elles ne peuvent dégager de réelles perspectives et de réelles majorités. 
L’expérience du mouvement social dans les quartiers ou dans des villages autour de projet comme la Sécurité sociale de l’Alimentation montre elle qu’une animation démocratique et forte peut faire naître une mobilisation sur le long terme cœur de profonds changements. 

 

 

 

1

Loin d’être un simple ajustement de la démocratie représentative, la démocratie ne pourra être réelle et continue qu’à condition de sortir de cette forme oligarchique « représentative ». Elle est par nature vécue, quotidienne, permettant à chacun de participer aux décisions qui le concernent. Elle n’est pas déléguée (ou dans des conditions strictes de rendu de compte et de possibilité de révocation), elle ne consiste pas à « donner » sa voix pour qu’on décide « pour » lui ou elle c’est-à-dire « à sa place ». 
Il faut en finir avec les illusions d’une « démocratie continue » dans le cadre de la démocratie représentative ! 
Elle doit être construire dans tous les champs de la vie sociale, territoriale, pour permettre cette implication aux décisions collectives. Cette construction dans l’ensemble des champs du politique est l’objet de cette enquête et ne peut être décidée à la place des gens, mais elle ne tombe pas du ciel. 

 

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Cette démocratie réelle et continue n’est pas un but en soi : elle est indispensable et doit servir l’objectif écologique de permettre le maintien de l’habitabilité terrestre. Indispensable car sans elle, sans implication populaire, sans prise en compte de tous, notamment « les damnés de la terre » pour reprendre le mot de Fanon – au Sud comme au Nord – pas d’habitabilité ! 
Il faut en finir avec une écologie ignorante des réalités de ces « damnés de la terre », des réalités sociales et ne plaidant au fond que pour des classes se croyant à l’abri. 
C’est pourquoi cette démocratie doit être guidée par l’objectif de l’écologie sociale, qui est aussi une écologie de libération, tant est claire qu’on n’obtiendra une réelle habitabilité si on ne supprime pas aussi la cause sociale de sa destruction. Telle est la seconde grande leçon de notre enquête ! 

 

3

La troisième leçon est celle énoncée entre autres par Philippe Descola dans ce numéro des Cahiers : le sujet politique de l’action pour l’habitabilité terrestre doit changer, pour que puisse être réellement pris en compte les milieux terrestres et les vivants. Ils sont les premiers condamnés par le capitalocène. L’humain ne se sauvera pas sans sauver ces milieux terrestres. Il ne peut qu’y trouver une nouvelle place indispensable à sa survie propre. 
Il faut en finir avec une action sociale centrée sur elle-même ! La sortie du capitalisme et l’émancipation humaine n’aura de réalité qu’en prenant en compte l’ensemble du vivant et des milieux terrestres. 

 

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Ces trois premiers acquis – élémentaires mais tellement niés – doivent se traduire dans la conception de la démocratie réelle ! Et c’est au niveau de la Commune, et nulle part ailleurs, que l’on peut trouver la possibilité de les mettre en œuvre concrètement ! C’est là que la démocratie continue et quotidienne peut s’exprimer directement. Le communalisme désigne la forme politique qui permet la prise en compte des trois acquis ! Bien sûr, il doit être construit pour intégrer – par le bas et via des structures fédérales – le vivre ensemble à toutes les échelles territoriales terrestres (spatiales et temporelles). 
L’État moderne, la nation, le principe de souveraineté – celui-ci étant très dangereux car plaçant un corps politique unique au-dessus de tout – sont antinomiques à de tels principes ! La nécessité de sortir d’un système politique où la décision relève d’un seul corps et donc bafoue tous les acquis précédents est centrale dans la conception d’une démocratie réelle. 
Il faut en finir pour cela à la fois avec l’illusion d’un municipalisme localiste et d’une démocratie centrée sur la nation, la souveraineté et l’État !

 

5

L’émancipation écologique et sociale est partie intégrante des luttes d’émancipation des pays pauvres et dominés de la planète, que les impérialismes cherchent et chercheront à écraser par tous les moyens y compris violemment. Il faut en finir avec l’illusion que nous n’aurons pas à affronter les violences impérialistes comme le montre ce qui se passe en Ukraine. 
C’est là certainement la suite de la recherche à développer dans les prochains numéros des Cahiers ! Les discussions qui vont s’ouvrir et l’enquête à venir vont sans doute permettre de poser les bases de nouveaux États Généraux Communalistes que nous voulons contribuer à construire en 2026 et 2027. 

 

 

Sommaire n°6

Éditorial

Didier raciné,
Sortir de la catastrophe écologique, c’est sortir du capitalisme !

Grands
Entretiens

Philippe Descola,
Politiques du faire-monde, composantes d’une autre démocratie

Démocratie et Grande Transformation

Pierre Sauvêtre, 
Pour en finir avec le cosmopouvoir · Penser l’écologie sociale et le communalisme par-delà Bookchin 

Patrick Farbiaz, 
Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS) · Le projet de construction d’une force politique écologique et populaire

Les voies de la démocratie réelle
Pratique et épistémologie de l’action démocratique

Sana Dieudonné, 
De l’incohérence conduisant à la robustesse · Les principes du vivant et la transformation écologique et sociale

Sarah Vanuxem, 
Du droit de déambuler · Partie 1

Véronique Dutraive, 
Penser et agir avec David Graeber, Un auteur engagé du 21ème siècle !

Les Communs

Thomas Perroud, 
Refonte des services publics et Communs · La nature non démocratique de l’État en France

Nicolas Loubet, Rieul Techer, Sylvia Fredriksson,
Communautés énergétiques locales et communs · Faire communautés, un mode réappropriation politique de l’énergie

Nicolas Da Silva,
La lutte pour la sécurité sociale et contre son étatisatio · Symbole des luttes sociales et pour le pouvoir

Patrick Heidmann,
Les leçons du Régime local d’Assurance Maladie d’Alsace Moselle · La protection sociale pourrait être gérée comme un commun

Sciences, technologie, transformation sociale...

Julien Chandelier,
Les formes du pouvoir à l’âge de la révolution numérique de plateforme · Partie 2

Les formes politiques, communalisme
Démocratie et territoire

Tristan Rechid, 
Les leçons de l’expérience de démocratie citoyenne à Saillans · Sans orientations politiques fortes, pas de rénovation démocratique

Jessica Sainty, 
Ce dont témoigne les listes citoyennes aux élections municipales de 2020 · Un type de démocratie à bout de souffle !

Démocratie et territoire

Audrey Gondallier, Jaoued Doudouh,
Pas Sans Nous ou le combat des quartiers populaires pour les droits communs

Mathilde Woillez, Éric Gauthier,
Cadenet et le projet collectif de SSA · La construction d’une démocratie territoriale adossée à un commun

Écologie sociale
Démocratie sociale et économique

Tanguy Martin,
L’alimentation, l’agriculture au cœur de la transformation de la société · Partie 2

Démocratie sociale et économique

Thomas Coutrot,
Rendre la société démocratique passe par la libération du travail

Mondialité, inter socialité, nation 
et démocratie

Patrice Yengo,
Une vision africaine de nos concepts politiques · Démocratie, représentation, souveraineté, migration et citoyenneté

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